‹ De l'industrie françoiseChapitre 79 sur 138 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

il faut réunir un ensemble de moyens d'exploitation qui seuls peuvent assurer de grands et heureux résultats.

Si nous considérons cette division de propriétés sous des rapports politiques , je la crois avantageuse sans restriction : le seul propriétaire peut faire un bon citoyen, parce qu'il a intérêt au maintien de l'ordre et à la prospérité de son pays ; en se liant au sol , il s'attache à sa patrie et au gouvernement qui le protège. L'homme qui n'a que ses bras pour propriété peut la transporter partout liù il veut; et, s'il tient à une localité , c'est plutôt par habitude ou par le sentiment de son propre intérêt que par affection.

• Les meilleures méthodes de culture ne sont pas encore généralement admises dans toutes les provinces ; mais elles ont déjà pénétré sur plusieurs points; et l'exemple , plus puissant que les écrits , ne tardera pas à les propager : Yhâtékae des champs repousse les innovations, et croit rarement sur parole ; les annonces pompeuses ne lé séduisent pas; mais il est bon observateur , et , lorsqu'il voit une nouvelle méthode de culture prospérer dans son voisinage, il ne

tarde pas à l'adopter. Cette manière de pro-

l4a DE l'industrie FRANÇOISE.

céder, est, au reste, la seule qui lui convienne pour ne pas être trompé , et pour ne, pas perdre s6n temps et sa fortune dans des essais trop souvent infructueux.

Déjà la doctrine des assolemens a fait de rapides progrès : cette méthode , pratiquée depuis des siècles dans la Flandre Françoise et la Belgique, a été ensuite accréditée en Angleterre , et ne s'est propagée dans Tintérieur de la France que depuis quelque temps. L'agriculteur , asservi à la vieille routine de semer du blé , puis de l'avoine , et de laisser reposer la terre la troisième année, n'a pu s'écarter de cet usage que lorsqu'il a vu, près de lui , des personnes instruites intercaler , entre la culture des céréales, celle des plantes légumineuses et des fourrages artificiels ; il s'est convaincu, par l'exemple de ses voisins, qu'on pouvoit , d'après cette méthode , supprimer les jachères , et failfe produire à la terre des récoltes successives, plus riches, plus variées, plus abondantes que celles qu'il avoit obtenues jusque-là. Ainsi, en parlant à l'intérêt du cultivateur, en plaçant l'exemple de la pratique sous ses yeux , on a pu vaincre des préjugés d'autant plus difficiles à détruire

CHAWTRE i. 143

qu'une longue habitude les avoit consa* crés.

Il est aujourd'hui généralement reconnu que la culture suivie de la même plante ou de plantes de «a^mé^iiattire , dàhs le même terrain, est extrêmement vicieuse, et que les récoltes ^'y appauvrissent chaque année; ce qui n'arrivé pas lorsqu'on fait se succéder des plantes dé nature très-différente : les résultats sont même d'autant plus avanta* geux qu'on établit sa culture ou sa rotation de récoltes sur une plus longue série de genres différens , de manière que le retour de la même espèce n'ait lieu qu'après plusieurs années.

*- Il est encore reconnu que la terre ne de-

mande pas de repos, et qu'elle peut produire, sans interruption, pourvu qu'on la prépare convenablement par de bons labours , des engrais suffisans , et surtout par des assolemens bien entendus. Cette vérité est démontrée par ce qui s'observe dans les jardins ; et elle est déjà pratiquée dans tous lés pays qui sont distingués par une culture bien entendue.

L'usage de Jaisser un tiers des terres en jachères , avoit été introduit par l'impossi-

ï44 ^^ l'iJCDUSTRIE .FRANÇOISE.

bilité de se procurer assez d'engrais pour couvrir, à la fois, tout un domaine de récoltes ; on y trouvoit encore Tavantage de se réserver une depaissance pour les bestiaux , et d'obtenir un demi-engrais par Fenfouissement des plantes qui croissent dans ces terres condamnées au repos : mais l'établissement des prairies artificielles décuple ces dernières ressources ; et, en fournissant à la nourriture d'un plus grand nombre de bestiaux , il augmente prodigieusement les engrais.

La culture des prairies artificielles étoit à peine connue en France , il y a trente ans : depuis cette époque , elle y a fait les plus grands progrès ; non-seulement on a consacré un grand nombre de plantes à cet usage, mais encore on a bien étudié la nature du sol pour connoître l'espèce de terre qui convient à chacune.

Outre les prairies artificielles , on cultive encore beaucoup de racines , dont quelquesunes servent à la subsistance de l'homme, tandis que les autres sont employées à la nourriture des bestiaux.

La culture de toutes ces substances , habilement combinée avec celle des plantes

Page 1