‹ De l'industrie moderneChapitre 10 sur 29 · IMPORTATION DD COTON EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

IMPORTATION DD COTON EN ANGLETERRE

Balles. Balles. Balles.

Amérique 302 39.1 1 237 500 1 758 000

Brésil 180 086 85 300 121 600

Indes orienlales. . S 6 923 216 405 463 000

Indes occidentales. 31 247 22 300 11 000

Egypte > 38 000 113 000

Total 571 161 1 599 500 2 466 000

Les Indes orientales montrent un accroissement considérable dans la production du coton. Cet accroissement est suivi avec le plus vif intérêt par les Anglais. La dépendance dans laquelle les industriels de l’Angleterre se trouvent à l’égard des États-Unis, dépendance partagée, il est vrai, par les producteurs de l’Amérique et qui se change ainsi en solidarité, ne laisse pas d’être une cause d’inquiétude que le développement de la culture dans l’Inde tendrait à diminuer. Le coton de l’Inde a une soie

(1) Th. £Ui«on, A Handbook o( lhe Collon Trade. Londres, 1858, p. 131.

UE L’JNUUSTRIF. MODERNT.

courte, et oiïre plus de difliculté dans la fabrication que le coton longue laine d’Amérique. Cependant les industriels français commencent à employer le coton de l’Inde : en 1858, il s’est vendu en France 17 000 balles de coton de l’Inde (Surate et Madras).

Il faut distinguer, dans l’industrie du coton, deux branches de manufacture parfaitement distinctes :

1" La filature et le tissage de l’étoffe ;

2" L’impression ou la teinture de l’étoffe.

Ce sont là deux industries complètement distinctes. Dans la première, les machines seules agissent et réalisent tout le travail. Dans la seconde, les actions chimiques interviennent surtout. La gravure, le dessin, les mélanges de couleurs, l’impression des mordants, la teinture, le blanchiment, etc., constituent un ensemble d’opérations compliquées, délicates, qui font de ce genre d’industrie un des plus intéressants en même temps qu’un des plus difficiles à réaliser.

Il n’existe pas d’usine où le coton brut soit successivement filé, puis lissé, puis blanchi et teint; dans certains établissements même, on ne produit que des fils. C’est là cependant l’exception ; dans la plupart des filatures, se ü’ouvent en même temps des tissages. Il existe des manufactures ayant des spécialités, ne produisant que des fils d’un certain numéro, destinés à des étoffes particulières; dans d’autres, il n’y a que des tissages, les fils sont achetés à d’autres fabricants.

Jusque dans les premières années de ce siècle, les étoffes de colon étaient blanchies par les procédés primitifs, qu‘

ARTS TEXTILES

consistent à exposer l’étoffe sur le pré, à l’action du soleil et de l’humidilé. La plupart des étoffes tissées en Angleterre étaient envoyées en Hollande, aux environs d’Harlem, où elles étaient blanchies, et retournaient en Angleterre, où elles étaient imprimées ou teintes. Aujourd’hui les étoffes de coton sont blanchies par le chlore, et dans la plupart des établissements d’impression un peu considérables, l’opération du blanchiment accompagne les autres opérations.

Les habitants de l’Inde connaissaient depuis les temps les plus reculés l’art de teindre les étoffes de coton en couleurs variées, devenues d’une mode presque universelle en Europe sous le nom d’indiennes ou de toiles de Perse. 11 semble, au premier abord, que rien ne doive être plus simple, plus facile, que de peindre une étoffe en diverses couleurs. Cela constitue au contraire une grande difficulté, et pendaut longtemps les procédés des Indiens furent inimitables pour les Européens.

Le coton ne possède pas la propriété de se teindre directement, comme la soie ou la laine. Pour fixer la couleur sur le coton, il faut préalablement imprimer sur le tissu certains sels connus sous le nom de mordants. L’étoffe, plongée ensuite dans un bain de teinture, se colore partout où le mordant a été fixé, tandis que les parties non mordancées restent parfaitement blanches. C’est grâce à cette propriété que le coton peut recevoir les dessins les plus variés de couleurs différentes, et la plupart solides.

L’impression des calicots a acquis une importance

DE t’iNDUSTBIE MODERNE.

considérable, et de toutes les industries, c’est peut-être celle qui depuis un demi-siècle a réalisé les progrès les plus rapides.

Lorsque les Hollandais apportèrent de l’Inde les toiles de coton teintes, la mode s’empara de ces étoffes qui réunissaient le goût des couleurs et l’originalité des dessins a des prix très inférieurs à ceux des étoffes de laine et de soie. Cette mode se répandit à un tel point, que les divers gouvernements de l’Europe crurent nécessaire de prohiber complètement les indiennes, afin de protéger leurs propres manufactures de laine et de soie. Quelques tentatives heureuses dans l’imitation des toiles peintes eurent lieu en Allemagne, en Suisse et en France. Pendant longtemps les procédés en usage furent exactement ceux employés par les Indiens; les mordants et les couleurs étaient étendus au pinceau. Mais cette industrie suivit les progrès de la filature et du tissage du coton, et une suite non interrompue d’inventions, telles que le blanchiment par le chlore, les mordants mieux appropriés, les planches à imprimer perfectionnées, le rouleau à imprimer, etc., ont conduit cette industrie à un degré de perfection dont il est impossible de ne pas être frappé. L’art d’imprimer les tissus de colon en couleurs variées a été poussé si loin aujourd’hui, qu’une étoffe qui exigeait au siècle dernier plusieurs mois d’opérations successives avant d’être complétée, peut être aujourd’hui terminée en une journée, depuis le blanchiment de l’étoffe écrue jusqu’à l’apprêt, et portée immédiatement comme robe ou servir à l’ameublement. Mais ceci est un tour de force ;

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Si|7

quelques jours sont ordinairement nécessaires pour la fixation des mordants.^

Angleterre. — Ainsi que toutes les branches spéciales de l’industrie, la manufacture du coton a une physionomie particulière: c’est en Angleterre que nous la trouverons le mieux caractérisée. Sur 2046 fabriques du colon existant en Angleterre en 1866, 1A80 sont situées dans un même comté, le Lancashire : Manchester est la métropole de ce commerce; le surplus est situé non loin de là, dans les comtés avoisinants. En Écosse, l’industrie du coton comptait à la même époque 152 fabriques, concentrées à Glasgow et aux environs, dans les comtés de Lanark et Renfrew.

C’est un fait des plus curieux que celle sorte d’élection de certaines branches de l’industrie qui sont fixées dans certaines localités, sans que rien paraisse avoir dù décider ce choix , à l’exclusion d’autres parties de la contrée en apparence tout aussi bien douées. Pourquoi Manchester, par exemple, est-il le grand centre de la manufacture du coton, Birmingham de la quincaillerie , Bradford des laines, Lceds des draps, Sheffield de l’acier cl de la coutellerie? Ce sont évidemment des causes accidentelles qui ont décidé l’éliiblissement au début; car ces industries étaient déjà fixées bien avant que le charbon minéral jouiU un rôle dans l’industrie : seulement, les conditions ayant continué à être favorables aux exigences nouvelles, l’industrie a continué à prospérer là où elle n’aurait pu subsister, si ces éléments indispensables eussent fait défaut.

OE I.’lNODSTRIE MODERNE.

Manchester est ù peu de distance de Liverpool, où se rend le coton brut de l’Amérique. Il existe ù proximité des lits inépuisables de houille, des fonderies, des forges, des ateliers de construction nombreux, qui impriment une activité prodigieuse au travail. Des cours d'eau ont permis, aux environs de la ville, l’établissement de fabriques d’impression et de teinture du coton, qui aujourd’hui ont acquis un développement considérable. Le mot d’ordre qui semble être suivi de tous à Manchester est le bon marché, le bas prix. C’est vers ce but que toutes les idées sont tournées. Économie sur le temps, sur le travail, sur le capital; produire le plus possible avec le moins de dépense possible, tel est le problème constamment posé, problème complexe, qui chaque jour reçoit une solution dans quelqu’une de ses parties. La loi défend d’employer des enfants et des femmes au delà de dix heures par jour, et comme, sans leur concours, le travail est impossible, la fabrication s’arrête le soir à six heures et le samedi à deux heures et demie. C’est dans ce court espace de temps qu’il faut blanchir, imprimer, teindre des milliers de pièces d’étoffes commandées de la veille.

Le développement de l’industrie du coton est un événement économique de la plus haute portée pour l’Angleterre, et je n’hésite pas à le placer comme importance à côté des progrès dans la métallurgie du fer.

Dans une communication faite à la Société des arts et manufactures de Manchester, M. Henry Ashworth a établi que l’étoffe d’une robe de noce en calicot, qui avait été payée, à la fin du siècle dernier, au prix de 6 shillings le

ARTS TEXTILKS.

yard, puuvailcli’c obtenue aujourd’hui, exactement semblable, au prix de 2 deniers 1/2. C’est une différence de 72 deniers à 2 deniers 1/2! En 1786, une livre de fil de colon coûtait 38 shillings; en 1807, une livre du même fil ne coûtait plus que 6 shillings 0 deniers; en 1820, 3 shillings 6 deniers, et aujourd’hui, 2 shillings 6 deniers (1). Chaque habitant de l’Angleterre consomme annuellement, en moyenne, pour 15 shillings de coton. Il n’existe certainement pas d’exemple plus frappant que l’industrie du coton de ce que peut donner le travail bien entendu. Elle est la confirmation la plus évidente de la vérité des lois économiques si nettement établies par Adam Smith.

L’effet produit par ce subit développement de l’industrie du coton en Angleterre, devenu un moyen de travail et de richesse pour un grand nombre de personnes, s’est manifesté d’une manière vraiment extraordinaire sur quelques points de l’Angleterre, principalement dans le comté de Lancashire. La création de villes considérables et l’augmentation de la population dans cette partie de la Grande-Bretagne ne peuvent trouver d’analogue qu’aux Etats-Unis. En 1774, la ville de Manchester, avec Salford, qui est contigu, contenait 27 240 habitants; en 1831, la population s’élevait à 307 232 habitants. La population de Preston, qui, en 1750, contenait, dit-on, 6000 habitants, s’élevait, en 1851, à 09 542. Les villes environnantes de Blackburn, de Balton, de Wigon, etc.,

(I) EllUon, loc. Cit., |i. 140.

DE L’iiNDl'STRIE MODERNE.

situées dans le même comté, ont vu leur population croître dans la même proportion. 11 ne faut pas se figurer que cette population soit formée d’une réunion d’ouvriers désertant les campagnes pour accourir dans les grandes villes. Cette augmentation porte sur l’ensemble de la population de toute la contrée. Ainsi, les recensements montrent que la population de l’Angleterre proprement dite et de l’Ecosse, qui montait, en 1801, à 10071 bbh habitants, s’élevait, en 1861, à 21 109 951 habitants.

Les progrès de la ville do Liverpool sont de tous les plus extraordinaires. Le port de Liverpool n’est pas le siège de la manufacture de coton, mais il est le grand entrepôt où amvent non-seulement les cotons bruts, mais les matières variées nécessaires à la fabrication dos étoffes; c’est de là également que les articles manufacturés sont exportés dans les autres contrées. Liverpool est devenu le centre d’un vaste commerce, et, sous ce rapport, il est supérieur même à Londres. D’après les meilleures indications qu’on puisse se procurer, la population de Liverpool, en 1700, ne dépassait pas 5146 habitants; en 1760, elle atteignait 18540; en 1770, elle montait à 84 030. A partir de ce moment, l’industrie du coton se développant, Liverpool augmenta rapidement en population : en 1801, elle était de 77 653 ; en 1821, de 118 972 ; en 1831, de 165 175, et finalement en 1851, époque du dernier recensement, la population de Liverpool était do 375 955 habitants.

Glasgow, le centre de l’industrie du coton en Écosse, offre un exemple analogue. La population de cette cité, qui

ARTS TEXTILES. 35t

ne dépassait pus 77 385 habitants en 1801, était de 347 001 en 1851.

M. Bazley (de Manchester), membre du parlement, a publié un travail intéressant dans lequel se trouve indiquée la consommation du coton anglais dans les diverses parties du globe. Ce relevé montre, en premier lieu, quel est le chiffre de la consommation du coton par habitant en Angleterre, chiffre qui peut être considéré comme le taux normal de la consommation des étoffes de coton chez une nation riche et prospère. En second lieu, il montre combien le champ pour les débouchés de l’industrie est illimité, et combien sont chimériques les craintes de concurrence entre les nations industrieuses de l’Europe.

Tuteur

da coUm maaafactardao|UucoaMfnm4 HbbiUnli. par cha(|uu babiUol.

Grande-Bretagne. . 27 512 687 ISshlIl. S den.

ChUI 1 600 000 7 — * 7 —

Pérou 2 000 000 6 — 67 —

Brésil 6 000 000 5 — 11

Les États-Unis 27 000 000 3 — 1 —

lie Portugal 4 530 000 3 — 0 —

Turquie et Égypte. . 26 000 000 1 — 10 —

Inde 150 000 000 0 — 9 —

Chine. 360 000 000 0 — 0 7 — (1).

M. Bazley ne comprend pas dans ce tableau les populations de l’Afrique, où la civilisation doit pénétrer à la suite des hardis voyageurs qui l’explorent en tous sens.

France. — Après la Grande-Bretagne, la France con-

(1) à'ncyclopa4ia IfriUinmea, COTTOM.

1)£ L'i.M)LSTR1£ MOlitn.NE.

somme et fabrique la plus grande quantité de coton. Celte industrie est restée cependant sans beaucoup de développement, jusqu’en 1816 ; mais à partir de celte époque, elle n’a pas cessé de progresser. En 1857, l’importation s’élevait à 92 millions de kilogi'ammes, et la consommation à 73 millions de kilogrammes. Ce cbiffre est considérable sans doute; mais il parait bien faible, comparé à la consommation du coton en Angleterre, qui s’élevait, en 1856, à A03 millions de kilogrammes.

Le nombre des manufactures en France s’élevait, en 1850, à 694, comprenant 3 442 550 broches, employant . 242 428 ouvriers. (Il ne nous a pas été possible de trouver des renseignements plus récents.) A la même époque, le nombre des manufactures dans la Grande-Bretagne s’élevait à 1932, et le nombre des broches à 20 977 017, employant seulement 330 924 ouvriers. Il serait intéressant de connaître quel est le nombre de broches aujourd’hui en activité en France. De 1851 à 186», l’industrie française a employé par année une moyenne de 71 millions de kilogrammes de colon (1).

L’industrie du coton n’a pas atteint en France un développement en rapport avec les ressources de toute nature qu’ofl’re celle contrée. Celte industrie n’est pas encore dominée par le principe de la production au meilleur marché possible. La France occupe le premier rang dans les impressions de goût, dans l’application des couleurs riches aux étoffes de coton ; c’est d’elle que vien-

(I) Dictionnaire universel du commerce, art. Coton, p. STS.

AinS TEXTILES.

nent la plupart des découvertes, des dessins, des genres nouveaux ; l’Alsace réalise de véritables chefs-d’œuvre dans cet ordre ; mais, pour les produits à bon marché, l’industrie cotonnière de la France est dans un état de grande infériorité vis-à-vis de l’Angleterre, de la Suisse et des provinces du Rhin. Certains genres d’étoffes même destinés à l’exportation, comme les étoffes rouges d’Andrinople, jadis fabriqués avec succès en France, ont cessé de l’être, ne pouvant pas lutter de prix avec les produits des autres contrées. Cet état de choses est d’autant plus fâcheux qu’il pèse lourdement sur les classes nombreuses, où se trouvent les consommateurs des étoffes à bon marché, tandis que les étoffes de luxe, tout en faisant travailler, il est vrai, un certain nombre d’ouvriers employés à leur fabrication , s’adressent surtout aux consommateurs riches du pays ou de l’étranger.

Une des causes de cette infériorité de l’industrie du coton se trouve dans la nature même des productions de la France, qui avait moins que toute autre contrée le besoin d’exercer son industrie sur des matières premières venant de l’étranger. La France n’a eu de tout temps avec les colonies que des rapports très bornés ; elle trouvait dans l’étendue même de son territoire, dans les productions variées de son sol, un ample aliment à son activité. Sous le ministère de Colbert, des ouvriers de Gènes, de Venise, de Hollande, furent invités à s’établir à Sedan et à Abbeville, lieux devenus célèbres depuis par leurs fabriques de laine. Dans le sud de la f’rance, des établissements furent formés pour fabriijuer les tissus

l)i; l.’lM)L'STniE JIODtR.NE.

légers destinés au marché de la Turquie. En 1700, les manufactures de France avaient fait des progrès considérables. D’après les recherches statistiques ordonnées par Colbert, en 1669, il y avait déjà , à cette époque, 17 300 ouvriers en dentelles, ou près de 30 pour 100 du noiTiore des ouvriei’s en lainage, proportion singulière qui indique quelle part considérable le luxe occupait dans l’industrie du xvii* siècle. Colbert porta une attention toute particulière aux teintures de la laine, au tissage et à la teinture de la soie, qui se sont maintenus depuis dans un état de supériorité évidente sur les produits de toutes les autres contrées.

Il faut le reconnaître, l’industrie française a conservé jusqu’à nos jours le caractère de l’industrie de goût et de luxe, et les mesures protectrices qui la préservaient de l’aiguillon de la concurrence étrangère ont empêché l’industrie des objets de consommation générale de SC placer au niveau des industries rivales étrangères. Du moment qu’il s’agit d’un objet de luxe, dans lequel le goût, l’habileté du travail manuel ou la combinaison des couleurs interviennent, la France ne connaît pas de rivaux ; mais lorsqu’il s’agit d’un outil vulgaire ou d’une étoffe commune , la lutte sur les marchés étrangers est impossible, et le consommateur français devient la seule ressource de l’industrie nationale. Cet état de choses est anormal ; il compromet les intérêts de l’agriculteur ou de l’ouvrier, obligé de payer des outils pour son travail ou des vêtements pour lui et pour sa famille à un prix beaucoup au-dessus de celui auquel ils pourraient être obtenus.

ARTS TEXTILES

Le principe dominant de l’industrie en Angleterre est justement l’opposé. C’est grâce au bas prix de leurs produits que les industriels anglais peuvent vendre le coton manufacturé aux Américains, malgré un droit de 30 pour 100. C’est grâce à cette modicité des prix que les étoffes anglaises se répandent partout, et font concurrence aux tisseurs primitifs de l’Inde et aux industrieux chinois.

La production à bas prix est la voie nouvelle de l’industrie; c’est là que se trouve la véritable supériorité des nations industrielles de l’Europe. Nous ne rivaliserons peut-être jamais avec la mousseline de l’Inde; mais nous habillerons le plus pauvre d’étoffes que l’on considérait encore au siècle dernier comme des objets de luxe.

Nous ne prétendons pas que la France soit incapable de produire des tissus de coton communs en vue de l’exportation ; nous croyons, au contraire, que cette industrie peut prendre un immense développement dans notre pays, et lutter avec avantage sur les marchés de l’exportation avec les producteurs rivaux de l’Angleterre, de la Suisse et de l’Allemagne. Que le combustible minéral diminue de prix par les facilités de transport et par l’abolition de toute taxe sur le charbon étranger, je ne puis trouver que des conditions toutes à l’avantage de l’industrie française.

< Pouvons-nous, demandai-je un jour à un manufacturier du Lancashire, produire en France les tissus de coton à aussi bas prix qu’en Angleterre? — Certainement oui, me répondit-il, mais à la condition d’employer les mêmes moyens que nous. »

L’industrie de l’impression et de la teinture des étoffes

DE L’|!SDUSTB1E MODEIINE.

(le colon est une industrie toute française. Les Anf-lais reconnaissent tous que c’est de la France que sont venus la plupart des perfectionnements chimiques qui ont amené cette industrie au point où nous la trouvons aujourd’hui. C’est à Berthollet, un chimiste français, que l’on doit le moyen de blanchir l’étoffe par le chlore. C’est en Alsace que sont nés le plus grand nombre des procédés ingénieux de fixation des couleurs. C’est de la France également que sortent ces dessins, ces combinaisons de nuances variées qui transforment le vulgaire coton en une véritable étoffe de prix.

Suisse. — La consommation du coton en Suisse est considérable. L'industrie cotonnière existe sous plusieurs formes dans cette contrée. Le coton brut est filé et tissé par les moyens mécaniques ; des fils de coton provenant d’Angleterre sont tissés pour la fabrication de certains articles ; des tissus importés d’Angleterre sont teints, imprimés ou brodés. L’industrie du coton, en Suisse, est l’exemple le plus frappant du résultat que l’entrée libre, ou sous un droit modéré, des produits étrangers peut avoir sur le développement du travail chez un peuple industrieux. Ainsi , par des circonstances particulières , les femmes de certaines parties de la Suisse peuvent broder des mousselines à très bas prix. Ces mousselines sont lissées en partie dans la contrée; mais les fils qui composent le tissu ne pourraient être filés avec avantage dans le pays; aussi viennent-ils en majeure partie d’Angleterre. Dans certaines parties de la Suisse, on imprime ou l’on

ARTS TEXTILES

teint avec avantage les cotons écrus; mais le calicot produit dans la contrée ne pourrait suflire à la consommation, il vient en majeure pîirtie d’Angleterre. C’est grAce à cette facilite pour la Suisse de se procurer les matières sur lesquelles son industrie peut le mieux s’exercer que ce pays exporte au loin des étoffes de colon, tout en se trouvant situé à une distance considérable des ports où arrive la matière première. C’est ainsi que placée, par la difficulté des transports, dans des conditions matérielles infiniment plus désavantageuses que Rouen et que Tarare, la Suisse produit cependant à un prix tellement inférieur que, sur les marchés de l’exportation, elle l’emporte sur les produits français et rivalise avec ceux de l’Angleterre. Les industriels suisses font venir des produits chimiques de Manchester, du silicate de soude, par exemple, qui se fabrique dans cette ville mieux que partout ailleurs. Ils choisissent dans toutes les contrées de l’Europe les produits qui leur conviennent le mieux par leur bas prix ou leur qualité. Peut-on s’étonner qu’ils arrivent à produire dans des conditions exceptionnelles? C’est là la véritable cause du bon marché auquel les industriels suisses peuvent produire, par exemple, les étoffes teintes en rouge d’Andrinople, ou les tissus imprimés destinés à Java, ou à l’Inde, ou aux peuples de l’Afrique.

Prusse. — La manufacture du coton a trouvé sa voie en Prusse depuis quelques années seulement, et la contrée ne suffit pas encore complètement à sa consommation. En 1857, il existait en Prusse des filatures

DE l’industrie MODERNE.

ayant 425 000 broches en activité (1). Le siège principal des manufactures se trouve dans les provinces rhénanes, à Eiberfeld, où il existe de nombreux établissements d’impression et de teinture, dont quelques-uns sont renommés pour la teinture en rouge solide, dit rouge turc ou rouge d’Andrinople.

Saxe. — Dans aucune partie du continent, l’industrie manufacturière n’a été poussée aussi loin qu’en Saxe, eu égard à la population. C’est dans les régions montagneuses de l’Erzgebirge que les manufactures sont exploitées avec le plus de développement. Dans ces régions, on trouve non-seulement des villes manufacturières, mais dos villages dont la dimension, l’architecture, l’activité, le nombre d’affaires dépassent celle de maintes villes. La première ville manufacturière est Chemnitz. Plus de la moitié de la population est engagée dans les manufactures. Les tissus de coton de la Saxe rivalisent par la finesse, la qualité cl le bas prix avec ceux de l’Angleterre et de la Suisse, avec laquelle la Saxe peut se comparer sous beaucoup de rapports. En 1858, on comptait en Saxe 134 filatures comprenant 604 500 broches (2). La majeure partie de ces établissements emploie la force motrice des chutes et des cours d’eau.

AmuciiE. — Les manufactures de l’Autriche ont con-

(I) Bncyclofmdia Britannica.

(S) ElKion, A Handbook of lheCollon Tradé, p. 15T.

ARTS TEXTILES

servé deux aspects bien tranchés. L’ancien travail subsiste encore à côté des procédés modernes les plus perfectionnés. L’industrie est pratiquée dans tous les grands centres de population, mais jamais sur une très grande échelle. Il n’existe nulle part de ces grands centres d’industries comme en France, en Angleterre et en Belgique. Le tissage est encore pratiqué dans les maisons privées, et l’industrie domestique lutte encore avec succès contre les procédés du travail moderne. Le filage à la main de la laine et du lin, qui a toujours été l’occupation des femmes, continue encore aqjourd’hui, malgré la concurrence des machines.

. L’Autriche se ressent, pour l’industrie du coton, des désavantages d’une situation intérieure sans accès facile avec la mer. Les richesses de l’Autriche consistent surtout dans scs produits agricoles. On ne peut donc s’attendre à trouver un grand développement de l’industrie du coton en Autriche. En effet, le nombre des filatures, en J85A, n’aurait pas dépassé 189, et le nombre des broches 1 533 243 ; le nombre des métiers, principalement à bras, se serait élevé à 24099 (1).

Il existe cependant en Autriche et en Bohème des établissements d’impression et de teinture de calicots dont les produits rivalisent en beauté et en fini avec ce que la

France et l’Angleterre peuvent produire de mieux.

Belgique. — L’industrie du coton ne s’est développée que

(I) Elliion, Coflon Trade, p. 160.

DE L’iNDUSTBIE MODERNE.

tard en Belgique; l’impression des tissus y est peu avancée. L’industrie des tissus lins y a fait de notables progrès.

Russie. — Les manufactures de coton se sont développées avec une étonnante rapidité depuis quelques années dans l’empire russe. Cette industrie s’est concentrée principalement dans les gouvernements de Moscou et de VVladimir. A l'heure qu’il est, il existe 480 filatures, comprenant 1 500 000 broches ; la moyenne des broches étant de 4000 par établissement; mais ce chiffre est probablement au-dessous de la réalité. Le tissage des étoffes se fait en partie dans des manufactures, mais aussi dans les maisons des paysans, auxquels les ûls sont fournis par les imprimeurs en calicots. La teinture des calicots russes est souvent inégale et la dimension des pièces irrégulières, ce qui les rend inférieurs à leurs concurrents anglais sur les marchés de l’Asie. Les établissements d’impression et de teinture ont atteint en Russie un degré de perfection comparable à celle des établissements similaires anglais et français. Moscou est le grand marché, soit pour l’achat de la matière première, soit pour la vente des objets manufacturés. Les machines et le matériel employés dans cette branche de fabrication proviennent de l’Angleterre, de la France, de la Belgique et de l’Allemagne (1).

La Russie tirait presque uniquement de l’Angleterre le coton consommé par ses fabriques; mais à la suite de

(1) Abstracl of Reports on lhe Tradeof t'arious Couniriet and Places, 1857, p. 112.

ARTS TEXTILES

la dernière guerre, le colon commence à arriver directement en Russie des lieux de production. Dans l'année 1856, 124 000 balles, et en 1857, 70 000 balles ont été reçues directement des États-Unis. Les conditions naturelles pour la culture du colon existent en Russie. Celte production a été très développée dans ces dernières années. Toutefois la qualité du produit est inférieure, et quoique certaines parties du sud de l’empire soient très aptes à la production du coton, il s’écoulera un long temps avant que la Russie devienne indépendante des États-Unis, surtout en présence d’une consommation qui augmente chaque jour avec une grande rapidité. Le principal débouché des manufactures de colon russe est le commerce avec la Chine, par Kiachta, où le thé et les autres produits du Céleste Empire sont échangés contre les produits des manufactures russes.

Inde. — L’Indien produit avec un métier imparfait, mal construit, des tissus de coton dont on ne peut s’imaginer la ûnesse et la légèreté , si on ne les a vus. Les prix que les grands ont toujours accordés à ces étoffes de l’Inde s’expliquent parfaitement. On a cru pendant longtemps que la matière première du coton de l’Inde était d’une qualité supérieure; c’est une erreur : rien n’égale et ne surpasse le coton américain de Sea- Island. La finesse des tissus des mousselines de l’Inde n’est due qu’à l’habileté du toucher du travailleur dans les procédés du filage et du tissage. Les mousselines communes étaient fabriquées presque dans chaque village

DE L’mDDSTBIE MODEBNE.

dans la péninsule. 11 était difficile de ne pas trouver un village dans lequel chacun, homme, femme et enfant, ne fût pas employé à la confection d’une pièce d’étoffe. Les mousselines les plus fines étaient faites à Bacca. Elles étaient destinées aux potentats de la contrée; mais depuis la possession du territoire de ces provinces par la Compa* gnie des Indes, la demande a presque complètement cessé, et nne quantité considérable de la population s’adonne maintenant â la culture de l’indigo. Chaque district se distingue d’un autre pr la nature de ses productions : ainsi c’est à Madras que sont faites les étoffes longues; les étoffes grossières et pullicats se font à Surate, les calicots les plus fins à Masulipatam, et les étoffes de table à I^tna. De là viennent les dénominations diverses données aux étoffes de l’Inde (1).

L’introduction des machines en Angleterre a complète* ment changé les rapports commerciaux avec l’Inde. Au début de la possession des Indes par les Anglais, les chargements consistaient presque entièrement en produits manufacturés; ils consistent au contraire aujourd’hui en produits du sol (Indigo, coton, laine, soie brute, salpêtre, etc.). Mais aucune perturbation fâcheuse ne s’est fait sentir dans la condition des populations par suite de ce changement. L’ouvrier indien était en même temps cultivateur et alternait toujours dans ses occupations; aujourd’hui l’agriculture l’absorbe de plus en plus. Le tableau suivant indique la différence entre le prix actuel du coton

(1) Bneyelop»(Ua Britanitlea, x’Cottoh.

ARTS TEXTILES

filé par les Indiens et du coton filé par les machines en Angleterre :

riL DE COTON ANGLAIS 1854. FIL DE COTON INDIEN.

Prix du coton TmviU Prix Prix du colon Travail Prix

par livie.

par livre.

par livre.

par livre.

par

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