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Chine. — La fabrication du coton en Chine est très étendue, destinée uniquement à la consommation intérieure; mais son origine est relativement de date récente. Dans le vii’ siècle, la plante du coton est déjà mentionnée, mais sa culture était limitée aux jardins, et ce ne fut qu’au xi* siècle que cette plante fut transportée des jardins aux champs et devint un objet de culture générale. A l’époque de la conquête par les Tartares mongols, tous les encouragements furent donnés à la fabrication des étoffes de coton ; mais la nouvelle industrie rencontra l’opposition des préjugés ligués avec les intérêts des fabricants de soie et de laine (1). Ce ne fut qu’en i 368 que tous les obstacles furent surmontés, et à partir de ce moment, les progrès de la manufacture furent si

(1) Bainei, loc. cit., p. SO.

36Zi

rapides, que maintenant les neuf dixiémes de la population portent des vêtements de colon. Mais celle fabrication reste stationnaire ; son but est uniquement la consommation intérieure.

Les cotons chinois manufacturés à la main luttent avec succès contre les produits des machines de l’Angleterre ; il y a cependant progrès du côté des Européens, et les nouveaux règlements concernant le commerce avec la Chine faciliteront nécessairement l’introduction des produits étrangers dans celle contrée (1).

Aujourd’hui la Chine lire du dehors la presque totalité du coton employé à la fabrication des tissus, les terres employées à la culture du colon ayant été, dans la crainte des disettes, presque entièrement appropriées à la culture des céréales. La Chine produirait 500000 halles de coton, ou 75 millions de kilogrammes; elle en recevrait 45 millions de l’Inde et de l’Amérique, et consommerait 10 millions de kilogrammes de tissus manufacturés. La somme totale de la consommation du coton dans l’empire de la Chine serait de 130 millions de kilogrammes, chiffre des plus faibles pour une population de 307 à 400 millions d’habitants (2). On a calculé que la consommation du coton en Chine pourrait s’élever à 750 millions pour être en rapport avec sa population, au lieu de 150 millions qu’elle consomme aujourd’hui.

Perse. — Le coton est d’une production presque uni-

(1) Oliphant, China and Japon, vul. U, p. 2Si.

(2) Dictionnaire du commerce, art. Coton, p. 806.

AinS TEXTILES.

vci sclle en Perse, oii il esl à très bas prix. Les Russes en achèlenl une petite quantité ; mais la majeure partie est manufacturée dans la contrée. La production du coton brut poun’ait être considérablement augmentée. Les calicots imprimés de la Perse ont joui d’une grande réputation ; mais aujourd’hui ils sont dépassés par les produits de l’Inde et de l’Europe. 11 existe cependant toujours un genre de fabricjàlion particulière distinguée par des dessins particuliers de fleurs en couleurs voyantes sur un fond blanc, bleu ou rouge. Ces étoffes sont employées comme gilets, robes, etc. ; elles sont souvent d’un prix très élevé (1).

Japon. — Cette contrée, jadis ouverte aux Européens, est restée pendant près de deux siècles presque inaccessible aux nations civilisées de l’Europe, et même au peuple voisin, les Chinois. Aujourd’hui, le Japon est on rapport avec les étrangers, et le commerce s’enquiert avec intérêt des ressources que peuvent présenter ces îles riches et fertiles. 11 n’est peut-être pas de contrée où l’on emploie une aussi grande quantité de colon qu’au Japon. La culture delà plante est très soignée; elle se place en importance à côté de celle du riz ; sa qualité semble être la même que celle des Indes occidentales. La contrée en produit une quantité immense, et presque tous les habitants sont habillés d’étoffes de colon (2). Les Japonais déploient une grande habileté dans la fabrication des tis-

(1) Frazer, page 358.

(2) Japon and the Japonese, by Captaiii Galoidne, tS52, vol. Il, p. 1 59.

SUS de colon; mais ils sont cependant inférieurs à l’Indien pour la peiTeclion du travail. Les Japonais ignorent l’usage des vêtements de laine ; leurs vêlements d’hiver sont matelassés, soit avec du colon, soit avec de la soie en laine. Les cotons imprimes, les étoffes de coton variées sont produites par les habitants. Les Japonais ne connaissent pas l’usage des mouchoirs de poche de colon ou de toile ; ils se servent d’un carré de papier, qui, du reste, est doux et flexible comme une étoffe.

Le colon forme avec la soie la matiéi-e première de tous les tissus. Les étoffes de soie sont très répandues, f Matimai, dit M. Galowine, est considérée comme une très pauvre ville; cependant, nous vîmes constamment les gens de tous les rangs, surtout les femmes, en vêlements de soie. Les jours de fête, même les simples soldats portent des vêtements de soie (1). »

Nous terminerons celte élude par quelques détails historiques sur l’impression ou la teinture des étoffes de coton. L’impression du calicot n’a probablement pas été pratiquée en Europe jusqu’au xvii' siècle. On ne sait pas exactement dans quelle contrée elle fut d’abord introduite. Au commencement du xvm' siècle, Augsbourg était célèbre pour ses lins et ses colons imprimés; mais il n’est pas aisé d’obtenir des renseignements exacts sur l’inlroduction de celle industrie. Cette cité a fourni pendant longtemps des coloristes et des teinturiers à la Suisse et à l’Alsace,

(I) Loc. eU., p. 160.

ARTS TEXTILES

CO <|iii prouve rétablissement antérieur de ccl art à Augsbourg. La manufacture des toiles peintes s’établit en Suisse, où elle prit un grand développement, fondée par des réfugiés français, puis à Mulhouse, où elle n’a pas cessé de prospérer et de se développer depuis plus d’un siècle.

L’origine de l’impression du calicot en Angleterre date d’environ l’année 1690, époque à laquelle une petite fabrique fut établie sur les bords de la Tamise, à Richemond , par un Français probablement réfugié à la suite de la révocation de l’édit de Nantes. En 1700, les étoffes de calicots imprimés de l’Inde, de la Perse, de la Chine, furent prohibées en Angleterre, afin de protéger les étoffes de laine et de soie fabriquées dans la contrée. Comme le public avait été habitué pendant un certain temps à porter les belles toiles de Perse, on continua à imprimer en Angleterre les colons blancs de l’Inde écrus qui étaient encore admis sans droits. En 1712, celte branche d’industrie était devenue assez étendue pour engager le parlement à imposer un droit de 8 deniers par aune carrée sur les calicots imprimés, peints ou teints. La moitié de ce droit était imposée sur les étoffes de lin imprimées. La prohibition des calicots imprimés de l’Inde ne pouvant être aussi complète qu’on l’aurait désiré, il fut défendu par un acte, en 1720, do faire usage ou de porter aucun calicot teint ou imprimé, de quelque origine qu’il fût, qu’il ail été fabriqué à l’extérieur ou dans la contrée même.

L’effet de celle loi fut d’arrêter complètement, en Angleterre, l’impression du coton et de la limiter uniquement aux étoffes de lin. En 1736, il fut de nouveau permis

DE L'INULSIKIE MODEKNE.

(l’imprimer des étoffes mélangées de lin cl de coton, et ce genre de fabrication se répandit, quoique limité à la production des étoffes mélangées de colon cl de lin, tissées dans la contrée même. En 1750, il s’imprimait annuellement environ 50 000 pièces de colon et de lin ; celte fabrication était principalement concentrée dans les environs de Londres. A celte époque, cet art avait déjà acquis une certaine perfection dans l’imitation des éloiïes de l’Inde (1).

« Pendant plus de la moitié du xvm' siècle, dit M. Persoz en parlant de la France, ses fabricants d’indienne ne purent faire que de vains efforts, gênés qu’ils étaient en tout, soit par les lois et règlements de celle époque, qui ne leur accordaient qu’une tolérance partielle, soit pard’aulres industriels appartenant aux maîtrises et jurandes, qui prétendaient que les indiennes nuiraient à la fabrication de leurs toiles de lin et de chanvre ou à celle de leurs étoffes et de leurs draps. De son côté, la compagnie des Indes établie à Paris exerçait un autre genre de tyrannie, et forçait les imprimeurs d’acheter ses toiles à gi os deniers. On comprend qu’avec de pareilles institutions, avec des privilèges aussi monstrueux, et dans l’ignorance où l’on était du manœuvrage, de la fabrication des outils et des machines, de la composition des drogues, etc., l’industrie de l’indieiine ail eu de la peine à s’établir en France. Cependant le gouvernement, plus éclairé et plus juste que ne rétaienl des individualités intéressées, auto-

(I) Bancrofk, Philosophy of yennanenl Colour$, vol. I, p. Iviii,

ARTS TEMTI.KS.

risa par lellres patontos |)lusieurs manuracliires d’indiennes, au nombre desquelles nous voyons, en Normandie, celle du nommé Abram Frcy (de Genève), el aux environs de Paris, celle du célébré Obcrkampf (1). »

Deux causes conlribuèrent à donner un dcvelo|)pemenl vraiment prodigieux à Tinduslric de l’impression des tissus. En premier lieu, la racilité de se procurer des calicots blancs écrus à bas prix au moyen des machines à filer, et en second lieu, les decouvertes dans le domaine de la chimie, qui transformaient les procédés empiriques des Indiens, imités servilement jusqu’alors, en procédés chimiques pouvant être modifiés et perfectionnés. La découverte des procédés de blanchiment par le chlore, due ûBerthollet, a eu une infiuence décisive sur le développement de l’industrie des tissus de coton. Jusqu’aloi's le mode de blanchiment exigeait un espace de temps de six à huit mois. 11 consistait à plonger l’étoiïe dans une lessive alcaline pendant plusieurs joui"s, puis à la laver avec soin et à l’étendre sur le pré pendant plusieurs semaines. Ces opérations étaient alternativement répétées cinq ou six fois. L’étoffe était ensuite maintenue pendant quelques jours dans du lait aigre, puis lavée et étendue de nouveau sur le pré. Ces procédés étaient répétés, en diminuant chaque fois la force du bain alcalin, jusqu’à ce que l’étoffe eût acquis la blancheur voulue (2).

L’art de blanchir les étoffes était si peu avancé dans la

(1) Travaux de la Commission françaiie, t. Il, p. 3.

(2) Encyclopœdia Britannica, art. Blcaciiing.

1>E l’isdustbie mooeh.ne.

Grande-Bretagne, (jue presque tous les lins nianuracturés en Écosse él.aient envoyés en Hollande, où ils étaient blanchis parle procédé qui a été indiqué, dans les environs de Harlem, où les étoffes étaient retenues pendant plus d’une demi-année. C’était là le procédé antique employé par les Indiens, qui remplaçaient toutefois le lait aigri par le jus de citron, dans certaines parties de la contrée. Pour d’autres, le lait de bufflonne est encore employé (1). Le premier perfectionnement dans le blanchiment des étoffes consista dans la substitution de l’acide sulfurique délayé dans beaucoup d’eau au lait aigre, ce qui diminuait de (juatre mois le temps néces.saire au blanchiment. L’application des propriétés décolorantes du chlore transforma ces procédés longs et coûteux, et de perfectionnements en perfectionnements, le blanchiment est arrivé aujourd’hui à n’exiger plus qu’une opération d’une durée de quelques heures. La connaissance de la propriété des ingrédients chimiques mit à la disposition de l’industriel un grand nombre de substances sinon nouvelles, au moins d’un emploi devenu facile et d’un prix des plus modiques. Les moyens mécaniques n’ont pas eu moins de part à ces progrès ; et parmi tous, le rouleau à imprimer, qui permet d’obtenir mécaniquement, et d’une manière continue, une quantité en quelque sorte illimitée d’étoffe imprimée (2).

Les progrès de l’industrie du coton sont liés aux pro-

(1) Baines, (oc. cil., p. 247.

(2) Oii trouvera les détails les plus circonstanciés sur l’impression du coton dans le Traité d« l'impression des tissus de .M. l’ersos.

Aiirs tkxtii.es.

grès des antres iiidnslries. La iacilitè pour les plus pauvres de se procurer à l)as prix du linge et des vètemcnls est uu grand bienl'ait. Aussi dnit-on accueillir avec salisfaction tout ce qui peut augmenler la production et diminuer le prix de cet objet de première nécessité (1).

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