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INDUSTRIE DU LIN

Le lin était cultivé dés la plus haute antiquité : l’Égypte paraît avoir été le siège principal de cette culture. L’industrie des étolTes de lin aurait appartenu principalement à l’Egypte, comme l’industrie du coton avait appartenu à l’ilindoustan, celle de la soie à l’Asie orientale, et celle de la laine à l’Asie occidentale. Celte industrie s’est développée de bonne heure en Europe, où elle prit une grande extension dans les Flandres. Les grosses toiles de lin et de chanvre ont été longtemps l’étoffe la plus répandue dans les campagnes de la France, de la Suisse et de l’Aiieinagne, où le chanvre et le lin croissent facilement, cl où les étoffes de coton, plus fines

( I ) M . Louis Reybaud a commencé la lecture d'un rapport fait i l'Académie des sciences morales et politiques, sur la condition morale, intellectuelle et matérielle des ouvriers qui vivent de l'industrie du coton {Complet reudut, janvier tS6l, t" livraison). M. Reybaud s'csl inspiré, dans cc travail, du même esprit qui l’a si heureusement dirigé dans son enquête sur les conditions de l'industrie de la soie. Nous regrettons de n'avoir pu mettre à pro&t ces recherches ; notre étude sur l'industrie du coton y aurait beaucoup gagné.

Dt: I.’INUUSTIUK MUDKIIM..

et à plus lias prix, ne parviennent rpic (lillicilemeiit à remplacer aujourd’hui les toiles de lin.

Le lin peut être cultivé avec succès en Angleterre. Le sol de l’Irlande parait surtout très bien approprié à celle culture, qui a été encouragée par tous les sacriticcs de la part du gouvernement anglais depuis prés d’un siècle et demi. Aujourd’hui, cette culture s’étend considérablement : en 1847, le sol cultivé en lin n’était que de 58 312 acres ; en 1851 , il comprenait 149 350 acres.

La Russie produit des quantités considérables de lin et de chanvre, dont il est exporté de notables quantités en Angleterre.

Le lin de Flandre ou de Hollande est d’une belle qualité. Le lin est cultivé sur une grande échelle en Égy|»le. Pendant ces dernières années, quelques ports d’Italie, qui recevaient jusqu’alors exclusivement du lin de Russie, ont été approvisionnés à des prix plus avantageux par Alexandrie en Égypte. On cultive le lin sur une très grande échelle dans le nord de la France.

Tous les pays ne sont pas également propres à la culture du lin. Une croissance lente depuis la germination jusqu’à la maturité est nécessaire pour la qualité et la persistance de la fibre. Aussi trouve- t-on que les contrées qui approchent des limites nord de la zone tempérée sont les plus favorables pour le lin. Un été très chaud et très court produit une croissance trop rapide, et, quoique la quantité de fibre soit considérable, elle n’est jamais très line. Cela est démontré pour la Russie, qui, dans une exportation qui atteint fréquemment 40 000 à 50000 tonnes

ARTS TEXTn.ES.

par année, no vend jamais la lonne au-dessus de 48 livres sterling , tandis qu’en Belgique, en Hollande et dans les anciennes Flandres, le prix monte parfois à 160 livres et 180 livres sterling par tonne. La meilleure qualité de lin anglais se vend 65 à 70 livres sterling par tonue et quelquefois 86 livres. L’humidité est favorable à la culture du lin. Les étés brûlants de la Russie et de l’Égypte causent la sécheresse et la cassure de la fibre, et l’empêchent de conserver l’élasticité et la souplesse qui caractérisent les lins de la Hollande, de la Belgique, de la France et de l’Irlande.

En Égypte, quoique la plante atteigne un grand développement dans les riches alluvions du Nil, la fibre n’a pas de finesse, et malgré les efforts faits i>our perfectionner la culture et la préparation du lin dans cette contrée, sa valeur ne dépasse pas 44 livres sterling par tonne (1).

Lu plante du lin consiste principalement en deux parties , une partie ligneuse et une partie extrêmement fibreuse, qui constitue le fil de lin. Ces deux parties sont réunies par une matière glutineuse, non soluble dans l’eau seule, et qui exige, avant (|ue la fibre puisse être séparée du ligneux, une opération particulière, le rouissage. L’ancien procédé de rouissage consistait à exposer la lige de lin à l’air et à l’humidité, dans des circonstances favorables à la fermentation ou à une sorte de putréfaction qui détruisent la matière glutineuse de lu tige, dont la fibre peut se retirer. Mais, soit que cette sorte de fermentation s’effectue en

(I) F. Ruyles, Fibrout Plants of India.

OF. l’industrie moderne.

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exposant le lin pendant quelques semaines à l’action de la rosée ou de la pluie répandue sur les prés, soit qu’elle soit elTectuée par l’immersion dans des étangs ou des puits d’eau stagnante, soit enfin en le plongeant dans de grands paniers dans le fond d’une rivière profonde et d’un cours d’eau lent, ces opérations offrent de sérieuses difficultés pratiques, qui ont attiré longtemps l’attention et stimulé les recherches.

Fendant la fermentation lente, il s'échappe des vapeurs malsaines. Ces émanations putrides ont été trouvées si nuisibles dans quel<|ues districts de la Belgique, Hainault et à Namur spécialement, que ce procédé a été défendu par une loi comme dangereux pour la santé publique.

Des modes particuliers de rouissage du lin sont suivis dans plusieurs districts de la Belgique, de la Hollande, de la France, et dans différentes localités ces modes de rouissage, qui ont été longtemps mis en usage, comprennent souvent des variations considérables de principes. Ainsi, à Courtrai, la récolte du lin est séchée dans le champ et conservée plusieurs mois en grange avant de subir le procédé de rouissage dans la rivière de Lys. Dans le district de Waes, le lin e.st roui immédiatement après avoir été récolté, les tiges vertes étant plongées dans des puits d’eau stagnante.

Comme toute l’opération dépend du degré de fermentation produite, qui doit être suffisante pour déterminer la décomposition de la matière glulineuse, mais pas assez pour altérer la fibre, le procédé est en conséquence

ARTS TEXTII.es.

lent et très incertain, surtout à la fin de l’opération, parce que le lin doit être soigneusement surveillé, afin d’arrêter la fermentation aussitôt que l’effet désiré est obtenu. Le rouissage par la rosée est naturellement encore plus lent (|ue le rouissage à l’eau, dépendant de la nature de la saison et considérablement retardé par le temps sec.

Pendant le dernier demi-siècle, des tentatives variées ont été faites pour opérer la séparation de la partie fibreuse de la tige de lin du ligneux, soit cbimiquement, soit mécaniquement. Dans plusieurs cas, les résultats semblaient très satisfaisants, mais chaque fois on a rencontré des objections pratiques insurmontables. Parmi les agents chimiques, tes dissolutions d’acide sulfurique, de potasse et de soude caustique, la chaux vive, le savon doux, ont été essayés, puis abandonnés. Le procédé Scbenck consiste à plonger les tiges de lin dans de l’eau chauffée artificiellement, au point le plus convenable pour la fermentation. Par ce moyen, l’opération est rendue plus rapide et plus certaine. Le procédé par l’eau chaude n’est pas entièrement nouveau, il a été employé par les Malais et par les natifs de Rungpoor, dans le Bengale. Un procédé en usage chez les Hollandais, dans le milieu du siècle dernier, consistait à faire bouillir le lin dans une lessive alcaline faible, et à le traiter ensuite par du petit-lait acide, afin d’enlever l’alcali et de dissoudre les impuretés terreuses présentes dans la fibre. L’ébullition fut préconisée en Irlande en 1787, et excita beaucoup d’intérêt et beaucoup d’espérances. Mais tous ces procédés ont été abandonnés, à cause de leur coût excessif.

l)K f.’iNnrSTRIE MODKnXt.

A l’opération ihi rouiss/i^jo sucrédenl le teillafje et le peigmrie.hc teillage, appelé aussi broyage ou mari|uage, a pour but d’écraser la partie ligneuse de la lige du lin et de la séparer de la partie corticale. X^'espudage, ou raclage, a pour but d’enlever les brins ligneux restés adhérents à la filasse à la suite du broyage.

Les lins se divisent en plusieurs espèces; ils se classent, sous le rapport de la couleur, en blancs, gris et roux. Le lin blanc est un des plus estimés. Les environs de Valenciennes et de Douai en fournissent d’assez grandes quantités provenant des lins dits ramis, à cause de la précaution que prennent les cultivateurs de soutenir les lins au moyen de pieux et de palissades à claire-voie.

La France a été la première à s’occuper d’appliquer au lin les moyens de filature automatique employés pour la laine et le coton. De lA les essais de Berthollet, de Clays , de Molard et de Bauvens , entrepris à Paris, dès l’an 1800, pour transformer les fibres de lin et de chanvre en produits analogues à ceux que présente le coton. Dans ces essais, les fibres de lin étaient lacérées en petits bouts, maillées et réduites à l’état cotonneux ; elles étaient ensuite soumises à un véritable cardage, et présentées ensuite aux machines à filer ordinaires, qui les transformaient eu fils grossiers du n° 10 ou 12 au plus. D’autres tentatives pour composer un système de machines propres à filer le lin se succédèrent de 1797 à 1808, où plusieurs brevets furent pris ayant tous le même but, la filature du lin. D’après le rapport adressé au gouvarnement français, en novembre 1810, par MM. Monge,

A BTS TEXTILES.

Joly de Bonneville, Bardet et Molard , ce sont ces premières tenlalives qui auraient donné à Napoléon T' l’idée d’ouvrir le célèbre concours relatif à la filature de celte matière, afin de rendre le fil de lin propre à fabriquer un tissu égal en finesse à celui de la mousseline de coton (1).

Le coton et la laine étaient filés par des moyens mécaniques depuis un grand nombre d’années, tandis que la filature du lin restait encore limitée à l’emploi de la quenouille et du rouet primitif. On avait cherché en vain à appliquera la filature du lin les procédés en usage pour la filature mécanique du coton et de la laine, mais sans succès pour les fils de quelque finesse. Quoique le prix mis au concours par Napoléon 1" n’ait été remporté par personne, on s’accorde aujourd’hui à reconnaître Philippe de Girard comme ajant découvert le moyen de filer le lin à la mécanique, ou au moins d’avoir surmonté les premières difficultés.

c M. de Girard, dit M. Legenlil, remplaçait le travail de la main de la fileuse, dont les doigts vont chercher dans la poignée de lin la petite quantité de brins dont elle a besoin, par une série de petits peignes qui, s’élevant et s’abaissant l’un après l’autre, pénètrent dans le ruban de lin, en divisent les filaments, les maintiennent bien parallèles, et les conduisent ainsi jusqu’au cylindre clireur. La fileuse au rouet humectait les brins avec sa salive. M. de Girard fait passer le ruban ou le gros fil à travei-s un réservoir d’eau chaude. L’effet de cette immersion est de dissoudre la matière glutineusc qui colle entre elles les

(I) Poncelet, Tra\'Ou.r de la Cummitsion française, t. III, p. 152.

DE I.'INDDSTRIE MODERNE.

ntirilles dont le filament est composé, et en les amollissant, de leur permettre de glisser les unes sur les autres dans l’étirage. Ce n’est que par ce moyen seulement que le lilage mécanique peut atteindre à un degré illimité de finesse. Du jour, dit M. Legentil, que l’on a fait emploi du système de l'eau chaude et des peignes sans fin, la révolution a été accomplie, et son invasion a été si subite et si générale en Angleterre, qu’en moins de dix ans à partir de sa date, de 1820 à 1824, on comptait plus de cent filatures en activité, dont quelques-unes contiennent plus de <10 à 40 000 broches. Pendant plus de quatorze ans, l’Angleterre a été la seule à exploiter la filature mécanique du lin sur une grande échelle. Lorsque, vers l’année 1834, quelques fabricants français s’occupèrent de l’introduire en France, ils durent à leur tour emprunter à l’Angleterre les machines perfectionnées dont elle faisait un usage si heureux (1). »

Le chanvre et le lin sont cultivés sur une large échelle en Russie; ils sont consommés, non-seulement par les manufactures de la contrée, mais une grande quantité est destinée à l’exportation. Mais en Russie les manufactures de lin sont aujourd’hui plutôt en déclin. La culture du chanvre au Canada avait acquis une grande importance pour l’Angleterre pendant la guerre avec la Russie. Les Anglais admettent qu’ils pourront, dans la suite des temps, au moyen du Canada, se rendre indépendants des marchés étrangers. La quantité de chanvre et de lin produite au

(I) Legentil, Travaux delà Commistion française, vol. IV, p. 5.

ART* TEXTILES

Canada montait, en 1852, à 1 917656 livres sterling, environ 800 tonnes (1).

La manufacture du lin semble, dans l’avenir, devoir appartenir à la France, comme celle du colon appartient à rAnglelerre. Elle possède la matière première d’une qualité supérieure, et nul doute que lorsque l’industrie française sera entrée dans la voie nouvelle que lui ouvrent les réformes commerciales, la manufacture du lin n’atteigne en France la supériorité de l’industrie de la soie.

La fabrication du lin en Prusse a une renommée anciennement établie. La filature de lin à la main continue à être une occupation favorite pour les soirées d’hiver, et produit plus de fil dans son ensemble, même à l’heure qu’il est, que toutes les machines à filer. Des métiers à la main sont mis en mouvement dans les heures de loisir; il en existe encore au moins 800 000 contre 204 établissements à tissus, munis de machines.

La toile de Silésie est considérée comme la meilleure toile par sa légèreté; la toile de Westphalie est renommée pour sa force. D’excellents damassés sont faits aussi dans les provinces saxonnes.

Dans le Hanovre, les filés et les tissus de lin forment la principale branche d’industrie de la contrée.

En Autriche, le lin est lissé dans chaque province de l’empire; mais les qualités les plus fines sont produites dans la basse Autriche, la Moravie et certaines parties de la bohème. Ces contrées produisent peu pour l’extérieur do l’empire, mais une quantité considérable pour les provinces

(I) Eneyclopœdia Brilanniea, ▼* Canada.

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Ut: l.’lNUrSTRIE MODERNE.

adjacentes. Le filage à la main du lin, comme celui de la laine, a loujoui's été l’occupation des femmes; il continue aujourd’hui, malgré la concun'ence des machines.

En Belgique, l’industrie du lin et du chanvre est, malgré beaucoup de vicissitudes, l’industrie textile la plus ancienne et la plus importante de la contrée. En 1846, 29 872 hectares de terrain étaient consacrés à la culture du chanvre. Les manufactures emploient 60 023 personnes. L’exportation, soit de la matière première, soit des tissus, est considérable; elle s’élevait, en 1850, à 32273 000 francs (1).

L’industrie du lin est aujourd’hui très prospère à Belfast, au nord de Irlande. Cette partie de l’Irlande présente tous les genres d’intérêt ; elle offre la preuve que l’industrie peut se fixer dans des contrées où rien ne semble d’abord propice à son extension. En efl'et, Belfast, qui est aujourd’hui le siège d’une fabrication étendue de tissus de lin du continent, tire de la Hollande, de la Belgique, de la Russie, de l'Égypte et même de la France, une grande partie du lin filé et tissé dans ses fabriques, quoique la contrée elle-méme en fournisse cependant une (|uantité assez considérable. Il existe à Belfast de grandes filatures, des tissages mécaniques, des blanchisseries, des usines d’impression. Les produits manufacturés à Belfast sont exportés dans le monde entier; ils sont même consommés en Écosse, en Angleterre, où ils rivalisent avec les toiles de Leeds. Ce résultat est un des plus remarqua-

(I) Kncyclofodia Britannica, v° Belgii'm.

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Mes ([ii’on puisse observer. Kii elTel, rien de ce qui est c<msidéré comme la cause de la supériorité des fabriques de l’Angleterre n’existe à Belfast. L’Irlande est coiiiplélemenl privée de houille, le combustible consommé dans les manufactures de Belfast vient d'Angleterre ; un grand nombre de fabriques sont dans l’intérieur des terres, à 20 ou 30 kilomètres du port. Les maebines viennent également d’Angleterre.

La teinture et l’impression du lin ne constituent qu’une branche très restreinte d’industrie. Les procédés employés sont en tous points identiques avec ceux en usiigc pour la teinture du coton. Le blanchiment des toiles de lin est une opération longue et compliquée : l’exposition sur le pré est nécessaire pour blanchir complètement l’étotfe. *

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