TEINTURE
La teinture consiste dans la fixation des couleurs sur des tissus, soit d’origine végétale, comme le coton, le lin et le chanvre, soit d’origine animale, comme la laine, la soie ou les cuirs tannés. Ces matières seules peuvent subir l’action de la teinture. On parviendrait à imiter un tissu au moyen de tils métalliques extrêmement tins, ou au moyen de fils de verre ou d’amiante ; que ce tissu ne pourrait pas se teindre, en admettant même qu’on arrivât à imiter parfaitement la forme de la libre des étoffes ordinaires.
La teinture ne consiste pas à colorer un tissu comme le
(I) Éludes lur le régime des manufactures, condition desouvriers en soie. Paris, 1859.
DE l’industrie MODERNE.
ferait un peintre d’une toile ou d’un papier. Il ne suffit pas non plus de tremper un tissu dans un liquide coloré pour le teindre. On n’obtient par là qu’une coloration instable, qui cède plus ou moins vite à des lavages à l’eau et au savon. La première condition de toute teinture est la solidité. La solidité est absolue pour certaines couleurs, qui ne disparaissent qu’avec le tissu même ; mais le plus souvent la solidité de la couleur est relative, et ne résiste que pendant un certain temps à l’action de la lumière et des lavages. Peu de couleurs seulement possèdent une solidité absolue, le plus grand nombre s’altèrent à la longue.
L’art de la teinture présente donc de nombreuses difficultés à vaincre ; premièrement, produire une couleur voulue déterminée; secondement, rendre la couleur fixe et permanente. Cette coloration stable des tissus n’a lieu qu’en vertu de certaines propriétés des fibres d’origine végétale ou animale qui les composent. Aussi l’étude des phénomènes de la teinture consiste-t-elle autant dans la connaissance des propriétés des fibres qui composent les tissus que dans l’étude des propriétés des principes colorants eux-mêmes.
Lorsque l’on examine un tissu de coton, ou de lin, ou de laine, ou de soie, avec une forte loupe, on reconnaît la présence de nombreux fils très déliés, qui, réunis, entrelacés, forment le tissu. Si l’on place un ou deux de ces (ils sous un microscope grossissant de 500 à 700 fois, on voit que ces fils sont eux-mêmes formés de fibres qui son! bomogènes, toutes semblables, et qui ne peuvent plus
ARTS TEXTILES
ôlre divisées. C’est sur cette fibre primitive que toutes les actions de la teinture s’exercent; c’est elle qui se teint, les tissus, de quelque nature qu’ils soient, étant tous formés de cette fibre primitive.
Les fibres du coton et celles du lin sont au fond semblables, et nous pourrons les étudier sous le nom commun de fibres d’origine végétale.
Lorsqu’on divise autant que possible une partie quelconque d’une plante, feuille ou tige, il arrive un moment où, si l’on s’arme du microscope, il n’est plus possible de séparer d’entre elles les cellules, et l’on se trouve en face d’un élément simple, dit anatomique, qui est formé d’une substance unique, homogène, qu’on ne peut dédoubler : c’est la cellule élémentaire, dont toutes les matières végétales solides sont formées. Toute partie quelconque du végétal est composée de cellules qui varient de formes : il y en a de rondes, d’allongées; il y en a qui renferment des liquides ; d’autres sont homogènes, compactes.
La fibre du colon est une cellule allongée ; la fibre du lin est également une cellule allongée.
Les propriétés chimiques de la substance de ces fibres végétales sont peu saillantes; elles ne possèdent pas de caractère tranché , elles sont au plus haut degré ce que l’on nomme en chimie des substances indifférentes. Mais, par contre, les propriétés physiologiques de ces fibres offrent le plus grand intérêt.
11 n’est personne qui n’ait entendu parler des phénomènes de l'endosmose et de l'exosmose; peu de questions scientifiques ont excité plus vivement l’attention. On sait
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DE I/ISDISTRIE MODERNE.
que les corps minéraux sont impénétrables ; ils ne laissent passer ni gaz ni liquide, à moins d’être spongieux. Mais les tissus, produits de la vie animale ou végétale, ont au contraire la propriété de se laisser pénétrer par des liquidesetdesgaz, sans qu’ils possèdent pour cela de pores ou de canaux visibles. Ainsi une cellule ou une libre qui, vue aux plus forts grossissements, aura l’apparence homogène du verre ou du cristal, sc laissera pénétrer par des liquides.
Loi-sque ce phénomène, qui a reçu le noln d’endosmose, attira pour la première fois l’attention des savants, on vit là une des actions les plus remarquables de la vie des plantes et des animaux (1). Mais, à tort, croyonsnous, on assimila bientôt ce phénomène à une action de pure capillarité physique. Quoi qu’il en soit de l’analogie qui peut exister entre l’endosmose et la capillarité, le fait de la pénétration des membranes végétales et animales n’en est pas moins constant, et joue un rôle important dans les phénomènes de la teinture.
La teinture de la fibre de coton n’estautre chose qu’une fixation de certains principes colorants dans la substance même de la cellule. Le coton et le lin ne se colorent pas autrement; ils n’ont aucune affinité pour les substances chimiques. Ils ne forment aucune combinaison, mais ils sont endosmotiques au plus haut degré.
En effet, que se passe-t-ildans la teinture d’une étoffe de coton au moyen de l’indigo? L’étoffe d’abord est immergée
(1) Diitrocliet, L'agent immédiat du motivment vital, etc. Paris, 182G.
ARTS TEXTILES
dans une dissolution d’indigo blanc soluble, communément appelée cuve d’indigo, qui se colore rapidement en bleu au contact de l’air.
Si l’on examine au microscope une fibre de coton teinte par l’indigo, on apercevra une fibre colorée en bleu, comme le serait un morceau de veiTe ; la couleur a pénétré dans la substance même de la fibre qu’elle colore uniformément. Il n’existe aucun dépôt de matière colorante à l’extérieur. Ici, comme dans le cas de la diffusion des liquides dans les cellules des plantes, un phénomène d’endosmose est intervenu. L’indigo blanc soluble a pénétré la cellule ; puis, par l’action de l’oxygène de l’air, l’indfgo, devenu bleu et insoluble, s’est fixé dans la substance même de la fibre.
Est-ce là une combinaison ou une pénétration par une action physique? Nous serions embarrassé de le dire, dans l’ignorance où l’on est de la constitution moléculaire des tissus végétaux ou animaux. Ce que nous savons, c’est que la fibre a été pénétrée en vertu d’un phénomène d’endosmose identique avec celui qui permet à la sève de circuler dans les plantes en traversant les parois des cellules (1).
Toutes les opérations de la teinture des étoffes de coton ou de lin sont basées sur la propriété d’endosmose, particulière aux membranes. La substance qui constitue la fibre végétale ne forme aucune combinaison chimique, soit avec
(1) On lait que les extrémités des racines des plantes sont fermées par une membrane que les liquides chargés des principes solubles du sol traversent avec la plus grande facilité, quoique cette membrane soit privée de pores ou de canaux.
DE L’iNOnSTRIB MODERNE.
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les matières colorantes, soit avec les sels : on ne peut teindre une fibre végétale qu’en lui faisant absorber le principe colorant à l’état soluble dans la fibre, et en déterminant ensuite son insolubilité (i).
Des mordants. — Certains sels ont la propriété de former des combinaisons entre leur base et la plupart des principes colorants solubles dans l’eau. Ce sont le plus ordinairement des sels d’alumine, d’étain, de fer.
Cette propriété a été utilisée dans la teinture. Ainsi, veut-on teindre une étoffe de coton ou de lin au moyen de la garance, on dépose, par l’impression, un sel soluble d’alumine ou de fer sur l’étoffe, ou un mélange des deux dans certaines proportions; puis on décompose le sel fixé sur l’étoffe ; on élimine l’acide, et l’oxyde d’alumine ou de fer reste sur'le tissu, dont il fait désormais partie intégrante. Le tissu ainsi mordancé est plongé dansune dissolution de garance ou de garancine qu’on chauffe graduellement, et l’on voit bientôt toutes les parties de l’étoffe qui ont reçu l’application de l’alumine ou du fer se colorer soit en rouge, soit en rose, soit en marron, soit en violet, soit en noir, dans des nuances variables, suivant la.quantité d’oxyde d’alumine ou de fer qui a été fixée sur l’étoffe.
Ici le phénomène est des plus simples : l’oxyde d’alumine ou de fer fixé à l’étoffe s’est combiné avec le prin-
(1) F. Verdeil, D» la coloration dos fibres d'origine animale et végétale 9ui composent les étoffes (Crmptes rendus de t'Àcadémie des sciences, 1858, p. 9fil).
ARTS TEXTILES
Ml
cipe colorant de la garance, tout comme ce même oxyde d’alumine ou de fer, séparé de l’étoffe, se serait coloré , au contact de la dissolution du principe colorant. Mais l’étoffe n’est pour rien par elle-même dans le phénomène de la coloration; les parties non imprégnées du mordant sont restées blanches, à peine jaunies par le bain de teinture, et elles reprennent leur nuance primitive par les lavages au savon ou le blanchiment par le chlore, tandis que l’oxyde d’alumine ou de fer combiné avec le principe colorant de la garance, teint d’une manière indélébile l’étoffe en nuances variées. Lafixation des mordants d’alumine ou de fer sur le coton est un phénomène exactement semblable à celui de la fixation de l’indigo bleu ; ils pénètrent la fibre, sous forme de sels solubles; ils deviennent insolubles par l’élimination de l’acide, et se fixent définitivement sur l’étoffe.
La laine et la soie se distinguent, par leurs propriétés, du coton et du lin ; aussi les procédés de teinture diffèrent-ils complètement, suivant la nature des étoffes. En effet, si l’on se bornait à mettre du colon ou du lin en contact avec un sel d’alumine ou de fer; si ensuite on exprimait ou lavait l’étoffe, puis qu’on la plongeât dans un bain de garance, l’étoffe de coton.ou de lin ne se teindrait pas. Mais si l’on répète la même opération sur une étoffe de laine , c’està-dire si l’on maintient pendant quelques heures une pièce de rirap dans une dissolution chaude d’alun mélangé avec du tartre, qu’on mette ensuite cette pièce de drap en contact avec une dissolution de garance, l’étoffe se colorera en rouge intense. Si une pièce de coton a accompagné
DE l’industrie MODERNE.
la pièce de drap dans ces diverses opérations, elle sortira complètement blanche, incolore, comme il est aisé de s’en convaincre par les chiffres en coton blanc dont les teinturiers marquent les pièces de laine qui sont soumises :’i la teinture.
Si l’on met dans une cuve à teindre un mélange de bois du Brésil en dissolution, avec un sel d’étain et du tartre, et si l’on chauffe le bain, le liquide restera parfaitement clair, il ne se formera pas de précipité indiquant que le principe colorant s’est combiné avec le mordant; le bain de teinture sera lui-même très peu coloré. Mais si l’on plonge dans ce liquide un morceau de laine ou de soie, on verra l’étoffe se colorer peu à peu et acquérir bientôt une nuance d’un rouge intense.
C’est là une action difficile à expliquer; aussi les théories qui tendent à l’expliquer sont-elles nombreuses.
Mais les phénomènes de la teinture de la laine ou de la soie cessent d’être incompréhensibles, lorsqu’on s’est convaincu que la substance animale qui compose la fibre de l’étoffe a la propriété de se combiner avec la base des sels qui sont employés comme mordants. La teinture par le mélange d’un mordant et d’un principe colorant est le résultat de la fixation de la base du mordant à la fibre, et de la combinaison de cette base avec le principe colorant.
Les substances animales d’une composition analogue à celle de la soie ou de la laine ont la propriété de se combiner avec la base des sels employés ordinairement comme mordants. Tout comme la fibre qui compose un tissu de
ARTS TEXTILES
colon OU de lin conserve ses propriétés de cellule végétale, de même aussi les fibres de laine ou de soie conservent leurs propriétés de substance animale.
D’après des recberches récentes, il est démontré que la laine et la soie se comportent à l’égard des mordants comme toutes les autres substances animales, et que la teinture des tissus d’origine animale dépend des propriétés cbimiques de la substance même de la fibre, qui forme des combinaisons cbimiques avec la base du mordant ou avec le principe colorant lui-même (l). La laine et la soie possèdent en outre les propriétés endosmotiques, mais à un degré moindre que les fibres de colon ou de lin.
Dans l’exposé qui précède, nous avons constamment admis des phénomènes définis complets, ce qui n’est pas toujours le cas dans les opérations de teinture. C’est ainsi que, pour la teinture de la soie en noir, dans un grand nombre de cas, la libre est entourée d’un manchon, d’une croûte de couleur. Dans ce cas, la soie prend un poids considérable par la teinture ; elle est terne cl noircit les objets qu’elle louche. C’est ainsi également qu’on peut fixer sur le colon l’outre-mer, la cochenille, l’aniline, etc., au moyen de l’albumine. Il n’y a là qu’une application, et rien dans le résultat obtenu ne peut être comparé à la teinture réelle. Il en est de même pour l’impression des laques, où les deux systèmes peuvent se trouver réunis, teinture réelle et en même temps fixation par application. Dans certains
(I) F. Verdeil, loc. cil.
DE L’iNDESTBlE MODERNE.
lillt
cas de leinlure de la soie par double décomposition, les actions sont complexes et peu définies (1).
La pratique a établi de tout temps une distinction des plus tranchées entre les étoffes teintes en couleurs solides et celles teintes en couleurs fugitives. Les unes sont nommées teinture en grand teint, et les autres teinture en petit teint ou en fausse couleur. L’importance de la solidité des couleurs a été reconnue de tout temps. A l’époque où les gouvernements cro\-aient devoir intervenir dans ces questions, les teintures en couleurs instables étaient défendues. Sous le règne d’Élisabeth, l’usage du bois de Campcche était interdit; il était ordonné de le brûler lorsqu’on le trouverait dans quelque atelier. Celte prohibition ne fut levée que sous le règne de Charles 11, lorsqu’on arriva h donner é cette couleur plus de fixité. Colbert fit des réglements (jui délimitaient l’emploi des ingrédients chez les teinturiers en grand teint et chez ceux en petit teint. Ni les uns ni les autres ne pouvaient avoir du bois de Brésil, etc. Aujourd’hui, l’administration a sagement laissé la plus grande liberté aux fabricants; elle se confie à leur honneur, qui, en même temps que leur intérêt bien entendu est aujourd’hui la seule garantie du consommateur.
(1| Lea mémoires de M. Cbevreul sur les tissus qui composent les éloffes, et sur les matières colorantes, ont etc réunis par l’auteur en un volume. Voyez également le Précis de l'art de la teinture, par M. Dumas, elle Traité de l'impression des lissus, de M. Persoz.
PRODUITS AGRICOLES
Les procédés de culture en usage de nos jours remonlenl à l’origine de la civilisation ; mais une grande transformation s’est opérée dans l’agriculture à une époque relativement moderne : nous voulons parler de la dilTusion sur toutes les parties du globe des plantes et des animaux qui n’existaient primitivement que sur quelques points limités. Les plantes et les animaux ne sont pas répartis également sur tous les points de la terre où se trouvent les conditions les plus favorables pour leur développement. Le blé n’existait pas en Amérique avant l’arrivée des Européens; les chevaux, les moutons, manquaient également au nouveau continent. L’Australie, d’un climat tempéré, ayant de vastes pâturages, ne possédait pas un seul ruminant. La pomme de terre, le maïs, le tabac, étaient inconnus en Europe.
Tous les Jours plus, l’industrie intervient dans les anciennes pratiques agricoles ; la même tendance se retrouve dans l’agriculture comme dans l’industrie proprement dite : diminuer le travail manuel, diminuer le coût de production; faire intervenir le capital dans la production. Les mêmes lois économiques générales qui régissent la
I)E I.’lNOUSTHIE MOOKRM.
production se relronvenl dans l’aprirullure comme dans rindusirie. H y a cependant une grande distinction à êtalilir entre ces deux brandies de l’activité bnniaine : en elTel, tandis tpie dans l’industrie extractive ou manuractnrière, le travail s’exerce sur des matières brutes, inertes, privées de vie, tandis que le manufacturier met à profil de*^ agents pbysiipies et cbimiques qu’il produit à volonté, dont il dispose à son gré, dont les eiïels sont toujours prévus à l’avance; dans ragricullure , au contraire, on se trouve en face de forces peu définies, liées à des phénomènes vitaux que nous sommes dans l’impossibilité de diriger ou de jirodiiirc à volonté. Les agents naturels, soleil, pluie, températures variées, ne sont pas à notre disposition, comme la vapeur, l’électricité, le calori(|ue, dont nous pouvons distribuer, mesurer et calculer depuis les plus faibles doses jusqu’aux masses les plus considérables. Ce que l’agriculteur peut faire est de placer les plantes dans les conditions les plus favorables ; mais il dépend de forces inconnues qui gouvernent et dirigent cette distribution de fécondité et de stérilité à laquelle les |)roduclions naturelles seront constamment liées.
Il serait très intéressant de posséder une histoire de la production agricole dans les diverses contrées. M. Léonce de Lavergne (1) a montré, par son beau travail sur l’économie rurale de la France, combien de semblables études pouvaient offrir d’intérêt.
M, Le Play (’2) a fait l’bisloire de plusieurs familles
(I) Êconomi» rurale âe la France depuis i"! 69. Pari^, I8(in.
(‘i) Lee Ouvriers europient. Paris, 1855.
PBODl’irS AliBlCOLKS.
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d’ouvriers dans les diverses contrées de l’Europe. Ces monographies donnent parfaitement l’idée de l’état social des classes laborieuses dans ces pays; mais elles sont l’histoire de familles isolées plutôt que celle de la contrée elle-même. Nous reviendrons sur cet important travail.
Lq?, Forces productives des nations, parM. Ch. Dupin (1), offrent l’exemple du plus vaste savoir. Mais la susceptibilité nationale est telle chez M. Dupin, qu’il n’est rien qui ne lui serve de comparaison avec la France, et qu’il ne tourne en définitive à la glorification de son pays et de ses doctrines et à l’humiliation des prétendus ennemis de la prospérité de sa patrie.
Si ce genre de recherches se généralisait, ce serait un grand avantage pour l’agriculture, en montrant quels sont les modèles àsuivre et ce qu’il reste encore à faire. Mais la première condition pour que de semblables études portent leurs fruits, c’est que l’écrivain oublie à quelle nation il appartient. L’amour-propre national doit-il s’émouvoir de ce que certains produits, certaines richesses font défaut k la contrée? Cesse-t-on d’être un bon citoyen parce qu’on signale les côtés faibles? Adam Smith n’a pas ménagé la « nation de boutiquiers », comme il appelait l’Angleterre ; il ne s’est pas fait faute de signaler ce qui était bien et bon dans les autres pays. En un mot, quelqu’un peut-il s’apercevoir, en lisant Adam Smith, qu’il était plutôt Anglais que Français ou Hollandais ? Autant vaudrait pour un minéralogiste craindre d’avouer l’absence de minéraux dans son pays, et chercher à entretenir à cet égard les
(I) Travaux de la Commisiion française, loc. cit.
DE r.’lNDUSTRIE MODERNE.
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illusions du public, de pour de blesser l’amour-proprc national.
' Les institutions modernes ont remplace dans l’Occident l’ancien régime auquel la propriété était soumise, La terre estdevenueune valeur échangeable, accessible à l’épargne, transmissible et divisible: c’est là, on peut le dire, le dernier terme auquel on est arrivé et auquel les esprits tendent de plus en plus.
Le servage, qui était le sort commun des populations agricoles, a disparu dans toute l’Europe occidentale, et avant peu il ne restera aucune trace de la dépendance de l’homme à la terre où il est né et au seigneur qui possède le sol.
11 n’existe aujourd’hui que deux sortes d’agriculteurs :
1* Les cultivateurs propriétaires, depuis le paysan jusqu’au possesseur de vastes terrains.
2° Les fermière, les métayers, qui cultivent la terre d’autrui et payent pour ce droit une redevance.
Le type du cultivateur propriétaire se trouve dans l’Amérique du Nord. 11 achète du gouvernement des terrains pour un prix presque nominal; il possède les capitaux nécessaires pour l’exploitation, et bientôt il transforme des terres incultes en sol arable. Mais l’agriculture conserve dans l’Amérique du Nord un caractère particulier qui tient à l’immensité el au bas prix des terrains, et au peu de population. Il n’existe pas de routes à l’intérieur, et les chemins de fer qui se construisent partout sont destinés à porter le commerce dans l’intérieur
PRODUITS AC.Rir.OLKS.
du pays. En Ainériipic, la propriété du sol osl peu de chose, le capital et le travail sont presque tout.
Le paysan propriétaire est en pleine prospérité dans certaines parties de l’Europe occidentale; il réalise la condition la plus normale et la plus régulière de l’agriculture. Les préjugés contre la possession territoriale entre les mains des paysans viennent de la France, où leur situation est loin d’être prospère, il est vrai; mais en Saxe, en Belgique, en Hollande et en Suisse, la culture du sol par les propriétaires paysans donne les meilleurs résultats.
En Allemagne, les éléments les plus variés existent à la fois; aussi est-il difticile de définir l’état de la propriété dans ce pays : parfois elle est très divisée, par suite du morcellement des biens communaux ; parfois elle est concentrée dans les mains de quelques seigneurs.
La propriété territoriale, en Angleterre, est entre les mains d’un nombre assez restreint de familles. Les lois permettent au possesseur de disposer de la totalité de sa fortune en faveur d’un seul enfant; elles permettent la substitution de la propriété au profit d’une ou de plusieurs personnes vivantes ou d’une encore â naitre. Enfin, lorsque le propriétaire du sol meurt ab intestat, c’est le fils aîné qui hérite des immeubles. Longtemps le système des petites métairies a été en usage en Angleterre, mais, à la fin du dernier siècle, le système contraire a prévalu, elles métairies nombreuses ont été rem[)l.acées par des fermiers exploitant de grands domaines. L’agriculture anglaise a fait de grands progrès , des capitaux considérables y ont été consacrés; l’attention s’est portée sur le perfectionnement
DE l’industrie MODERNE.
il 20
des races d’animaux et des espèces de vcgé(aux,el aujourd’hui il serait dilTicile de dire laquelle, de l’industrie manufacturière ou de l’industrie agricole, l’emporte en Angleterre par l’importance et par l’intérêt qu’on y attache. Mais l’agriculture, dans ce pays, est arrivée à un grand degré de simplicité; elle se borne presque uniquement à la production des céréales et des fourrages. Les prairies artificielles alternent avec le blé, et le turneps ou navet récolté après le blé, dans la même année, sert à nourrir les moutons pendant l’hiver. Avec la pomme de terre, les féverolcs, c’est à quoi se borne h peu près la culture en Angleterre.
L’agriculture, en Irlande, présente un tout autre caractère. L’état social de l’Irlande nous a paru un sujet d’étude des plus curieux au point de vue de l’cconomie politique, et nous avons cru devoir consacrer quelque temps à visiter les différentes parties de cette contrée, afin de connaître quel était réellement l’état des choses. L’Irlande offre l’exemple le plus frappant de ce que peuvent produire l’exploitation de la terre sans l’intervention du capital, le morcellement excessif qui multiplie anormalement la population, et l’absence d’intérêts locaux. Si la centralisation n’existe pas pour l’Angleterre , elle existe certainement à un haut degré pour l’Irlande : il est difficile d’imaginer un pays plus dépourvu de vie intérieure. Un lord-lieutenant, A Dublin, représente le pouvoir; il n’a d’autre rôle que de maintenir l’ordre matériel. Quant au pays lui-même, il reste indifférent à tout ce qui fait la vie politique et sociale en Angleterre.
L’Irlande a vécu de mesures arbitraires. 'Tandis qu’en
PRODUITS AORIC.Or.ES. 421
Angleterre la propriété a pour base les conquêtes des Normands, et que tuiit siècles ont eflacé ces dilTérends, en Irlande, au contraire, la possession du sol a une origine relativement nouvelle : elle remonte au temps de Cromwell, et plus encore récemment à Guillaume d’Orange. Les lenanciei-s actuels sont les descendants des anciens propriétaires du sol, ils le savent ; la terre qu’ils cultivent condition de payer une rente au propriétaire actuel, et d’où on les expulse parfois, appartenait à leurs ancêtres.
Les fermes à l’anglaise sont la grande exception en Irlande, les fermiei’s ou tenanciei’s sont très nombreux. Lorsqu’un tenancier marie un de ses enfants, il lui donne en dot une partie de son droit de fermage (1).
Le propriétaire, le plus souvent anglais, ne fait rien pour entretenir ou améliorer la propriété ; le tenancier non plus ; c’est le cas le plus général. Il y a sans doute des exceptions : il existe quelques grands fermiers; quelques propriétaires ont fait venir des fermiers anglais, et il s’est fait sur quelques points de grands travaux de drainage. Mais nous voulons parler du caractère général de l’agi iculture irlandaise.
Le sud et le centre de l’Irlande sont très pauvres; l’ouest est plus pauvre encore. Nous avons compté entre Ennis et Galway nombre de hameaux et de villages abandonnés; ces ruines datent de "quelques années à peine.
Le nord de l’Irlande, la partie nord-est surtout, aux environs de Belfast, offre un tout autre aspect : aussi
(I) On paye les ouvriers en leur donnant le droit de cultiver un petit cluimp. M de Lavergne estime à 700 000 le nombre des lenancicrs en Irlande.
A 22 DE l’industrie MODERNE.
ceux qui disent que l’Irlande est en grand progiès onl raison lorsqu’ils parlent de celte partie de la contrée; mais aussi les conditions ne sont plus les mêmes. La population de l’Irlande s’élevait, en 1841, à 8 175124 habitants; mais, en 1851, elle n’était plus que deô55l97U. Cette diminution de 1 623 154 habitants a eu lieu principalement dans les districts ruraux , à la suite de la maladie dos pommes de terre, et par l’émigration qui fut la conséquence de la famine. Jusqu’en 1847, la population ne diminuait pas; mais cette année, le nombre des émigrants s’éleva à 215444 personnes. Aujourd’hui cette émigration continue sans causes maU'*rielles et sans nécessité : pendant les années de 1851 à 1857, elle a atteint le chiffre de 933 861, ou 14,25 pour 100 de la population totale de 1851.
Une mesure très efiicace, qui a été prise récemment, ordonne la vente des biens hypothéqués, lorsque le payement de la rente est arriéré. V Incombered estâtes Act, comme on l’appelle, a porté déjà des fruits en faisant passer les propriétés des mains de propriétaires obérés dans celles des pereonnes qui possèdent des capitaux.
L’ensemble du sol français réunit les productions les plus précieuses, toutes les variétés de céréales, la vigne, l’olive, le mûrier, des pilurages, etc. 11 est travei'sé par de grands fleuves , arrosé par de nombreuses rivières. Au dire de tous, il n’est pas de pays plus admirablement doué que la France, et qui soit susceptible d’une plus grande production.
PRODDITS A6RIC0r,RS.
D’après les documents statistiques les plus récemment connus, indiques par M.de Lavergne (1), ôO millions d’hectares imposables se décomposent de la manière suivante :
Prairies naturelles
millions d’hectares.
Vignes
Jardins et vergers..
Terres arables
Bois
Landes et pâtis
Total
Les 2 millions d’hectares de jardins et vergers se subdivisent ainsi :
Jardins et potagers
500 OOO
hectares.
Châtaigneraies
Oliviers
Mûriers
Pommiers et autres arbres à
fniits
Pépinières, oseraies, etc. . . .
Total
2 000 000 millions d'hectares.
Les 25 millions d’hectares arables se décomposent comme il suit :
Froment
hectares.
Méteil et seigle
Orge, maïs, sarrasin. ...
Avoine
. . 3 000 OOO
Racines
. . 1 500 OOO
Prairies artificielles
. . 2 500 OOO
Légumes secs
Cultures industrielles. . . . ,
. . 500 OOO
Jachères
. . 5 500 OOO
Total
.. 25 OOO OOO
d'hectares
(I) Économie rurale de la France, p. 428.
DE l’industrie MODERNE.
L’agricullure française a un caractère tout particulier : elle le doit à la variété des productions du sol; elle le doit aussi à la constitution de la propriété. Tandis qu’en Angleterre et en Irlande le nombre des propriétaires fonciers est très restreint (les évaluations les plus élevées ne l’estiment pas au delà de 250 000), en France, la petite propriété ella petite culture sont au contraire le cas le plus général.
D’après .M. de Lavergne, le nombre des propriétés rurales s’élèverait en France à 5 ou 6 millions, qui se répartiraient ainsi (1) :
50 000 grandi propriétaires possédant .100 hectares.
500 000 moyens — 30 —
5 000 000 de petits — 3 —
La division de la propriété est aujourd’hui un fait accompli en France; elle est la conséquence de la loi de succession; elle a son point de départ dans la vente des biens du clergé et des émigrés. Les spéculateurs qu’on désigne sous le nom de bande noire, qui achètent de grands domaines et les subdivisent, ont contribué depuis un demi-siècle plus que toute autre cause à la division du sol. Est-ce un bien, est-ce un mal? C’est l’un et l’autre, suivant les conditions et suivant les localités. De trop grands domaines ne peuvent être exploités qu’aux moyens de capitaux considérables réunis dans la même main, et si les revenus sont dépensés en luxe ou dans la capitale, on voit alors ce qui existait en France avant 1a révolution. L’ancienne noblesse possédait nominalement
(I) Léonce de Lavi rgne, Économie rurale de la France.
PRODUITS AGRICOLES
un quart environ du sol, mais si négligé, si mal administré, si grevé de dettes de toutes sortes, que le revenu net était presque nul. « Toutes les fois, dit Arthur Young, cité par M. de Lavergne, que vous rencontrez les terres d’un grand seigneur, même quand il possède des millions, vous êtes sûr de les trouver en friche. Le prince de Soubise et le duc de Bouillon sont les deux plus grands propriétaires de France; les seules marques que j’aie encore vues de leur grandeur sont des jachères, des landes et des déserts (1). »
Aujourd’hui la faveur revient aux grandes propriétés. Des personnes rapportent d’.Angleterre un enthousiasme irréfléchi pour la grande culture ; mais au lieu de puiser dans les documents statistiques et officiels, ces personnes se contentent de ouï-dire, et publient sérieusement ce qui ne devrait être rapporté que comme des conversations sans portée réelle. Mais tous ceux qui ont visité attentivement l’Angleterre savent combien il faut se garder de ces exagérations.' Ainsi, pour quelqu’un qui parcourt rapidement l’Angleterre, il n’y aura que centralisation, usines colossales, etc.; mais s’il regarde mieux, il verra que cette centralisation n’existe que là où elle présente des avantages réels. 11 apprendra, par exemple, que près de Leeds, à côté d’établissements immenses, existent encore le métier à bras pour le tissage des draps (2) et des moulins communs pour fouler le drap tissé. 11 apprendra que l’industrie de Bir-
(I) Loc. cil., p. 39.
(I) Voyez la dépotilion de M. Hulh dans l'enquête au sujet du traité de commerce (Iüdi'stbies textiles, Laines, p. 153).
Û26 DE r.’lNDUSTRIE MODERNE.
mingham fonclionne sur une très petite échelle par le moyen des fahricants possédant un petit capital, travaillant en chambre , absolument comme h Paris ou h Lyon.
C’est une idée fausse que de prétendre que la terre rend tout ce qu’on lui donne, et qu’on peut faire des dépenses considérables avec lu certitude d’en être récompensé. Il arrive un point où la dépense exagérée n’est plus en rapport avec le rendement, soit lorsque des capitaux trop considérables sont engagés, soit lorsque trop de travail est consacré à la terre. U faut toujours en revenir à la question du prix de revient. A propos des moteurs ù vapeur appliqués à l’agriculture, M. de Lavergne dit avec raison ; « Reste à résoudre une grande question, celle du prix de revient; car l’opinion commence à s’accréditer parmi les fermiers anglais, après toutes ces expériences, que sauf un petit nombre de cas exceptionnels, le plus économique des moteurs agricoles est encore le cheval de chair et d’os (1). »
La propriété moyenne, exploitée par le possesseur du sol, offre, je crois, les meilleures conditions. Les revenus sont dépensés sur les lieux mêmes; ils sont concentrés dans une même main, au lieu d’être divisés entre un fermier et un propriétaire qui dépense ses revenus dans les villes. L’exploitation par le propriétaire offre l’immense avantage qu’il a en vue l’avenir, tandis que le fermier cherche naturellement à tirer le plus grand parti possible d’une terre dont il ne dispose que momentanément.
(i) Léonce de Lavergne, Économie rurale en Angleterre, p. 4C5.
PROnUITS AGBICOr.ES.
La preuve de ce que nous avançons se trouve en Suisse. Nous citerons cette contrée, parce que nulle part la terre n’est mieux cultivée que dans quelques-uns de ses cantons. On est étonné, en voyant les soins donnés à la vigne, aux champs, au bétail. Unissez au travail soutenu l’intervention du capital, qui améliore, qui augmente les engrais, amende, multiplie les bestiaux, et je défie de trouver une industrie plus lucrative que l’industrie agricole, en môme temps qu’une occupation plus noble et plus saine pour l’àme et pour le corps.
Mais, à son tour, le morcellement exagéré de la propriété amène des maux à sa suite. Un moment arrive où trop de travail est dépensé pour le résultat obtenu. Le cultivateur ne peut plus obtenir une rémunération suffisante pour son travail. Le morcellement exagéré détermine en outre une augmentation disproportionnée de la population par la facilité pour les jeunes ménages de s’établir, et dont la conséquence est le paupérisme, comme c’est le cas en France pour le département du Nord. La grande culture occupe trente habitants par hectare, tandis que la petite en exige le double et même le triple ; mais, dans ce cas, le capital nécessaire est très limité. Dans certaines contrées à pâturages, la grande propriété offre des avantages réels; mais ces avantages cessent pour la culture des céréales, et elle devient au contraire tout à fait désavantageuse lorsque les produits sont variés, comme dans certaines parties de la France (1).
(1) Voyez àce sujet, l’Cconomte rurale de laFrance, psrH. deLavergne.
DE l’i:idüstrie moderne.
Nous entrerons dans quel(]ues détails sur les produits agricoles dont l’importance est le plus généralement reconnue. Un sujet si vaste demanderait des volumes pour être traité complètement; m.ais le but que nous poui'suivons ici est plutôt de guider au milieu de l’immense quantité de matériaux que l’on possède aujourd’hui sur ces matières, bien plus que de donner des détails circonstanciés. La grande dilTiculté que nous avons rencontrée ne consistait pas à rechercher les informations, elles se présentent en foule ; mais plutôt à éloigner ce qui ne se rapporte pas exactement h notre sujet. Nous traiterons des produits agricoles (]ui nous ont semblé avoir la plus grande importance, et dont la provenance ou la destination se rapproche de ce que nous voyons dans l’industrie proprement dite.
CÉRË.VLES.
Le froment est, parmi les céréales, l’espèce la plus importante cultivée en Europe. Le froment donne la plus belle qualité de farine ; mais le nombre des hommes (]ui se nourrissent de riz excède de beaucoup celui des hommes qui font usage de froment ou de seigle. Le froment croît dans toutes les contrées à climat tempéré. Selon toute probabilité, il est originaire des plateaux de l’Asie occidentale.
Le seigle a été cultivé dés la plus haute antiquité dans quelques parties de l’Europe. 11 est plus commun que le froment; il exige moins de culture, moins d’engrais, et les
PRODUITS AGRICOLES
recolles en sont plus assurées. La farine de seigle compose généralement le pain des habitants de la Russie, d’une partie de l’Allemagne et de ceux de la France. Aujourd’hui, le seigle est très peu cultivé en Angleterre et ne sert presque plus à faire le pain.
L’orge est cultivée dans la plupart des pays de l’Europe et dans les contrée à climat tempéré de l’Asie et de l’Afrique. La culture de l’orge est très développée en Angleterre, où la farine de celle céréale compose le pain dans quelques comtés; mais elle est principalement destinée à la production du malt ou orge germée, pour la fabrication de la bière et des spiritueux. L’orge est aussi employée pour engraisser le bétail. La culture de l’orge offre moins de chance de réussite que celle du froment et nécessite en général plus de dépenses.
L’avoine est la céréale la plus résistante ; elle croît très bien dans les climats les plus froids et dans les contrées montagneuses où le froment et l’orge ne pourraient être cultivés avec avantage. La culture de l’avoine est peu connue dans le midi de la France, en Espagne ou en Portugal; elle croit abondamment en France, au nord de Paris. L’avoine a formé longtemps la princi|)ale nourriture des habitants de l’Europe ; elle est encore cultivée dans celte contrée plus que toute autre céréale ; elle est également cultivée en Irlande et en Écosse. Dans l’Angleterre proprement dite, l’avoine est récoltée dans les comtés du Nord, mais elle sert surtout à la nourriture des chevaux.
Le riz est cultivé sur une immense échelle dans l’Inde, en Chine, au Japon et dans la plupart des contrées de
DE I.'INDUSTHIE MODEREE.
rOrienl. Il est également cultivé dans l’Améririuc centrale, les Indes occidentales et les États-Unis. Uuelques contrées du sud de l’Europe en j'ournissent également. Le riz forme là principale nourriture des populations les plus civilisées de l’Orient, où il tient la place qu’occupe le blé dans l’Occident. L’exportation du riz de l’Inde, et principalement du Bengale, a été très considérable dans les dernières années. Les Indiens ne desséchent pas le riz directement; mais ils l’échaudent par l’ébullition dans des pots de terre ou dans des chaudrons. Le riz qui a subi cette opération se conserve mieux et se défait mieux. Il existe plusieurs variétés de riz de l’Inde. L’importation du riz de l’Inde en Angleterre s’est élevée, en 1857, ii 3 loi) 420 quintaux (1); mais la consommation totale du riz en Angleterre ne s’élevait qu’à 1 403 725 quintaux. Le riz cultivé en Amérique, dans la Caroline du Sud, est supérieur au riz récolté dans l’Inde. Le riz a été obtenu pour la pi emiéro fois en Amérique avec des graines provenant de Madagascar, environ à latin du xvir siècle. Sa culture se développa rapidement; elle est aujourd’hui d’une grande importance. La production du riz dans la Caroline du Sud s’est élevée, en 1850, époque du dernier relevé, à 150030613 livres anglaises.
Le maïs ou blé de Turquie est originaire de l’Amérique du Sud ; il était la seule céréale connue et cultivée par les habitants du nouveau monde avant l’arrivée des Européens. La culture du maïs, introduite en Europe dans la dernière partie du xvC siècle, s’est répandue avec une
(1) Mac Culloch, Commercial Dtcàonar]/, p. 1109.
PRODUITS AGRICOLES
ftii
grande rapidité. Celle plante est cultivée aujourd’hui dans presque toute l’Asie et dans toutes les contrées du sud de l’Europe. Elle croit également sous l’équateur el jusqu’au 50* degré nord el 40' degré sud. En Angleterre, la culture du maïs n’a jamais complètement réussi. La farine de maïs sert à faire du pain ; elle est également mangée en soupe. Il existe d’innombrables variétés de maïs.
11 est reconnu qu’il existe une alternative de bonnes et de mauvaises récoltes. Les progrès de la science n’ont pu mettre jusqu’à présent les populations à l’abri de ces raretés de substances alimentaires qui surviennent de temps à autre; mais, d’un autre côté, il n’est pas d’exemple dans l’histoire d’une disette générale s’étendant sur tout un continent.
Dans l’antiquité, les nations les plus avancées en civilisation s’approvisionnaient de grains dans les contrées les plus naturellement productives. L’Égypte, le nord de l’Afrique, la Sicile, fournissaient à la ville de Home des quantités considérables de blé, elle commerce des grains avait reçu une organisation parfaite. A l’époque du moyen âge, les relations entre les divers pays étaient peu étendues, les dilTicultés des transports et des transactions extrêmes ; aussi les famines étaient-elles fréquentes.
Nous donnerons quelques détails sur la production, l’exportation el l’importation du grain dans les différentes contrées de l’Europe.
Le port de Dantzig, dans la mer Baltique, est le siège d’un commerce actif de grains. C’est de Ut qu’on expédie
I)t l'industbie mooerne.
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en Anglelene les plus belles qualités de froment. Grâce à sa situation exceptionnelle à l’embouchure de la Vistule, le port de Dantzig est devenu l’entrepôt de l’excès de production de la Prusse occidentale, de la Pologne, et d’une partie de la Lithuanie. L’exportation des grains de Dantzig dépasse celle de tous les autres ports, à l’exception d’Odessa. Le froment de la Pologne est d’une qualité supérieure, le seigle également; l’exportation en est considérable, mais celle de l’orge et de l’avoine est peu importante.
L’exportation des grains n’est possible qu’à la condition que les prix soient de beaucoup inférieurs à ceux des pays où le grain est expédié, à cause des frais de transport. Cependant le prix moyen du froment est à Dantzig de 7 shillings plus élevé qu’à Hambourg et 2 shillings audessus du prix d’Amsterdam, à cause de sa qualité supérieure. Le coût du transport de Dantzig jusqu’à Londres, pour être livré aux meuniers, est de prés de 10 shillings le (juarler.
Le grain est donc à très bon marché à Dantzig. Et cependant il vient, pour la majeure partie, de contrées éloignées, de la Gallicie et d’autres provinces situées de 500 à 700 milles à l’intérieur. Le grain est transporté sur des bateaux de rivières; mais parfois la navigation est entravée et les frais de transports deviennent considérables. C’est ainsi qu’en 1838 , le froment vendu à Dantzig àl shillings O deniers le quarter, s’obtenait à Lemberg, le principal marché de la Gallicie, à 15 shillings, cc ijui faisait une différence de 26 shillings 6 deniers pour les risques et le transport de Lemberg à Dantzig.
l'IlODUrrS AGRICOLES.
En 1857, la ijiiantité île "lain exporlét; de Dantzig a été de :
Kromenl 337 031 i|uai tci'^.
Seigle 131 692
Orge 23 370
Avuinc 6716(1)
J.c grain, avons-nons dit, est [nesqiie en tolalilé apporté par bateaux à Dantzig par la Vislulo, le lîug, etc. La navigation est diHicile sur les affluents supérieurs de la Vistule avant d'arriver à Varsovie. Prés do Ciacovic, ot'i la Vistule cominencc à être navigable, elle cesse souvent de l’être pendant les époipies de sécheresse et lors de la fonte des neiges des monts Carpatlies (2).
La Russie exporte des grains de Riga et de Pétersbourg : le grain du nord de la Russie est petit et dur. Le port d’.Vrkhangel, au nord de la Russie, est un grand entrepôt de toutes les denrées de celte région ; l’ex|)orlalion du grain y est considérable, mais celle du blé de la Russie par le port d’Odessa remporte depuis qucl(|ues années. En 1858, par exemple, sur 01 432 quarlers de grains de Russie importés en Angleterre , non moins de 451 936 quarters provenaient des ports de la mer Noire. Dans la même année, l'Angleterre importait des différentes parties de l’empire russe 997 505 quarlers de seigle et 327 282 quarlers d’avoine.
Hambourg est, après Dantzig, un des plus grands marchés de grains du nord do l'Europe, soit des contrées de
(1) Mac Culluch, Commercial ÜivUonary, v" Uant^ic.
(2) Idem, ibid. p. 182.
DE I.'IMUSÏIUE MOÜEH^^;.
l;i Hiillitiue, soitdes pa\s IravciM-s parl’KIbo. On voil souvpiil à llaiiiltoiirg des prains de la Hohêine, malpre le roi'il tlii lrans|)ort par eau.
Aiiislerdani est aussi un dépôt imporlant de grains. La HDllande ne rouriiil qu’une petite partie de sa propre eonsunimalion; elle est approvisionnée par Dantzig, Kiol,llanil.onrg et d’anlres iiorls. Le coininerce des grains est également 1res actif à l>olterdani.
1,0 Danemark exporte annuellement de grandes quantités de grains, principalement du Scldeswig-Holstein, par le port de Kiel.
Odessa, sur la mer iNoire, est le principal siège de l’exportation du grain du midi de l’Europe. Le ble expédie d’Odessa ne provient cependant pas de la contrée environnante, mais bien de Dodolie et de Kiew, d’on il en vient les plus grandes quantités. Les communications sont cependant diniciles. La navigation du Dniéper, qui traverse ces piovinccs. est inleriompue dans la partie inferieure de son cours par des cataractes; la plus giaiide partie du blé apportée à Odessa est transportée sur des cbarrettes traînées par lies bœuls, de sorte que la piodiiction dépend autant du nombre du bétail dispomble pour ces transports que de l’abondance de la récolte. |tne partie cependant, mais peu importante, est ti ansportée i-ar cabotage de la mer d’.\zof et des petits ports delà mer Noire.
L’exportation de blé d’t»dessa,en lSi7, s’est élevée au .•hilTre considérable de •> 016 672 quartei-s. Cette exportalion immense, sans précédent jusipi’â cette époque, fut
PHOIHITS .WJHlCUI.tS. 435
(lélerminée |jar la diselle et les prix élevés du ^u aiii dans l’Europe occideiilale. En 1853, l’année qui précéda la j>uerre de Crimée, l’expoi lalion a été plus considérable encore; elle s’élevailau cliilfie de 2 IfiOOUO quarlers.
11 existe les plus jurandes différences dans le produit des récolles de la Russie méridionale. « Dans ces contrées, dit iM. .Mac Culloch, la nature fait tout, l’homme peu ou rien ; ragricullure est extrêmement airférée ; aucun effort u’est tenté pour prévenir le mauvais effet des pluies cl de la sécheresse, et ensuite du mauvais étal des roules et des diHicullés de la navigation intérieure; une grande partie du produit d’une récolte suruhondanle ne peut être l»orlée sur les marchés ou emmagasinée, et se perd. Quelques perfectionnements ont eu lieu, tl’aulres sont en progrès ; mais ils sont insigiiiliauls, comparés avec, ce qu’ils auraient pu être si la politique du gouvernement s’élail applicpiée à dévelo|>per les ressources des vastes cl fertiles contrées dont Oilessa est le centre commercial (1).»
Constantinople, Cènes, .Marseille, et d’autres ports de la Méditerranée sont les grands marchés pour le froment de la mer Noire. L’Angleterre recevait, en 1853, 818 930 quarlers de froment; mais le chiffre de l’importation est ordinairement moindre ; en 1857, il n’était que de 409 4»H) quarlers.
L’exportation des grains autres que le froment est peu im|iorlante à Odessa. Le seigle est cultivé pour lu consommation locale ; il forme le princi|ial aliment du peuple,
(1) .'1.10 Cullorli, loc. cil,, p- ‘.•20.
I»K 1,’lNUlSHUK MODKKNE.
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tandis que le Iromenl esl eullivê iiniijucineiil en vue de l’exportation. Le maïs on blé de Timjuie n’esi devenu un article d’exporlation que depuis (juelques années seulement. On le cultive en Hessarabie, on sa production s’est beaucoup étendue, par suite du débouebe qu’otïre l’Irlande.
Le |>ort de Halalz en Moldavie, sur la rive gauche du Danube, exporte parfois des (juantités considérables de grains. Le prix élevé du blé en France, en Italie et en Angleterre, pendant les années 1846 et 184/, a stimulé l’exportation des grains de la Valachie et de la Moldavie, qui sont des provinces très productives. Les deux |»orts de Galatz et d’ibraïla ont exporté, en 1847, non moinsde 570$)78 quarters de froment; la même année, l’exportation du maïs a atteint le ebiffre de 937 720 quarters; celle de l’orge 320 000 quarters. L’exportation du maïs s’est maintenue : en 1852, elle atteignait le cbilîre de 626714 (luarlcrs. Nul doute que des facilités apportées à la navigation du Danube augmenteraient beaucoup le commerce en grains de ces riches provinces.
Taganrog, sur la mer d’Azof, près de l’embouchure du Don, exporte également des quantités importantes de blé, dont la majeure partie est destinée .4 l’Angleterre. Le blé dur de Taganrog est très estimé en Italie pour la fabrication du vermicelle, du macaroni et d’autres pâtes analogues. « Taganrog, dit M. Mac Cullocb, est destiné à devenir tôt ou laril un des premiers ports pour l’exportation du grain, si ce n’est le premier (1). »
(I) Loc. til.
Produits agricoles.
Le commerce de grains de l’Amérique a acquis une grande importance dans ces dernières années. Le prix du blé à New-York et à Philadelphie, dit M. MacCulloch, peut être estimé en moyenne de 35 shillings à 40 shillings le quarter. La dépense du transport d’un quarter d’Amérique en Angleterre s’élève de 10 à 12 shillings. Le prix du blé en Amérique est ainsi, en moyenne, plus élevé que dans la Baltique. L’exportation du grain de l’Amérique est peu considérable dans les années ordinaires. La plus grande partie du blé est apportée à l’état de farine. Kn 1847 et à la suite des récoltes d’une abondance extraordinaire aux États-Unis, et des prix très élevés en Europe, l’exportation de l’Amérique a été très considérable.
En 1858, l’exportation a été comme il suit :