‹ De l'industrie moderneChapitre 16 sur 29 · II · texte numérisé non relu

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Si nous insistons sur ce point, c’est que généralement on a peu compris l’eflel de l’abolition des droits sur les céréales. On a cru à une diminution considérable dans le prix, ce qui n’est pas le cas.

La consommation a augmenté, à la suite de la libre entrée des grains étrangers, leur usage s’est répandu, le peuple est mieux nourri, et l’agriculteur anglais, loin de souffrir de la concurrence étrangère, a vu s’ouvrir pour lui de nouveaux débouchés qui ont maintenu les prix.

La France est une contrée très productive en grains ; sur un grand nombre de points, son sol est admirablement propre à la culture des céréales. Cependant la France est loin de produire tout ce qu’elle devrait et pourrait produire ; elle est loin surtout de consommer tout ce qu’elle devrait consommer.

Le produit annuel de la récolte des céréales en France a été estimé en 1843, d’après des relevés olliciels, à ()9 558000 hectolitres de froment et à 112958 000 hectolitres d’antres grains de toutes sortes, formant nn total de

l’ItODLllS AtiKICOl.tS.

182517 000 heclolilres. On suppose (jue sur cette ijuaiitilé 16 pour 100 étaient employés comme semences, 19 pour 100 à nourrir difTérentes espèces d’animaux et 2 pour 100 dans les distilleries et les brasseries. Cette production indiijiie une consommation assez faible, comparée à la consommation en .Angleterre. En effet, le chiffre de la [u oduction en France est égal à 62 7/iO 000 quarters anglais, ce qui représente à peu prés la consommation en Angleterre. Ainsi, en admettant que le ebiffre indiqué pour la France réponde à une population de 35 à 36 millions, rAnglcterre consommerait autant avec une population de 29 millions Cette différence est produite par la consomniation énorme de grains par les distilleries, les manufactures et l'alimentation des bestiaux. Cette consommation était estimée à 16 millions de quarters en 1858, c’est-à-dire à près du tiers de la consommation totale.

Il y a eu une singulière alternative d’abondance et de rareté en France, par période de cinq ou six ans, depuis 1816 jusqu’en 1856.

Le tableau suivant indique le chiffre de l’importation et celui de l’exportation, ainsi que le prix du blé pendant celte période de :

iCtréüant Eiceüant

«le de Prix

l'imporUtioD. rexportalion. |>ar beclolitrt.

C années de rarelé (I8l6-t8'il). .

26 fr. 22 c.

6 anii. d'abondance (1822-1827).

5 années de rareté (1828-1832)..

5 ann. d'abondance (1833-1837)

5 années moyennes (1838-18(2).

5 années de rarelé (1843-18(7).

5 ann. d'abondance (18(8-1852).

1 années de rareté (1833-1856).

4 1 dtmécâ 55 805 000 18 000

I)i: L’iiNDUblHIK MUDbK.NE.

De lSl(j à 185(i compris, pendant un espace de quarante et un ans, l’importation du Idé s’est élevée à 55 805 000 liectolitrcs ; il n’a été exporté que 18 M\'2 000 hectolitres. L’imi)ortation du blé a donc dépassé de 37 375000 hectolitres l’exportation ; valeur qu’on peut estimer à 1100 millions d(> francs.

La France ne produit pas en moyenne tout le grain qu’elle peut produire, puis(jue dans l’espace de quarante et un ans, elle a importé un excédant de 37 373 000 hectolitres de blé, tandis (ju'elle devrait au contraire en exporter des quantités considérables., La France est loin de consommer tout le grain ([u’ello devrait consommer; avec une pop(dation de 35 millions d’habitants, elle ne consomme pas plus que rAnj>leteno avec une population de '20 millions. Cette absence de consommation est due sans n\d doute a\i régime restrictif encore au,jourd’bui en vigueur, c’esl-à-dire à un manque de liberté dans les transactions, qui conduit à l’absence totale de transactions à un moment donné. Cette faible consommation relative est (lue aux mesures prises en temps de rareté des grains pour empêcher leur consommation et la distillerie dans la féculerie, industries qu’on ruine, et qui ne peuvent se relever pendant l’abondance ; en outre, en empêchant d’une manière absolue l’exportation en tempsdonné, on anéantit le commerce étranger, et en temps d’abondance les moyens mantjuent pour exporter l’excédant de la production.

Les préjugésd’un autre Age existent au sujet des grains. Les mesurtis les plus arbitraires ont été pris(;s en France

IMlODl'ItS AfilUCUI.KS.

h!il

il Imitfs les éputiues à l’égard du commerce et de la culture des grains. L’îiulorité publique autorisait ou défendait arbitrairement, soit l’importation, soit l'exportation ; elle s’arrogeait le droit de vider les greniers, de lixer le prix du blé, et même de régler les ensemencements. Toute modification à l’assolement établi était interdite, par des inte niants ignorants, comme une atteinte à la subsistance publique. On voulait des céréales avant tout. Il était défendu, dans la meme pensée, de planterdes vignes sans autorisation. Le dernier édit qui renouvelle cette prohibition est de 17/i7, et ce n’était pas une lettre morte. Pendant la période révolutionnaire, les cultivateurs furent contraints par la force à envoyer leurs grains au niarcbc et i\ les vendre un prix déterminé. Les lois du mmimiun furent renouvelées par un décret de mai IS12, qui défendait de faire du blé un nbjel de spvculatiun, et le taxait à francs l’hectolitre (1).

On aura beaucoup de peine à assimiler le blé qui sert à faire le pain à tout aidre produit. On se décide dillicilemenl à considérer le commerce des grains comme tout autre commerce. Des souvenirs lugubres ont laissé des traces profondes dans l’imagination des populations, et il semble ([ue l’Klat doive, par des mesures, prévenir les spéculations, einpêcber 1a raretû, et pourvoir à l’abondance.

Des notions plus exactes commencent à sc faire jour cependant , mais avec peine. Aujourd’hui encore , en

(I) Léonce de Laverjçiie, Economie rurale de la France^ I». 38.

1)K l.'iNDtSTHll- MOlItltNi;.

France, le gouvertienieiil croit devoir parer aux évenlualilés et protéger tour à tour le consommateur et le producteur. Le commerce du grain avec l’étranger n’existe que de nom. En cas de disette, on achète à tout prix h l’étranger; en cas d’abondance, les débouchés manquent faute d’un commerce d’échange régulier ; en un mot, l’échelle mobile, ou l’élévation ou l’abaissement graduel du droit d’entrée, empêche qu’un état normal et régulier puisse s’établir.

Les denrées sont cependant un produit comme tout autre produit de l’industrie. Lorsque le blé est en excès, il doit être exporté, échangé contre d’autres objets. Mais tandis que dans l’industrie manufacturière, on restreint à volonté la production lorsque les débouchés font défaut, la terre produit souvent pendant plusieui*s années consécutives des quantités énormes de céréales. Si les facilités d’échange n'existent pas, il y a trop-plein ; le blé tombe à vil prix, et cette abondance ruine le cultivateur. Lorsqu’il y a disette, le cultivateur vend chèrement ses produits ; dans ce cas, c’est le consommateur qui souffre. 11 y aurait, il est vrai, un moyen bien simple d’empêcher la ruine, tantôt du producteur, tantôt du consommateur : ce serait de vendre aux étrangers lorsqu’il y a excès de production, et de leur acheter lorsqu’il y a disette. Mais ce qui semble si aisé on théorie devient une grande difficulté pour les pays où des entraves gênent les transactions. Nous avons rappelé, dans nos considérations générales, qu’il n’est possible de payer des produits qu’avec des produits.

l’iiuoüirs A(iiii(;oi.us.

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lùi cas d’abomlancc, la l’ranco ollre son IjIc à ses voisins, mais ceux-ci ne racliélcnl pas ; ce précieux i»rotluit baisse anoimalemenl ilc prix, el l’a^Micullcur cultive moins jiis- •lii’à ce tiuc la disclle relevant les |irix, il retrouve un avantage à produire autant ([ue possible. En cas de disette, la France s’adresse à ses voisins, elle ouvre ses ports, on achète à tout prix; mais comme les transactions régulières mamiuent, on paye en or el en argent. Les vendeurs etrangers élèvent anormalement les prix, el le consommateur en France paye le blé beaucoup au-dessus de sa valeur réelle.

En résumé, avec le système des restrictions à rentrée et à la sortie du blé, le cultivateur sc ruine en temps d’abondance par le défaut de débouchés pour ses produits, cl en temps de disette, c’est le consommateur (|ui souffre par les dillicultés de s’approvisionner à l’étranger. Est-ce là un étal normal? Il faut que l’agricullenr puisse s’enriebir tout comme le manuraclurier ; tenir une ferme ou cultiver une propriété, doit être aussi productif que l’exercice de toute autre industrie. Les fils d’agriculteurs doivent trouver dans rélal de leurs pères les moyens de vivre. Les ouvriers ruraux doivent obtenir de bons salaires dans les campagnes, jiour ne plusse porter en foule vers les villes. Les [uopriélaires doivent trouver des intérêts assez puissants dans leur ex[doitation [tour se lixer dans leurs terres (I).

On ne doit pas sc faire d’illusions, le pain et la

(1) On Irouver.i les imlicalion.» Ici pins complrles sur l'agricullurc cil IVaiiec dans le Jcunial d'ajiiailtui'C pralif/ue, rédigée par M. J. Barrai,

DE L’I.NDUSTBIE MODEBNE.

viande surtout manquent en France. Il est bien connu que dans certaines parties de la France les familles d’agriculteurs ne mangent de la viande que les jours de fêtes; il en est môme qui n’en mangent qu’une fois par année, (ju’on ne croie pas que ce soit par économie ou par goût, c’est insuffisance d’aliments, insuffisance des objets de première nécessité. M. Le Play décrit dans ses monographies la demeure des paysans français du Morvan, de l’Auvergne et de la basse Bretagne (1). Certes, en lisant ces détails qui, sous la plume de M. Le Play, no peuvent avoir le caractère de l’exagération, on se demande comment on nous menace constamment du trop-plein qui paralysera bientôt le travail par l’exagération de la production. Il faudra un long temps pour que l’habitation, les vêtements, les ustensiles des familles du Morvan, de l’Auvergne, de la Sarthe, de la basse Bretagne, décrits par M. Le Play, atteignent à l’état normal.

On confond l’abondance avec le trop-plein momentané ou l’avilissement du prix des denrées, conséquence du manque de débouchés. Si, à certains moments, la consommation fait défaut, il est positif que les producteurs seront en perte, car passe une certaine limite, la production ne détermine plus la consommation. Le raisin, par exemple, est parfois si abondant en France, que le vigneron renonce à faire du vin ; les frais dépasseraient le prix auquel son vin pourrait être vendu. Aussi entend-on dire généralement que la France produit trop de vin ; et

(I) Le Play, Ouvriers europtrns, monographies xxvii, xxix, xxxii.

PRODUITS AGRICOLES

cependant combien de paysans sont privés de celle boisson nalurclle à la eonlréc.

11 en est exaclcmenl do même pour les céréales. la suite de récoltes exceptionnelles, le blé tombe à vil prix, le cultivateur le vend à perle, on l’offre en vain aux étrangers ; et finalement une récolte abondante devient la ruine du producteur. Aussi est-il nombre de personnes qui croient que la production du blé en France dépasse de beaucoup les besoins de la contrée ; et cependant la France a acheté, dans l’espace de quarante et un ans, pour plus d’un milliard de blé étranger. Cet excès de production n’est donc qu’apparent. L’abondance n’existe pas en France; on pourrait dire plulét que l’état habituel est l’insuffisance des denrées alimentaires.

Les satisfactions matérielles offertes comme seul but de l’existence humaine ont quelque chose qui nous répugne, sans doute; mais il n’est pas moins vrai que le bien-être matériel, la sécurité de l’avenir, le pain (juotidien assuré, sont une condition normale de l’existence de l’homme. Une opinion très répandue consiste à admettre (]ue dans les siècles passés, l’état des classes laborieuses était des plus précaires, des plus misérables, et que le bien-être matériel est une conquête de la civilisation moderne. Rien n’est plus erroné. 11 ne faut pas confondre l’état social des classes laborieuses au moyen âge avec la condition si misérable du paysan français aux xvir et xvm' siècles, écrasé d’impôt, épuisé par les guerres et le luxe des propriétaires méconnaissant leurs devoirs. Les institutions du moyen dge avaient depuis longtemps

I)t l.’lMUVriUE MODEIlNt.

(lis]mni on France à celle époque; la cenlialisaliun avait (lélniil lonl ce qui l'aisail leur force. .Mais il faut porter son attention sur les pays où ces instiliilions se sont maintenues le plus longtemps intactes et où elles existent même encore.

M. Le Play a recueilli de nomlireuses observations sur le sort des familles d’ouvriers dans les diverses parties de rEurojic. Ce travail est un modèle d’investigation scientili(iue. M. Le Play a procédé dans ces études avec la méthode sévère et exacte des sciences naturelles, <jui consiste ù observer le mieux possible et à donner tel (juel le résultat des observations, quelque dis[)aratcs et même souvent quelque contradictoires iiu’elles paraissent. Le mérite et la iiorlée de ces recherebes ont été méconnus à tort de quelques écrivains, qui ont fait supporter au fond même du travail, c’est à-dire aux faits, la défiance que leur inspiraient les conclusions de l’auteur. On a prétendu même qu’il y avait eu surprise de sa part ; qu'il aurait accepté comme réelles les indications fournies par des gens intéressés à cacher la vérité au public. Mais, pour toute personne ayant voyagé et vécu dans les contrées où .M. Le Play a pris ses sujets d’observation / il est aisé de constater la rigoureuse exactitude des faits mentionnés. I^our notre part, nous avons reconnu ce que nous savions déj'i sur l’Allemagne, la Suisse, l’Angleterre cl la France.

Les recliercbes de .M. Le Play ont mis en lumière un fait généralement méconnu chez nous : c’est que le bien-être existe dans les parties de l’Euroiæ où les inslilu-

IMIODIIIS A<;RI(.()I.K'.

lions tlu moyen âjïo se sont niainlenues iiilaclcs. On confonil les récits tic misères locales, les souvenirs sinistres fie famines, irrémctliahles à celte é|iO(jue par la tlillicullé des transports, avec l’état normal permanent. Que ne Irouvcra-t-on pas dans l’iiistoirc de notre épof|uc en fait de scuiiïrances, de disettes, d’émigrations, etc.; cl cependant les écrivains fpii reclierclienl tonies ces misères passées leur opposent l’éiiil prospère des temps présents.

Du temps des corporations de métiers, tontes les mesures étaient prises pour éviter la concurrence entre les ouvriers. Le nombre des maîtres était fixe dans cliarpie communauté; cliatpic maître ne pouvait former t|u’un certain nombre d’apprentis, il occupait un nombre limité d’ouvriers. D’après les statuts de presiiue tous les corps de métiers, un homme ne pouvait passer maître qu’aprés vingl-cintj ans; mais s’il n’avait pas un capital à lui, s’il n’avait pas fait des économies suffisantes, il continuait à travailler comme compagnon. Le plus grand nombre des artisans demeuraient compagnons toute leur vie ; il était i»resque sans exemple qu’ils se mariassent avant d’être reçus maîtres (1).

La commune était responsable de ses membres, elle leur devait assistance ; c’est encore le cas en Suisse et en .Mlemagne. La commune avait le droit d’expulser les etrangers tiui faisaient concurrence aux habitants, ou qui n’avaieul pas des moyens d’existence suffisants. Kn

(1) Sifmnmii, iVuui'faiia; principes d'economie politique, l. III, cli. x.

DE E’INDISIRIE MODERNE.

un mot, le patronnée assurait le sort de l’ouvrier contre la cessation du travail (1).

.Aujourd’hui le patronafçe n’exisie plus, les ouvriers se font une concurrence illimiléc. Les machines les remplacent partout où cela est possible. Les écrivains qui ont défendu l’emploi des machines se sont basés uniquement sur le fait (pie, loin de diminuer le nombre d(^s travailleurs, l’emploi des machines l’aufrmentait. Cela est vrai pour quelques cas particuliers. Mais comme rien n’entrave la concentration des ouvriers, et que rien ne limite l’augmentation de la population; que, d’un autre côté, chaque jour des perfectionnements diminuent le nombre des ouvriers proportionnellement à la production, il faut reconnaître que les machines sont en définitive une concurrence de plus pour les ouvriers, ajoutée à celle qu’ils se font entre eux.

Toutes les garanties qui protégeaient les ouvriers ont cessé d’exister; rien ne leur assure la sécurité pour l’avenir. Ils ont droit à des compensations. On leur doit l’ahpndance par la production sur une vaste échelle. On leur doit la facilité de se procurer toute chose au plus bas prix possible. On leur doit la possibilité de s’instruire, de s’élever par le travail et par l’éjiargne. On leur doit la possibilité de fortifier, de développer cette individualité qui, aujourd’hui, ne se défend que par elle-même.

Est-il un seul |)rétextc pour entraver le progrès? Nous ne pouvons croire que les grands événements qui ont

(I) Sluarl Mill, Ioc.crt.,t. I, p. 223.

PRODUITS AGRICOLES. Ù5.'

surgi de nos jours soient de simples accidents qu’il faille ou déplorer ou combattre. Nous ne croyons jias qu’il faille les atténuer ou entraver leur marche, afin de diminuer la perturbation qu’ils ont produite. Tout au contraire, il n’est d’autre moyen de sortir de la crise actuelle que de la traverser rapidement en acceptant les conditions nouvelles dans leur plein développement.

Dans ses remarquables études sur les ouvriers européens, M. Le Play a également constaté un fait d’une grande importance. Ayant pris les renseignements tes plus exacts sur le sort des ouvriers couteliers de Stieffield, des fondeurs de fer du Derbyshire, des couteliers de Londres (1), M. Le Play a constaté que dans ces centres où les conditions nouvelles de l’industrie ont pris leur plus grand développement, le bien-être existe à un haut degré. Qu’on lise les monographies qui traitent de l’ouvrier anglais, et l’on verra qu’il ne le cède en rien en bien-être, en aisance, aux ouvriers de l’ancien régime industriel. Qu’y a-t-il de si extraordinaire que l’ouvrier de l’Europe occidentale, où les conditions nouvelles se sont le plus librement développées, puisse arriver au bienêtre du paysan de la basse Hongrie, ou du forgeron des mines à fer de l’Oural, ou du mineur de la corporation des mines d’argent et de plomb du haut Hartz (*2). Mais cela prouve un fait incontestable, c’est que le progrès à lui seul suffît pour résoudre cette grosse question du bien-

(t) Otit)n«r« 0urop/«n>, monographies xxiii, xxiv, xxv. (2) Monographie xiv.

ni- l.’lNmSTRtK MOm-RXt.

('•Iro rpii PC pivscnlc sans opsso. Cola pronvc antro rliosc encore, c’esi tpio le Iticn-èlro ne pmil s’üblenir anjonrd’iiui que pai-raliondance des objets de prcniicre nécessité, et non par le maintien l'actice du taux des salaires ou la coalition dos producteurs pour assurer la vente de leurs produits à un prix exagéré.

L’industrie moderne se caractérise surtout par la production sur une grande écliolle des objets de |)rcrnière nécessité. L’industrie, dans sa fornic ancienne, avait surtout pour objet d’assurer le travail et les salaires. .\ujnnrd’hui, l’abondance, le bas prix de la production sont la conséquence des progrès de l’industrie. 11 n’existe plus de classes cbargées, les unes de produire, les autres do consommer. Hans toute .«ociété normalement constituée, chacun travaille, cliacun remplit un lôle, accomplit un devoir, et ce concours de tous dans la mesure de ses forces cl de scs moyens, conduit infailliblement à la richesse et au bienêtre. Mais la production ne conduit à ces résultats, (ju’à la condition (pie l’excédant de la production puisse être échangé contre l’excédant ilc la production d’autrui, à quebpie pays (pi’ellc appartienne.

La liberté dos échanges nosunit pas à elle seule cependant pour amener l’abondance. La source de toute richesse ne peut être <pic le travail ; la liberté des transactions ou l’échange n’est (pi’un moyen do faciliter, de développer le travail.

Nous nous résumons. Les classes laborieuses se sont libérées des liens (pii b\s allacbaient, soit au sol, .soit à la commune, soit à la corporation, soit aux maîtres ; mais

pnoDUTS Ar.iiiroi.f.s.

]iar relie indépendance même, elles ont perdu le patronage cl la sécurité dans l’avenir. Hien ne les prolége contre la conciirrence illimitée (lu’elles se font entre elles et contre la cessation momentanée du travail. Mais l’ouvrier trouve une compensation pour ce qu’il a perdu, dans la facilité dose procurer les objets de première néce.ssilé, résultat de l’abondance do la production.

BOISSONS FliUMENTÉF.S.

Vin. — La vigne est indigène de la Perse et du Lovant, mais elle se trouve aujourd’liui dans presque toutes les régions tempérées. De l’.\sie, la vigne fut introduite en Grèce, et de là en Italie. Les Phocéens, qui fondèrent Mai'seille, introduisirent la vigne dans le midi de la France. Aujourd’hui, la vigne est cultivée dans différentes parties du globe , maisrKuropo produit la plus grande quantité des vins consommés et ceux de la meilleure qualité. En dehors de Madère, du cap de nonne-Espérance et des parties de l’Europe situées au-dessous du ib' au 52'' degré, il n’existe pas, à proprement parler, de production régulière de vin.

Dans les xr et xii' siècles, des quantités considérables d’un vin inférieur étaient produites on Aiiglolerro avec (les raisins provenant de cette contrée, d’où il a complélemenl disparu aujourd’hui. Dans l’Ainériiiue du Nord, la vigne ne prospère pas au delà du 38' au AO’ de-

DE l’industrie MODERNE.

gré, et jusqu’à présent elle n’a jias été cultivée, en vue (le la production du vin, sous les latitudes qui lui seraient favorables, parce que les soins à donner à cette culture ne sont pas en harmonie avec les mœurs et les occupations agricoles de vastes contrées peu peuplées, et produisant en abondance des denrées d’un débouché assuré.

La P'rance est le pays le plus productif en vin ; la production totale est estimée à 35 millions d’hectolitres, d’une valeur de 540 millions de francs. Mais l’exportation des vins français est bien loin d’avoir atteint son plus haut point. En 1852, (îllc ne s’était élevée qu’au chiffre de 2 419 604 hectolitres. Le système commercial en vigueur jusqu’à ces derniers temps avait mis une entrave à l’exportation du vin français, et parfois l’abondance a été telle dans certains départements de vignobles, que des vignerons ont enterré leurs raisins, faute de débouchés pour le vin.

Les droits élevés dont les autres pays frappent les vins français à leur enrée ne sont pas seulement la cause du défaut d’exportation , car, ainsi que nous avons cherché à le faire ressortir dans nos considérations générales, la première condition pour exporter, est de prendre aux autres nations quelque chose en échange. Lorsque les négociants français qui vendent du vin aux étrangers ne peuvent prendre que des métaux précieux , toutes les autres marchandises étant ou prohibées ou frappées de droits élevés, on comprend (|ue l’exportation ne puisse atteindre un chiffre important, quand bien même les autres pays aboliraient complètement les droits d’entrée sur les vins français. La Suisse offre un exemple frappant

PRODUITS AGRICOLES. • i|.')9

(le celle vf'i ilc. Ce pays produit du vin assez médiocre, assez cher souvent, et cependant, malgré les faibles droits sur les vins français, ceux-ci n’entrent pas. Cela se comprend ; la Suisse possède peu de métaux précieux disponibles; mais si les broderies, l’horlogerie, le bétail de la Suisse pouvaient entrer en France, nul doute cpio les Suisses prendraient en échange du vin français. A l’exception de quelques crus excellents, le vin français n’est pas un vin de luxe. La véritable richesse vinicolede la France consiste dans les vins ordinaires; ce n’est donc pas au luxe des nations qu’il s’adresse, mais à la grande consommation. Avec le système en vigueur jusqu’à ce jour, une exportation considérable de vin français était impossible.

L’Espagne produit un excellent vin blanc de Xérés, non loin de Cadix. Le xérès ou sherry est le vin le plus répandu en Angleterre ; mais la plus grande partie de celui qu’on boit sous le nom de sherry est fabriquée. La province de Valence, en Espagne, fournit une grande variété de vins. De grandes quantités d’un vin rouge très doux et très capiteux, appelé llénicarlo, nom du port d’où il est exporté, sont expédiées à Cette; de là ces vins arrivent par le canal du Languedoc à Bordeaux, où ils sont mélangés avec les vins inférieurs de la Gironde. Le vin rouge ordinaire do l’Espagne est conservé dans des outres de peau de chèvre qui lui donnent un goût dt'sagréable.

Le Portugal produit le vin de Porto, du nom du port d’où il est exclusivemenl expédié. Le vin de Porto ou du Port estunivei'sellement en usage comme vin de dessert en Angleterre, où il a remplacé presque complètement le

ni: I, ixiiisniii; modkiim:.

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vin (le noiïleaiixà la siiile de droils prnliilâlifs. L’t'xporlalion annuelle du vin de Porto s’élève de 30 000 à 55000 pipes. Plus de la inoilié de cette tpianlité est eonsoniinée par l’Anj;leterre : en 1S.52, “2 ASS) 350 gallons de Porto sont entrés en consommation en Angleterre. Le reste est acheté par le Présil, lalUissie et le nord do l'Europe. Le coniuiercc du vin do Porto est entre les mains d’une com- Itagiiie àhupjolle le gouvernement a octroyé un monopole.

L’ile de Madère fournit nn vin tn'js renommé et consommé dans tons les pays. La production annuelle est limitée ; elle ne dopasse |ias 20000 pipes, dont une grande partie est expédiée aux Antilles et dans le reste de l’Amérique : aussi les imitations sont-elles nomhrenses. Le madère n’est plus aussi à la modo en Angleterre, où il a été en grande partie rem|dacé par le sherry. La quantité consommée en 1S27 s’élevait à 308 25)5 gallons; elle n’était plus en 1852 ipic de 05)730 gallons, tandis que le sherry consommé en 1852 s’élevait au chilTre de 2000 857 gallons (1).

Marsala,cn Sicile, donne son nom à nn vin blanc dont une grande (juantité est envoyée en Angleterre : la consommation, i|ui n’était, en 1823, (pie de 75)680 gallons, s’est élevée en 1852 à 387 750 gallons. Ce vin cstégalemenl expédié en (piantité considérable en .\méri(|uc, où il est vendu souvent jiourdu madère.

Les autres vins d’Italie n’entrent, ni pour leur qualité, ni par leur quantité, dans le commerce général.

(I) M.1C Cullocli, Inc. cil., p. 1 109.

l’IiOKlIIS AliRUOU-S.

A(il

Les vins (le IjCCCC cl de Chypie sont prudnils en niiiiimc iiu:inlil(' anjonrd’lmi ; mais nnl donle (|uc les soins donnés à la cidlnre feraient de ces vins célèlnes un article de commerce imporlant .

Le cap de Ilonne-Espérance produit du vin (]ui a joui d’une assez grande réputation en Angleterre ; mais sa consommation a beaucoup diminué : clic n’était plus pour l’Angleterre ([uc de 2A2 (>19 gallons en 1852, malgré les avantages dont ce vin jouit à l’entrée, en sa tpialité de produit d’une colonie anglaise.

Les vins du llliin et de la Moselle ont toujours eu une grande réputation, mais leur production est limitée.

La culture de la vigne est, ainsi qu’on le voit, bornée à (|uelques localités, et cependant on boit du vin dans toutes les parties du monde. Une question très importante • est agitée aujourd’hui. Le vin ordinaire de la France, dont la production est, pour ainsi dire illimitée, dans certains départements, est-il destiné à entrer dans la consommation des classes nombreuses dans les contrées dépourvues de vin?

Tous les esprits sérieux s’accordent à l’admettre; les frais de tiansport sont tellement diminués, ils le seront encore à un tel point lorsque les canaux seront rendus à leur activité, que laipiestion de prix ne préoccupe plus. Les gouvernements étrangers sont disposés à abaisser ou A abolir les droits sur les vins, si les pays de vignoides font de même à l’égard de leurs produits; le vin français sera bientôt dans les docks de Londres à un prix peu supérieur à celui du vin à l’intérieur de Paris.

DE l’industrie MODERNE.

Mais ce que l’on se demande est ceci : Le peuple anglais voudia-t-il boiredu vin français? Daiisle xvii» siècle, le vin français était d’une consommation générale en Angleterre, lin 1(137, l’importation s’élevait à 15 518 tonnes ; en 16S8, à 14 218 ; en l(58t», à 11 10(5. il est douteux qu’à celte époque on pût trouver dans le pays une seule pipe de vin de Porto. .Mais, à la suite de la politique de Louis XIV, le droit de 8 livres sterling imposé sur chaque tonne de vin français fut élevé, en 1697, à 33 livres! A la suite de cette sorte de prohibition, les marchands anglais commencèrent à importer du vin de Porto pour remplacer les vins rouges de Bordeaux. Le fan eux traité de Methuen avec le Portugal, conclu en 1703, par lequcU’Anglclerre s’engageait à frapper les vins français d’un droit de 33 p. 0/0 plus élevé que celui qui existait sur les vins du Portugal, rendit délinitive l’exclusion des vins français.

Le goût des vins forts a prévalu en Angleterre par un long usage, et quoique les droits eussent été considérablement réduits en 1825, la quantité de vins français consommés en Angleterre ne dépassait pas 475 948 gallons en 1852, tandis que la consommation du vin de Portugal s’élevait, la même année, à 2 489 350 gallons ! Ce serait donc artiliciellement que ce goût des vins forts se serait répandu en Angleterre, et rien ne s’opposerait à ce (pie, par leur bas prix, les vins français occupassent une place importante dans la consommation.

Bière. — L’usage de la bière était répandu chez plusieurs nations de l’antiquité : les Égyptiens préparaient

PRODUITS AORirOLKS.

une boisson avec tle l’orge fernicnlce. Son usage fui introduit de très bonne beure en (Irèce et eu Italie, quoiqu’elle ne fill jamais très goûtée dans cos contrées, où la vigne était cultivée. Les babitaiils des Gaules, et particulièrement ceux de l’ancienne Kspagne, s’enivraient avec une liqueur faite d’eau et de grains. Les anciens Saxons et les Danois semblent avoir clé passionnés pour cette licpieur. La fabrication de la bière a été introduite de très bonne heure en Angleterre. L’usage du houblon dans la fabrication de la bière est une invention qui vient d’Allemagne. Le houblon était employé dans les brasseries des Pays-Bas dès le commencement du xiv” siècle ; mais cet usage ne s’introduisit en Angleterre que deux cents ans plus lard.

La bière est la boisson ordinaire des contrées de l’Allemagne, de la Hollande, de la Belgique et de l’Angleterre, où le vin est, par son prix élevé, hors de la portée des classes nombreuses. Aux Etats-Unis, la bière est en partie remplacée par le brandy, ou le grain distillé, qui, mélangé à de l’eau et à du sucre, est une boisson devenue très en usage.

11 est à remarquer que dans les pays du nord de l’Europe qui semblent moins appropriés que les contrées méridionales à l’existence normale de l’homme, les boissons fermentées semblent presque indispensables à la santé ; elles ne peuvent être remplacées que par le thé et le café.

Alcool. — E\u-de-vte. — Brandy. — On admet que l’art de la dislillalion fut inventé par les Arabes. D’après

1)1 L’i.NUUbTr.lK MüDtRM::.

un |iab.s:iyc des œuvres de liayiiioiid de l>idle, dans le xiii' siècle, on peul adnicUrc(iiic la produclion du lirandy el de l’alcool par la dislillalion du vin était en usaye eliez ses contemporains. Mais cette pratique ne parait ])as avoir été introduite en France jusqu’en J31;l. Cette liipicur aurait été employée, au début princijialenient, comme un antiseptique et une médecine restaurante, et les panégyri(iues les jilus extravagants énuméraient scs vertus. Elle était désignée comme un remède souverain et universel.

Dans les contrées où le vin l'ait dél'aul, l’eau-dc-vie est obtenue par la distillation de l’avoine, de l’orge ou du blé germés ou malt, et dont les produits sont rectifiés ou redistillés avec addition de baies de genièvre, d’huile de térébenthine, etc. C’est là le gin des Anglais. Le whisky s’obtient par la distillation du grain, du sucreou de lamélasse, plus généralement du premier : c’est la liqueur nationale de l’Ecosse et de l’Irlande; mais le whisky que l’on fabrique en Ecosse est supérieur à celui d’Irlande.

A la suite de la malailie des raisins el de la rareté du vin en France, des quantités coiif idérablcs d’alcool ont été obtenues par la dislillalion du jus de betterave fermenté. On relire aussi de l’alcool par la fei nicntation cl la distillation des eaux sucrées provenant du lavage de la poudre de garance.

lliiLM. — Le rhum est obtenu par la fermentation et la dislillalion des mélasses résidus des jus de canne à sucre, et des débris de cannes, après que le suc en a été

PIlODUrrS AGRICOLES.

extrait. Le parfum et le goût particulier du rhum provicnneiil des huiles volatiles essentielles ohtenues par la distillation. Le rhum de la Jamaïque est le plus renommé. Celte liqueur est également produite dans toutes les contrées où la canne est cultivée en vue de la fabrication du sucre.

Arrack. — L’arrack est un terme employé dans l’Inde et les lies de l’Inde pour désigner toutes sortes de liqueurs spiritueuses. L’arrack de Goa et de Batavia est très estimé; celui de Ceylan est, dit-on, inférieur.

L’arrack, soit de Goa, soit de Colombo, est invariablement obtenu du jus végétal qui s’écoule d’une incision faite à l’arbre appelé cocoa-nut. Lorsque le jus est fermenté, il est distillé et rectifié. Il produit ordinairement la huitième partie de pur esprit.

L’arrack de Batavia est obtenu des mélasses et du riz avec une faible addition de toddy. On en use en Angleterre presque uniquement pour donner du parfum au punch. Sa consommation dans l’Orient est immense (1).

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