CAFÉ ET THÉ
Café. — Le café est employé comme boisson en Europe, depuis deux siècles. Les premières créatures qui firent usage des grains de café sont, paraît-il, les tribus demisauvages (Le la liante Éthiopie, D’après Bruce, le grain était broyé en poudre, puis mélangé sous forme de pâle avec de la graisse et réduit en petites boules. Deux ou trois de ces boules suffisaient pour soutenir un homme toute une journée dans une cxcui'sion ou dans une guerre (1). C’est en Perse (|ue l’usage de l’infusion de café comme boisson se serait d’abord établi ; de là il s’introduisit à Aden, en Arabie, dans le milieu du xv' siècle, où il se répandit bientôt parmi les derviches qui en prenaient pour passer des nuits en prières (2), Ün se servait déjà d’une autre boisson à Aden avant d’employer le café : on l’obtenait d’une feuille nommée cal, d’où lui vint le nom de café de cal; on ne sait pas précisément quelle était la nature de celle plante. L’emploi du café lut bientôt général à Aden; il s’étendit peu à peu jusqu’à la Mecque. Le café, acquérant tous les jours plus de réputation, fut introduit en Egypte, au Caire, par les derviches sémaniles. Son usage fut défendu à la Mecque en 1511, mais il ne continua pas moins d’être en grande faveur.
En 1660, Soliman aga, ambassadeur de Mahomet IV,
(1) Encyi lopœdia Urilannica, \° Coffee.
(2) A. Gatland, De l'origine et du progrès du café, l’aris, 1699, in-12,
PROOUnS AGRICOLES.
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vint à Paris, et c’est à son ambassade, paraît-il, que le j)remier usage du café en France doit être rapporté.
En 1672, un Arménien, nommé Pascal, vendit publiquement du café à la foire Saint-Germain, et peu après, dans la même année, il ouvrit un café sur le (juai de l’École, qui fut le premier café public connu à Paris.
Un café public fut ouvert pour la première fois à Londres en 1652. Un marchand, nomme Edwards, ayant rapporté d’Orient quelques sacs de café, et amené un domestique grec pour le préparer, sa maison était assiégée de visileui’s curieux de voir et de goûter la nouvelle liqueur. Edwards, afin de se débarrasser de ces visites, permit à son domestique de vendre publiquement du café, et ce dernier vint s’établir dans le Newman’s Court Cornhill, à l’endroit oii est placé aujourd’hui le Virginia Coffee House (1).
La culture du café était d’abord limitée à l’Arabie, d’où il est originaire, mais aujourd’hui celte plante est cultivée sur une grande échelle dans l’extrémité sud de l’Inde, à Java, aux Indes occidentales, au llrésil, etc.
A la fin du xvii*' siècle, de 1680 à 1690, les Hollandais plantèrent dans le voisinage de Uatavia des grains de café qu’ils s’étaient procurés à Moka. La culture de la plante se répandit lentement dans les iles de l’archipel Indien. En 1690, les Hollandais envoyèrent un plant de calier en Europe, et c’est des graines qu’on en obtint que déri-
(I) A Trealise concerning lhe l’ruperhei and EffteU of Coffee, bjr Bens. Maselcj, 5° 6dit.
ms I.’lNI»USTR[F. MODERNE.
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vcreiil les premières plantations de cafiers dans les Indes occidentales et à Surinam (1).
Aujourd’hui, la culture du calé et la préparation des {'rains sont devenues une branche iuiporlantc d’industrie. A Java, àCeylan, aux Indes orientales, dans l’Amérique du Siul et aux Indes occidentales, on traite le café pardes procédés arlificielsct mécaniques; en Arabie et en l’erse, c’est toujours aux anciens procédés manuels et à l’action du soleil qu’on a recours pour sa préparation. 11 paraît qu’à certains égards, les procédés mécaniques ne donnent pas d’aussi bons résultats i|uelesanciensprocédésencore en usage en Orient.
Le calé est devenu, par sa consommation généralement répandue, un article commercial d’une grande importance. 11 est peu de produit qui ait présenté plus de variations, non-seulement dans la consommation, mais dans le prix et la culture.
Saint-Üomingue fut à une époque une des plus grandes sources de production du café. Ln 1786, l’exportation s’élevait à environ :!') 000 tonnes ; et il est à supj)oser que, sans rinsurrection des nègres en 1792, l'exportation aurait atteint cette année Û2 000 tonnes. La production cessa presque complètement à la suite de cet événement; depuis plusieurs années, toutefois, ce commerce s’est progressivement relevé, et aujourd’hui il atteint 16 ÜOO tonnes par an (2).
Cuba, l’exportation du café a considérablement diminué, en partie à la suite de l’abaissement des prix, et
(1) Mac Cullucli, loc.ci/, ï” CuKFEE .
(2) lilcm, ibil.
Digi' jx) by Gi'Oj^k
l■l■.ül)lJlr.s AGnicoi.Es.
eiisuilc surloul par la niUure ilc la caimc à sucre, à laiiuollc les planlcurs s’adonneront plus particuliôronienl. La production du café, y compris celui obtenu à l’orto-Uico, ne dépasse pas 7000 tonnes.
Au lirésil, la pi oduclion du café a j;randi prodigieusement ; l’exportaliou du calé du lirésil atteint aujourd’lmi 1*20000 tonnes.
A Java, les progrès ont été plus surprenants encore. L’exportation qui, il y a quelques années, ne dépassait pas 18 000 tonnes, atteint aujourd’hui au moins 55 000 tonnes.
La culture du calé dans l’Inde et l'ile de Ceylan a aussi beaucoup augmenté, principalement dans cette dernière, 011 depuis quelques années les plantations se sont tellement étendues, ipie leur produit est aujourd’hui égal au double de la consommation de la (îrande-lJrctagne.
Le tableau suivant indique l’exportation du café dos principaux ports d’où il est produit, et la consommation annuelle des contrées où il est cm|doyé.
KVPont.uioN nu cxrÉ des difkérexts lieux de produciiox.
Tonnes
Mok.i, llailciil.1 cl .niilrcs porls de t'Araliic 8 000
Java 55 000
Sumatra cl aiilccs porls de l'Inde non anglaise 8 000
Brésil lf.0 000
Haïti tfiOOO
r.iitia cl l’url» Uico T 000
liide.<! occidenUtea britanniques. 2 000
Inde cl Ceylan 38 000
Indes oecidciibles liollaudaises 2 000
Indes occidcnlalcs françaises cl lie Boiirtion, 2 500
Total 208 500
DE E’1M)ISTB1E MODI IINE.
CUNSinl1IATI0?l UAKS LES DIVERSES CONTRÉES.
TonlirJ.
r.randc-BrclagiiC 1 G 000
Pays-Bas et Hollande 40 000
Allemagne, Biissie, et conlrécs autour de la Ballii|uc. . . GO 000 France, F.spagne, Italie, Turquie d’Europe et Eevaiit. ... 55 000
Ëtats-lTiis 00 000
Canada, Australie, etc '. 30 000
Total 201 000 (1)
La coiisonimalion du café aux Élals-Unis a augnicnlé avec une glande rapidité depuis 1821, année à lacjuellc elle inonlail seuleinent à .î300 tonnes. Celle augmenlation est due en partie à la réduction du droit, d’abord de 5 à 2 p. 0/0, et à son abolition complète, en partie aussi à la baisse du prix du café, et en partie peut-être également à la propagation des sociétés de tempérance.
Depuis 1837, la production du café a augmenté à Ceylan d’une manière prodigieuse; de 1837 à 18^1, celle production a été de 27/t 360 quintaux ; de 18.')2 à 1856, elle a atteint le ebiffre élevé de 2056 330 quintaux. Le café a ses partisans et aussi ses détracteurs; mais ceux qui blâment l’usage de tous les excitants supposent toujours que les hommes se trouvent dans les meilleures conditions possibles. Dans la société de nos jours, où une activité surprenante a lemplacé l’existence plus calme des générations qui nous ont précédés, certains accessoires à ralimentalion ordinaire sont nécessaires. Le calé est une
(I) Mac Cullocli, loc.cit., p. 317.
PRODUITS AGRICOLES. ?l»l
grande ressource pour l’alimenlation de toutes les classes, et l’on en doit favoriser l’usage partout où il remplace celui des liqueurs fortes, comme cela est devenu le cas dans beaucoup de contrées. Les paysans anglais emploient aujourd’hui de grandes quantités de café, de préférence au thé, qui est plutôt consommé par la classe ouvrière des grandes villes. On a vu, par le tableau qui précède, combien la consommation du café s’est accrue aux États- Unis. Au point de vue de la santé, rien ne prouve que l’usage modéré du café soit un mal.
Thé. — Le tbé provient des feuilles d’une plante particulière, haute de trois à six pieds, qui aune ressemblance générale avec le myrte, tel qu’on le voit dans le sud de l’Europe. L’arbre ou l’arbrisseau à thé est robuste et toujours vert. Il croît à l’air libre depuis l’équateur jusqu’au hô" degré de latitude. .Mais le climat qui lui convient le mieux est entre le 23' et le 25' degré de latitude, à en juger par le succès de sa culture en Chine.
Commercialement, la culture du bon thé est limitée à la Chine, et spécialement à ciii(| provinces placées justement sous la latitude indiquée. Cependant presque toutes les provinces de la Chine produisent plus ou moins de thé, mais il est d’une qualité inférieure et destiné A la consommation de la contrée même. La plante du tlié est également cultivée sur une grande échelle au Japon, au Tonquin et en Cochinchine.
Au point de vue agricole, la culture du thé se ra|»-
jiroche beaucoup de celle de la vigne. Elle occupe dans
DE I.’INDLSTRIE M0I>EIINE.
l’apriculliiro en Chine la même |>lace que la vipne dans les provinces du sud de la France. De même que la vi^uie, le llic croit presque uui(pienienl sur les points montueux, peu propres à la culture du prain. Les sols capables de produire les meillenres espèces sont limités et disséminés. De l’habileté et des soins sont nécessaires, soit dans la culture, soit dans la préparation du thé. De même que le meilleur vin est produit dans (|uehiues localités seulement, il en est de même pour le thé, (juoique à un degré moindre cependant. Les Chinois sont d’une grande habileté dans la culture et la préparation du thé, et surmontent sans doute certaines dillicultés, ce qui explique pourquoi les tentatives pour étendre la production du thé à d’autres localités sont restées infructueu.ses. Les Hollandais toutefois ont réussi, après de longs cdorts, à obtenir du thé dans les parties montagneuses de l’ile de Java, par l’assistance de cultivateui-s chinois du Fo-kien, qui forment une partie considérable de la population qui émigre à Java. Les Drésiliens ont fait de semblables tentatives; ayant également des émigrants chinois, ils ont tenté d’introduire la culture du thé dans les environs de llio-de- Janeiro, et ils ont obtenu une certaine (juantité de thé assez bon.
I.e tbé est de deux espèces, le noir et le vert. Presque tout le thé mûr exporté en Europe (à l’exception d’une partie qui croit à Waping, district de Canton) est produit au Fo-kien, province populeuse et industrieuse, située au. nord-est de Canton.
La propriété est extrêmement divisée en Chine ; aussi
l’KODUirS AGRICOLES.
le thé osl-il cultivé dans des jardins ou dans de |>etitcs plantations. I,a plante arrive à maturité et donne une récolte à deux ou trois ans. Les l'euilles sont recueillies par la rauiille du cultivateur, et immédiatement portées au marché. Là une classe d’individus qui en font leur métier, achètent la feuille et la préparent, c’est-à-dire l’étendent et la dessèchent sous un hangar. Une seconde classe de personnes, désignées à Canton sous le nom de marchands de thé, parcourent les districts où le thé est produit, et l’achètent dans cet état de demi-préparation. Ils complètent la préparation par le triage des qualités, aiu[uel des femmes et des enfants sont principalement employés. On soumet ensuite le thé à une dernière dcssicciition, et on le divise d’après sa qualité en caisses de 100 à 1(50 pacjuets chacune. Les paquets sont timbrés avec le nom du district du cultivateur ou du fabricant.
Le thé vert est cultivé et récolté de la même manière que le noir, et les dillèrcnces de qualité proviennent des mêmes causes. Les procédés de séchage du thé vert diffèrent de ceux en usage pour le thé noir : le thé vert est desséché dans des vases de fer placés sur le feu ; l’opérateur remue continuellement les feuilles avec sa main nue. L’opération est d’une grande délicatesse, surtout pour le thé de qualité supérieure , et elle est pratiquée par des personnes (]ui en font leur occupation exclusive.
Les effets du thé pris comme boisson sont ceux d’un léger narcotique, d’un exciUuit, d’un exhilarant. Le thé vert possède ces propriétés à un bien plus haut degré que
IIK l’industrik moderne.
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Ift thé noir. Dans certaines contrées, (elles (jue l’Angleterre , il devient une nécessité , surtout dans les temps sombres et humides, et il remplace avec avantage le vin des contrées méridionales.
Le thé était complètement inconnu en Europe avant la fin du xvT et le commencement du xmi' siècle. 11 parait avoir été importé originairement en petite quantité par les Hollandais. En 1060, il commença à être en usage dans les cafés. Un acte passé cette même année au parlement anglais frappe d’un droit de 8 deniers chaque gallon de café, de chocolat, ou de thé. Mais il est évident que c’était là le début seulement de l'usage du thé. En 1664, la Compagnie des Indes orientales acheta 2 livres 2 onces de thé pour un cadeau au roi. En 1667, la Compagnie manda à son agent, à Bantam, qu’il lui envoyât 100 livres du meilleur thé qu’il pourrait se procurer. Depuis lors, la consommation semble avoir augmenté régulièrement, quoique lentement.
Le commerce du thé entre l’Angleterre et la Chine a été, dés son origine, jusqu’en 1834, un monopole de la Compagnie des Indes. D’après M. Mac Culloch, auquel nous avons emprunté presque tous les détails qui précèdent, ce monopole a coûté aux consommateui's anglais, pendant les dernières années de son existence, environ 1 500 000 livres sterling par an de plus que si le thé avait été vendu librement, comme il l’était à Hambourg, New- York et Amsterdam (I).
^l) Mac Cullodi, C'üm»««iTinl UUlioitary, v" Tt*.
PRODUITS ACItK OI.F.S.