TABAC ET OPIUM
Tabac. — L’usage du taliac est répandu aujourd’hui non-seulement en Europe, mais dans le monde entier; aucune nation ne s’est dérobée à cet usage. Non-siulement le labac cohslilue aujourd’hui un objet de commerce important, mais il est pour certains pays un produit agricole essentiel à leur prospérité, une branche d’industrie qui occupe un grand nombre de bras ; enfin il est, pour les gouvernements de presque toutes les contrées, une source de revenus importants, par l’impôt qui frappe sa consommation.
Les Européens qui abordèrent pour la première fois au nouveau monde furent frappés de voir les indigènes brûler une herbe dont ils aspiraient la fumée, et d’apprendre d’eux que cette pratique était une source de jouissance et de bien-être. Peu à peu les conquérants se familiarisèrent avec cet usage, qui se répandit d’abord en Espagne et en Portugal.
Jean Nicot, ambassadeur français à la cour de Portugal, envoya, dans l’année lôCO, des graines de la plante du tabac à Catherine de Médicis, et la plante reçut de lui son nom botanique. L’expression tabac viendrait, d’après M. de Ilumboldt(l), du terme employé par les habitants de Haïti pour désigner leur pipe.
(1) Estai politique sur l'i Souvelle-Espagne, 2* édit., vol. III, p. 50.
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L’usapo du tabac fui introduit en Angleterre par les colons qui firent la première tentative d’établissement dans la Virginie.
L’usage du tabac se répandit rapidement en Europe, et de là il gagna bientôt l’Orient et jusqu’aux contrées les plus éloignées de l’Asie, la Chine et le .lapon. L’usage si général du tabac en Orient a fait croire à quelques personnes qu’il était déjà connu dans ces contrées avant la découverte du nouveau monde ; mais il est certain aujourd’hui que la plante du tabac fut ap[)ortée du Brésil aux Indes vers 1017 ; et il est de plus probable qu’elle fut de là portée à Siam , en Chine, et dans d’autres contrées de l’Orient. Les noms qui lui sont ilonnés dans l’Orient sont évidemment d’origine européenne ou plutôt aniérieaine(l ).
Le tabac est cultivé sur une grande échelle en Europe, dans le Levant, aux Indes et aux Etats-Unis. Le tabac de l’Amérique du Nord possède une évidente supériorité sur tous les autres. La Virginie et le Maryland produisent une grande quantité de tabac très estimé. L’ile de Cuba est célèbre pour son tabac, surtout pour scs cigares. On cultive aujourd’hui le tabac au Mexique, mais seulement pour la consommation intérieure (2).
Opium. — L’opium est produit principalement dans l’Inde, en Turquie et en Pei-sc. Loi-sque le pavot a alleinl
(1) Mac Culloch, Comtiierciat üictionary, \° Tab\c.
(2) Voyci l’arliclc Tabac du Dictiimnaire des ai ls el maniifaclures, par M. Barrai. Voyez également le Rapport présente au jury de l’ Exposition de 1855 par M. Schlœsing.
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PRODUITS AORICOUFS.
loul son développement, on pratique à sa base une incision d’où s’écoule un liquide blanc laiteux, qui se sèche. On recueille la masse desséchée; les Indiens l’entourent des pétales de la fleur, pour empêcher son agi^lulinalion, et la font sécher dans cet état. L’opium de Turquie est en masse aplatie, couverte de feuilles.
L’opium est employé en médecine; mais ce qui en a fait un article de culture et de commerce important, c’est l’iisape des peuples de l’Orient, et surtout des Chinois, de le mâcher et de le fumer. L’usage do l’opium viendrait des nations turques, qui le firent connaître dans l’Inde et la Chine, probablement au ix' et au X' siècle. Il était déjà employé par les Chinois dans la première partie du XVI" siècle, avant l’arrivée des Anglais dans l’Inde.
[Ife commerce de l’opium a acquis aujourd’hui un grand développement. Nous entrerons dans quelques détails sur celte question qui a donné et donne encore lieu à de vives discussions.
L’opium réussit parfaitement dans l’Inde. La production de l’opium est un monopole. Au Bengale, personne n’a le droit de cultiver le pavot, excepté pour le compte du gouvernement. Le gouvernement fait des avances aux cultivateurs, qui remettent entre les mains de ses agents toute la quantité produite à un prix fixe de 3 shillings et demi par livre. Le gouvernement le revend au prix de H shillings la livre : c’est un bénéfice de 7 shillings et demi. Dans d’autres parties de l’Inde, la culture ne constitue pas un monopole, mais un droit tout aussi élevé est imposé sur la vente.
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Les neuf dixièmes de l’opium consommé en Cdiine proviennent de l’Indc, une petite quantité seulement vient de la Turquie.
Le commerce de l’opium entre l’Inde et la Chine ne ressemhle à aucun autre. Jusqu’à l’année 1858, l’importation de l’opium était prohibée. Mais par la tolérance et même la cennivence des autorités, le commerce se faisait pre.squo ouvertement par des agents anglais ou américains, qui remettaient l’opium à des contrebandiers. Jusqu’en 1810, ce commerce n’attira pas beaucoup l’attention ; mais à partir de 1828, l’importation de l’opium devint considérable, malgré les proclamations qui en prohibaient l’entrée.
En 1 839, le gouvernement chinois fit saisir tout l’opium qui se trouvait dans l’empire, et fit détruire 20000 clrests d’opium (le cbest pèse 149 J livres anglaises). Celte mesure était surtout déterminée, ditM. Mac Cullocb, par l’exportation continue de l’argent, le commerce du thé et do la soie n’ayant pas encore atteint un chiffre assez élevé pour balancer celui de l’importation de l’opium, ün sait qu’une guerre fut la conséquence de celle mesure. Le gouvernement chinois fut obligé d’indemniser les détenteurs d’opium, et de payer 21 millions de livres pour les frais de la guerre.
Les écrivains anglais excusent cette politi((ue qui obligerait un gouvernement à recevoir malgré lui une marchandise prohibée, en disant que la prohibition n’avait été que nominale, et que les négociants élrangei'sse croyaient garantis par la tolérance qui avait toujours existé.
PROniilTS ACRICOr.ES.
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Toiilcfois la proliibitinn de l’importation de l’opium fut maintenue par le gouvernement cliinois, malgré les stipulations du traité de 1842 ; mais, à dater de ce moment, le commerce s’est fait ouvertement, et depuis 1841 et 1842, l’importation de l’opium en Chine a plus que doublé.
Enfin, en 1858, le gouvernement chinois a levé la prohibition de l’opium et en a légalisé l’importation en le frappant d’une taxe de 30 taels le pécul.
La production de l’opium dans l’Inde est une source de revenu considérable pour le gouvernement anglais. Sur le revenu entier de l’Inde, s’élevant, de 1855 4 1856, à 22 147 347 livres slerl.ing, non moins de 3714 3531ivres provenaient de la taxe de l’opium.
L’usage de l’opium est préjudiciable 4 la santé à un plus haut degré que tous les excitanis ou le tabac. Il est un reproche qu’on adresse souvent aux Anglais et avec quehjue raison, c’est d’être les fournisseurs d’une sorte de poison, et d’avoir déterminé son usage général en forçant le gouvernement chinois 4 le laisser librement entrer. Mais 4 cela les Anglais répondent qu’ils imposent cet article d’un droit très élevé, et qu’ils ont décidé le gouvernement chinois 4 établir de son côté une taxe élevée pour remplacer une prohibition dérisoire.
De 1857 4 1858, l’exportation de l’opium de l’Inde en Chine s’est élevée 4 68 004chests, d’une valeur de 8 241032 livres sterling.
La Chine n’est pas l’unique débouché pour l’opium de l’Inde; environ 12 000 chests d’opium indien sont con-
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somiTK^s annuellement dans l’Inde hollandaise, à Siam et en Cochincliine (I).