DES MOYENS DE COMMUMOLEH LA PENSÉE
(|iioi(jue les anciens eussent des timltrcs, des sceaux, des cacliels.ce n’était pas encore la {gravure. Il conclut que les Vénitiens acquirent l’art de graver sur bois à une époque éloignée, dans leurs rapports avec les peuples de laTartarie, du Tliibet et de la Chine, et dans leurs relations avec les peuples de l’Urient. Les artistes de r.Mleniagne trouvèrent ce secret et le pratiquèrent eux-mènies. Le décret du gouvernement de Venise de 1/iil, qui prohibait l’importation des cartes à jouer et des figures coloriées imprimées, prouve que, dés le commencemeni du xtv' siècle, une grande quantité de gravures semblables étaient faites dans différentes parties de l’Europe.
M. Oltley est également d’avis, ainsi que d’autres auteurs, que l’usage des gravures sur bois représentant des saints et d’autres sujets de piété précéda celui des planches de bois servant à la fabrication des cartes. La gravure sur .bois aurait été pratiquée avant l'2S5, tandis que les cartes ne devinrent d’un usage général que longtemps après cette époque. Les habitants de l’Allemagné et des Pays- Bas paraissent s’étre adonnés plus spécialement à la pratique de cet art, dont la fabrication constituait une branche de leur commerce bientôt après l’année 1400. D’ülm, d’Augsbourg, de Nuremberg, s’expédiaient des cartes à jouer et des images. La dévotion du peuple allemand pour les images de saints était extrême durant le xiv' et le commencement du xv-' siècle ; et le clergé en distribuait à toutes les occasions parmi le peuple.
M.Otlley est également d’opinion que les plus anciennes gravures sur bois doivent être d’origine llamande, d’après
!>E l/lM>USrniK MODERNE.
la |pureli’ ilo leur dessin. .M. ültlcy place en IV20 l’époque à laquelle les graveurs de rAlleiungne cl des Pays-l!as CüiTinficncêrcnl à imprimer des images avec le teste. Les artistes qui les exécutèreul sont inconnus ; ils forment une école à part
La llilile des pauvres, assez répandue à celle époque, est un livre de AO feuillets, d’un petit format in-folio, impi iméi»ar l’application d’un même nomlire de planches de Lois gravées. Les pages imprimées sont placées deux h deux, se faisant face, de manière que les deux pages hlanches soient également opposées. Chaque impression comprend trois sujets d’histoire sacrée, disposés en compartiments, cote à côte, et quatre demi-tigures de prophètes ou d’autres saints dans des niches.
Strasbourg, .Mayence, Harlem, dit M. Léon de Lahorde (I), se disputent la gloire d’avoirpossédè l’inventeur de rimprimeric. M. de Lahorde admet que l’impression humide fut inconnue de rantiquité cl du moyen Age. Une fois découverte, elle donnait naissance à l’imprimerie, dont elle était une consé(|uence naturelle. Celle progression fut régulière, mais insensible.
Dans l’opinion de M. de Lahorde, les Pays-Bas furent le berceau des premières tentatives de reproduction par l'impression des gravures que leurs orfèvres hurinaienl dans le métal, et des images, initiales, miniatures, textes de livres ipie leurs copistes exécutaient, et qu’ils fabriquaient pour le monde entier. Gosier était à l’œuvre et
(I) Léon (le Laboiiic, Uitut dt l'impi imeiiff à UlrasOcurg ■ l'nris, 1840.
l>liS MOYENS DE (.ÜMMl’MorEH LA PENSÉE. m!)
iiiipiünait itpnililcmc.il .scs 1 louai, scs llcilsiiicgcl, cl aiilrcs ouvrages de peu d’clcmluc, lois<iuc Giillcnbcig iiivenla le imtccdc au moyeu duquel il reproduisail les inaiiuseiils par les caractères ii oltiles.
Hans l’année l/iS7, le premier livre imprimé fui complclé par Faiisl cl scs associés, el en 1 la Hiltlc entière fut iirqirimèe. La dilVérence ilans le prix était si considérable, (|u’clle se remaripiail déjà alors, .\insi, le coût d’une Iransci iption à la main de la Bible s’élevait de .^00 à 5(10 florins; imprhnée, on pouvait l’obtenir pour .‘U) florins (I).
Kn Allemagne, l’imiirimeric lui protégée dés son début par les princes. L’empereur .Maximilien portail un vif inlérél à l’art ty|iograpbique. l'ar ses ordres, les dessinaleurs el les graveurs les plus babiles secondérenl les cITorls des on imprimeur Sebumsperger. En luul temps, l’amour des livres s’esl maintenu en Allemagne, et le commerce do librairie y est considérable (2).
Dès 1470, l’imprimerie fui inlroduile à Paris, sous l’influence de la Sorbonne. « Ses progrès furent ixqtides, dit .M. Firmin Didot. Bembold, l’associé de (iéring, Auloiuc Verard, Simon de Golines, Piguucbet cl autres, porlèreiil l’arl de rimprimerie à un baul degré de perfection. Au mérile typograpbi(|ue des étiilions de Boberl el de Henry Estienue, s’est joint le savoir personnel de ces imprimeurs, dont la gloire est immorlellc (•’l). x L’imprimerie impériale fui fondée en 1040, par
(1) K.ililrausch, Die deutsche Oeich^cMe, p.^330.
(2) Trnvaux de la Commission française, l. V, p. 5.
(3) Finiiiii Didot, loc. ciL.p. 10.
ht l’indistrie moderne.
Louis XIII. II y réunit les types gravés par Garanioiid d’après l’ordre de Fran(,:ois (jui les confiait aux imprimeui’s les plus distingués, honorés du titre d’imprimeurs royaux, pour sei vir aux belles impressions qui sortaienl de scs imprimeries particulières (»).
En 1474 parut, en Angleterre, le premier livreimprimc jiar Caxton. Prcs(iuc tous les ouvrages qu’il imprima cl qu’il traduisit lui-mème, pour plaire à Marguerite, sœur du roi Édouard IV, ainsi qu’aux grands seigneurs, furent consacrés à la chevalerie. Ses caractères, et ceux de ses successeur, AVynkin, de Worde et Pynson, sont une imitation peu élégante de récriture usitée alors en Angleterre. L’imprimerie lit peu de progrès en Angleterre jusqu’à Buckley, en 1733, et c’est Baskerville, en 1757, qui lui donna un véritable élan. Aujourd’hui tous les moyens ont été mis enæuvre pour acquérir la plus grande célérité possible. Telles sont les presses du Times et des autres grands journaux de Londres, qui publient dés le matin les longs discours prononcés aux Chambres, quoique les membres ne s’y assemblent que le soir, et que les discussions se prolongent souvent jusqu’à deux heures du malin. Cette rapidité d’exécution eût semblé fabuleuse au siècle dernier; et cependant elle ne nuit en rien, en Angleterre, à la correction typographique, qui généralement est remar- (luable, même dans ces immenses journaux quotidiens (?.l.
(I) Voyez, pour plus de ilélails si r riinpiimcrie, les a*', C>',7' cl 8' livraisons des Grandes usi-ics de Fronce, de M. Turgan, qui liaitcnt de l'itnpriniciic impériale. «
(3) Kirmiii Didot, loc. ei(.,p. t.V.
DES MOYEiSS DE COMVtüNlQlTEn LA PENSÉE.
L’élat publié en mai 1851 parla Hrilishand Foret r/ii Bible Society seule, fondée en 1804, conslatc la création de 24 247(367 exemplaires de l’Ancien et du Nouveau Testament, en cent (juarantc laiifrues différentes, (jui ont été répandus sur toute la surface du plobe parles soins des missionnaires protestants (1).
L’imprimerie fut introduite en Belgique et en Hollande en même temps qu’en Angleterre. Martin d’Alost, à Anvers, et les Frères de la vie commune, à Bruxelles, y publièrent les premiers livres; mais l’art du typographe n’y était guère plus avancé qu’en Angleterre. Vers 1554, Plantin, à Anvers, et en 1616, les Elzevirs, à Leyde d’abord, puis 4 Amsterdam, portèrent l’art typographique à un si haut degré do perfection, que leurs éditions sont encore recherchées et appréciées dans toute l’Euro|)e. Les Wetlstein et les Blaeuw furent leurs dignes émules et leurs continuateurs (2).
L’imprimerie fut transportée à Rome par des imprimeur allemands. Les papes Sixte V, Léon N et Clément XIV y fondèrent la célèbre imprimerie du Vatican pour publier les œuvres des saints Pères, les saintes Ecritures, et pour propager la foi catholique. Les beaux types orientaux destinés à cet usage font toujours honneur à cette imprimerie , mais les publications y sont devenues rares (.‘3).
(1) Eirmin Didol, /oc. ci(., p. 17.
(2) Idem, ibiil.,., p. 18.
(3) Idem, Mi., p. 19.
:tt)
l)K I.‘lNDUSTHI£ MODERNE.
Isabelle encouragea l’introdiiclion de l’art de l’imprimerie en Kspagne au commencement de son règne. Klle détermina son établissement, soit |)ar des Espagnols, soit par des ètrangei’s, en faisant im[irimer à ses frais plusieure des œuvres composées par ses sujets. Parmi les premiers imprimeurs établis en Espagne, nous trouvons des noms d’Allemands, qui peuvent justement ajouter au mérite de la découverte , celui de l’avoir propagée chez chacjuc nation de l’Europe. Les premières presses paraissent avoir été établies à Valence, en 147A, quoique ce titre soit contesté par plusieui's autres villes, et principalement par Barcelone (1).
Il existe aux États-Unis plus de 4000 imprimeries. Au 1" juin 1850, on comptait jusqu’à 2800 journaux, formant plus de 422 millions de feuilles par an (2).
L’invention de l’imprimerie a fait la gloire d’un antre siècle. La révolution qu’elle a opérée dans les idées et dans les rapports entre les hommes s’est opérée il y a longtemps déjà. Ce que nous avons gagné de nos jours, c’est de mettre ce merveilleux moyen de communiquer la pensée au niveau des autres inventions, c’est de produire vite, beaucoup et à bas prix. Mais à quoi servent ces moyens puiss;mts, si une grande jiartie des individus sont dans l’impossibilité de s’en servir, faute île savoir lire?
C’est avec un triste étonnement qu’on constate par les statistiques combien il y a encore de gens ne sachant ni
(1) PreüooU, llislory of Feidiiiaïul and l^ahrlla, p. 206.
(2) /.<)<■. fil., p. 22.
DES MOYENS DE COMML'NroUER I.A PENSfiE.
lire ni écrire, lorsqu’il aurait été si facile de donner cet enseignement à un âge où les enfants n’ont rien autre chose à faire. En Prusse et en Suisse, l’instruction est obligatoire. Aux États-Unis, quoique non obligatoire, elle jouit du produit d’une taxe spéciale. En Angleterre, les enfants audes.sousde treize ans ne peuvent travailler dans les filatures s’ils n’ont pas suivi l’école pendant un temps voulu.
En France, l’instruction a été considérée pendant longtemps comme une sorte de monopole de l’État, qui s’est cru le meilleur juge delà mesure dans laquelle on devait la distribuer, ainsi que de la direction à lui imprimer. Malheureusement, l’intervention de l’État était plutôt répressive que d’initiative, et en voulant combattredes influences chimériques, elle leur donnait au contraire une importance qu’elles perdent au grand jour de la publicité.