‹ De l'industrie moderneChapitre 3 sur 29 · DU PEU · texte numérisé non relu

DU PEU

(le fer oligisie et de fer liydralé en couches à proximité du bassin hoiiiller a permis ce développement rapide. F.n 1857, la Belgi(]ue comptait 73 liauts fourneaux en activité, dont 53 au coke et 20 au charbon de bois. Les "rosses forg:es et autres usines destinées à l’élaboration du fer étaient, à la même époque, au nombre de 100.

Les hauts fourneaux au coke cl les forges à la bouille sont concentrés dans les provinces de Ilainault et de Liège, à proximité du bassin houiller. Les fourneaux au bois sont groupés dans les provinces de Xamur cl do Luxembourg, riches en forêts. Il existe, en outre, dans CCS deux provinces, .30 foyers d’affincrie au charbon de Lois, qui produisent des fers fins pour armes cl taillanderie (1).

Les districts d’exploitation du fer en Belgique sont l’arrondissement de C.barleroi et les provinces de Namur, Liège cl Luxembourg. Les grands marclu's des fers belges sont Cbarlcroi et Liège.

La fabrication des clous a pris un très grand développement autour de Cbarlcroi et de Liège. Celte industrie se pratique dans les chaumières et se combine avec les travaux de l’agriculture. Les clous belges s’exportent dans le monde entier.

I.a Prusse possède des forges au bois et des forges à la houille. Les forges au bois sont situées dans le pays de

(I) Dictionnaire du commerce, loc. cil., p. 1221.

DK l’INDLSTBIE MODERNE.

2îl2

Siegon el en Silésie ; les forges an charbon minéral sont groupées sur les importants bassins bouillers de la Silésie et de la Roer. La production de la Prusse, en fonte et en fer, soit par le combustible végétal, soit par le combustible minéral, a été en 1855 :

Fonte 7 526 452 quintaux de 50 kilogr.

Fer 5 786 556 — —

Celle production a dù se développer considérablement depuis par l’exlcnsion des grandes mines dites du Phénix, sur les bords du Rhin (1). La richesse minérale de la Prusse est immense, principalement en Silésie et dans les provinces du Rhin; mais elle n’a été qu’elllcuréejustju’à présent ; toutefois les progrès ont été très rapides dans ces dernières années. Rerlin a acquis une supériorité pour la netteté de ses moulures en fer fondu, el dernièrement par ses fonderies de machines (2).

La quantité de fer est très considérable dans les contrées montagneuses de la Bavière; mais il est exploité sur une petite échelle. En 1847, le nombre de forges s’élevait à 169, avec 3238 ouvriers.

Les mines constituent la plus importante branche d'industrie de Nassau.

Les fontes el les fers produits en Autriche sont, pour la plus grande partie, fabriqués au bois. Toutefois il s’est créé plusieurs forges à la houille près des riches bassins houillers de la Bohème. Le groupe le plus important des

(1) Loc. cil.

(2) Encyclopædia Britannica.

DU FtB.

2ll3

usines de fer de l’Aulriclie est celui de la Slj rie et de la Carinthie, dont nous parlerons en détail à propos de l’acier, qu’il produit en grandes quantités ; il donne, eu outre, des fers au bois de qualité supérieure, en barres martelées et laminées , et surtout des tôles Unes très remarquables (1).

Les minerais de fer sont abondants en Espagne, surtout dans le nord. 11 existe de nombreuses fabriques de fer en Biscaye, mais sur une petite échelle. Presque dans chaque village de cette province, quelque article de fer est fabriqué ; fers à cheval, armes à feu. L’importation de la fonte est prohibée ; l’exportation du minerai est également prohibée ; mais il en pénètre néanmoins des quantités considérables en France. Du fer en barres est exporté à Bayonne et à Bordeaux.

Lés provinces basques sont très riches en minerais de fer qui ont alimenté pendant longtemps les forges catalanes. Depuis quelques années une usine a été montée à Nurès, sur le riche bassin houiller des Asturies. Des hauts fourneaux ont été élevés à Maluga et répandent leurs produits sur la côte espagnole de la Méditerranée; mais, en dehors de ces établissements, la production de l’Espagne est limitée aux fers au bois. L’existence de riches bassins houillcrs à proximité de riches dépôts de minerais promet à la métallurgie espagnole un développement considérable ; mais aujourd’hui encore on tire

(I) Dictionnaire du commerce, p. <223.

m; l.■|Nm;^TRll■ modkrmî.

de rélnn"Pi’ Ions Ips rails cl coussinpls npccssairos pour les chemins de fer en conslruclion eu Kspagne (I).

La Suède doit l’iniporlance de la fabrication du fer à la nature de scs minerais , qui donnent un fer éminemment propre à la fabrication de l’acier, et à l’étendue de ses forêts. Les grands sapins sont exploités pour mdtures, poutres et madriers; les branchages sont carbonisés pour les forges.

Le procédé suivi en Suède consiste à fondre au charbon de bois le minerai dans de hauts fourneaux de faibles dimensions. L’affinage de la fonte se fait également au charbon de bois. La plus grande partie du fer produit en Suède est exportée principalement en Angleterre, où il est employé à la fabrication des aciers de cémentation de qualité supérieure. Le fer de Suède est éminemment propre é la fabrication de l’acier; chaque année on en exporte des quantités considérables. 11 alimente presque à lui seul les fabriques d’acier de Sheffield.

En Danemark et dans les duchés, les usines métallurgiques ont fait de grands progrès depuis la séparation d’avec la Norvège. La fonderie de fer la plus importante est à Carlsrühe, près de Itcndsburg, employant environ 250 ouvriers. Dans les duchés, les principales fonderies sont à Altona, Kiel et Fleurburg.

Il n’y a pas moins do seize fonderies de fer autour de Copenhague.

Dans l’indo, il existe dans la présidence do Madras des

(I) Piclionnnire du commerce, f. 1223.

usines cio 1er considérables, créées par une cuinpagiiie an* glaise par aolions, à lacjuelle apparlienl égalemcnl la londcric de 1er de lîeypoor, à Malabar, sur la côle opposée de la péninsule. Le minerai fondu dans ces établissemenls se trouve en grande abondance dans la contrée.

Dans l’ile de Ccylan, le fer existe en quantité considérable dans les provinces ouest, sud et centi c, et il est d’excellente qualité; dans quelques places, les minorais sc montrent à la surface du sol à l’état de grande pureté. Les Singlialais sont exercés à transformer le minerai de fer en outils et en instruments, depuis les temps les i)lus reculés; et quoique les procédés qu’ils emploient soient primitifs, imparfaits, dispendieux à l’extrême, ils fabriquent néanmoins des articles qui sont estimés bien au-dessus de ceux importés d’Europe. Le fer grossièrement travaillé des Singlialais est d’une trempe égale au meilleur métal suédois (I).

La géologie de Madagascar est peu connue. Du fer d’une qualité excellente se trouve en abondance près de la surface du sol dans plusieurs régions centrales, et il est si abondant dans une de ces montagnes, qu’elle a reçu le nom de montagne de fer.

Au Brésil, le fer se trouve en grande quantité sur les plateaux de Saint-Paulo et clans Minas Geracs. Des montagnes entières sont formées de rainerais de fer.

Le fer du Brésil a été presque entièrement négligé. Le minerai est excellent, mais les fonderies sont peu deve-

(l) Encyclopœdia Britannica, y" CeïLok.

loppées. lin 1810, une compagnie de mineurs siirdois et de fondeurs éleva deux petits fourneaux à ralliner; puis des Allemands leur succédèrent. Le gouvernement se chargea finalement de l’entreprise. 11 existe en outre plusieurs fourneaux appartenant à des particuliers; mais la production n’est pas en rapport avec la demande.

Des applications du fer. — On a énuméré si souvent les avantages que l’industrie humaine retirait du fer; on a établis! clairement les rapports qui existent entre le développement de la civilisation chez une nation et la quantité de fer qu’elle consomme, que revenir sur une question si souvent , si amplement traitée, serait tomhcr dans des lieux communs.

Un cnncoui's de circonstances a donné tout à coup à la métallurgie du fer une importance extraordinaire. Ici encore, comme pour toutes les autres industries, la comsommation a déterminé la production, et à son tour la production sur une vaste échelle a déterminé une immense consommation par le bas prix des produits.

« 11 faut rechercher, dit M. Poncelet, la vérilahle et première origine des progrès accomplis dans l’application en grand du fer aux machines, cl de son travail par des procédés purement mécaniques, dans les tentatives qu’on dut faire, soit en Angleterre, soit même en France, pour exécuter avec un certain degré de perfection les immenses cylindres des machines atmosphériques de Newcomen ou dos pompes employées à l’épuisoment des mines.

En même temps que les usines d’Angleterre se peu-

DU rEH.

plaienl, à partir de 1831 et 1832, des puissantes niacliines A tourner, aléser, buriner et dresser les grandes pièces de fer, on commença à employer ces énormes grues roulantes à double voice, se faisant mutuellement équilibre par des contre-poids mobiles ; ces larges chariots à treuil, à l’aide desquels on peut promener, transporter d’une extrémité à l’autre des plus longs ateliers, des fardeaux pesant plusieurs millici’S de kilogrammes. C’est alors aussi que l’ou fit usage des puissantes machines à river, sans percussion, les fortes tôles de fer, pour en constituer les grandes chaudières des machines à vapeur (!). »

Le fer s’est substitué dans une grande mesure au bois dans la construction des navires. Les navires de fer ont lo grand avantage de n’êlrc pas sujets à la détérioration si rapide des bâtiments construits en bois, surtout dans les pays chauds, et au dnj-rot ou pourriture sèche, qui les détruit dans les pays humides. Le fer présente également l’avantage de n’ôtre pas attaqué par les vers, si destructeurs des bois immergés. « On doit à M. Fairbain, célèbre ingénieur civil, dit M. C. Dupin, d’avoir obtenu des succès remarquables en cliercbanlle meilleur système de structure propre à de grands navires de fer. Les premiers travaux de ce genre remontent à plus de trente années. Des navires de fer peuvent être plus légers, pour une même capacité de carène, que les navires de bois; ils résistent mieux lorsqu’ils échouent sur la terre ou sur un banc de sable. Dans la Crande-Bretagne, on construit aujourd’hui pour la ma-

(I) Poncelet, p. 4.

l)K L'INDLSTIUE MODHINE.

fine marchande quelques navires de 1er mus seulement par des voiles; mais on en construit dans une proportion incomparablement plus grande pour les navires à vapeur. Pour les bâtiments de guerre, les boulets peuvent deebirer longitudinalement les feuilles de fer qui recouvriraient la carène. Ils opèrent aloi’s d’une manière si désastreuse, qu’il devient impossible d’etaneber la voie d’eau et de sauver le navire. Par cette raison, les puissances navales, après des expériences dispendieuses, ont dù renoncer à l’idée de substituer complètement le fer au bois dans les navires destinés au combat (1). » On voit une application nouvelle du fer à la marine de guerre dans la construction des canonnières, ou même des vaisseaux complètement cuirassés de fer.

« La substitution du fer au bois dans les constructions de» maisons et des édifices est, dil M. Michel Chevalier, le commencement d’une architecture nouvelle. Dans tous les systèmes d’architecture, en dl'et, l’étendue des edilices était subordonnée à la (juanlité et à la masse des supports ; de grands édifices ne pouvaient s’élever qu'au prix du nombre et des dimensions de ces supports, ijui enlevaient du jour à rintcricur et restreignaient la place. L’usage du fer dans les constructions a complètement changé ces données. .Aujourd’hui les colonnes de fonte peuvent supporter à peu prés quelque pression que ce soit; elles peuvent être espacées et d’un faible diamètre. En même temps, des poutres formées de feuilles de tôle

(I) Dui>in, Travaujcde la Commiuhn française, t. lit, p. 13.

DU KEll.

j'éunies en forme de T pciivenl alteiiulre des [)orlêes immenses. Leur force de résistance est presque illimitée. Par la combinaison de ces deux éléments on entreprend des constructions d’une dimension inconnue auparavant. Cette poutre de feuilles de liMe, dit encore .M. Michel Chevalier, est un des résultats les plus nouveaux et les plus intéressants de l’emploi du fer dans l’architecture. Le Palais de cristal, les parcs de chemins de fer, celle de Üirmingham, par exemple, donnent une idée de la dimension que l’on peut atteindre aujourd’hui dans les constructions. Le côté économique n’est pas un des moins intéressants de la question, le prix des bâtiments de fer étant incomparablement moins élevé que celui des bâtiments de pierre et de bois (1). s Aujourd’hui la poutre de feuilles de tôle s’est substituée presque complètement aux poutres de bois dans les constructions des maisons particulières.

Le passage suivant, extrait du rapport de M. Combes, donnera l’idée des ressources que l’architecture trouve dans l’emploi des moyens nouveaux. 11 s’agit du Palais de cristal de Londres :

« Les plans de M. Paxton furent adoptés par la commission royale de l’exposition universelle le 20 juillet 1850; le contrat définitif avec .M. Paxton cl M.M. Fox, Ilendei-son cl C’' ne fut signé que le 31 octobre suivant : l’ouverture de l’exposition était fixée au 1" mai 1851. Ainsi un intervalle de huit moisau plus a sufii pour réviser les avant-projets et arrêter définitivement les plgns d’exécution, déterminer les formes et les sections do toutes les

(I) MicUel Chevalier, Vüurnat !/« Débats, 18S5.

OU l’industrie moderne.

pièces et contrôler les résultats du calcul par des essais directs; passer tous les marcliés, créer des ateliers spéciaux, inventer et mettre en œuvre des machines nouveHes; élever, enfin, au temps fixé, sans qu’il soit survenu aucun accident sérieux, conformément à toutes les prévisions de l’auteur et des constructeurs, ce brillant édifice à proportions aériennes et pourtant si solide, dans la construction duquel on évalue qu’il n’est pas entré moins de 3500 tonnes de fonte, 550 tonnes de fer forgé, 800000 pieds carrés (83 238 mètres carrés) de verre pesanl AOO tonnes et 600 000 pieds cubes (16088 mètres cubes) de bois ouvrés. La dépense, très modérée, ou égard au résultat obtenu, a été entièrement supportée par le public, sans aucune subvention du gouvernement. Exemple admirable de ce que peut réaliser une grande nation dont les citoyens, en possession do la richesse accumulée par le travail persévérant et l’épargne, animés de l’esprit d’entreprise, de 1a confiance que donnent de nombreux succès et une longue jouissance de la liberté industrielle, savent mettre à profit, au moyen de l’association d’une intelligente division de travail et de sages combinaisons économiques, toutes les ressources que présentent aujourd’hui la mécanique et la métallurgie (1). »

Il n’est pereonne qui n’ait entendu parler du Palais de cristal de Sydenham, dans les environs de la ville de Londres. C’est un b:\timent colossal, tout de verre (provenant en partie des matériaux de l’exposition de Londres), supporté, contenu [lar du fer. Des statues nom-

(1) Combes, Travaux de la Cotnmission française, t. III, 2* section, p. 5.

Digilized by Googl

DU FER

breuscs, copiées d’œuvres de maîtres ; des vases imités des jardins de Versailles et du Luxembourg ; des pièces d’eau, des kiosques, ornent les jardins qui l’entourent.

Le but primitif de cette entreprise consistait, en premier lieu, en une exposition permanente des produits des manufactures de divers fabricants. Le second objet que se proposait l’entreprise était de réunir dans le palais des objets curieux, intéressants, des objets d’art, d’histoire naturelle, d’archéologie.

Sauf quelques rares exceptions, les places réservées à l’industrie sont restées vides. Mais la curiosité du public, l’intérêt qu’il attache à la vue de ces jardins, de ces statues, de CCS pièces d’eau, de ces imitations exactes des œuvres de tous les Ages, ont dépassé de beaucoup les espérances. Aujourd’hui, le palais et les jardins de Sydenham reçoivent de nombreux visiteurs, non-seulement de Londres, mais de toutes les parties de l’Angleterre. Un musée de l’industrie, de l’agriculture et des manufactures, constamment complété et augmenté par un savant distingué (1) versé dans ces questions, rappelle seul que l’industrie était le but primitif de ce palais envahi par la science et les arts.

En parcourant ce palais, en voyant l’ensemble de ces merveilles, on a quelque peine à se persuader qu’on est bien là chez soi, que tout cela a été créé pour vous, uniquement pour votre plaisir, pour la satisfaction de vos goûts, que vous avez été l’objet de toutes ces recherches, de toutes ces attentions. On a dit avec raison (jue l’être le

(I) Le docteur David Price.

l)i: l. lM)tbTHIK MODhBNi;.

plus spililucl était tout le monde ; on peut dire également qu’il est aussi le plus riche. En elTcl, quel potentat, quel linancicr à la fortune fabuleuse pourrait jamais avoir un palais semblable, dont le premier venu a la jouissance pour (juelques deniers? Cette participation de tous aux œuvres modernes; cette jouissance commune et égale pour tous des créations de l’industrie de nos jours est un fait nouveau dans la société, et n’est pas un des moindres bienfaits dont nous sommes redevables la science et au travail de l’ére moderne.

.\ujourd’bui, l’bomme le jdus pauvre, dans la dépendance absolue du travail journalier, peut jouir des avantages créés par l’induslrie moderne; la locoinolive transporte également le puissant du jour et l’bumble manœuvre. Il y a plus ; le grand seigneur ne voyage aussi vite que parce que tout le monde peut voyager de la mémo manière; scs lettres ne se distrilnient si rapidement que parce que celles du pauvre accompagnent les siennes. 11 faut l’obole de tous pour couvrir les frais énormes (ju’entraînent ces créations du génie moderne. C’est là un des caractères de l’indust rie de nos jours de créer sur une écbcllc immense, de produire pour tout le monde. Si la consommation, si la dépense sont limitées, l’ancien travail redevienlleplusavantageux.Maisceque ne peuvent faire les particuliers isolés, le public le réalise, et l’on ne peut songer sans une vivo satisfaction au nombre immense do personnes appelées aujourd’hui à prendre leur part de ces jouissances nobles et élevées que fait éprouver la vue des œ'uvres de l’art alliées aux beautés de la nature, unies

nu FEII.

aux crcalions les pins liardies de riiifliistrie humaine.

Nous bornerons à cet aperçu réniiméralion des applications nouvelles du fer. Nous aurons à en parler encore en traitant des machines et des voies de communication.

Acier. — L’acier est du fer combiné avec une certaine r|uanlilé de carbone, en proportion moindre que dans la fonte.

On dut constater de bonne heure que le fer acquérait à une haute température, sous l’influenco prolongée du charbon de bois, la qualité aciéreuse. Ce serait surtout h partir du x“ siècle que les armes blanches furent fahriquées avec de l’acier; toutefois ce n’est guère que vers le xiu‘ siècle qu’on commença faire usage d’épées. Les petits instruments d’acier, tels que couteaux, ciseaux, ne furent connus que plus tard encore. On ne vendit des aiguilles, en Angleterre, que sous le régne de Henri VIII. Ce n’est (|u’en 1604 que la fabrication de l’acier fut introduite en France par Camus, qui établit un atelier de fonderie à Paris. Tout l’acier qu’on employait alors en France venait en grande partie du Piémont, de l’Allemagne et de la Hongrie (1).

Pendant une longue suite de siècles, la faliricalion de l’acier consistait à traiter les minerais de fer très riches par la méthode catalane : on obtenait ainsi de l’acier naturel, dont la fabrication est encore aujourd’hui en usage. C’est l’espèce la plus commune d’acier, celle avec laquelle on fabrique les sabres, les épées, les fleurets, les scies, les

(1) Cirardin, Ufons df chimie, p. CfiO.

OE l’industrie moderne.

ressorts de voiture, la grosse coutellerie, les instruments aratoires.

Un autre procédé imaginé plus tard est la cémentation. Ce procédé consiste à faire chauffer des barres de fer en contact avec de la poussière de charbon, de manière à leur communiquer la proportion de carbone nécessaire pour les transformer en acier.

La plus ancienne des fabriques d’acier de l’Europe est Solingen; elle date du moyen âge, et doit sans doute son origine aux célèbres raines d’acier du Stahlberg, situées à peu de distance, dans les montagnes contiguës à la rive droite du Rhin, à la hauteur de Cohlentz. L’acier fabriqué dans ces montagnes est extrait directement, par l’aflinagc au charbon de bois, de fontes blanches lanielleuses et de fontes grises provenant de la fusion de rainerais carbonatés spathiques. C’est donc de Vacier tiaturel.

L’acier brut produit dans les fonderies et les forges du Stahlberg est transporté vers Solingen, dans un pays de collines sillonné d’une multitude de cours d’eau. H y est ralliné dans de petites forges à moteurs hydrauliques, qui lui donnent toutes les nuances de qualité réclamées, soit par les fabriques d’outils et d’objets de coutellerie, soit par les fabriques d’armes blanches. Cet acier, obtenu depuis un temps immémorial par des procédés invariables, offre dans sa qualité une constance, une régularité qui ont établi sa réputation au loin, aux époques surtout où la métallurgie n’avait point encore enseigné le moyen de produire des lames plus dures et plus tranchantes. En

DU FER

compensation de l’infériorité qu’il a sous le rapport de la dureté, l’acier du Stahlberg se distingue par des qualités exlréinement précieuses pour le travail de la coutellerie; il peut subir de nombreuses chaudes successives, sans que l’énergie aciéreuse soit amoindrie.

Les fabriques de Solingen ne visent point, en général, à produire les articles de qualité supérieure, et surtout les rasoirs et les autres tranchants exquis que ShelTield obtient avec ses aciere fondus ; mais elles s’attachent à tous les articles de consommation usuelle, qu’elles réalisent par une fabrication plus économique, et compensent par l’attrait du bon marché la supériorité que les articles analogues fabriqués en Angleterre peuvent présenter sous le rapport de la qualité. Ces fabriques ont un avantage marqué dans la production de tous les articles, des ciseaux par exemple, où le travail de la forge a une grande importance, et se trouve facilité par l’cxtréme malléabilité de l’acier du Stahlberg. Les ciseaux de Solingen s’importent en Angleterre en quantités considérables, non-seulement pour la réexportation, mais encore pour la consommation intérieure (I).

Les faux de la Styrie, en Autriche, ont joui pendant plusieurs siècles d’une grande réputation. Ces faux, de même que quelques outils, sont fabriquées avec les aciers naturels de la Styrie. 11 existe de vastes dépôts de minerais de fer carbonaté spathique enclavés dans la partie centrale des Alpes. Ceux d’Eisenartz et de Vordernberg

(1) Le Play, Travaux de la Commistion fraufaiie, 1. \i.

I)K l.'l.NDl STniR MOOKISNK.

on Slyrio, celui tic llnllcnliorg: ou ('..trinthie, aliincnioni de nombreux rourneaux ; plusieui’s fonderies considérables, pourvues île minerais analogues, exislenl, en outre, dans les provinces conliguës, cl parliculièrement en Tyrol. Les fontes à acier provenant do la fusion de cos minerais au moyen du charbon de bois sont à leur tour converties en acier naturel par l’allinage au charbon de bois, dans une multitude de forges éparses dans les forêts et sur les cours d’eau les plus éloignés des mines.

Cet acier enfin, convenablement ralTiné j»ar une série de corroyages, est travaillé dans des fabriques de faux, de limes et d’outils, placées autant que possible à proximité des forêts, des cours d’eau et des forges. Ces établissements ont servi de modèles à la |iluparl des fabriques tpii fonctionnent encore aujourd’hui dans les autres Ktals du continent; et, bien que les débouebés des aciers de la Styrie tendent A. se restreindre, ils rournissenl encore aux Ktals allemands, à la Pologne, à la Russie, à la Turquie, à ITtalie, à PRspagne et à plusieurs États des ileux Amériques, la majeure partie des faux que ces contrées consomment (1).

Les perfectionnements introduits depuis quelques années en Angleterre dans la fabrication des faux d’acier fondu, ilit M. Le Play, permettent de produire des lames dont le tranchant résiste trois ou quatre fois plus longtemps que celui des fauxstyriennes. L’accroissement des exportations anglaises et l’étal stationnaire de l’industrie styrienne

(I) l.p Pl.iy, Travaux de la fommifsion française, vol. VI, p. 11.

DU FER

semblonl confirmer celle appréciation. 11 est à remarquer également que les nouvelles fabriques de faux établies depuis dix ans hors de l’Angleterre se sont fondées spécialement en vue d’employer l’acier fondu comme matière première. On a renoncé, en général, à élaborer soit l’acier naturel, soit l’acier simplement cémenté, et l’on produit aujourd’hui des instruments qui, sur les marchés neutres, sont, à prix égal, préférés aux faux styriennes.

Dans la première partie du xvii" siècle, la cémentation avait seulement pour objet d’aciérer ou de durcir à leur surface divers objets préalablement façonnés en fer forgé; mais il fallait recourir à l'acier natarel pour fabriquer les objets qui devaient être entièrement composés d’acier homogène. Les forges du Stahlberg rhénan et de la Styrie avaient seules le privilège de fournir cet acier aux artistes renommés pour la production des armes, de la coutellerie et des outils Iranchanis.

Vers le xvir siècle, on commença en Angleterre à cémenter complètement des barres de fer de petite dimension, qu’on employa à fabriquer des objets communs. Vers 1630, on parvint à cémenter de grosses baiTes. Les Anglais reconnurent que le fer suédois possédait la propriété de s’aciérer à un plus haut degré que les meilleurs fers indigènes fournis par les forges au bois des comtés de Stafford et de Lancaslre, dont ils avaient fait jusqu’alors usage. A partir de ce moment, les aciéries d’Angleterre l’emportèrent par les «[ualités supérieures, et peu à peu les importations d’aciers allemands, qui s’étaient maintenues jusqu’alors A une moyenne annuelle de 1500 quintaux,

DE l’industrie MODERNE.

tendirent constamment à se restreindre pendant la seconde moitié du xviu' siècle (1).

L’industrie de l’acier est entrée dans une phase nouvelle par le procédé de la fonte. Le procédé consiste à briser des barres d’acier pour en fondre les morceaux dans des creusets soumis à une haute température. On le coule après la fusion en lingots que l’on convertit en barres par l’étirage et le corroyage.

L’acier fondu est plus homogène et d’un grain plus lin en général (jue la matière primitive, et il a plus de dureté. Tel qu’on obtenait l’acier en Angleterre par la cémentation, il n’avait pas plus de dureté que les aciei’s naturels d’Allemagne, il n’était pas moins pailleux. En outre il était moins malléable dans le travail, parce qu’il conservait moins ses propriétés aciéreuses dans une série de chaudes successives.

Les premières fonderies d’acier s’élevèrent, à partir de 1740, présde Shefficld. A dater de cette époque, les aciéries de cémentation se groupèrent :’i .Shcllield, où se trouvaient réunies des conditions plus favorables qu’à Newcastle, à Birmingbam et à Bristol, où ces aciéries s’étaient d’abord développées. Les fabriciues de coutellerie et d’outils d’acier ne cessèrent elles-mêmes, depuis lors, de se grouper autour des aciéries, et c’est ainsi que Shcffield, qui comptait, au commencement du xvii*' siècle, à peine 2000 habitants, en renferme aujourd’hui 1.30 000 (2).

La cause première du développement de l’industrie de

(!) Le Play, Travaux de la Commission française, vol. VI, p. 30.

(S) l(len), ibid.

DigitijiKl by t'.oogle

nu FEU. 259

Shenield se trouve, ainsi que le remarque M. Le Play, dans la position exceptionnelle de cette ville au centre d’un bassin liouiller considérable, et en communication par un canal avec le port de IIull, le mieux placé jiour recevoir les fei's à acier de la Suède. Les matériaux réfractaires qu’exige la production par les plus hautes températures connues en métallurgie se trouvent également dans le voisinage même de ShelTield ou dans les districts contigus. Les moteurs à vapeur ont permis la concentration de l’industrie dans la ville même, et dispensent les ouvriers de cette multitude de transports qu’il faut faire à Solingen pour mettre en communication les moulins hydrauliques avec les ateliers particuliers qui préparent les lames brutes ou qui reçoivent les lames aiguisées. A Sheflield, dit M. Le Play, tout fabricant peut établir son industrie dans quelque contrée qu’il lui plaît, et convertir le fer de Suède en acier prêt à être livré au commerce (1).

Les associations entre ouvriers sont très puissantes et très riches à Sheflield : elles l’ont prouvé dei niéremenl par le chiffre des secours qu’elles ont envoyés aux ouvriers constructeui’s en grève à Londres. On retrouve encore A Sheflield l’ancien travail manuel, les coutelleries se forgeant au marteau à la main, s’aiguisant îi la tnain; il n’existe pas de grande concentration d’ouvriers dans un même bdtiment, ils sont disséminés'dans toute la ville.

La Suède, qui, depuis deux siècles, fournit à l’Angleterre

(i) Le riajr, loc. cil., p. 32.

DE l,'l.M)LSTRIE MODERNE.

le fer qui, jusqu’à ce jour, doit ôlre considéré comme In matière aciércuse par excellence, n’a commencé qu’il y a peu de temps à fabriquer elle-même l’acier sur une grande éclielle; elle n’a encore entrepris que pour essai la fabrication des aciers fondus ou corroyés. Elle n’exporte jus(|u’à présent que des aciers de cémentation simplement étires, qui, à raison de leur bas prix, se placent sur tous les marchés en concurrence avec les aciei's naturels de Styrie, de Carintbie et du pays brescian, qui s’expédient encore par Trieste et Venise, et dont ces ports, ainsi que ceux de la Hollande, avaient autrefois le commerce exclusif (1).

La Russie possède, au sud et surtout au nord des monts Oural, des minerais propres à la production, soit des aciers naturels, soit des fers à acier. Les fontes et les fers i)rovenant de ces minerais sont élaborés en partie sur les lieux de production, en partie dans la banlieue de Nijni-Novogorod. On en obtient des aciers d’excellente qualité, qui s’emploient avec succès pour la fabrication des faux, des outils tranchants et des objets de coutellerie.

Eu Espagne, dans ces derniers temps, une fabricjue d’acier importante s’est établie dans les .\sturies, sur le bassin houiller d’Oviedo, pour convertir en acier les fers produits dans les forges catalanes du nord de l’Espagne avec les minerais de Lommaratro, en Biscaye.

La Suisse se distingue particulièrement dans la production des limes fines nécessaires aux fabriques d’hor-

(I) l.e Play, /»c. ci/., p. eo.

DU Kl-n.

logcrie, qui ont acquis tlans ce pays une importance de premier ordre.

Les États-Unis, qui tiraient autrefois d’Angleterre la totalité de l’acier qu’ils mettaient en œuvre, ont commencé depuis quelques années à établir des aciéries fondées sur le même principe que celles de Slielïield, et dans lesquelles on emploie comme matière première les meilleurs fors suédois. Les fabriques qui s’appliquent à produire des objets d'acier de qualité supérieure continuent à s’approvisionner en Angleterre des meilleures qualités d’acier. Déjà meme quelques outils fabriqués aux États- Unis, et en première ligne les haches destinées à l’ahatage des arbres, ont acquis au dehors de ce pays une haute renommée (I).

Les coutelleries françaises fines étaient en réputation au XVII' siècle. Jusqu’au régne de George 111, les Anglais se fournissaient en France des instruments de chirurgie. Les fabricants français réfugiés pour cause de religion se classèrent au premier rang dans les pays étrangers. Cette supériorité, dit M. Le Play, s’est maintenue par l’esprit d'invention, l’élégance des produits et la perfection du travail.

t Nonobstant cette incontestable supériorité , ajoute M. Le Play, les fabriques françaises n’ont jamais pris part, si ce n’est en des cas exceptionnels et dans des proportions insignifiantes, au commerce international qui s’est progressivement créé au profit de Solingen et de Shellield.

(I) Le Play, toc. cil.

Nos fabricanls n’onl eu conscience de leur valeur que dans des circonstances graves ou mémorables qu’on vient de rappeler, et ils n’ont jamais songé sérieusement à étendre leur activité au delà des limites du marché français. Cet état de choses, qui contraste d’une manière si regrettable avec les succès obtenus dans d’autres branches de production, doit être attribué, moins au défaut d’initiative des fabricants qu’à la direction vicieuse' imprimée depuis le commencement du siècle dernier à l’industrie et au commerce des aciers.

* On ne peut compter, dit M. Le Play, que trois centres d’industrie (jui exploitent sur une grande échelle le commerce de l’exportation de l’acier. Au premier rang se place ShefTicld, en Angleterre, et Solingen, dans la Prusse rhénane, qui exportent en grand l’un et l’autre la coutellerie et tous les outils d’acier ; puis, la Styrie et la Carinthie, qui depuis une époque fort ancienne ont acquis, en ce qui concerne la fabrication des faux et des limes, une renommée universelle (1). »

La France n’a exporté jusqu’à ce jour qu’une valeur peu considérable en ob jets d’acier ; mais elle les fabrique en quantité considérable pour les besoins de son industrie et pour ceux de l’économie doniestitjue. Un seul département produit une quantité notable d’acier de forges : c’est le département de l’Isère, qui fournit à lui seul les deux tiers environ de la production totale de la France. Les minerais de ce département donnent généralement une fonte aciéreuse de très bonne qualité ; les maîtres de forges

(I) Le l'lay, loc. cil.

DU FEn.

du pays importent d’ailleui-s une certaine (pianlilé de fonte de Savoie, fini jouit également de la qualité aciéreuse à un très haut degré, et ils tirent de ces fonteg, réunies à celles du pays, un acier de forge très renommé. L’acier de cémentation, comme l’acier de forge, ne se fabrique en quantité considérable que dans un seul département : le département de la Loire.

Une espèce particulière d’acier, connue dans les arts, est désignée sous les noms de Woolz, iVacicr de l'Inde, d'acier damassé. C’est avec cet acier que les Orientaux fabriquent depuis un temps immémorial les lames de sabre qui sont appelées damas, du nom de la ville où leur fabrication a particuliérement lieu. Ces lames présentent sur leur plat des dessins moirés très variés, des veines blanches et noires rubanées. On ne connaît pas exactement les procédés des Orientaux ; mais on obtient cependant en Europe des lames damassées qui offrent l’aspect et les qualités de celles qui viennent d’Orient. D’après M. Girardin(I), tes manufactures des Bouchesdu-Rhône envoient même en Orient de très belles lames damassées où le platine est uni à l’acier.

On est parvenu à souder l’acier fondu au fer. Les instruments dont le dos est de fer sont préférables à ceux qui sont entièrement d’acier, parce qu’ils sont moins fragiles. Les canons de fusil sont ordinairement formés de barres de fer ductile forgées ensemble, etqu’on désigne sous le nom d'étoffe d'acier (2).

(1) f.eçons de chimie, f. 6G2.

(2) Idem, ibid.

DE l.’i.NDL'STRIE MODERNE.

On l’ail aujourd’hui les plus grands elTorls pour obtenir direclement de l’acier avec de la fonte par le procédé du puddiage, c’esl-à-dirc au moyen de l’aflinage de la fonte par la houille dans un fourneau à réverbère, procédé réservé jusqu’alors à la fabrication du fer; niais quoique, au premier abord , il semble qu’il soit aisé d’enlever à la fonte une partie de son carbone et de la transformer ainsi en acier, jusqu’à présent les résultats ne sont pas définitifs, et le plus souvent on obtient par ce procédé du fer à l’étal d’alTmage le plus parfait, mais non de l’acier.

Les premiers essais pour faire de l’acier jiuddlé ont eu lieu dans la Prusse rhénane, sur les fontes lamelleuses du pays, d’où l’on extrayait déjà de temps immémorial l’acier naturel par l’aflînage au charbon de bois(l).

(I) Michi'l Chevalier, Happorl du jury inlernalional, 1855.

Page 1