COMBUSTIBLES MINÉRAUX
Mais le charbon du Japon s’esl trouvé jusqu’à présent d’une qualité inférieure , laissant beaucoup de cendre et très léger; mais ce charbon parait être tiré de la surface et ne représenterait pas exactement celui qu’une exploitation régulière et bien entendue pourrait fournir (I).
La Chine possède de vastes dépôts de houille, d’anthracite et de lignite. L’usage du combustible minéral serait très répandu dans les provinces du nord; mais l’art des mines est très peu avancé ; les exploitations ne sont que superficielles et sont arrêtées aussitôtqueles eaux deviennent un peu abondantes, ou que la présence du grisou est constatée.
La houille existe aussi dans l’ile Formose, où sa présence a été reconnue il y a une dixaine d’années (*2).
Telle est approximativement la répartition des combustibles minéraux sur le globe, autant que les explorations faites jusqu’à présent peuvent nous l’indiquer. Il est évident que des recherches ultérieures feront connaître des gisements de houille dans des contrées où leur existence n’est pas même soupçonnée. Mais c’est la part de l’avenir; acceptons cette distribution comme base des conditions aujourd’hui existantes.
On considère la possession d’immenses bassins houillers comme la principale source de la prospérité industrielle et de la richesse de l’Angleterre. Le nom d’Indes noires leur a été donné ; leur production a été estimée supé-
(1) OlUphant, Lord Elgin Uission, t. Il, p. 258.
(2) Diclionnaire du oommeree, loc. cit., p. 1 U.
280 l’indistrik modkrne.
rieure à celle des mines du Pérou et de la Californie. Tout cela peut être vrai, mais il est bon toutefois de s’entendre sur la manière dont cette richesse est produite. Est-ce par la possession des mines de charbon sur son territoire que l’Angleterre a pu acquérir un grand développement industriel? Nous ne rechercherons pas si l’industrie, en Angleterre, n’avait pas déjà atteint une grande supériorité avant que la machine à vapeur fût appliquée comme force motrice, avant la navigation à vapeur et l’invention de la locomotive. Le seul avantage réel (jue les .\nglais trouvent dans la possession de combustibles minéi’aux, est de l’obtenir à un prix plus modique par la proximité des mines. Le désavantage dans lequel les autres pays industriels se trouvent vis-à-vis de l’Angleterre consiste donc unupiernent dans les frais de transport. Aussi toute la question consiste-t-elle à savoir à (piel point le transport du charbon, d’un point à un autre, peut être réduit.
Aujourd’hui, la consommation totale de Manchester et de Salford dépasse annuellement 20 millions de (|uinlaux métriques, tandis que .Mulhouse, que l’on compare (pielquefois à Manchester, ne consomme pas au delà de \ 250 000 quintaux métri(|ues. Le prix du charbon y atteint près de 3 francs, tandis qu’à Manchester il est de 80 centimes en moyenne (1). Nous laissons à d’autres le soin d’expliquer cc phénomène étrange, (pie la dilTérenco du prix du charbon peut ainsi être de trois fois la valeur ilu produit entre un centre manul'actui ier de France et
(I) IHriwniiavc du commcive, loc. cit.
COMBUSniiLKS «INÉIIAUX. 2.S1
une ville induslriello d’Anglelcrre, quand la seule cause matciiclle d’enchérissemcnl est le coût du transport et que toutes les autres conditions peuvent être modifiées.
La possession ou l’exploitation des mines de charlton, en Angleterre, n’est pas aussi avantageuse pour leurs propriétaires qu’on le croirait au premier abord, quoique parfois de grandes fortunes aient été réalisées soit par des particuliers, soit par des sociétés dans l’exploitation des liouilléres. Aujourd’hui, en Angleterre , la concurrence a ramené les jirix au taux le plus bas, et le propriétaire qui possède du charbon dans ses terres veut utiliser cette valeur.
Voici ce que dit à ce sujet M. Mac Cullocb : « L’ouverture d’une mine est une entreprise coûteuse et d’un résultat incertain. Les mines sont sujettes à un nouilirc infini d’accideiiLs contre lesquels aucune précaution no peut les garantir. Les chances d’explosion sont, il est vrai, considérablement diminuées depuis l’introduction de la lam|)e Davy, et aujourd’hui des mines qui avaient été complètement abandonnées sont de nouveau exploitées. Les explosions, l’invasion par infiltration de l’eau accumulée dans d’anciennes galeries, etc., constituent des chances si diverses, ([u’il n’a jamais été possible d’assurer une mine de charbon contre le feu, les eaux ou quelque autre accident. Les bénéfices que feraient les propriétaires des mines de Newcastle serait de 10 pour 100 du capital au plus, y compris l’amortissement de ce capital. La faculté de produire de la bouille dépasse de beaucoup la demande actuelle en Angleterre; un grand nombre de mines nou-
velles s’ouvriraient, d’anciennes reprendraient leur activité, si le prix du cliarbon augmentait (1). »
La demande tous les jours croissante de la houille dans l’industrie a permis d’utiliser les débris, les menues parties qu’on négligeait jadis. Il n’y a pas longtemps, ces mêmes charbons étaient employés à faire des remblais ou brûlés sur place afin d’éviter l’encombrement. Aujourd’hui, on épure ces débris au moyen de triages, de lavages, de criblages, comme pour les minerais métalliques. Ces procédés turent d’abord appliqués en France, puis adoptés en Belgique, et finalement ils sont devenus d’un usage général dans les houillères de l’Angleterre et de l’Allemagne. Les menus charbons épurés servent surtout à 1a fabrication du coke , qui gagne ainsi beaucoup en pureté.
On fabrique également en Angleterre et en Belgique des charbons artificiels, connus sous le nom de briquettes, de patent fuel. Ce sont de menus débris pulvérulents, mélangés avec des matières goudronneuses que fournit la fabrication du gaz d’éclairage. Cette fabrication de charbons artificiels a pris depuis quelques années un grand développement.
Gaz de l’éclairage. — La distillation de la houille produit le gaz de l’éclairage. Le produit direct de la distillation serait peu propre à brûler ; on l’épure en le faisant traverser de l’eau pure d’abord ; puis, en circulant dans des
(1) Mac Culloch, Commercial Dietionary, v* Coal.
COMIJUSTIIILES MINÉRAUX. 283
luljcs, il se débarrasse des goudrons qui se condensent; il traverse ensuite un lit de coke qui condense surtout les s»ds ammoniacaux. Enfin, après cette épuration mécanique, le gaz se débarrasse de l’acide carbonique et de l’acide sulfliydrique , en traversant une sorte de filtre formé de mousse saupoudrée de chaux pulvérulente et buineclée. Mais, malgré toutes ces précautions, le gaz conserve encore une odeur fétide, et il retient encore de l’acide sulfliydrique, de l’ammoniaiiuc et des huiles cmpyrcumatiques.
L’éclairage au gaz est d’un usage tout moderne. Tenté à la lin du xviiT siècle par Lebon, en France, il fut mis en pratique en Angleterre pour l’éclairage de plusieiu’s fabriques. Mais ce ne fut qu’en ISlü que la première usine pour l’éclairage jinblic fut établie à Londres, et en 1817 à l’aris. Depuis cette époque, l’usage du gaz pour l’éclairage s’est répandu.
Toutes les villes de l’Angleterre, sans e.ccepiio.T, sont éclairées au gaz, de même que les villes les plus importantes du continent et de l’Amérique ; son usage est également très répandu en France.
L’importance de la lumière artificielle, rendue abondante, mise à la portée de tous, est un des événements industriels importants de notre époque. Cette importance sera à peine comprise par les habitants des contrées méridionales, où de longtemps le besoin de cette lumière ne se fera sentir. Mais dans les contrées septentrionales, (|ue l’industrie et la civilisation ont peuplées de grandes villes, la lumière du jour est loin de sulfire à l’activité du
DE l’indcstiue modehne.
travail; le soleil même reste souvent enveloppé pendant plusieurs joui’s de brouillards épais et impénétrables. Dans CCS conditions, la lumière artificielle obtenue à bas prix est devenue une absolue nécessité.
Depuis quelques années, le gaz est employé au chauffage; mais cet usage est encore très limité.
âhts chimiquks.
L’hisloire dps arts chimiquo? ii’esl pas l’histoire de la chimie. La chimie, comme .scieni'p, est de création moderne ; les arts chimiques sont, au contraire, de la plus haute antiquité. Les Kfryptiens étaient avancés dans la pratique des arts chimiques ; l’iisafte des oxydes métalliques leur était familier; ils connaissaient le verre, les poteries; ils se servaient de couleurs variées. Ces procédés, dont l’origine nous est inconnue, furent recueillis par les Arabes et transmis à l’Euro|)e du moyen âge; et ils devinrent sans doute la hase des connaissances des alchimistes, qu’on a confondues à tort avec la chimie projireinent dite.
Il serait intéressant de savoir le degré de développer ment des sciences chez les prêtres égyptiens; ils cachaient soigneusement leurs secrets. Tous les écrits originaux qui se rapportent aux sciences naturelles sont perdus jusqu’ici ; mais, d’après les indices que l’on recueille dans les écrits des historiens et philosophes grecs, il est évident que les Égyptièns, bien qu’ils aient eu la notion de plusieurs faits chimiques, ne surent jamais ni les classer ni les généraliser. Ün ne peut mieux comparer l’état des connaissances chimiques des Égyptiens qu’à celui de ces mêmes connais-
ni; L'iNnusTBiF. moderne.
sances chez les Chinois, qui sont encore inimitables Hans quelques-uns de leurs procédés, mais auxiiuels toute science chimiiiue est encore étrangère.
Les philosophes grecs possédaient quelques idées vagues sur les phénomènes naturels, mais basées sur des observations très générales et le plus souvent inexactes. Cependant leur esprit philosophi(|ue avait abordé la théorie de la constitution de la matière, ils se demandaient si la matière est divisible à l’infini, ou bien s’il existe un point où s’arrête cette divisibilité, dont on n’a jamais pu constater matériellement la limite. La doctrine des quatre éléments était également en honneur chez les Grecs. Elle est, dit M. Whewell (1), un des plus anciens monuments de l’esprit s|)éculatif de l’homme, et remonte probablement aux temps antérieurs à la philosophie grecque. Les anciens admettaient quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu, dont toutes choses étaient composées. Mais on pourrait plutôt supposer qu’ils n’employaient pas le terme élément dans le sens que nous lui donnons aujourd’hui, et que ce qu’ils comprenaient par là était bien plutôt les formes sous lesquelles la matière se présente à nous que la nature même des substances matérielles. Ainsi, par terre, ils comprenaient la matière solide , par eau, la matière liquide, et par air, la matière à l’état de gaz ou de vapeur. Le feu exprimait ce que nous nommons chaleur ou calorique, qui rend les corps solides liquides, les corps liquides gazeux. Dans ce sens, les
(I) History of Inductioes Scitnees, l. III, p. 95. toiidres, 1857.
ARTS CHIMIQUES
qiiatro éléments des anciens comprenaient en réalité toutes les substances matérielles.
Ni chez les anciens Éÿ^yptiens, ni chez les Grecs ou les Romains, on ne trouve de trace de chimie proprement dite, excepté quelques obscures et vides spéculations sur la composition des corps naturels et qui ne peuvent être appelées du nom de science chimique. Ce n’était pas la méthode de faire précéder la théorie par l’expérience. Les agents les plus indispensahles aux recherches chimi(|ues étaient encore à découvrir. Les Arabes paraissent avoir donné la première impulsion sérieuse fi l’étude de la chimie dans l’Occident. Avicenne, Gerbert, et d’autres médecins arabes firent connaître à l’Europe plusieurs préparations pharmaceutii(ues, soit végétales, soit minérales ; ils tirent de grands perfectionnements dans le mode do conduire les procédés, particuliérement les distillations. La préparation de l’alcool fut connue; l’action des menstrues nouvellement découverte fut dirigée sur les métaux, et l’ére de l’alchimie commença.
Les alchimistes cherchaient la panacée ou le remède universel, l’élixir de longue vie; ils cherchaient la pierre philosophale, qu’ils supposaient capable d’effectuer le transmutation des métaux. Les alchimistes échouèrent dans leurs poursuites, mais leurs infatigables recherches conduisirent à de nombreuses découvertes qui ont eu une inlluence marquée sur le développement de la science moderne. La recherche de la pierre philosophale était une grande folie, sans doute ; mais elle consistait bien plutôt dans la recherche de la cause générale de toutes ces mo-
ne i.’iNDUSTKii; mooerne.