‹ De l'industrie moderneChapitre 6 sur 29 · SS · texte numérisé non relu

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(lUicalions de la matière, qui, une fois trouvée, aurait donné le moyen de les créer à volonté.

La science moderne a de grandes obligations aux alchimistes. A une époque où les sciences n’étaient pas cultivées en vue de leur diflusion , où les esprits étaient peu portés aux études, les alchimistes, mus par le désir d’atteindre un but fascinateur, tirent de nombreuses expériences, soumirent les corps à toutes les actions possibles, et peu à peu isolèrent de nombreuses substances, créèrent des médicaments, découvrirent le plus grand nombre des corps que les auteurs de la nomenclature chimique n’eurent qu’à délinir et à classer.

.Malgré un progrès sensible dans la manière de considérer les actions mutuelles des corps, aucune théorie satisfaisiinte ne vit le jour jusqu’au moment où Lavoisier, Scheele, Priestley et leurs successeurs iiiunédiats, constituèrent la science chimi(|ue, qui reçut de l’esprit philosophique de l’époque un caractère d’unité et d’ensemble (pii, malgré les éléments nouveaux introduits depuis lors dans la science , n’en restera pas moins le monument d’une magnifique conception scientifique.

Bien que perfectionnés au moyen fige, où les vitraux d’églises et les faïences peintes furent réalisés, l’acier et le verre perfectionnés, la poudre à canon et le papier de linge invcnti’S, le sucre raffiné, les progrès des arts chimiques furent lents, comme tous les progrès (pii procèdent de l’empirisme. Jusque dans la dernière moitié du xviir siècle, les Indiens étaient encore nos modèles dans l’art de blanchir, d’imprimer ou de teindre les étoffes; le lan-

ARTS CHIMIQUES

gage (les alcliimisles servait encore à désigner la plupart des substances cbimiques dont l’usage dans l’industrie clait des plus restreints.

C’est à celle époque du xviir siècle que la chimie, comme science, fut constituée. Une théorie exacte éclaira tout à coup ces nombreuses réactions chimiques, restées jusqu’aloi-s obscures et stériles. L’empirisme de milliers d’années avait créé les arts chimiques, fruit d’essais, de routines, ou imités, soit de l’antiquité, soit des Arabes, soit des Indiens ou des Chinois. La science créa en quelques années l’industrie des arts chimiijues modernes, et fit plus, dans ce court espace de temps, que les efforts de nombreuses générations n’avaient pu faire, privées du secours et des lumières de la science.

La chimie intervient dans l’industrie en quelque sorte partout où le procédé ne consiste pas uniquement dans la force mécanique, le mouvement, ou dans une modification de forme de la matière. Mais on comprend plus particuliérement sous le nom d’industrie chimique la préparation de produits employés dans diverses industries.

Chaque industrie spéciale tend à devenir par ellemême un tout. Les ressources des arts sont aujourd’hui si fécondes, qu’une spécialité offre le plus souvent par elle-même un champ suffisant d’étude et de recherches; et à mesure que la science proprement dite arrive à des notions plus simples et plus générales, le champ des applications s’étend tous les jours davantage.

Sous le titre arts chimiques, nous comprendrons, outre

ni: L’iNniiSTRiE Mom une.

riiidiislric assez limitée des prodiiils cliimi(|ues proprenicnl dits, les industries qui se rattachent le plus parliculièremenl à la chimie, telles que la fahrication du verre et les arts céramiques.

Acide sui-FURique. — Peu d’agents sont aussi énergiques et d’un emploi plus universel que l’acide sulfurique; peu de substances jouent un rôle aussi important dans l’industrie. L’acide sulfuriijuc est cependant une découverte moderne, et son emploi dans l’industrie date d’un siècle \ peine. Vers la fin du \V siècle, un alchimiste, Pasile Valentin, observait dans les produits de la distillation du vitriol vert (sulfate de fer) l’huile de vitriol, qui n’est autre que l’acide sulfurique. Plus tard, on en recueillait (le faibles quantités en brillant du soufre dans l’air humide, sons dos cloches de verre. Plus tard encore, on bri'ilail dans 'un ballon de verre de 100 à 200 litres un mélange de soufre cl de salpêtre; puis on substitua au ballon de verre une caisse doublée de plomb.

Ce ne fut que dans les dernières années du xviii' siècle (jue la fabrication de l’acide sulfuricpic prit son développement. La connaissance de la composition de l’acide sulfurique et des principes constituants du salpêtre expliqua les réactions (|ui se passaient dans la production de l’acide, et les perfectionnements, basés sur des notions scientifiques exactes, permirent une série d’améliorations qui ont amené celle fabrication A un degré de simplicité vraiment surprenant.

Depuis un grand nombre d’années déjà, on utilise les

ABTS CIllMIQUES. ‘J91

pyrites de fer (sulliiro de fer) |ioiir obtenir les vapeurs sull'iireuses qui sont transformées en acide sulfurique dans les cliandjres de plomb. t)ii obtient ainsi le même résultat (pie par la comlmstion du soufre. Ce procédé, en usage en France dciuiis longtemps, s’est généralisé en Angleterre, à la suite d’exigences trop élevées du gouvernement de Naples, (|ui a, comme ou le sait, le monopole du soufre de Sicile.

L’acide sulfuritiuc est de tous les acides connus le plus énergi(pie, c’est-à-dire qu’il chasse tous les autres acides de leurs combinaisons, dans lesquelles il les remplace : c’est ainsi qu’il décompose les chlorures, les azotates, les acétates, les carbonates, etc. Il possède l’avantage d’être très stable, non volatil; tant (pi’il renferme de l’eau, il suint une température élevée sans s’altérer, tandis que l’acide chlorbydrique, l’acide azotique et l’acide acétique sont volatils. Ces propriétés font préférer l’acide sulfurique à tout autre agent de même nature. L’acide sulfurique a encore l’avantage précieux d’être à un prix très peu élevé; aussi son usage est-il devenu général dans l’industrie.

Les cbambres de plomb dans lestjuellcs l’acide sulfurique se forme ont atteint des ilimensions considérables. Ce (]ui frappe le plus dans cette industrie, c’est le petit nombre d’ouvriers, l’absence de machines, en un mot des agents du travail qu’on a l’habitude de rencontrer dans les fabriques. Une réaction continue s’opère dans ces vastes chambres, où se crée un des agents merveilleux auxquels l’industrie des arts chimiques doit en grande partie son développement.

nr. i,’iM)rsrniF. MonEnM-,

L’acidc sulfurique est employé à la fabricalion de la soude par la transformation du sel marin en sulfate de soude; il sert à la fabricalion des bougies stéariques. On l’emploie en quantité considérable pour la fabrication de la garancine.

Acide cin.0RiiYDRiQiE. — Gel acide est un gaz; mais il est toujours employé en dissolution dans l’eau, qui en absorbe des quantités considérables.

L’acide cblorhydrique libre n’a été observé dans la nature que dans quelques produits gazéiformes des volcans, et dans les eaux de deux rivières : le rio Grande et le Ruiz, où il accompagne l’acide sulfurique (1).

Cet acide, connu depuis assez longtemps des alchimistes, a porté plusieurs noms : d’abord esprit de sel, acide marin, puis acide muriatique.

L’acide cblorbydrique se forme par la réaction de l’acide sulfurique sur le sel marin. Dans la fabricalion du sulfate de soude, le sel marin est décomposé par l’acide sulfurique, et de l’acide chlorhydricjue gazeux s*; dégage. L’acide chlorliydrique est ainsi produit en quantité considérable dans toutes les fabrications de soude, où le plus souvent, faute d’emploi, il n’est pas recueilli cl se perd dans l’atmospliére. L’usage de l’acide cblorbydrique est varié. Mais son rôle le plus important dans l’industrie consiste dans la production du cblore et des bypocblorites (chlorures décolorants et désinfectants). 11 sert dans la

(I) Payen, toc. cil., p. 155.

ARTS CHIMinUES.

fabrication des colles fortes; son usage dans les préparations chimiques est très étendu. L’acide chlorhydrique n’otfrc pas les mêmes avantages que l’acide sulfurique pour toutes tes opérations qui doivent se faire à une certaine température; il est volatil, et produit des vapeurs désagréables et même malsaines pour les ouvriers. Mais, d’un autre côté, son bas prix et la solubilité de tous les chlorures terreux, chaux, magnésie, baryte, alumine, etc., qu’il forme dans les réactions, le font préférer dans beaucoup de cas è l’acide sulfurique, comme dans la production de l’acide carbonique, par exemple.

t'.HLORK. — Le chlore est très répandu dans la nature, mais nulle part on ne le rencontre à l’état libre. Il est toujours combiné sous forme de chlorure, comme dans le sel marin.

Le chlore fut découvert en \l~h par Schecle, le chimiste suédois. D’abord on crut que ce corps était un acide, à cause de la facilité avec latjuelle il entrait en combinaison avec d’autres substances, dont on le séparait ensuite aisément; mais il fut reconnu que le chlore est un corps simple. Le procédé généralement en usage pour obtenir le chlore consiste à faire réagir de l’acide chlorhydrique sur du bioxyde de manganèse , produit naturel assez répandu dans la nature et qu’on extrait de mines.

Dans quelques cas, comme cela a lieu dans plusieurs papeteries, le chlore est reçu directement, sous forme de gaz, dans des chambres ou dans des caisses, oii il se trouve en contact avec les substances à blanchir; mais

DK r.’lNDUSTRlK MODKKNE.

le plus souvent le chlore est recueilli el condensé sur de la chaux délayée dans de l’eau. La chaux bien hydratée se chariîe de chlore : c’est sous cette forme (pie le chlore est utilisi; dans le hlanchiment. Le chlore se recueille encore sous forme de chlorure ou d’hypochlorilcde soude ou de potasse.

Le chlore lihre, ou uni à la chaux, est employé au blanchiment des étoiles de lin cl de coton. Jusiprà la fifi du siècle dernier, les procédés de hlanchiment des clolVes étaient ceux en usafre dans l’Inde depuis la haute antiquité, el tpii consistent à lessiver l’élolTe et à l’étendre sur le pré, exposée à l’action de l’air et de la lumière pendant plusieurs mois. .Xujourd’hui le blanchiment d’une étoffe de coton par le chlore n’exige plus que le travail de quelques heures.

Acide azotique. — Cet acide est formé d’oxygène cl d’azote, c’est-à-dire des deux éléments ipii composent l’atmosphère, mais dans d(‘s rapports de quantité complètement différents.

Les propriétés de l’acide azotique sont généralement connues ; c’est \'e(ni~forti! du commerce Ln 15*25, llainiond Lullo découvrit l’acide azotitpie en distillant un mélange d'argile et d’azotate de potasse. Ce fut longtemps le procédé employé pour obtenir l’eau-forte du commerce. Le résidu de cette opération, lavé, mélangé avec des débris de cornues de grès, se vendait sons le nom de ciment d’eau-forte. Aujourd’hui le procédé en usage pour obtenir l’acide azoti(|ue consiste à faire réagir

AHTS CHIMIQUES.

(le l’acidfi sulfurique sur du nilre ou du salpêlre. Une operation analogue A celle de la production du sulfate de soude s’effectue ; seulement, dans ce cas, c’est de l’acide azotique qui se dégage. 11 reste égalenienl du sulfate de soude ou de potasse dans la cornue. Ou recueille l'acide azoli(|ue distillé dans des boinbones renferinanl de l’eau.

Les applications de l’acide azoti(|ue dans l’industrie sont nombreuses. D’après .M. l'ayen, on consomme en Franco environ h 500 000 kilogrammes d’acide azotifjuc pour ces divers usages; fabrication de l’acide sulfuritpie; dérocbago du cuivre, des bronzes et des laitons; aflinage et di.ssolution de l’or et du platine ; fabrication de l’acide oxaliiiue, des fulminates , du chlorure d’étain ; la gravure dite à l’eau-forte; fabrication de l’acide picrique, etc. (1).

On a distingué longtemps un alcali végétal et un alcali minéral. Le premier, la potasse, se retire de la cendre des végétaux ([ui doivent à sa présence leur propriété alcaline et leur usage pour la lessive. On désignait sous le nom d’alcali minéral la soude ; celle substance se trouve souvent à la surface de la terre ou dans des souterrains. Cette dénomination d’alcali minéral et d’alcali végétal a disparu, remplacée par les mots soude et jjotusse; on confond souvent ces deux substances, à cause de la ressemblance de leurs propriétés.

Potasse. — La potasse s’extrait doscendres de végétaux.

Cette opération a pris depuis de longues années un

(I) Payen, loc. cil., p. 2«3.

DE l’industrie MODERNE.

développement considérable en Amérique, en Ilussie. Dans certaines contrées où le bois est abondant, on brûle des arbres entiers ; dans d’autres, on n’emploie que les branchages, les arbustes, les plantes herbacées ; dans d’autres, enfin, on se borne à recueillir les cendres du bois qui a servi comme chauffage. Les proportions de potasse obtenues varient suivant la composition du sol, l’àge de la plante et les espèces végétales : ainsi, les feuilles et les branches en donnent plus que les troncs; les plantes herbacées en donnent plus que les plantes ligneuses. Dans les contrées viticoles, les lies de vins sont également brûlées pour en extraire de la potasse qu’elles contiennent en quantité considérable. Le tartre (bitarlrate de potasse) que l’on ilétache de l’intérieur des tonneaux dans lesquels du vin a séjourné longtemps, donne également une cendre très riche en potasse, connue sous le nom de cendres gravclées.

Nous avons employé l’expression potasse pour désigner cette substance sous scs différentes formes ; mais la potasse pure ne se rencontre nulle part dans la nature : on la trouve combinée .avec les acides silicique, carbonique, azotique, le chlore, etc. La potasse existe à l’état de combinaison avec l’acide carbonique dans les cendres des végétaux, et ce que l’on désigne dans le commerce sous le nom de potasse est en réalité un carbonate de potasse. Pour l’obtenir à l’état de pureté, il suffit de mélanger aux lessives chaudes une certaine proportion de chaux que l’on éteint dans de l’eau. Un agite pendant quelques minutes; la chaux s’empare de l’acide carbonique qui était uni à la

AI.TS CHIMIQLES.

potasse, cl elle se prccipile au fond du vase à l’étal de carbonate de chaux. Le liquide soutiré est une solution de potasse caustique. Par l’évaporation, on obtient la potasse en morceaux solides. L’industrie l’utilise sous ces deux formes. La potasse, soit à l’clat de carbonate, soit à l’état pur ou de potasse caustique, a des usages varies cl nombreux dans l’industrie. Mais elle cède tous les jours à la soude, qui tend à la remplacer.

Solde. — La soude, qui portail le nom ^'alcali minéral, est recueillie en grande ijuantilé en Kgypte, après les chaleurs, aux environs des lacs renfermant du carbonate de soude. On en trouve aussi dans plusieurs endroits de la Barbarie, en Syrie, en Perse, <lans l’Amérique du Sud, les Indes occidentales, à la Chine, et même dans nos climats. La soude que l’on recueille ainsi en Égypte n’est pas pure; elle contient des proportions très variables de chlorure de sodium, de sulfate île soude et de terre. En Hongrie cl dans l’Amérique du Sud, on recueille également des cristaux de sesquicarbonate de soude, après l’évaporation de petits lacs durant les chaleurs d’été.

Ce n’est pas là cependant la source la plus considérable de la soude. La plus grande quantité de celle dont on faisait usage avant la découverte de la soude artificielle était le produit de la combustion des plantes qui croissent sur les bords de la mer. On désigne sous le nom de soudes naturelles, le carbonate de soude impur, résidu de l’incinération de ces plantes marines. Les soudes portaient des noms variés. Les plus estimées, connues sous

DE L’INDESTHIE M01)ER^E.

les noms île soudes d’Alicanle, de .Malaga, de Carihagcnc, provieiinenl de la comliuslion de la barilley cultivée suc les cotes d’Espagne. On en retirait également des côtes de France. La production de ces soudes naturelles est très simple. On coupe les jeunes plantes ; après lesavoir dessécliées, on les entasse dans des fosses circulaires, où existe déjà un foyer en combustion. On alimente le feu en ajoutant conlinuellemenl de nouvelles plantes dessécliées. Les cendres s’accumulent dans la fosse et forment une masse à demi fondue, cassante, qui est livrée au commerce sous le nom de soudes naturelles.

La fabrication de la soude par rincinération des jilantes marines est aujourd’bui presque éteinte en .Angleterre. Elle était développée dans les îles et sur la côte occidentale de l’Fcosse, où elle avait été introduite d'Irlande, vers le milieu du dernier siècle. Cette industrie ne se soutenait que par les droits élevés sur la soude étrangère et sur le sel. Le rappel des droits sur le sel marin a été le coup de grâce. L’extraction de la soude de ces cendres, qui n’en renfermaient que 5 pour 100, étant aussi dillicile et aussi coûteuse que la décomposition du sel marin, on a préféi é [larlout ce dernier procédé.

On retire maintenant la soude du sel marin par le procédé amélioré de Leblanc, pratiqué d<1ns les grandes fabriques de produits ebimiques de Marseille, de Rouen, de Üieuze, de Thann, de Chauny, de Lille, etc. Le procédé consiste à transformer le sel marin en sulfate de soude, puis à convertir ce dernier en cai bonate par le moyen de la craie et du cliarbon. La soude brute retirée des fours

,\IITS CHIMIQUES.

est on pains d’un "ris bleudire, au milieu desquels se Irmivenl. dos IVagmenls de cliarbon; elle est purifiée par (les lessiva"(>s et par réva|)oralion. La soude du commerce est du carbonate de soude ; on la transl'orrne en soude causli(]ue par le procédé emidoyé pour la potasse.

.\.MMO.M.\(jiE. — Le "az ammoniac, à l’état de pureté, était iiuoiinu des anciens. L’alcali volatil des cbimistes arabtîs est le carbonate d’ammoniaipie; on le désignait aussi sous les noms A’esprî.t d'urine, iVesprit de carne de cerf. L’ammoniaipio se l'orme constamment autour de nous; elle est un des produits de la (b'comiiosition des matiért^s animal(!s; elle se dépage également parfois, dans les pa\s volcani(iues,sous forme de carbonate d’ammoniaque.

On obtient l’ammoniaque en distillant dans des cylindres de fonte des matières animales de peu de valeur, comme des os, des cbilfons de laine, de vieux cuirs, qui fournissent une grande ipiantité d’amnioniaipie impure avec beaucoup d’autres produits. On obtient aussi beaucoup de sels ammoniacaux du traitement des eaux d’épuration du gaz de l’éclairage.

11 est peu de corps ([ui rendent autant de services aux cbimistes i|ue l’ammoniaque : c’est un des réactifs les plus utiles. Llle est également utilisée dans la piéparation de divers [iroduits ebimiques, dans la teinture, etc.

Ski. MARi.N. — Le sel existe en ([uanlité considérable dans l.i nature, soit à l’état de roche, soit eu dissolution dans l’eau de la mer, soit dans l’eau do lacs salés.

ni; i.’i.M)i’.STniE .moderm:.

Les principales mines de sel sonl à Wielilska, en Pologne ; dans la Catalogne ; à Allcinonte , en Calabre ; Lownar, en Hongrie. Les mines de Wiclilska sonl exploitées sur une large échelle ; elles sonl en exploitation depuis plus de six cents ans.

Les mines do Norwicli, dans le Cliesliirc, en .\nglclerrc, sonl très considérables ; elles ont été mises en œuvre depuis 1670. La quantité de sel extrait de ces mines dépasse celle obtenue dans quelque autre mine du monde. Le sel existe sous forme de roebe; mais il n’est pas assez pur pour qu’on puisse en faire directement usage. Pour le purifier, on dissout la roche dans de l’eau de mer, dont on le sépare par l’évaporation et la cristallisation. Ce sel est en grande partie exporté. Des sources salées se renconlrenl encore dans plusieurs contrées. Celles de Cheshire et du Worccslershire fournissent une grande quantité du sel qui est consommé en Angleterre.

Dans les contrées méridionales, on obtient le sel par l’évaporation de l’eau de mer, par l’action des rayons du soleil. Le sel obtenu par ce moyen est très pur à cause de la lenteur de l’évaporation. Le sel français obtenu par ce procédé est très recberché mémo eu Angleterre; mais la plus grande partie du sel marin importé en Angleterre provient du Portugal; celte quantité s’élève de 250 000 à 300 000 boisseaux par année (1).

En France, les marais salants sonl au nombre de quatrevingt-deux, occupant une surface totale de 2^ 2/i8 hectares; ils sont ainsi répartis :

(1) Mac CuMocli, Comimirial UicUoiiary, v- Salt.

Anrs CHIMIQUES.

Un sur les côles de la Manche ; dans le dêparlemenl d’ille-et -Vilaine; trente-six sur les bords de l'Océan : dans les départements de la Charente-Inférieure, de la Loire- Inférieure, du .Morbihan et de la Vendée; quarante-cinq sur les cotes de la .Méditerranée : dans les départements de l’Aude, des Houches-du-Hhône, de la Coi’se, du Gard, de l’Hérault, des Pyrénées-Orientales et du Var (1).

Neuf mines ou dépôts de sel sont exploitées en France; elles sont situées dans les départements du Jura, de la Haute-Saône, de la Meurlhe, de la Moselle. Les plus importantes SC trouvent dans la Meurthe, où se rencontrent les gîtes de Dieuze et de Vie.

11 existe des lacs salés en Sibérie, en Hongrie, en Afrique. Les eaux des lacs salés ont une couleur rougedtre et dégagent une odeur bitumineuse; elles renferment depuis 1 jus(iu’à 2A pour J 00 de leur poids en sel marin.

Dans presque tous les pays, il existe des sources salées d’où l’on extrait du sel. C(>s sources sont très répandues dans toute l’Allemagne. Fn France, treize de ces sources sont exploitées, notamment celles de la Moselle, de la Meurlhe, du Doubs et des Basses-Pyrénées, aux environs de Bayonne (i). Lorsque l’eau des sources salées est assez riche en sel marin , on l’évapore directement dans de grandes chaudières de fer; mais si elle ne renferme que quelques centièmes de sel, on la fait tomber sur des fagots cxpoiïés à l’air dans des hangars ouverts. Par le passage successif sur ces fagots, le liquide se concentre

(1) Oiraidin, loc. de, |>. âlt.

(2) IJem, Ibid

l>K l.’lîlDL’SrillK MODKI1M-.

Cl peut être évaporé par la chaleur dans des chaudières, où le sel se précipite.

Lit sel est une des premières nécessités de la vie : nonseulenieiit il sert à la conservation des aliments, à la salaison , mais encore il est un accompagnement obligé des aliments; aussi la rpiantilé de sel consommé dans les divei’ses contrées est-elle immense. On estime la consommation pour chaipie individu, en .Angleterre, à 22 livres par haliitant. Necker estimait la consommation dans les provinces de la France qui avaient racheté l’exemption de la gabelle (pays francs rédimés), fi environ lt> livres et demie par tête.

Le sel est d’un prix peu élevé; en Angleterre, il ne coûte environ que 20 francs la tonne. Le sel a été presque toujours imposé dans les dill'ércnts pays. Il était déjà’ frappé d’une taxe dans l’ancienne Home. La gabelle était d’une extrême sévérité en France.

Fn .Angleterre, un im|iôt sur le sel fut établi sous le règne de Guillaume 111. En 1789, cette taxe s’élevait à 5 shillings le bushell; mais elle s’éleva successivement à lü shillings, c’est-à-dire Imite fois le cnùt du sel. Cet imputa été complètement abidi en Angleterre en 1832(1). Dans la plu|iart des contrées de l’Europe, l’impôt sur le sel existe encore, pi incipalement en France, où il est même assez élevé.

Salpètrk ou iNitke. — Le salpêtre est une combinaison

(1) Mac Cullocli, Commercial Diclionary, v" Sai.t.

AIITS r.IIIMIOUKS.

d’acidc azntiquo cl de potasse. Ces propriétés sont bien connues; il doit surtout son importance la poudre à canon, dont il est un des éléments essentiels.

Le salpêtre existe tout formé dans la nature, riansplusieui's pays cliauds, le nitrate de potasse se forme en quantitésconsidérables à la petite profondeur du sol où l’iiuinidité se conserve; les pluies et l’évaporation l’amènent en elllorcscences , en croûtes cristallines ;\ la superficie. Le salpêtre se trouve ainsi à la surface du sol sur plusieui’s points de l’Inde, de l’Kp:yple, de l’Ilalie, etc. ; mais il est nécessaire de l’extraire des mélanges terreux avec lesquels il se trouve. On lessive ces terres avec de l’eau (jii’on fait ensuite évaporer jusipi’à la cristallisation.

Le Dengale fournit presque tout le salpêtre consomme en .Angleterre ; il est importé à l’état impur, ipioicpie cristallisé, en sacs contenant cliacun 104 livres. Le salpêtre est d’une grande impoi tance pour le commerce de l’Inde; il fournit la majeure partie du lest des navires engagés dans celte navigation.

Le salpêtre acquiert une grande importance pendant la guerre , étant consommé en i]uanlité considérable dans la fabrication de la pt)udre. Du salpêtre est également obtenu des débris de vieilles murailles : c’est grAce aux ebimistes français (lue la France put se passer des salpêtres provenant des contrées transatlanticpies, pendant les guerres qu’elle soutint contre l’Angleterre, alors maîtresse des mers.

Outre le salpêtre, qui est un nitrate de potasse, on apporte en Europe de grandes (luautités de nitrate de soude.

DE L’iNDUSrniE MODERNE.

Il se trouve à l’étal natif clans tliverscs contrées, mais surtout clans les déserts, le long des ccjlcs du Pérou. Ces déserts consistent en une vaste plaine sablonneuse s’étendant du rivage jusqu’au fond des Andes, dans un espace de 400 à 500 milles. Celle plaine est à plus de 3000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Jamais la pluie ne l’arrose, et à l’exception des bords de quelques rivières qui la traversent, elle est presque complètement stérile. Sur plusieurs points, elle abonde en nitrate de soude, qui apparaît parfois à la surface, mais qui est le plus souvent recouvert d’une couche d’argile et de sable avec lequel le sel est souvent mélangé. Le nitrate de soude n’est pas appliccdcle à la fabrication de la poudre à canon, à cause de sa propriété d’attirer l’iiumidité de l’air; mais il est employé dans les arts cbimi(|ues, principalement à la fabrication de l’acide azotique. Le nitrate de soude est un précieux article de commerce comme servant de lest pour des navires de l’Europe, qui seraient sans cela forcés de revenir sans cbargemenl (I).

Alun. — L’alun est un sel composé d’une grande importance, formé d’alumine, d’acide sulfurique et de potasse ; la potasse peut être remplacée par de l’ammoniaque.

L’alun est d’un usage frétiuenl dans l’art des teintures; il est également un des sels les plus anciennement employés dans une foule de recettes empiriques des arts industriels.

(1) Mac Cultocli, foc. rie, p. 1131.

ARTS CHIMIQUES

On Irouve l’alun dans quelques sources d’eaux minérales; il s'ellleurilà la surface des schistes, dans les mines de charbon, ou sur les laves au voisinage des volcans et sur ({uelques rochers. Mais la plus grande partie de l’alun qu’on emploie se relire de ses mines particulières, ou bien se rabrii{uc par la combinaison artificielle de l’alumine avec l’acide sulfurique.

Les anciens connaissaient l’alun qu’ils utilisaient dans la teinture des étoffes. Le meilleur alun venait de Chypre.

L’alun factice fut d’abord connu et utilisé par les Orientaux, qui établirent des fabriques en Syrie dans les XIII' et xiv* siècles. L’une des plus anciennes fabriques fut celle de Roche, ville de Syrie ; de là vient le nom d’alun de Roche, que l’on donne encore aux masses cristallisées d’alun.

Les plus anciennes manufactures d’alun en Europe remontent au milieu du xv’ siècle ; cet art, porté d’abord en Italie, s’est répandu de là en Allemagne et dans le reste de l’Europe.

On Irouve à Solfatare, près de Naples, une mine alumineuse sous la forme d’une terre blanche. L’alun est formé dans celte mine par l’action qu’exerce sur les laves argileuses l’acide sulfureux qui est dégagé par la chaleur du volcan : il ne faut que le dissoudre et le faire cristalliser. La plus pure des mines d’alun est celle de Rolfa, près de Civita-Vecebia. Les autres mines dont on relire l’alun sont des schistes plus ou moins pyrileiix et plus ou moins bitumineux. La presque totalité du sulfate d’alumine s’obtient par un procédé (|u’on nomme fabrication

de toutes pièces, par l’action île l’acide sulfurique sur de l’argile aussi pure que possible. Le sulfate d’alumine de première i|ualilé est obtenu en F'rance avec le kaolin, qu’on retire du comté de Cornouailles.

On tire parti dans plusieurs contrées des schistes alumineux contenant du sulfure de fer. Ces minerais sont exposés à l’air et à la pluie pendant un certain temps; mais le plus souvent il est nécessaire de les griller. Le sulfure de fer se transforme, par une calcination ménagée et au contact de l’air, en sulfate de fer; mais en présence de l’alumine, le sel de fer se transforme en sulfate d’alumine et en oxyde de fer ou en un sous-sulfate insoluble. Par ce moyen, on obtient de grandes quantités de sulfate d’alumine i|u’on transforme à volonté en alun de potasse ou d’ammoniaque.

L’alun est fabriqué sur une grande échelle en Chine, d’où il est exporté dans toutes les contrées de l’.\sie orientale. Kn 1837, •2120 tonnes d’alun ont été exportées do Canton (I).

Les applications de l’alun sont les plus variées ; mais son usage le plus important, et qui en fait un agent précieux dans l’industrie, est son rôle dans la teinture des élolTes. 11 sert également à la préparation des couleurs pour la peinture. Il est en outre employé dans le tannage de certaines peaux; il est utilise en chirurgie.

Nous ne pousserons pas plus loin cette étude des pro-

(I) Mac Cullocli, Commercial Oiclionary.

AHTS CHIMIQUES.

(luits chimiques. 11 existe, outre les produits que nous avons étudiés, de nombreuses substances, telles que l’iode, ou des sels métalliques, dont l’usage dans les arts et la médecine joue un rôle important; mais leur étude fait partie de la chimie proprement dite. Nous renverrons le lecteur aux traités de chimie de M. Paycn, de M. Girardin, de MM. Pelouze et Fremy, de M. Régnault, ainsi qu’au grand ouvrage de chimie appliiiuéc aux arts de M. Dumas. Chaque produit chimique représente, on le voit, une fabrication particulière. Parfois chacune de ces spécialités forme une industrie spéciale; mais le plus souvent deux ou trois d’entre elles sont réunies dans une même usine. A Glasgow, en Écosse, la plus grande manufacture de produits chimiques qui existe en Europe réunit la fabrication de l’acide sulfurique, de la soude, des chloi lires décolorants, du savon et des bougies. D’autres fois, la fabrication de l’acide sulfuri(|uc au moyen des pyrites occupe seule un établissement, comme dans le midi de la France; dans d’autres, la fabrication de la soude occupe seule une fabrique.

En un mot, la fabrication des produits chimii)ucs peut être considérée comme un accessoire d’autres industries. C’est ainsi cpie près des grands établissements de teinture ou d’impression des tissus, il existe des fabriques de soude, d’acide sulfurique et pyroligneux, de silicates solubles, de sels d’alumine, etc.

Savom. — Le savon est le résultat du traitement des huiles et des graisses par la soude ou la potasse. Les

OK I.’lNDlSTniE SIODERNE.

savons oblenuspar la soiulo sont ilos savons durs; ceux obtenus par la potasse sont des savons mous.

L’usage du savon est très ancien. Les Gaulois se servaient déjà d’un mélange de cendre et de suif ; on employa plus tard des lessives de cendres on de soude brute à la fabrication du savon. Les Romains ne connaissaient le savon que comme une espèce de pommade pour la chevelure.

Lorsqu’on mélange de l’buile ou du suif avec une dissolution de potasse ou de soude, si l’on élève la température jusqu’à rébullilion, les matières grasses perdent bientôt leurs propriétés. Si, au bout de quelques heures d’ébullition, on cijüute au li(|uide du sel marin, il se forme, lors du refroidissement, une masse molle qui est le savon.

Les Franiais ont eu longtemps une supériorité dans la fabrication du savon, supériorité qu’ils devaient à l’emploi de l’huile d’olive. L’huile d’olive est également employée dans la fabrication du savon en Italie et en Espagne. Dans les pays du Nord, et principalement en .Vngletcrre, on emploie des graisses et du suif.

11 est inutile d’insister sur l’importance du savon, qui est devenu aujourd’hui une nécessité. On peut alTirmer que l’usage des vêtements de coton, si répandu aujourd’hui, aurait etc de beaucoup retarde si le savon s’était maintenu à un prix élevé, tel qu’il était dans le siècle dernier.

Aujourd’hui, la soude est généralement utilisée pourles savons à bon marché; toutes les huiles servent également à sa fabrication. Des quantités considérables d’huile de

ARTS CHIMinUES.

palme sont importées ciiai]ue année, soit en Anglelerre, soit en France, en vue de la fabrication du savon. Les fabricants, en An^delerre surtout, afin d’abaisser le prix du savon, mélangent un peu de résine au suif : le savon prend alors une couleur jaune ; il constitue sous celte forme le savon Jaune commun, d’un emploi presque universel en Angleterre.

Le prix du savon est lié au prix de la soude et de la potasse; aussi la découverte de la soude artificielle peutelle être considérée comme la cause première du bas prix auquel le savon est descendu.

Stéarine. — Hougies sTÉAiuQui-a. — Il n’y a pas longtemps que les seuls moyens d’éclairage consistaient dans les lampes à huile, les cbandcllcs de suif et les bougies de cire. Nous avons vu, h propos de la houille, comment le gaz avait remplacé les lampes à huile pour l’éclairage des rues, des édifices et des grandes salles. La chandelle de suif, incommode, désagréable par la nécessité de la moucher sans cesse, par l’odeur qu’elle répand, par les taches indélébiles que le suif forme sur les vêtements et les meubles, a été remplacée avantageusement par la bougie de stéarine. II exisLait bien les bougies de cire, qui n’avaient aucun de ces inconvénients; mais le prix en est si élevé, qu’il est inabordable ii la majorité des cousommaleui’s, et les sources d’où la cire provient sont tellement limitées, que son usage n’aurait jamais pu s’étendre.

Aujourd’hui, le suif qui fournil la chandelle ordinaire

UE l'industrie moderne.

est modifié, transformé, et devient une matière dure , cassante, brillante, ne salissant pas les mains, ne tachant pas, brûlant continuellement, sans qu’il soit nécessaire de couper la mèche. L’histoire de celle industrie peut être donnée comme un exemple de ce que peut la science dansl’indiislrie.

.M. Chevrcul cntrepril, en 1812, l’étude des corps gras, qui étaient jusqu’alors pour les savants, comme pour tout le monde, des graisses, des huiles, du suif. M. Chevreul parvint, après de patientes recherches, A isoler de ce chaos des corps jusqu’alors inconnus. 11 constata que les graisses, les huiles, étaient des mélanges de corps parfaitement définis, crislallisables , (jui devaient leur nature graisseuse au mélange qu’ils formaient. Il reconnut, en outre, que le savon était uu véritable sel formé d’un alcali, soude ou potasse, et d’un corps particulier jouant le rôle d’un acide. Isolée, purifiée, celle substance n’est autre que l’acide stéarique ou stéarine, comme on la désigne communément, substance qui forme les bougies stéariques dont l’usage est aujourd’hui si répandu. MM. Chevreul cl Gay-Lussac prirent un brevet pour l’exploitation de ces procédés; mais entre leurs mains le procédé ne devint pas assez pratique pour être utilisé dans l’industrie. M. de Milly réalisa le premier la fabrication sur une grande échelle de l’acide stéarique et des bougies ; il substitua la chaux h la soude et <à la potasse dans la décomposition du suif, et peu à peu il amena celle fabrication à un grand degré de simplicité.

Depuis une quinzaine d’années les procédés de fabri-

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cation des bougies stéariques se sont étendus. On avait observé que l’acide sulfurique possède la propriété de décomposer les graisses lorsqu’il réagit sur elles à une haute température; on remarqua, en outre, que la vapeur à haute température avait !a même propriété ; enfin, on observa que les acides gras peuvent être isolés par la distillation.

Ces observations scientifiques, mises à profit, ont créé une nouvelle branche de fabrication des bougies stéariques. Par la saponification à la chaux, que nous avons décrite plus haut, il est indispensable d’employer des graisses pures, d’une certaine espèce. Par le procédé que nous allons décrire, on utilise toutes les graisses, les dépôts des huiles de foie de morue et de baleine, l’huile de palme, les huiles brunes extraites des graines du cotonnier, ou par le traitement des résidus savonneux.

Toutes ces substances grasses, impures, sont d’abord lavées par de l’acide sulfurique étendu d’eau, notamment les résidus savonneux. Ce premier lavage dissout quelques substances organiques et les principes terreux. La substance grasse lavée est placée dans une chaudière doublée de plomb, puis mélangée avec de l’acide sulfurique; on élève la température du mélange de 110“ h 115“ centigrades par de la vapeur d’eau. L’opération dure douze à dix-huit heures. Lorsque la transformation des corps gras est opérée, on délaye la masse dans de l’eau. Les acides gras surnagent à la surface et se solidifient par le refroidissement. Ces acides gras impurs sont ensuite distillés. La distillation s’effectue par l’action combinée

DE 1,’lNUESTBIE MUDEKNE.

do la chaleur el de la vapeur d’eau. Les acides gras sont entraînés en vapeur dans le courant, et l’on obtient ainsi un produit blanc nacré qui compose une bonne partie des bougies stéariques employées partout.

Veures et verreries. — Il est peu de produit de l’industrie humaine qui occupe un r.mg aussi important dans les nécessités de la vie. L’importance même du verre, son usage aujourd’hui si généralement répandu, ont donne beaucoup d’intérêt à la question souvent agitée de savoir si les anciens connaissaient celte précieuse matière. D’après une indication de Pline, on admettait généralement que le verre avait été découvert par les Phéniciens. Chacun connaît l’histoire de ces marins phéniciens qui, ayant allumé du feu sur le rivage et ayant soutenu leurs ustensiles culinaires par des blocs de natron, virent se former par l’union du sable et du natron, sous l’influence de la chaleur, une masse fondue fluide qui était de verre.

Aujourd’hui nous avons des prouves positives que les Égyptiens connaissaient le verre ainsi que les poteries vilriliées el les imitations des pierres précieuses en verre coloré , à une époque éloignée de nous de plus de 3500 ans. Les procédés de la fabrication du verre sont représentés ex iclenient dans les peintures exécutées à Thebes à celte époque. La forme de la bouteille, l’usage du tuyau à insuffler, sont indiqués d’une manière non équivoque dans ces sujets. En outre, des poteries vernissées el recouvertes de substances vilrifiables étaient connues à celte époque. De nombreuses bouteilles de verre

ARTS CHIMIQUES

el des objets de formes diverses ont été trouvés dans les tombeaux de la haute et de la basse Égypte. Quelques-uns de ces objets sont d’une très haute antii|uité, quoiqu’il ne soit pas possible de leur assigner une époque fixe par l’absence de noms de rois indiquant leur date (I). On retrouve aussi très souvent des tuniques en grains de verre travaillés avec un soin extrême, qui servaient à parer les corps embaumés. On les trouve le plus souvent en fragments et en débris, et rarement entières.

Sidon fut longtemps fameuse par ses fabriques de verre ; c’est là, paraîtrait-il, que les miroirs furent inventes.

Le verre était également fabriqué à Rome, quoique son usage ait été très limité et probablement peu employé aux carreaux des fenêtres. Les fenêtres des Romains étaient fermées par une substance semi-transparente; ils se procuraient cette matière dans l’ile de Chypre, où elle abonde. Klle remplaçait si bien le verre, qu’elle était employée à la construction des serres chaudes pour élever des plantes délicates (2).

Les Romains, comme les Égyptiens, utilisaient le verre pour des mosaïques, et des morceaux de verre de couleurs variées étaient employés dans les ornements de fantaisie, dans les figures de divinités, dans les emblèmes, etc. Quelques-unes de ces compositions vitrifiées sont d’un brillant extraordinaire. Les Égyptiens imitaient avec le verre les pierres fines les plus rares. Les ouvrages de verre s’expor-

(1) Wilkinson, The Manners and Cusioms nf lhe ancieat Egmitians, t. III, p. 88.

(2) Encyctopœdia Brilannka, v° Glass.

D8 l'industrie MODERNE.

talent, depuis les temps les plus anciens, de Tlièbes et de Memphis dans l’Occident. Rome, à son tour, tirait de l’Égypte celte matière en grande abondance.

Il n’existe pas de preuves positives que le verre ait été employé comme vitraux avant le ni' ou le iv siècle, et pendant longtemps, depuis celte époque, il ne fut employé que pour les églises et les édifices publics.

Les Vénitiens furent les premiers Européens qui fabriquèrent le verre; pendant longtemps ils conservèrent une grande supériorité dans ce genre de fabrication, et ils n’ont été que tout récemment égalés pour la fabrication des miroirs. Les plus grandes fabriques étaient situées à Murang, petit village des environs de Venise; mais les produits portèrent toujours le nom de verre de Venise.

L’art de fabriquer le verre, et surtout les vitraux colorés, s’étendit de l’Italie à l’Allemagne, puisé la France, où des tentatives furent faites pour rivaliser avec les Véni- » liens dans la fabrication des miroirs. Une première tentative malheureuse fut faite dans l’année 163A; mais en 1666, sous Colbert, un nouvel essai réussit. Un établissement situé dans le village de Tourlaville, prés de Cherbourg, eut un succès complet. Dès le xiv' siècle, le gouvernement français avait fait de grandes concessions en faveur des verreries, afin d’encourager cette industrie.

l/e verre était peu en usage en Angleterre jusqu’à la fin du XVI' siècle. On admet généralement que la manufacture du verre à vitres fut introduite dans celte contrée en l’an 1557. Des miroirs et vitraux pour carrosses furent fabriqués pour la première fois en 1673, à Lambeth,par des

ARTS CHIfMIQUES.

artistes vénitiens placés sous la protection du duc de Buckingham. En 1773, une compagnie pour la fabrication des glaces fut constituée à Londres; elle établit des fabriques considérables dans le Lancashiro. La fabrication fut d’abord conduite par des ouvriers venant de France, d’où l’Angleterre avait tiré jusqu’alors la presque totalité des glaces.

L’imlusli ie du verre s’est étendue et généralisée ; il n’est plus de chaumière qui ne possède des fenêtres vitrées laissant pénétrer la lumière et les chauds rayons du soleil, tout en préservant contre le vent et le froid. Les miroirs se rencontrent dans les plus humbles réduits.

Les Japonais ont porté la manufacture du verre à une grande perfection, mais dans quelques-unes de ses parties seulement. Ainsi, tandis qu’ils font des bouteilles façonnées et peintes avec les pins vives couleurs, et ornées de devises, les glaces leur sont inconnues; leurs miroirs sont des pièces circulaires d’acier poli, mais avec une perfec-tion telle, qu’ils répondent à toutes les qualités d’une glace de verre. Un ornement favori des Japonais consiste dans des tubes de verre de dimensions et de formes variées qu’on remplit de liquides colorés. Ces ornements sont employés comme épingles à cheveux. Quelquefois l’épingle se termine par une boule également colorée (1).

Le verre est formé de sable et d’alcalis unis h un peu de chaux et quelquefois à du plomb. Berzelius démontra que.

(I) Olliphant, Lord Elgin's Miuion, t. II, p. 189.

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la silice dont le sable est en grande partie formé est un véritable acide. Par le conlact une température élevée de la silice, ou acide silicii|ue, avec de la potasse ou de la soude, ou de la chaux, il se forme une combinaison entre l’acide silicique et la base, un véritable sel qui est du verre. 11 devint alors facile de s’expliquer une quantité d’anomalies qui surprenaient souvent le verrier et étaient jusqu’alors restées incompréhensibles.

La silice, ou acide silicifiue pur, forme le salile et le cristal de roche; la silice forme des combinaisons avec la potasse, la soude, la chaux, l’alumine, les oxydes de fer et de manganèse et avec le plomb. Ces sels ou verres ne sont pas tous également fusibles. Les silicates d’alumi-’c sont très réfractaires. Les silicates de plomb sont très fusibles lorsque la base y est en proportion considérable. Ces dilïcrents silicates réagissent les uns sur les autres et se modifient réciproquement ; ils deviennent plus stables, moins fusibles et moins sujets h ci istalliscr ; de là Tutilité des dosages complexes usités dans les verreries et les cristalleries.

La composition du verre proprement dit diffère peu. Le verre des bouteilles, comme celui des glaces, est également formé de silicates de potasse, de soude ou de chaux, mais dans des proportions dilTérentes; il entre du fer ou du manganèse dans le verre des bouteilles. Le crisUil de Bohême est également un silicate de potasse et de chaux. Mais en Angleterre, en France et en Belgique, le plomb entre pour une proportion importante dans la composition du cristal.

ARTS CHIMIOUES.

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