SI
La forme donnée au verre est obtenue par le soufflage, comme c’est le cas pour les bouteilles ou les verres à vitres et pour certaines glaces. Les verres à vitre sont étendus, soit par le cylindre, procédé français, soit par une rotation rapide imprimée au verre insufflé et encore mou, qui lui donne la forme d’un plateau, procédé anglais. Les grandes glaces sont obtenues par le procédé du coulage. H consiste à laminer sur une grande table de bronze, au moyen d’un rouleau pesant, une masse considérable de verre qu’on verse à l’état de fusion pâteuse. Ce procédé, d’un emploi aujourd’hui général pour les glaces de grandes dimensions, est dù à un manufacturier français, Abraham Thévart, qui le mit en pratique en 1068.
On donne des formes variées au cristal par le moulage de la masse ramollie par la fusion, et l’on termine les facettes par la meule.
La Bohème a conservé une supériorité pour la fabrication du verre. Cette contrée offre réunies les conditions les plus favorables. La plupart des verreries sont situées au milieu de forêts de sapins qui fournissent en meme temps le combustible et la potasse. Le quartz liyalin, de très belle qualité, et une excellente diaux se trouvant â proximité, forment, avec la potasse, les seuls éléments du verre blanc de Bohême, qui est un silicate à base de potasse et de chaux. On ne fabrique en Bohême qu’accidenlellemenl, et dans un très petit nombre d’établissements, le cristal à base de plomb.
L’exportation du verre constitue, après les tissus de laine et de lin, la plus grande exportation de l’empire
SlK DE l.'lKDUSTniE MODERNE.
(l’Aulriclie. L’industrie vorricrc est disséminée dans 35U établissements environ, dont IdO appartiennent à la Bohème, 40 à Venise, 40 h la Hongrie, 21 à l’archiduclié d’Autriche, 16 à la Styrie,etc. (1).
€ On voit, dit M. Béligot, combien l’industrie verrière de l’Autriche diffère de la nôtre; tandis que prcs(juo tous nos cristaux sont fabriqués à Baccarat, h Saint -Louis et à Clichy; toutes nos glaces à Saint-Gobain, à Cirey et à Montlut,on, on ne rencontre guère en Autriche (|ue de petits établissements, et il en est beaucoup qui ne font qu’ébauclier, |)our ainsi dire, le travail du verre, qui est terminé par d’autres, placés (jucbjucfois à de grandes distances des premioi’s (2). »
La fabrication du verre à vitres a pris un grand développement en Belgi(iue, d’où il s’en exporte des quantités considérables. Les cristaux belges se recommandent surtout par le bon marché, mais ils manquent d’éclat et de blancheur. Ils sont exportés en grande quantité.
L’Angleterre fabrique et consomme une grande quantité de glaces, non pas comme miroirs, mais comme vitrages. L’exportation en est considérable ; elles font concurrence aux glaces françaises, sur lesquelles elles l’emportent par le bon marché. On évalue 4 200 000 mètres carrés la production anglaise; celle de la France est de 90 000 métrés carrés environ, dont 40 000 représentent la consommation inférieure et 50 000 sont exportés.
Tous les verres à vitres anglais présentent une couleur
(1) Péligot, Travaux' de la ('ommhswii française, t. VI, p. 42.
(2) Péligol, /oc. c«., p. 42.
ARTS r.HIMlQütS.
vcrle assez intense. Sons rc raijporl, les produits français et belge leur seraient supérieurs.
La fabrication du verre à base de [ilomb a pris naissance en Angleterre au xviii” siècle. Les progrès ont été lents; il a fallu toutes les ressources de la ebimie pour arriver à rivaliser avec les verres de Bohême à base de potasse. 11 existe en Angleterre un grand nombre de cristalleries; celles des environs de Birmingbam sont les pins considérables. 11 y a en outre un grand nombre de petites fabriques qui produisent de la goblellerie d’une qualité inférieure, A très bas prix et dont l’exportation est considérable. En .Vnglelerre, l’industrie du verre était frappée jusqu’en 18û5 d’une taxe très élevée; ce droit représentait quelquefois plus de trois fois la valeur du verre lui-même (1).
L’industrie française du verre n’olTre rien de bien particulier. Les produits sont reconnus bons, mais ils sont plus clicrs que ceux obtenus à l’étranger. L’exportation est très restreinte. « L’exportation des glaces françniises, dit M. Péligol, qui s’élève à 2oOOOOO francs environ, est restée prescjue stationnaire depuis plusieurs années, tandis que celle des glaces anglaises augmente rapidement. Notre verre à vitres est aussi d’un prix plus élevé que celui des verres belges, anglais et allemands, mais la différence est moins grande. Pour les cristaux de luxe, les produits des fabriques anglaises sont plus chers que les nôtres ; mais leurs cristaux ordinaires, ceux qui exigent
(1) Péligol, loc.cit., p. 37.
DE l’indüsthie modkrm:.
beaucoup de matière première et qui ne réclament que peu de main-d'œuvre, sont d’un prix moins élevé; ils donnent lieu, par suite, une exportation fort importante (1). »
Cette différence dans les prix est due aux droits d’entrée ou impôts qui frappent les matières premières : combustibles, potasse, sels de soude, minium. D'un autre côté, les fabriques de verre ont joui jusqu'à ce jour do la possession exclusive du marebé intérieur ; les verres à vitres, les cristaux étant strictement probibés jusqu’à ce jour et les glaces protégées par des droits équivalents à la prohibition. Le régime nouveau donnera sans doute une vie nouvelle à cette industrie éminemment française, en développant à un haut degré l’exportation de ces produits.
L’industrie des glaces est monopolisée en France par les établissements de Saint-Gobîiin et deCirey. «Pendant un certain nombre d’années, les produits de Saint-Gobain et de Cirey se vendirent en concurrence; mais on 1830, lesdeuxeompagniess’entendirent pour vendre leurs glaces d’après le même tarif et dans un dépôt commun. Bientôt la glacerie qui avait été créée à Commeniry fut achetée par Saint-Gobain, et ses fours furent éteints; la fabrique de glaces établie à Prémontré, dans le département de l’Aisne, eut le même sort, après une vingtaine d’années d’existence ; les glaces de Saint-Gobain et de Cirey restent donc en possession exclusive du marché. Une nouvelle manufacture s’est établie, il est vrai, à Montluçon
(I) Peligot, lo<-. cil., p. 57.
ARTS CHIMIQUES
depuis quelques années , mais la production de cette usine est encore assez restreinte (1). »
Le cristal à base de plomb se fait en France dans une dizaine d’élablissemenls; la gobelelterie commune, à base de cbaux et de soude, est fournie par un nombre plus considérable de petites usines qui alimentent les marchés les plus voisins, et dont les produits, ordinairement très défectueux, ne donnent lieu à aucune exportation.
Les établissements de Baccarat et de Saint-Louis produisent près des trois quarts des cristaux qu’on fabrique en France.
L’exportation des cristaux, en 1851, s’élevait à 988902 kilogrammes, d’une valeur de 1 977 80A francs (2).
Le verre coloré a été connu sans doute en même temps que le verre lui-même. 11 était employé en Égypte il y a au moins 3000 ans. Les mosaïques des Romains ont sans doute donné l’idée des vitraux peints des anciennes églises des chrétiens. Dés le iV siècle, il est fréquemment question de verres colorés • les anciennes basiliques étaient garnies de verres colorés. Le protestantisme proscrivit les vitraux colorés; ils avaient presque complètement disparu d’Angleterre au temps d’Élisabeth.
La coloration du verre est due à la présence d’oxydes métalliques qui sont fondus avec la pâte du verre. Le bien s’obtient avec l’oxyde de cobalt ; les pourpres, violets et carmins, avec le pourpre de Cassius, le protoxyde de cuivre, le silicate de manganèse ; les rouges, les bruns,
(1) Pcligot, loc. cil, p. 21 .
(2) Idem, i6id., p. *7.
DE l,’l>iDLISTIllK MOnEn^E.
avec le piToxyilode 1er ; lcsiw/j>, avec le silicalede cuivre, l’oxyde lie cliroiiic ; les jainiex, avec l’oxyde d’nrane, le chro.naledo plomb, certaines combinaisons d’argent; les noh-s, les grix, avec les oxydes de manganèse, de cobalt et de fer. 11 suffit d’une très petite quantité de l’oxyde pour colorer la masse du veire (1).
Ces verres colorés sont souvent employés comme vitraux ; divisés en petits fragments, ils peuvent représenter des peintures. Mais la peinture sur verre consiste à peindre sur une plaque de verre des couleurs minérales mélangées avec des fomlanls appropriés, puis à les vitrifier par l’action de la cbaleur, qui fond les couleurs et les rend adhérentes au verre ramolli par la chaleur.
AitTS CÉRAMIQUES. — L’ai l de faire des poteries est une des premières manifestations de l’iiuhistrie humaine, les poteries ne semblent pas avoir eu cependant chez les anciens les usages domestiques qu’elles ont de nos jours. Ce qui tend à le faire admettre, est le peu de cuis.son des poteries des anciens, et par suite leur porosité et leur perméabilité, i|ui devaient les rendre très peu |)ro])rcs à contenir îles liquides et des matières graisseuses fondues et chaudes. M. ürongniart a essayé un grand nombre de ces poteries, et il s’est convaincu que tout vase ancien, même grec, qui n’a point ce vernisd’ornemenlalioii qu’on donnait à certains d’entre eux, laissait suinter l’eau plus ou moins promplcnienl de toutes parts (2).
(I) cirai Jiii, Levons de chimie, l. I, ji. 72U.
{•ji) Uiungiiiart, Ti aiic des arts ccrami'jues.
ARTS CHIMIQUES
Chez un grand nombre de peuples de l’anliquilé cl presque sur tous les points du globe, les poteries avaient une destination religieuse. Le nombre des poteries trouvées dans les tombes de tous les peuples anciens ; Scandinaves, Slaves, Germains, Gaulois, Celtes, Étrusques, Grecs, et même Péruviens, Chiliens et Mexicains, est iflcalculable (l).On fabrique, on peut dire, sur toute la terre, depuis un temps qui remonte à bien des siècles avant l’cre chrétienne, des jarres et des cuviers énormes. 11 y en a dans tous les pays, en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique.
Les poteries constituaient une branche importante des manufactures des anciens Égyptiens. Si l’on juge de la nature de la pâte des poteries dont on se sert actuellement dans CO pays, ce devait être une argile assez pure, assez onctueuse, facile à travailler sur le tour, et même à modeler et à tailler (2). Le travail de l’argile et le façonnage des poteries différaient dans l’antiquité en Égypte de ce qu’ils sont aujourd’hui. Les figures tracées surles mursdes hypogées de Thèbes et de Deni-llassan, qu’on peut rapporter, les premières entre les xvnr cl xix” siècles avant J. C., et les secondes au xix* siècle, nous ont donné une re[irésentalion des plus exactes de la fabrication de ces poteries depuis le marchage de la p;lle jusqu’à la cuisson des pâtes. Les Egyptiens connaissaient plusieurs sortes de poteries. Les |)oleries à pâle sableuse, recoiiverlcs d’une
(1) Rrongniart, toc. fil.
(2) Itlcin, il/id.
I)£ I.’lNI)l STRIE MODERNE.
glaçuEc épaisse et brillante, sont les plus inléressanles cl les plus caractéristiques des poteries de l’Kgypte. On les a désignées à tort comme de la véritable porcelaine. Le vernis est composé de silice et de soude et coloré par le cuivre. 11 ne contient pas de plomb; mais les ebimistes qui l’ont analysé ne sont pas d’accord sur la présence du cobalt. Le cuivre est le colorant bleu, et d’un bleu quelquefois si beau, qu’on l’a attribué à la présence du cobalt (1).
Il paraît que les poteries étaient de peu d’usage dans les repas chez les anciens Egyptiens, ou au moins dans ceux des hommes riches, qui préféraient la vaisselle de métal. Captos était renommé par ses nombreux ateliers de potiers, mais surtout pour les vases à rafraîchir. Les environs de cette ville fournissaient une argile li és propre à leur fabrication.
Dans l’ancienne Uréce, des vases étaient donnés en prix dans les exercices publics. Plusieurs d’entre ces vases sont renommés comme objets d’art. Les noms de potiers célébrés nous ont été transmis par les historiens et les poètes de l’antiquité. Ils jouissaient de la même considération chez les Romains, quoique chez ceux-ci les usages des poteries fussent moins relevés que chez les Grecs (2).
Les pûtes des poteries anciennes étaient composées en général de marnes argileuses et sablonneuses, mêlées quelquefois de matières charbonneuses qui leur donnaient une couleur noire plus ou moins pure. La glaçure se réduit toujours à un enduit très mince, formé d’un silicate.
(1) Broligniait, vol. I, p. S07.
(2) Idem, Uiid., p. 510.
ARTS CHIMIQUES
Quant aux matières colorantes qui recouvraient les poteries, en mettant de coté les poteries et les émaux égyptiens, on ne trouve dans tous les autres, sans en excepter les poteries grecques et campaniennes, que du 1er dans différents étals d’oxydation et du manganèse ; les autres nuances de blanc, de rosdtre, sont données par de véritables engobes alumineux ou ocreux. Les anciens, et M. Brongniart entend par cette désignation les peuples de l’Europe, n’ont pas su, même jusqu’au xii' siècle, donner des couleurs variées à leurs poteries. Les Grecs ont épuisé toutes les ressources qu’ils possédaient en couleurs capables de résister au feu, pour décorer leurs vases de terre en blanc, rouge de brique, bleu, jaune d’ocre, au moyen d’espèces d’engobes, c’est-à-dire d’argiles colorées, qui pouvaient adhérer assez solidement par leur faible feu de cuisson, mais qui restaient toujours mates (1).
Dans plusieurs parties de l’Europe septentrionale et principalement de l’Allemagne, on trouve, dit M. Brongniart, dans des tumulus très nombreux, des poteries peu variées de couleur, mais très variées de formes, consistant principalement en vases de petite et moyenne dimension, d’une pâte noirâtre, gris cendré, jaunâtre ou rougeâtre sale, faite avec les argiles des lieux voisins. Ces poteries, dit M. Brongniart, ont eu, suivant les peuples et les époques, des destinations très différentes. Les opinions les plus extraordinaires ont été émises sur l’origine de ces urnes souterraines déterrées depuis un temps immémo-
(t) Brongniart, t. I, p. 26.
DE l/lNDUSTRlE MODERNE.
rial dans les environs de Liinl)Ourg el dans la basse Lusacc.
Dans le Wcndenlaiid lianovrien, on considère ces vases comme des urnes cinéraires des anciens Vandales. On a remarqué que loiiles les poteries ou urnes germaines enfermées dans la terre, ou placées dans des tumulus, ont été trouvées au bord du Danube, où l’on n’en connaît pas do romaines.
La perméabilité des poteries anciennes, qui est leur grave défaut, s’est maintenue très longtemps, a On n’a connu, que je sache, dit M. Brongniart, en Europe, avant le XI' siècle, aucune poterie à pâte compacte, imperméable el dure comme le grès; aucune poterie à pâte aussi solide que celle de la faïence proprement dite, excepté les vases de poterie sans glapure de l’ile de Milo; aucune poterie à vernis de plomb ou à émail d’étain étendu également sur do grandes surfaces, comme ceux des faïences. Les porcelaines européennes, même celles qu’on peut appeler artificielles (porcelaines tendres), ne remontent pas beaucoup ' au delà du xviu" siècle (1090), et les faïences fines, dites ' tei re de jiipe ou faïences anglaises, sont d’une origine encore plus récente (1). »
M. Brongniart explique cette stagnation dans laquelle l’art est demeuré pendant plus de vingt siècles, et l’essor qu’il a pris en moins de quatre siècles, par l’absence, chez les anciens, de notions exactes sur les propriétés des matériaux qui servent aux arts céramiques.
I.es argiles, les marnes, les ocres, étaient la matière ordi-
(I) Rrongiiiart, 1. I, p 475.
ARTS CHIMIQUES
naire des poteries et (Iq leur coloration clicz les anciens. Ils connaissaient le 1er, l’or, le plomb, l’étain, le cuivre ; mais ces métaux étaient peu employés par eux dans l’art céramique. Les modernes ont ajouté, à ces éléments connus des anciens, des substances terreuses : la craie, la magnésie, le quartz, le silex, le talc, le feldspath, le kaolin ; parmi les substances salines, le gypse, le phosphate de chaux, le sulfate de baryte, le borax, l’acide bariquo; parmi les métaux, le cobalt, l’antimoine, le zinc, le chromo, l’urane, le manganèse, le platine; et la chimie, modifiant tous ces corps, usant jies propriétés fondantes, durcissantes, colorantes, a fourni aux potiers modernes une multitude d’éléments et de composés inconnus aux anciens. Or, on remarquera que la découverte de tous ces corps et de leurs propriétés date presque du même temps que celle des faïences italiennes, françaises et anglaises (1).
• On a confondu sous les noms d’émail, de faïence, de porcelaines, etc., des poteries très différentes et d’époques souvent fort éloignées les unes des autres. M. Brongniart fait remarquer que les glaçures nommées vernis et émail , le premier plombifére, le second stannifère, n’ont clé employées |)our les poteries (jue très récemment en Europe, et il paraîtrait que les émaux stanniféres sont encore moins anciens que les vernis plornbifères. C’est en Asie qu’on trouve le point de départ des faïences, c’est-à-dire des poteries recouvertes d’émail ou de vernis d’étain ou de plomb. C’est chez les Persans ou chez
(I) Brongniart, loc. cil.
DE L’INDISTRIE MODERNE.
les Arabes (|ue ]>araîl Titre né ce genre de poterie. Les Arabes, très instruits dans les arts chimiques, ont pu appliquer l’oxyde d’étain , et ils auraient fait de très bonne heure de véritables faïences. Les pièces les plus remarquables qui nous soient restées de l’industrie céramique des Arabes sont les célèbres vases de l’Albambra. Les carreaux de l’Alliambra, si variés de coloration et d’ornements , appartiennent également à ce genre de poteries dont la date, il est vrai, n’est pas très ancienne, la lin du xiii° siècle ou le commencement du xiv*. En résumé, le commencement des émaux stannifères, en Europe, remonterait tout au plus au x“ siècle, d’après M. Brongniart, mais par les mains d’ouvriers venus d’Orient. La Chine n’aurait contribué en rien à cette invention.
On retrouve l’art de fabriquer les faïences en Italie au XV* siècle. Sous le nom de majolica, elles devinrent célèbres dans presque toute l’Italie par la perfection des procédés de fabrication et par le talent des peintres qui les ornaient. On considère Lucca délia Hobbia, sculpteur de Florence, comme l’inventeur du bel émail dont il entourait ses figures et ses bas-reliefs de terre cuite. D’autres auteurs admettent que les ouvriers arabes ou espagnols, tenant leurs procédés des Arabes, venus des iles Baléares en Italie, introduisirent l’émail opaque d’étain dans cette contrée.
La majolica, ou faïence italienne de cette époque, fut dans l’état le plus florissant de 1560 à 1500 ; c’est dans ce court intervalle que s’exécutèrent les plus beaux vases, les plus
AHTS CniMIQl’KS.
beaux services de table qui aient jamais été faits de celte manière.
Les procédés de Luca délia Hobbia eide ses successeurs immédiats étaient ou perdus ou inconnus en France, à en juger par les efforts et les reclierches de Bernard Palissy pour les imiter. Les faïences de Bernard Palissy sont caractérisées par un style particulier et plusieurs qualités qui leur sont tout à fait propres. C’est à la perfection et à l’originalité surtout de ces productions, dit M. Brongniart, que Bernard Palissy doit sa grande célébrité; mais il doit être considéré plutôt comme un grand artiste ayant vaincu des difficultés nombreuses dans le travail, que comme le créateur d’une espèce particulière de poteries. 11 ne fut pas l’inventeur de la faïence slannifère, (jui avait déjà produit tant de chefs-d’umvre en Italie avant son époque (1).
L’origine de la porcelaine se trouve en Chine. Nous ne rapporterons pas ici les opinions diverses émises sur l’antiquité de la porcelaine de Chine. La porcelaine y , était connue du temps des llan, 163 ans avant J. C. Les vases de porcelaine étaient déjà en usage sous la dynastie des Soui, de 581 à 61 H après J. C. Les Portugais introduisirent en 1518 la porcelaine de Chine en Europe, et ce ne fut qu’environ deux cents ans après, c’est-àdire en 1706, qu’on fil les première essais de fabrication de porcelaine dure en Saxe. Mais avant de pénétrer dans cette partie occidentale de l’ancien continent, il paraît que la fabrication de la porcelaine s’était introduite dans une partie
(I) Brongniart, toc. c<i.
de l’Asie assez éloignée de l’empire chinois. Ce n’esl qu’en 1700 qu’on trouve les premiers résultats de la fabrication de la véritable porcelaine dure en Europe. Cette fabrication commença en Saxe, à Dresde. De nombreuses tentatives avaient été faites déjà pour imiter des poteries de la Chine et du Japon que les Portugais avaient répandues en Europe. On fit venir des matières premières de Chine ; mais elles avaient déjà subi une préparation mécanique qui les avait réduites en une poudre dont il était impossible de déterminer la composition. En 1709, Bottger parvint à obtenir une véritable porcelaine à pète blanche, translucide, et en tout semblable aux porcelaines de la Chine et du Japon. On procéda presque immédiatement à établir la grande fabrique royale à Mcissen. Les progrès que fit cette industrie de luxe furent rapides. Elle se répandit dans les autres parties de l’Europe, soit par des recherches indépendantes, soit par les indiscrétions des ouvriers transfuges de la manufacture de Meissen (1).
De 1750 à 1780, des fabriques de porcelaine s’élevèrent en France, en Angleterre, enltalie, en Espagne ; mais on ne connaissait pas encore dans ces contrées les kaolins granitiques, qu’on ne découvrit que plus tard. Ne pouvant employer le feldspath pour couvrir les pâtes souvent fusibles à haute température, on fit une espèce de porcelaine tendre ou porcelaine frittée, porcelaine tout à fait artificielle. La pâte est d’une composition très compliquée. On donne la transparence par des sels, la plasticité
(J) Bron^niart, loc. cU., t. Il, p. 492.
ARTS CHIMIQUES
par du savon, etc. Ces porcelaines tendres, artificielles, ont été découvertes et fabriquées en France, avec un grand succès, il y a cent ans..
La porcelaine tendre artificielle française, telle qu’on la faisait à Sèvres de 1750 à 180A, a eu beaucoup de célébrité dans son temps; elle est encore plus célèbre et plus recherchée depuis qu’on n’en fabrique plus. Les procédés de fabrication étaient très compliqués. La pâte a une composition très différente de celle de la porcelaine qu’on fait actuellement dans quelques parties de l’Europe, et principalement en Angleterre. Cette pâte renfermait un principe alcalin qui lui donnait à une haute température une translucidité approchant de celle d’une matière vitreuse. Le vernis consistait en un verre (Jlini-fflasa) composé de silice, d’alcali et de plomb. Le beau bleu poulies fonds, qui a eu et a conservé une grande célébrité, s’obtenait par un verre d’un bleu de cobalt qu’on étendait sur le biscuit de la porcelaine.
Toutes les porcelaines fabriquées jusqu’à présent on Angleterre appartiennent aux porcelaines tendres naturelles, c’est-à-dire qu’il entre dans la pâte, comme base infusible et plastique, du kaolin, argile caractéristique de la porcelaine.
En Angleterre, le kaolin fait la base de la pâte des porcelaines, et lui donne la plasticité naturelle aux argiles; la plupart des autres éléments de la pâte et de la couverture sont également pris dans la nature. C’est en Angleterre que ces porcelaines tendres naturelles ont été faites pour la première fois; c’est dans ce pays qu’on les fait le
DE t.’iNnUSTRIE MODERNE,
mieux et en plus "raiide quantité, et ce sont les seules porcelaines qu’on y fabrique.
En 1708, eut lieu la découverte du kaolin et de lapegmatite altérée de Cornouailles {cornisfi slone) ; l’introduction de ces matières porcelaniques dans la poterie anglaise dure, tranchante, permit alors de lui donner le nom de porcelaine. En 1772, la fabrication de la porcelaine s’introduisit définitivement dans le Staffordshire.
La jilupart des grandes puissances, à l’exception de l’Angleterre, possèdent des fabriques de porcelaine dure, entretenues ou subventionnées par l’État. La manufacture de Sèvres a possédé et conserve encore aujourd’hui une gi’ande supériorité par la beauté de ses produits.
Une classe de [lotcries très importante comprend la faïence fine anglaise ou cailloutage. Elle est caractérisée par une p.lte blanche, opaque, à texture fine, dense et sonore, recouverte d’un vernis cristallin plombifére. Le façonnage est rapide et les pièces sont en général minces et légères. Cette poterie est suscoptihle de recevoir des décorations très variées en dessin et en peinture par voie d’impression. La faïence fine est une fabrication complètement moderne, sans qu’on puisse cependant déterminer exactement l’époque où elle a été introduite. Cette poterie est réellement anglaise par l’extension qui lui a été donnée dans cette contrée, lors même qu’elle n’y aurait pas été inventée. Elle s’adresse à toutes les classes de la population; elle réunit un bon marché remarquable, un certain goût dans la forme et dans les couleurs. Cette fabrication s’est étendue aux vases d’ornement, àl’imita-
ARTS CHIMIQltS.
lion des vases anliques. Les faïences fines anglaises iniprimees en bleu de cobalt ont une grande répulation el sont répandues partout.
Les défauts de cette poterie, qui tiennent à sa nature, sont de ne pouvoir aller sur le feu pour les usages domestiques, el d’avoir un vernis tendre qui se laisse aisément entamer par les instruments d’acier et de fer. Le développement rapide de cette industrie est dû en grande partie aux travaux du célébré Wedgvvood, qui datent de la fin du xviii* siècle. Aujourd’hui la fabrication de la faïence fine a pris une grande extension dans le StalTordshire.
ARTS TEXTILES
Jusqu’ici nous avons étudié l’industrie s’exerçant sur des corps bruts, mettant en usage, pour les transformer, les actions chimiques, la fusion à une haute température, employant les moyens les plus énergiques pour imprimer une forme voulue à la matière. Nous abordons maintenant l'histoire d’une industrie qui a un tout autre caractère. 11 ne s’agit plus de fouiller la terre pour en extraire des minerais; il n’est plus besoin de hauts fourneaux, de puissantes machines : l’industrie textile consiste uniquement à filer, à tisser et à teindre des fibres végétales, ou de la laine, ou de la soie, matières premières qui sont le produit du développement ih's plantes et des animaux. Les tissus que l’on fabrique aujourd’hui sont identiques avec • ceux qu’on fabriquait dans la haute antiquité. Il n’existe aucune différence entre une étoffe de lin renfermée depuis des milliers d’années dans un tombeau égyptien et l’étoffe de lin que nous tissons aujourd’hui. Les draps des Grecs et des Romains étaient tout à fait semblables à nos draps; enfin les .Mexicains, sans relations avec l’ancien continent, savaient tisser des étoffes de coton qui excitèrent l’étonnement des conquérants esi>agnols.
ARTS TliXTILES.
Nous réunirons dans un môme chapitre l’industrie du coton, de la laine, du lin et de la soie. Ces industries, quoique différentes les unes des autres, ont cependant certains rapports communs qui ne permettent pas de les séparer.