INDUSTRIE DU COTON
Celui qui désirerait définir l’industrie moderne, faire en quelques mots son histoire , en trouverait l’image la [ilus parfaite dans les manufactures de coton de nos jours. Il trouverait réunis tous les éléments qui, par leur concours, ont transformé l’ancien travail, changé le mode de production, et mis à la portée du plus grand nombre ce qui n’était Jadis accessible qu’à une faible minorité.
L’art de tisser et de filer se place, comme importance, immédiatement après l’agriculture. En effet, après la satisfaction de la faim, les vêtements sont, dans certains climats, une condition indispensable de l’existence des hommes. L’art de transformer les fibres végétales et la laine des animaux en tissus remonte à la plus haute antiquité. Ces procédés primitifs, en apparence très simples, constituent cependant, dit M. Poncelet, les combinaisons les plus ingénieuses et les [dus importantes. Le mérite des modernes ayant surtout consisté à en perfectionner, à en multiplier les effets, à les autotmitiscr, pour ainsi dire, de manière à épargner la fatigue et la main-d’œuvre, tout eu produisant une économie de temps et de matières pre-
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inières de plus en plus appréciable ; mais l’art de transformer les fibres végétales et la laine en tissus avait atteint sa plus grande perfection bien au delà de l’époque accessible aux recberclies historiques. Même les anciens Mexicains et Péruviens, privés de communications {ivec l’ancien monde, avaient poussé très loin l’art de fabriquer des étoffes de coton d’une finesse extrême et du travail le plus délicat. D’après Pline, Sémiramis, reine d’Assyrie, était considérée comme ayant inventé l’art de tisser. Minerve est représentée dans quelques anciennes statues avec un fuseau, comme pour indiquer qu’elle enseigna aux hommes l’art de filer. Ce mérite est attribué par les Égyptiens à Isis, par les Mabométans à un fils de Japhet, par les Chinois à la femme de l’empereur Yao, par les Péruviens à Mamasella,la femme de Manco-Capac, leur premier souverain (1). Celle origine fabuleuse montre le prix que tous les peuples ont attaché cà cette invention.
L’art de filer et de tisser s’exerça primitivement sur la laine, le coton et le lin; la soie paraît n’avoir été en usage que beaucoup plus tard.
Le coton est originaire de l’Inde ; il parait avoir été ouvré par les Indiens et utilisé pour la plupart de leurs étoffes, comme le lin par les Égyptiens. 11 existe de nombreuses preuves authentiques que les Indiens pratiquaient l’art de filer et de lisser le colon, et même de le teindre en couleurs variées.
La manufacture du colon était déjà répandue dans
(I) Haines, Ui^to)y l'ftlie Collcn Manufacture, p. 15.
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l’Inde, et avait atteint une certaine perfection à l’époque à laquelle les premiers historiens grecs font mention de ces contrées. Pendant longtemps cette industrie resta confinée dans l’Hindoustan. En Égypte, la manufacture du coton n’a jamais atteint un grand degré de perfection, et les mousselines portées par les classes supérieures ont toujours été importées de l'Inde.
Un fait digne d’attention, c’est qu’aucun perfectionnement n’ait été réalisé dans le mode de filage et de tissage de cette étoffe pendant une période si longue. L’instrument usité pour filer depuis les temps les plus éloignés, dans tous les pays, était la quenouille et le fuseau. Le seul perfectionnement a consisté h changer la quenouille contre le rouet à filer, employé depuis longtemps dans l’inde pour les fils grossiers, également en usage en Chine et dans quelques contrées de l’Europe; mais le rouet n’est pas un instrument beaucoup plus expéditif que la quenouille. L’inst;*ument à tisser n’a pas subi plus de perfectionnements que l’instrument à filer; il fut complet dès l’antiquité, c’est-à-dire réunissant tout ce qu’il faut pour exécuter le tissage de l’étoffe, mais informe, et nécessitant un travail de la main compliqué et fatigant. Le métier employé en Europe au commenceiiient du xviii'' siècle était déjà une machine perfectionnée, mais construit sur le même principe que l’ancien métier.
Les étoffes de coton furent longtemps plus chères que celles de lin. Elles leur étaient aussi inférieures en ténacité; le coton, ayant une fibre plus courte, plus faible et plus élastique que celle du lin, demande à être tordu
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plus fermement, de manière à former un fil plus solide.
On admet généralement que la fabrication des étoffes de coton en Europe fut tentée pour la première fois en Italie. Les villes commerçantes de l’ilalie étaient en rapports incessants avec les contrées d’Orient, où le coton croissait et était manufacturé. Mais cette industrie avait pris fort peu d’extension en Europe, jusqu’à l’époque où elle se fixa dans les villes des Flandres, par l’imitation des tissus que les Hollandais importaient de l’Inde au commencement du XVII' siècle.
Au début, le coton était appliqué à divers usages en Europe, avant de servir à la fabrication des tissus. Le peu de longueur de sa fibre rend le filage difficile, et il ne pouvait être employé qu’à la fabrication d’étoffes communes ou comme mélange avec le lin et la laine. Son usage était sans doute répandu en Europe , mais il était d’un prix élevé et d’un emploi très limité.
L’Angleterre a été la dernière de toutes les nations de l’Europe à employer le coton dans la fabrication des tissus : la laine était toujours son principal produit de manufacture. 11 est vraisemblable que l’industrie du coton a été introduite en Angleterre à la fin du xvr siècle par les émigrés protestants des Flandres, et il paraîtrait qu’en l’année 16àl,la manufacture du coton était déjà fixée à Manchester à côté de la manufacture de la laine et du lin. Au commencement du XMif siècle, cette industrie avait atteint une certaine importance. L’art de l’impression du calicot fut introduit environ à cette époque par des réfugiés protestants français.
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Mais l’exlensiun de la manufacture du coton était limitée par la rareté du fil, obtenu encore par les procédés primitifs, et par le peu d’habileté des habitants de la contrée, incapables de produire des fils un peu fins. En 1760, la navette volante est inventée par Kay, et la rareté des fils se fit sentir plus que jamais à un moment où les relations avec les colonies augmentaient chaque jour. Le rouet à un fil unique tournait du matin au soir dans des milliers de cottages; mais ce procédé antique de filature ne pouvait suffire à la consommation du métier à tisser et aux demandes des marchands. Plusieurs tentatives avaient été faites déjà pour perfectionner le mode de filature, lorsque Hargreaves inventa la Spinning-Jenrvj, machine qui consiste à faire mouvoir un certain nombre de fuseaux à la fois. Le nombre des fuseaux de la jenny fut, au début, de huit, puis de seize, et enfin il s’éleva dans la suite à cent vingt. Malgré son incontestable supériorité, l’usage de la machine d’Hargreaves se répandit fort peu. Les ouvriers, voyant là une concurrence à leur travail, s’opposèrent par la violence à son application.
Arkwright perfectionna ce procédé un peu primitif, et amena la filature mécanique presque à la perfection dans toutes ses parties. Le principe de la machine d’Arkwright consiste essentiellement dans des rouleaux qui se meuvent avec une inégale rapidité et attirent graduellement la mèche de coton préparée par la carde, et qui a déjà reçu une légère torsion. Une bobine ou un fuseau, tournant avec rapidité, complète le fil. Mais afin de donner au fil plus de force et plus de consistance, on réunit un
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certain nombre de iils lâches ou mèches qui sont attirées et tordues de nouveau ensemble par les mêmes rouleaux, puis attirées et filées par les bobines.
Tel est le principe de la filature mécanique qui dispense complètement du travail de la main. L’invention d’Arkwright consistait surtout à substituer des rouleaux tournant sur eux-mêmes aux rouleaux fixes de Hargreaves, qui nécessitaient encore l’intervention de la main de l’ouvrier. Arkvvright réunit, groupa les divei'ses inventions faites, soit par lui-même, soit par d’autres, et il amena la fllature mécanique à une perfection telle, que pour certains numéros de fils, on emploie encore aujourd’hui exactement les mêmes moyens mis en pratique par ce célèbre novateur. Mais le procédé, cependant si complet, d’Arkwright ne pouvait donner des fils d’une grande finesse, et certaines étoffes faites à la main étaient encore irréalisables par les moyens que procuraient les machines.
Samuel Crampton, également du Lancashire, compléta, en 1775, la filature mécanique par l’invention de la Mull- Jenny. Le système de Crampton consiste à placer les fuseaux ou les broches sur un char mobile qu’on peut éloigner et rapprocher à volonté. Par ce moyen, le fil est tiré plus complètement et il peut être filé beaucoup plus fin que par la machine d’Arkwright. Le perfectionnement important réalisé par la mull-jenny ne fut généralement employé qu’à l’expiration des patentes d’Arkwright, qui, ayant le privilège de la filature par les rouleaux mobiles, rendait la mull de Crampton dépendante de sa propre invention.
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Le métier à tisser mécanique inventé par Cartwriglil, et dont l’application ne fut généralement adoptée qu’à partir de 1817, mit à la disposition de l’industrie du colon un pouvoir mécanique illimité.
Cette série d’inventions fut pour l’Angleterre un événement considérable. Lors de l’expiration des patentes d’Arkwright, qui plaçait ses inventions variées dans le domaine public, et généralisait en même temps l’emploi de la mull-jenny, ce fut comme un torrent impétueux, dit M. Baines (1); le capital et le travail alHuaicnt à la nouvelle industrie, attirés par les profils exagérés qu’elle donnait. De nombreuses usines s’élevaient comme par enchantement et se garnissaient bientôt de jennys, de mulls et de métiers à lisser. La force motrice à vapeur ne limitait plus les usines au nombre des cours d’eau, et permettait leur concentration sur un point quelconque de la contrée.
Le tableau suivant montre la progression de la consommation du coton en Angleterre, d’après les chiffres de l’importation de celte matière première :
En 1788, U quantité de coton importé était de 6 7éti GIS livr
En 1857