‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 14 sur 41 · ELEVAGE DES POULAINS DANS LE MARAIS · texte numérisé non relu

ELEVAGE DES POULAINS DANS LE MARAIS

commencent déjà à verdoyer. Sous l'influence d'une pareille alimentation, l'organisation dont ils ont reçu le germe se développe admirablement. Celte transition graduée de l'herbe tendre et verte, succédant à l'allaitement, semble être indiquée par la nature. Dans cette condition, diamétralement opposée à celle où vivent les pouliches émigrées, les poulains mangenl abondamment cette herbe toujours verte qui renaît sous leurs pas, mais qui n'est pas à beaucoup près aussi nourrissante que celle de la Plaine. Les organes digestifs se développent, le corps arrondi du léteron s'affaisse en s'élargissanl, le poids de la masse alimentaire reposant sur les parois inférieures du ventre l'ail disparaître un peu la courbure des dernières côtes. La colonne vertébrale elle-même , et par les mêmes causes, se fléchit quelquefois légèrement en contre-bas. Le pied, reposant sur un sol mou et humide, s'élargit sous le poids du corps, et par la propriété hygrométrique de la corne ; les allures se développent et prennent de la hardiesse ; loute l'économie en un mot, dès les premiers moments, reçoit une impulsion qui élargit le cadre dans lequel elle serait restée renfermée si les poulains fussent demeurés dans la Plaine. Celte belle charpente, dont les ascendants ont jeté les lignes, trouve là de quoi suffire à son plus grand développement.

L'été arrive avec son soleil plus brûlant là qu'ailleurs, en raison de l'encaissement des terrains, pour donner de la tonicité à l'organisme. En desséchant le sommet des plantes, il resserre leur trame de manière que sous le même volume elles ont une plus grande quantité de principes alibiles. Celle alimentation intermédiaire entre le

vert et le foin coupé et engrangé, n'cst-elle pas encore une heureuse transition pour de jeunes organes qui, insensiblement et sans secousses, passent d'un régime à un aulre. Si on ajoute à ces considérations les lutles à la course que ces jeunes animaux se livrent entre eux , leurs ébats, leur activité rageuse pour chasser les insectes ailés qui les tourmentent, on comprendra pourquoi Lui* libre musculaire est forcée de se développer.

Vers le 15 juillet, l'eau quelquefois est rare, et elle n'est qu'incomplètement remplacée par la rosée de la nuit. Les poulains perdent à celle époque un peu de corps et d'embonpoint; la tète, con (animent baissée, est bien un peu empâtée, ce qui enlève à son expression la vivacité et la fierté qui caractérisent les chevaux qui vivent en liberté ; mais le but principal de celte émigration au point de vue physiologique est atteint. Quand ils sont restés un an ou quinze mois dans ces conditions, ayant bravé toutes les intempéries; quand les cabaniers ont eu le soin de fournir à leur nourriture si l'hiver a été trop rigoureux, ou s'ils ont été retirés pendant les mois de décembre et de janvier, ce qui arrive chez quelques éleveurs soigneux qui ont fait construire des hangars pour les soustraire surtout à l'action des pluies prolongées et des neiges, ce sont en général de forts beaux animaux , qui ont ù la vérité un tempérament lymphatique. Comment en pourraitil être autrement, vivant au milieu d'une atmosphère brumeuse et sur un sol marécageux, mangeant des piaules très-aqueuses , peu sapides et d'une végétation rapide. Mais, est-ce que l'enfance n'appartient pas en propre à l'état lymphatique? Est-ce que les liquides blancs ne pré-

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