‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 26 sur 41 · AXE · texte numérisé non relu

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à celui du trait. La conformation de son épine dorsale lui permet de porter de très-lourds fardeaux. La vigoureuse puissance de ses muscles remplace la pesanteur de son corps, et il peut traîner des charges assez considérables.

Sa tète est grosse, ses yeux sont plus clairs et moins proéminents que ceux du cheval. L'arcade orbitaire est trèssaillante; sa bouche est petite; ses dents, pourvues d'un émail très-dur, sont plus étroites et plus espacées que celles du cheval ; ses narines sont peu dilatées, et les cortélages qui entourent cet orifice sont très-consistants. (Cette disposition des premières voies respiratoires fait pressentir qu'il n'est pas appelé à fournir des courses rapides.) Le front est large, les oreilles sont longues et larges et garnies de quelques rangées de poils longs, soyeux et frisés. Ces appendices énormas, doués d'une assez grande mobilité, paraissent destinés à remplacer la longue crinière du cheval et à protéger la partie antérieure du corps contre les attaques des insectes ailés. L'auge, ou ganache, est étroite. Ce rapprochement des deux branches du maxillaire rend impossible l'encapuchonnement , l'extrémité supérieure de l'encolure ne pouvant se loger dans cet intervalle trop étroit. Celte position de la tête du cheval lui donne de la grâce et de la majesté. L'âne, au contraire, est forcé de la tenir basse, en signe d'humilité.

L'encolure est invariablement un carré long, garni à son bord cervical de crins fins, rares et courts ; le garrot ne fait pas saillie; le dos, les reins et la croupe sont sur la même ligne. Cette horizontalilé de la colonne vertébrale exclut toute élégance. La queue est courte et garnie de crins assez rares dans sa partie supérieure, et qui devien-

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nent plus nombreux à son extrémité inférieure ; la poitrine et les hanches sont étroites ; l'épaule est courte et presque verticale; les membres sont petits, les muscles peu épais, mais les cordes tendineuses sont fortes et bien détachées ; les articulations relativement larges sont peu susceptibles de s'altérer par le travail ; le ventre, généralement peu volumineux, est du reste toujours en rapport avec le mode d'alimentation.

Le sabot est étroit, la corne très dure et très sèche. Les organes génitaux sont très développés chez le mâle. La vulve est étroite et son angle inférieur est légèrement contourné sous l'arcade ischio-pubieimc. Au moment des chaleurs, les lèvres vulvaires se tuméfient plus sensiblement que chez la jument. La sensation du plaisir, ont écrit quelques auteurs, est tellement grande chez l'ânesse, qu'elle rejette au dehors la liqueur séminale qu'elle a reçue pendant la copulation , si on n'a pas le soin de la distraire en la faisant courir ou en la frappant de coups de bâton aussitôt l'acte accompli. Nous avons été souvent témoin de ces accouplements où nous avons pu constater la très grande lascivité de la femelle de l'âne, mais jamais on n'a eu recours à de pareils moyens pour assurer sa fécondation.

La couleur du pelage est bien moins variée dans l'espèce asine que dans l'espèce chevaline. La robe la plus commune est celle gris cendré plus ou moins ronce, avec une raie noire s'étendant de la naissance de l'encolure à l'extrémité de la queue. Deux autres lignes noires s'étendent perpendiculairement à celle-ci jusqu'au milieu des épaules. D'autres raies en forme de zébrures garnissent transversalement les membres antérieurs et postérieurs. Celte robe

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L'ANE

toujours en le brutalisant: aussi le représente-t-on comme un animal stupide et entêté. N'est-ce pas dans* les actions des animaux qu'il faut étudier leur intelligence instinctive? Le plus souvent l'âne est conduit avec un bâton seul ou armé d'une pointe, et son maître cherche toujours à frapper dans les endroits les plus sensibles. Les barres par lesquelles le conducteur se met en rapport avec lui en lui communiquant sa volonté sont usées, égarées ; leur sensibilité est émoussée par la pression saccadée, douloureuse d'un mors lourd et rugueux. Y a-t-il vraiment entêtement à ne pas obéir à celui qui commande par de pareils moyens? Est-ce de la méchanceté quand, fatigué de recevoir des coups, il cherche à se défendre? L'âne ne lance jamais de ruades agressives ; ne serait-ce pas plutôt son intelligence qui se révolterait en se voyant demander un service avec si peu d'aménité !

Si l'âne était traité avec la même douceur et par les mêmes moyens que le cheval, on le rendrait aussi obéissant, et on en ferait un serviteur sinon aussi beau, du moins aussi bon, dans la mesure de ses forces. L'âne, dit le proverbe, garde longtemps un coup de pied à son maître. Si l'âne a de la rancune, c'est qu'il se souvient ; s'il rue quand on le frappe, c'est qu'il a de la sensibilité. Eh bien ! c'est à l'aide de la sensibilité et de la mémoire des animaux qu'on parvient à faire leur éducation et à les dresser selon nos besoins et nos caprices.

Il rend de grands services dans le voisinage des villes et dans les pays montucux ; il est, avec la mule, le seul animal qui joigne à la sûreté du pied l'énergie et la force nécessaire pour gravir et surtout pour descendre les mon-

tagnes les plus escarpées. Son allure la plus naturelle est le pas ; son trot est raccourci ; il prend avec peine le galop et ne tient pas longtemps celte allure.

L'âne, accouplé avec la jument, produit le mulet, animal chez lequel on retrouve la fierté, l'élégance et l'ampleur des formes de la mère, alliées à l'énergie et à la sobriété du père. L'ânesse, saillie par le cheval, donne aussi naissance a un mulet qui est bien plus petit et moins fort que le premier, et qui a reçu le nom de bardot (1). Ce produit est toujours le résultat du hasard, tandis que le mulet, issu de la jument, fait partie de l'industrie rurale et est fabriqué sur une vaste échelle dans toutes les contrées méridionales de l'Europe. L'élevage du mulet a surtout une grande importance dps le sud et l'ouest de la France, qui comprennent la Gascogne et le Poitou.

La race d'ânes plus particulièrement employée au croisement avec la jument a reçu le nom de baudet (2), sans doute ainsi appelé à cause de sa destination exclusive pour la reproduction. L'importance de celte race spéciale, la très grande valeur intrinsèque des sujets, le mode de son élevage, la différence de sa conformation et le but que nous nous sommes proposé nous obligent à une description détaillée de la production de cette race asine qui, dans le Poitou, a une supériorité qui explique celle de l'industrie mulassière de cette province.

(1) On appelle aussi bardot, dans quelques contrées, les ânes de la plus petite race. (,S) Baudis, vieux mot, libertinage.

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BAUDET MULASSIER.

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