‹ De l'Industrie mulassière en PoitouChapitre 27 sur 41 · L E BAUDET MULASSIER EN POITOU · texte numérisé non relu

L E BAUDET MULASSIER EN POITOU

Le baudet (1), considéré comme animal domestique, n'aurait aucune raison d'être si on n'avait en vue les services rendus par son travail ou les agréments qu'il peut procurer, parce qu'il serait avantageusement remplacé par les autres espèces que nous possédons. Sa conformation massive et peu gracieuse, le caractère sauvage que les conditions de son élevage lui ont fait, les difficultés de son dressage, le recommandent peu à l'attention des producteurs. Mais si, parmi les animaux soumis à la domesticité, les uns servent aux Iravaux pénibles, aux arts d'agrément et de luxe, les autres à la nourriture de l'homme, le baudet, en raison de sa lascivité, des qualités prolifiques qu'il conserve jusque dans l'âge le plus avancé, et de la facilité de son accouplement avec la jument, est peut-être la race la plus précieuse de toutes celles dont l'homme a

(1) Aussi appelé bourrltpiet

su utiliser les aptitudes. Certes, s'il n'avait pas ces avantages a notre époque, où l'économie rurale ne livre à la fantaisie aucune de ses spéculations, il devrait faire place à une autre espèce qui servirait mieux les intérêts de la société Ne voyons-nous pas tous les jours les belles races naturelles changées, modifiées, pour les mettre en harmonie avec les besoins nouveaux qu'elles sont appelées à satisfaire ! Peu importe si le bien-être social gagne à ces changements tout ce que l'intérêt zoologique y perd

Nous avons prouvé, au commencement de ce travail que la réputation des mulets du Poitou était fort ancienne ce qui implique naturellement une origine aussi vieille à la race des baudets dont ils descendent,

Que cette race, comme l'ont écrit plusieurs auteurs, ait ele primitivement importée par les Maures, en Espagne d ou elle aurait été introduite clandestinement dans le Midi de la France par le golfe de Gascogne, ou dans le Poitou par les petits ports de la Vendée, c'est possible. Il est même assez logique d'admettre que dans cette contrée montagneuse, où les mulets sont utilisés plus que dans aucun autre pays, non-seulement au service du bât et du gros trait, mais encore aux attelages de luxe, ils aient dû être d abord fabriqués sur place. Si aujourd'hui cette industrie est presque abandonnée, c'est parce que les juments Espagnoles étaient trop fines et trop légères pour donner aux mulets qui naissaient de leur accouplement avec le gros baudet, l'ampleur des formes qui constitue la valeur réelle de ces animaux, et qu'on rencontrait au contraire chez ceux issus des mêmes baudets et des juments Poitevines que le commerce conduisait sur les marchés. D'autre

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part, les relations que l'Espagne a constamment entretenues avec ces deux provinces pour son approvisionnement de mulets viennent encore plaider en faveur de l'origine Ibérique de la race des baudets en Poitou. En l'absence de preuves authentiques, il faut bien se contenter d'hypollièses, surtout quand elles n'ont, comme dans l'espèce, qu'un intérêt très secondaire dans l'élude historique que nous entreprenons. Quoi qu'il en soit de la date et de l'origine de l'importation du baudet en Poitou, constatons qu'à l'heure actuelle c'est celte province qui produit les plus beaux baudets du monde, et que c'est avec la jument Poitevine qu'il engendre les mulets les plus estimés.

Tout le Poitou produit des mulets, mais le baudet n'est guère élevé en grand que dans le département des Deux- Sèvres, plus particulièrement dans l'arrondissement de Melle. Celte contrée de plaines riches et boisées est trèsaccidenléc dans quelques parties de son territoire ; elle conserve précieusement et dans toute sa pureté la race des baudets, dont elle a eu pendant longtemps le monopole de l'élevage, notamment dans les communes de Sepvret, Chenay, Goux, Exoudun, La Mothe-Saint-Iléraye, Baussais, Chef-Boutonne, et la Magdeleine. Cependant, depuis une quinzaine d'années que la production a pris plus d'extension, beaucoup d'autres contrées du département ont obtenu le même succès dans la production. Le centre du commerce de ces animaux s'est même sensiblement déplacé par suite de l'activité et de l'habileté de quelques éleveurs traficants qui, par leur intelligence, ont donné à ce commerce la plus vive impulsion.

Le baudet a une tête énorme, bien plus grosse que celle

ins

des autres races usines ; sa bouche est moins grande que celle du cheval ; les dents sont petites et leur émail est très-dur, leur forme n'est pas exactement semblable à celle des dents du cheval. Ainsi la surface triangulaire succède le plus souvent au rasement sans passer par la forme ronde chez les dents adultes. Du reste, dans la pratique, on rencontre des irrégularités telles dans l'usure des pinces et des mitoyennes, alors que les coins sont encore vierges, que l'appréciation de l'âge au-dessus de huit ans peut donner lieu aux plus grands écarts, si surtout on se base sur les règles établies pour l'usure des dents du cheval. L'ouverture des narines est étroite, l'arcade sus-orbitaire est trèsprononcée. La conjonctive est presque toujours tachetée d'un pigmentum noirâtre. Les oreilles longues, larges, et le [dus souvent pendantes, sont garnies de poils longs et frisés qui portent le nom de cadenettes, qualité très estimée. L'encolure est beaucoup plus forle que celle des autres races, mais elle a invariablement la même forme. Plus le corps est long, plus les animaux sont réputés faire de grandes mules. Le garrot n'est pas proéminent, et la colonne dorso-lombaire s'étend en ligne droite jusqu'à la queue. La queue est courte et garnie d'une petite quantité de crins à son extrémité seulement. La poitrine est trèsample et le ventre volumineux. L'épaule est courte. Les muscles des avant-bras sont longs mais peu épais. Les genoux sont très larges, ainsi que toutes les articulations. La châtaigne et la production cornée du fanon sont trèsdéveloppées. L'abondance des crins qui garnissent la partie postérieure du boulet constitue une des qualités les plus recherchées. Les animaux sont dits bien talonnés, bien

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moustaches lorsqu'ils la possèdent, el que les poils de la couronne s'allongent en mèches qui recouvrent le sabot dans une partie de son étendue. Les hanches sont étroites. Les fesses longues e! minces et la cuisse plate. Les jarrets sont aussi forts que ceux des plus gros chevaux do trait. On est étonné, lorsqu'on voit ces animaux pour la première fois, de la grosseur des colonnes locomotrices et de la puissance de leurs articulations comparées au volume du reste de leur squelette, et au petit développement des masses musculaires qui sont destinées à les mettre en mouvement. Bien qu'un sabot petit et étroit soit aussi bien dans la nature de l'âne qu'une grosse tète et de longues oreilles, cela n'empêche pas qu'on donne la préférence, toute chose étant égale d'ailleurs, à ceux qui ont le pied large. Les testicules sont très développées. Le pénis est moins long et moins gros que celui du cheval.

L'ânesse a la vulve petite et étroite. Au moment du rut, les lèvres se tuméfient, et l'angle inférieur de l'orifice se relève de l'état d'obliquité sous-ischiale qu'il conserve en dehors de cette époque, el facilite ainsi l'accouplement qu'à première vue on jugerait difficile. Les chaleurs se manifestent aussi chez l'ânesse par une sorte de frémissement, de mouvement très-lascif des lèvres pendant lequel s'écoule une grande quantité de salive mousseuse.

La taille moyenne est d'un mètre quarante à un mètre cinquante centimètres.

Les aplombs ont rarement la régularité de ceux du cheval. La couleur de la robe est loin d'être aussi variée que dans l'espèce chevaline et même chez le mulet, ii l'exception de quelques rares baudets gris, qui sont invariable-

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ment rejetés de la reproduction ; tous sont noirs ou baisbruns. Ceux-ci ont toute la partie inférieure du corps, depuis le devant du poitrail jusqu'aux organes génitaux' recouverte de poils blancs qui vont, en se raréfiant, au plat des cuisses, dont la peau est fine et rosée comme celle qui recouvre les testicules et qui forme le périné. Ils ont aussi le pourtour de la bouche, du nez et des yeux d'une couleur gris-blanc, quelquefois bordés d'une auréole rougeâtre qui se confond avec les poils plus foncés de la robe. Les baudets qui ont le bout du nez noir, et dont la robe est uniformément de cette couleur, sont dits manquer d'espèce, c'est-à-dire que la noblesse de leur origine est contestable. Ils ont surtout l'inconvénient de faire des mulets à poils noir-zinc, appelés Bouchards, qui sont un peu moins estimés dans le commerce.

La nature du pelage de ces animaux est pris en trèsgrande considération, ce n'est pas une vaine fantaisie qui dicte au producteur ou à l'éleveur des préférences touchant la robe et la couleur des baudets. Il n'a point échappé à leur observation que l'engraissement des mulets issus d'un père à poils ras et dur était long et difficile, et que le contraire avait lieu lorsqu'ils descendaient d'un baudet au pelage épais, soyeux et frisé. C'est pourquoi ces derniers , c'est-à-dire ceux qui ont les poils noirs frisés , longs et cotonneux, sont préférés aux autres.

Il en est quelques-uns, dont on voudrait quasiment faire une sous-race, qui sonl fort estimés, et qui, à notre avis, sont loin de mériter la réputation exceptionnelle qu'on leur a faite. On les désigne sous les noms de Bourailloax et de Guenillouv. Ils se distinguent par une sorte de pelisse

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qui les recouvre depuis le garrot jusqu'à la queue el qui se prolonge souvent jusqu'à terre par des lanières frangées et d'inégales longueurs, assez semblables à des guenilles. Cette manière de manteau, qu'on ne rencontre que chez les baudets à poils longs et frisés, est formée parles poils qui, au moment de la mue, au lieu d'être enlevés par la brosse ou l'étrille, restent sur la peau, adhèrent à ceux qui viennent les remplacer, el forment , avec l'aide du fumier et des sécrétions cutanées, un feutrage qui, précieusement conservé, prend chaque année plus de développement. Celle parure de convention orne le plus souvent les rares baudets qui, n'ayant pas de démangeaisons à la peau, ne se frottent pas contre les saillies de leur mangeoire ou les murs de leur box, et conservent par cette raison sur eux el intimement liés ensemble, les poils de plusieurs mues. Le baudet a en effet, dans cet état, l'air d'un pauvre hère couvert de haillons et de guenilles. Celle enveloppe supplémentaire, produite par la malpropreté, qui accuse l'incurie de l'éleveur, a néanmoins son bon côté, car elle devient elle-même prolectrice de la peau que l'étrille et la brosse n'ont jamais touchée. Mise ainsi à l'abri de la poussière, du fumier et des autres saletés qui tombent des écuries, la peau exécute normalement ses fonctions, et n'est point envahie par ces hideuses maladies psoriques qui déshonorent trop généralement ce groupe important de l'espèce Asine. Le baudet Bourailloux est l'objet des préférences du vulgaire, mais le vrai connaisseur ne se laisse pas séduire par les apparences Irompeuses de son pelage extraordinaire. Il esl à remarquer que les baudels Bourailloux ont le plus souvent la tête fine et les oreilles courtes, beaucoup d'am-

pleur de poitrine et le corps bien fait ; mais les membres cachés par les paquets de poils feutrés sont ordinairement minces, légers, et le sabot est très-petit. En un mot, cette variété ne saurait être classée dans la meilleure espèce des baudets, malgré l'étrangeté de sa robe.

Les allures du baudet ne différent aucunement de celles des autres races de la même espèce. Lorsque téleron il accompagne sa mère dans les paccages, il marche, trotte et galoppe comme tous les élèves qui s'y trouvent. C'est pendant cette première période seulement qu'on peut juger de ses allures, puisque immédiatement après il rentre à perpétuité dans la vie claustrale la plus sévère. El ce qui prouve que ce n'est pas lui qui de sa volonté propre a choisi ce genre de réclusion qui le prive de tout exercice, c'est qu'aussitôt qu'il parvient à tromper la vigilance de ses gardiens, le premier usage qu'il fait de sa liberté, c'est de courir si l'espace le permet ou de sauter et de lancer des ruades s'il est trop restreint. Du reste, la puissante organisation de ses organes locomoteurs que nous avons décrits, peut bien faire croire à de grandes allures s'il était mis à même de les exercer. Mais les égards dont il est l'objet, les soins et les cajoleries dont il est entouré, n'ont pas permis jusqu'à ce jour de lui faire franchir les plus pelites distances à pied. Ce haut et puissant seigneur, comme nous le verrons plus loin, ne voyage jamais qu'en voiture.

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