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HARAS PRIVÉS, DITS ATELIERS

A part l'arrondissement deMelle, où l'on trouve des fermiers qui se livrent spécialement à la production du bau-

HARAS PRIVÉS

det, cet animal n'est guère élevé que dans les haras qui portent en Poitou le nom assez prosaïque i' Ateliers,, et les baudets-étalons celui A' Animaux, non pas avec la signification du pluriel d'animal, mais dans le sens générique et propre par lequel on les désigne exclusivement. Les haras privés sont au nombre de cent soixante environ dans le Poitou. Il résulte d'une statistique faite par nos soins dans toutes les communes, que le seul département des Deux- Sèvres compte 94 de ces établissements qui sont ainsi répartis sur son territoire :

Haras. Baudets. Ltussa. chtiam élal.

Arrond. de Niort

— de Melle

— de Parthenay.

— de Bressuire. .

Ces chiffres ont leur éloquence et viennent justifier ce que nous avons dit louchant l'importance de la production mulassière en Poitou.

Le haras ou atelier n'est pas un établissement que chacun peut créer. Il exige une mise de fonds considérable pour l'achat des animaux et leur entretien. Nous verrons plus tard que les bénéfices ne sont point en rapport avec les risques, et que ceux qui entretiennent de pareils établissements ont véritablement quelques droits à la reconnaissance des cultivateurs qui se livrent à la production du mulet. Assez généralement les ateliers se conservent par une sorte de tradition héréditaire dans les familles.

Dans le principe, les seigneurs, propriétaires de nombreux domaines agglomérés sur le même point, furent obli-

gés, pour assurer le service des poulinières qui peuplaient leurs fermes, d'acheter un ou plusieurs baudets. Plus tard , la clientèle fut augmentée par les voisins qui vinrent réclamer les bons offices des étalonniez, et de proche en proche, pour satisfaire aux exigences d'un bon voisinage, le nombre des baudets s'est accru et l'atelier a élé formé. Ce qui rend vraisemblable celle origine de la plupart des ateliers du Poitou, c'est que c'est encore dans les propriétés domaniales les plus anciennes et les plus étendues qu'on retrouve aujourd'hui les plus beaux établissements de ce genre. Du reste, de nos jours les choses se passent quelquefois ainsi. Ce n'est plus le seigneur, mais le riche propriétaire qui, cédant aux sollicitations de ses voisins, établit un haras au milieu de ses propriétés.

En général, chaque haras privé se compose de quatre à huit baudets-étalons, d'un à deux chevaux mulassiers, d'un boul-en -train et de plusieurs ânesses.

L'atelier, et c'est sans doute pour celte raison qu'on a ainsi appelé l'établissement, est l'endroit où s'exécute la saillie des juments, c'est-à-dire où se fabrique le mulet. C'est un emplacement assez grand, ayant la forme d'un carré ou d'un parallélogramme allongé, et une porte pour toute ouverture. De chaque côté se trouvent les boxs où sont renfermés les baudets.

Chaque loge est fermée le plus ordinairement par des cloisons en planches. Son étendue est assez grande pour permettre au baudet de s'y mouvoir librement. La mangeoire et le râtelier sont toujours placés en face la porte. La cloison dans laquelle elle est établie ne va pas jusqu'au haut du plancher ; c'est uniquemeut par celte ouverture

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qu. donne dans l'atelier, que se renouvelle l'air delà ca.e Quant a la lumière, elle n'y pénètre que lorsqu'on ouvre la porte de 1 atelier, puisqu'il n'existe pas de croisée. En face es portes des boxs est située la trôle, sorte de travail forme par deux chevrons de douze à quinze centimètres d épaisseur, placés parallèlement à un mètre de distance l'un de 1 autre réunis ensemble à leur partie supérieure par m» planche étroite à laquelle on attache la jument qu'on va fa.re saillir. Ces deux morceaux de bois qui ont deux mètres de longueur environ, sont enfoncés dans le mur par une de leurs extrémités, pendant que l'autre repose sur le sol en formant un angle de 45 degrés. Entre l'écarlement des deux branches est placée la jument derrière laquelle on amoncelé du fumier, afin d'élever le baudet dont la taille est presque toujours plus petite, et lui rendre l'accouplement plus facile. '

Le baudet est libre dans sa case, en Poitou (parcon) ; ,1

o 1 r;r, n T u H s un iico1 en cuir fort ^-^ ^

on lace la bnde au moment où il doit saillir. Le nom de br.de qn on donne en Poitou a l'acte de l'accouplement ne peut pas avoir une autre origine. Le mors de la bride est

2ZT ^ 'r gr ° SSièrement travaillé, les branches ont rès fougues, les rênes qui en parlent sont également formées d'anneaux en for, pour qu'elles puissent é remuées, faire un bruit de forraillement qui accomp la ehanson du palefrenier, appelé aussi n^uigrion (ï) et

Il est l'emi loi qui certes n'est pas mince Et qu'à la Cour, où tout se peint en beau'.

ap.

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qui est invariablement composée des monosyllabes tra et la, répétées sur Ions les Ions, d'où le nom de Irelandage, qu'on lui a donné, et qui a pour but d'accélérer l'érection du baudet. Car la très grande lascivité de ces animaux ne se montre réellement qu'avec leur femelle naturelle, et on est souvent obligé de les exciter au coït avec la jument par des moyens factices qui durent quelquefois plusieurs heures, et dont le dernier et le plus infaillible est l'aspect de l'ànesse.

L'art du palefrenier préposé à diiiger la monte est difficile à acquérir. Il en est de très-habiles qui ne rencontrent jamais de baudets impuissants ou mêmes froids dans leurs désirs. Peu de ces animaux ont la vigueur et la fougue du cheval ; presque tous ont besoin de manœuvres plus ou moins lubriques pour leur préparation; c'est là ce que doit étudier le palefrenier, car les moyens varient avec chaque animal : l'un veut être excité par une suite de mots qu'on se croit obligé de choisir parmi les plus indécents et qui sont prononcés avec des intonnations comiques; l'autre ne sort de son apathie qu'au bruit des sifflements saccadés du palefrenier. A celui-ci il suffit d'entr'ouvrir et de fermer la porte de sa loge, d'en remuer le verrou ; celui-là, au premier appel, montre de très vifs désirs, il frappe du pied la porte, il veut sortir, et quand il arrive près de la jument, où il espérait trouver une ànesse, son ardeur déçue se calme, et il tombe dans une rêverie dont il ne sort que quand on la lui montre réellement. Dans tous les cas, il faut

Nous appelons êlre l'ami du prince, Et qu'à la ville, et surtout en province.

Les gens grossiers ont nommé m

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ni

que la substitution de la jument à l'ânessè se fasse rapidement, et profiter du moment où la passion surexcitée ne lui permet plus de raisonner.

Il en est qui se lassent de voir toujours la même ânesse, et vis-à-vis desquels il faut employer la ruse pour les tromper, ne pouvant changer d'àncsse suivant leur caprice. J'ai vu recouvrir d'un drap une ânesse qui ne laissait voir que ses oreilles et sa queue au baudet dont elle n'avait plus le pouvoir d'exciter la passion. Certains ayant besoin de rencontrer des difficultés à vaincre pour surexciter leurs désirs, on leur montre dans ce cas une ânesse qu'on fait courir devant eux. Il est à remarquer que ce sont les baudets dits de la grande espèce, ceux dont l'origine est la plus noble, dont la pureté a été conservée sans aucun mélange, qui montrent le moins d'ardeur génésique, et avec lesquels il faut que le maquignon mette à contribution toutes les ressources de son art, d'autant plus qu'on tient davantage à leur descendance. Recevoir dans un vase les mucosités qui s'échappent des organes génitaux de l'ànesse ou de la jument en rut, est un des artifices souvent employés par le palefrenier, qui place la liqueur sous le nez du baudet dont il veut obtenir une saillie.

Je ne puis résister à l'envie de raconter une scène dont j'ai été le témoin, et qui est curieuse à plus d'un titre. Le psycologiste y verra plus d'une analogie entre les passions du l'homme et l'instinct de la bête, et il arrivera peut-être à celte conclusion : que les actes physiologiques qui appartiennent exclusivement à l'animalité se produisent par les mêmes mobiles et sont surexcités par les mêmes causes. Un très-beau baudet de la grande espèce paraissait encore à

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nrc l'industrie mulassière.

1 âge de quatre ans complètement ignorer son sexe En présence de la froideur avec laquelle il accueillait les nombreuses provocations desânesses avec lesquelles on le mettait en rapport, maintes tentatives avaient été faites, et toutes les ressources de l'esprit très-inventif du palefrenier n avaient pu le faire sortir de sa glaciale indifférence, lorsqu une femme appliquant au cœur de l'âne ce qu'elle connaissait du cœur humain, conseilla d'amener avec l'ânesse un autre âne petit et de mince valeur, et cela en présence du flegmatique et indolent sire. Aussitôt que le petit âne eut commencé ses premières caresses, on vit le gros baudet f'-oncer le sourcil, redresser ses oreilles et se rapprocher de son rival avec un air qui indiquait que la jalousie allait bientôt susciter une lutte. En effet, il se précipita brusquement sur l'audacieux en cherchant à le mordre. Il fallut toute l'énergie de deux témoins pour empêcher ce combat d être funeste au plus faible, qu'on eut de la peine à entraîner hors de l'atelier. Les instincts génésiques du baudet, réveillés par cette mise en scène, amenèrent un premier accouplement dont il se souvint, puisqu'il fut dans l'avenir un très-actif étalon.

Je ne quitterai pas l'atelier sans parler de l'époque si émouvante, si anxieusement attendue par les éleveurs delà saillie des juments parle baudet. Quand elles doivent être livrées au cheval, ils s'en préoccupent beaucoup moins.

La monte commence au 15 février et se termine à la fin de juillet. Dans les premiers temps, l'atelier n'est fréquenté que par les juments n'ayant pas été fécondées l'année précédente, et par celles qui ont avorté. Mais quand arrive le mois de mai, la cour des haras est remplie par les pouli-

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im

nières. II n'est pas rare que les baudets bons ou francs d'allures (ceux qui entrent promptement en érection), fournissent 0, 7 et 8 saillies par jour. Cependant il est d'ordre que chaque baudet passe à son tour. Mais les pourboires au maquignon et les petites raisons occultes font souvent déroger à la règle. On se figure difficilement quelle émulation excite chez les éleveurs la faveur de la première saillie du baudet pour leur jument. Un grand nombre, afin de prendre un bon rang arrivent à une ou deux heures du matin dans la cour du haras, munis de provisions de bouche qui leur permettent d'attendre longtemps. La monte, appelée aussi serte, ne commence guère avant cinq heures, et il y en a déjà deux ou trois que les fermiers attendent. Beaucoup sont ainsi absents de chez eux pendant dix ou douzeheures. Ils sont obligés de traire les juments nourrices. Aussi voiton le lait couler dans la cour du haras, mélangé avec le sang que l'on extrait dos veines des juments pour assurer leur fécondation.

La jument ayant été reconnue en rut par l'essai du bout en train, est introduite dans l'espèce de brancard que nous avons décrit dans l'atelier. Elle est entravée des deux pieds de derrière, et les crins de la queue sont à l'avance soigneusement arrangés pour qu'ils ne puissent pas blesser le baudet au moment de l'accouplement. Pendant les préliminaires de la saillie, les quelques personnes dont on tolère la présence doivent observer le plus religieux silence, afin de ne pas donner de distractions aux capricieux étalons.

DE L'INDUSTRIE MULASSIÈRG.

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