COMMERCE DES BAUDETS
Les baudets ne sont jamais menés à la foire. La vente se l'ait chez l'éleveur. Le commerce comprend deux industries distinctes, qui s'exercent à des époques différentes.
Les marchands de baudets ne sont aulres que des maîtres de haras habiles, très-connaisseurs et très-actifs. Ils achètent les jeunes baudets de 15 à 18 mois, qu'ils savent être chez les éleveurs. Ils parcourent tant de Ibis et battent si bien le pays qu'ils connaissent toutes les progénitures de l'espèce asine du Poitou. Sans tenir note écrite de la date de la naissance, ils ne manquent jamais de se présenter à l'époque juste où ils supposent que le jeune baudet a l'âge pour être vendu. Toutes ces démarches sont discrètement laites.
DE L'INDUSTUIE ML'LASSIÈRE.
Ils veulent qu'on ignore le lieu où ils ont acheté et le prix qu'ils ont payé. Ils craindraient d'éloigner les acheteurs par les énormes bénéfices qu'ils voudront tenter de réaliser plus tard. Gomme il s'agit ordinairement de sommes considérables, la vente d'un baudet prend les proportions d'une affaire de la plus haute importance. Deux jours et deux nuits ne suffisent pas toujours à la conclusion d'un marché (1). Il en est peu qui se terminent en 24 heures. Voir le baudet, se mettre à la table toujours amplement servie; retourner au baudet et revenir à table ; c'est pendant ce va et vient que sont discutés, durant le jour et la nuit, les qualités elle prix de la bête. Le marché étant terminé, on procède à un examen beaucoup plus minutieux et plus long que ceux qui l'ont précédé. Si dans cette visite où l'acheteur inspecte, avec les yeux et avec les mains, toutes les parties du corps , il n'a rien découvert qui soit de nature à lui faire retirer ou modifier ses offres, l'animal est agréé. Il ne reste plus que l'essai avec une jument en rut, afin de s'assurer s'il est ardent, franc ou bon d'allures. Cette dernière épreuve, quand elle est vaillamment soutenue, rend le marché définitif et irrévocable. Le prix de vente est rarement payé comptant; les délais sont même souvent très-longs, et, malgré cela, il n'est presque jamais stipulé d'intérêts dans les règlements. Pour effectuer la livraison, le jeune baudet est monté dans une charrette couverte d'une toile tendue à l'aide de cercles de barriques, et semblable à un vrai roi fainéant, il n'a pas du tout l'air étonné des honneurs qu'on
(l)Un de ces étalonniers-marchands cile comme un fait unique l'acquisition que je lui fis, dans l'espace d'une demi-heure, dedeux baudets de 20 à 27 mois, pour la somme de 6,100 Irancs.
COMMERCE DES BAUPETS.
lui rond. Il csl ainsi conduit chez l'acquéreur, qui au moment du dépari a ou le soin d'orner la puissante Icte du baudet de lauriers et de rubans, afin de lui ménager une entrée tout-à-fait triomphale dans la contrée qui doit être témoin de ses exploits.
C'est pendant la saison d'été que les marchands de baudets font leurs tournées d'acquisition. Une fois entrés chez eux, les jeunes baudets y sont admirablement soignés. Commerçants habiles, ils savent très-bien parer leur marchandise, et faire ressortir tous ses avantages par mille petils moyens, qui en imposent même à l'acheteur prévenu. C'est là, et non chez l'éleveur, qu'on s'adresse de préférence, parce qu'on en trouve un plus grand nombre parmi lesquels on peut choisir, et aussi à cause des échanges qui sont souvent la base du marché. Les quelques maîtres d'ateliers qui se livrent en grand à ce commerce résident dans l'arrondissement de Melle. Leurs bénéfices sont très-variables el pas toujours en rapport avec l'importance des risques, parce que les opérations ne sont pas assez multipliées.
En dehors de ces marchands spéciaux qui n'existent presque plus aujourd'hui, le commerce s'étant décentralisé, tous les gardes-étalons vendent à leurs collègues du Bas- Poilou, de la Vienne, de la Charente, de la Charente-Inférieure, el aussi aux étrangers. Ces vcnles, qui s'exécutent de la même manière, ont lieu plus particulièrement à l'entrée de l'hiver. Ou peut chez eux choisir indistinctement; seulement, si on s'adresse à un étalon estimé de la clientèle du haras, il faudra le payer fort cher pour l'obtenir.
Il n'est guère possible d'établir sur une base certaine el fixe le prix des baudets. Comme en toute chose, leur valeur
dépend d'abord du leurs qualités, et puis ensuite des conditions dans lesquelles se trouve le commerce. Ce que Fou peut affirmer, c'est que parmi nos espèces animales domestiques, celle du baudet a la plus grande valeur. Il n'est pas rare de citer des ventes laites au prix de 7 à 8,000 francs, et celles de 5 à 0,000 francs sont communes. Les baudets médiocres atteignent encore les prix de 3 à 3,500 francs. En rassemblant les faits pour en déduire une règle pouvant servir de guide dans l'estimation de ces animaux, on voit que les jeunes fedons de bonne origine cl bien réussis gagnent en valeur, en moyenne, cent francs par mois jusqu'à l'âge de deux ans; à cette époque, où ils continuent leur marche régulièrement ascendante et dans la même proportion, où ils acquièrent des qualités supérieures qui les rangent alors dans les animaux d'élite dont le prix ne peut pas être fixé à l'avance.
Les ànesses sont loin d'avoir une valeur en rapport avec celle des baudets. On peut choisir pour 600 francs parmi les jeunes ànesses, quand elles n'ont pas encore fait leurs preuves. Mais si elles donnent des produits exceptionnels, elles ne sont vendues à aucun prix.
Si l'éleveur du Poitou entrait franchement dans un élevage plus rationnel à l'égard de celte espèce, s'il renonçait à cette parcimonie qui préside à l'alimentation des ànesses pleines, il n'est pas douteux qu'il verrait augmenter le nombre et aussi les qualités des produits. Ils seraient à la vérité d'un moindre prix; mais comme, en définitive, c'est moins la valeur du baudet dont le commerce est restreint, que celle du mulel qui fait la prospérité du pays, il serait plus profitable à l'intérêt général que la population fut plus