TYPE 4 ORIGINE
nable d'admettre, comme l'a écrit M. Ayraud, de Fontenay, « qu'après avoir assaini le marais, l'avoir défendu de » l'abord de l'Océan par des digues, et avoir creusé des » canaux destinés à transporter à la mer les eaux pluviales » très-abondantes, ils voulurent aussi cultiver cette terre » vierge et la peupler d'animaux domestiques ; alors ils » introduisirent cbez nous leurs lourds chevaux du nord, » auxquels convenait parfaitement le climat du marais, » ainsi que l'herbe aqueuse et abondante qu'on y trouve. » Du reste, il existe entre les chevaux flamands et ceux de » la race mulassière des analogies assez grandes pour » qu'on puisse admettre cette opinion. »
Cette opinion sur l'origine flamande de notre espèce chevaline servira à expliquer les succès obtenus récemment par l'importation en Poitou de quelques étalons tirés du département du Nord, et ceux acquis déjà par M. Leroux, banquier à Paris, à la suite de l'introduction dans les marais de la Vendée de poulinières belges, dont les produits ont fourni les plus beaux élalons-mulassiers du pays.
La question des origines est de toutes les recherches auxquelles se livre l'esprit humain la plus ardue et la plus difficile à mener à solution satisfaisante. Les sciences, comme les arts et les lettres même , ont subi des temps d'arrêt, des interrègnes, qui ont eu pour effet de couper leur histoire par tronçons, et souvent de plonger dans les ténèbres la date et le lieu précis de leur naissance. Il en est de môme pour les espèces animales que l'on nous dit descendre, en majeure partie de l'Asie, sans qu'aucun historien ail pu, d'une façon indéniable, nous indiquer la voie qu'elles avaient suivie pour arriver dans nos contrées
occidentales. Que les animaux domestiques qui peuplent actuellement la France nous aient été apportés par les hordes barbares qui envahirent les Gaules, ou qu'ils nous soient venus par une autre voie, c'est une lacune dans leur histoire que nous n'avons pas la faculté de combler.
On a quelquefois contesté à la race mulassière d'être originaire des marais des Deux -Sèvres et de la Vendée, parce que les travaux qui ont rendu ces contrées habitables n'ont été exécutés qu'en l'année 1607. On se demande alors où était avant cette date la race mulassière? Pour répondre à cette question il faut se reporter à l'état des lieux avant ceUe époque. La contrée couverte par les eaux de la mer a vu son dessèchement s'opérer par suite des digues opposées aux envahissements de l'Océan ; mais les terrains plats qui avoisinaient cette contrée et qui étaient périodiquement mouillés non par l'eau salée, mais par les eaux douces des rivières de la Sèvre et ses affluents, le Lay et la Vendée, étaient habités par des hommes et des bestiaux. C'est moins dans les marais salés que dans les marais d'eau douce que s'élevait la race chevaline-mulassière.
La tradition, que tous les auteurs jusqu'à ce jour ont acceptée, semble justifiée par les faits et leur logique. Ainsi c'est toujours des marais que viennent les meilleurs produits ; nous ne voyons point ceux de la Gâtine descendre dans le Marais, c'est le contraire qui a lieu Enfin, il y a pour le physiologiste une raison puissante, c'est que la race chevaline-mulassière du Poitou porte le cachet dans toutes ses fibres, dans toutes ses formes, dans ses téguments, de l'influence d'un sol bas et humide. Placerait-on l'origine de la race dans le Bocage, où il est bien vrai nos
TYPE k ORIGINE.
espèces domestiques sont religieusement conservées pures? Mais le sol de la Gfitine, qu était-il à l'époque ou les marais n'étaient pas habitables? Couvert de hautes futaies, d'ajoncs et de bruyères, il ne pouvait offrir à la puissante organisation de la race chevaline une nourriture suffisante. Si nous faisons un rapprochement avec les autres espèces herbivores originaires de la Gâtine, nous voyons apparaître la belle race bovine de Parlhenay, à peau souple, a ossature légère, à tête fine, conditions qui ne rappellent guère la constitution de la race chevaline. De sorte que le physiologiste habitué à juger Tétai des animaux dune contrée par celui des végétaux dont ils se nourrissent ne peut pas admettre que les éléments, qui d'une part forment la race mulassière, puissent en même temps donner naissance à la race bovine de Parlhenay.
Il suffit de connaître quelles étaient les maigres ressources alimentairesdelaPlainepourrejeterridéequ'ellepuisseètre
le berceau de la puissante race chevaline du Poitou, don les sujets s'allégissent ou restent stationnais lorsqu on les y importe à 2 ans, et qui ont peine à conserver leurs qualités lorsqu'ils y arrivent à l'âge adulte. Nous sommes heureux de trouver la même opinion émise par notre am. M. banson, dans son excellent livre VEcononm du Bétail. Le savant zootechniste dit quelque part: « La vente est que » nous ne savons pas du tout d'où vient la race Mancelle, » pas plus qu'aucune autre de nos races indigènes mentant • ce nom. Mais la science enseigne le moyen de vénfier les » oriaines par l'étude des sciences naturelles qui concourent » à les former. » Quelle que soit donc l'origine de notre race chevaline, constatons néanmoins qu'elle vivait dans les
,:-mj&u
marais à l'état presque sauvage, sans autre ombrage que le feuillage des arbres qui entouraient les prés, sans autre abri que le tronc et les brandies dépouillées de ces mêmes arbres. On comprend de suite quelle devait être la constitution et la forme de celte population née et élevée dans de pareilles conditions d'hygiène, de sol et de climalure.
La nature, pour sauver et pour protéger son ouvrage, l'avait pourvue d'une épaisse fourrure, avait garni sa tête, sa crinière, sa queue et ses membres d'une grande quantité de crins. Les pieds reposant sur un terrain humide et mou étaient larges, comme pour empêcher ces malheureuses bêtes d'enfoncer trop profondément dans le sol. La végétation très active de ce riche pays fournissait aux animaux une abondante nourriture toujours fraîche, toujours verte. Les organes digestifs, constamment remplis d'une grande quantité d'aliments, se développaient énormément. L'air vif, souvent froid et presque toujours humide de ces contrées, forçait la nature à une calorification puissante, et la poitrine se développait pour faciliter le jeu du cœur et des poumons, ces deux agents essentiels de la chaleur animale.
L'encolure de ces animaux, toujours obligés de paître, s'allongeait ; la tête, constamment baissée pendant les repas, était gorgée de liquides blancs, à cause de la difficulté que cette position créait à la circulation dans ces régions déclives. La contraction des muscles incessamment mise en jeu par les courses, pendant l'été pour se défendre des insectes ailés • qui sont si nombreux dans les marais, et pendant l'hiver pour sortir du sol fangeux où ils sont enfoncés, développait les masses charnues et tendineuses, les os auxquels