LES POULICHES DU MARAIS EN POITOU
leur taille moyenne est de 1 mètre 48 à 1 mètre 52 cent. Elles sont âgées de 20 à 22 mois lorsqu'elles sont achetées par le fermier.
On les place comme tous les autres bestiaux dans des écuries basses, obscures et remplies de fumier. Elles sont bien dans les premiers temps l'objet de l'attention du granger, aussi partagent-elles avec les mules le meilleur foin de la ferme ; mais, quels que soient ces bons soins, les conditions qu'elles viennent de laisser sont diamétralement opposées à celles dans lesquelles elles vont vivre. Là, entassées dans des écuries insuffisantes, elles respirent un air raréfié et chaud qui impressionne péniblement les bronches et les poumons. Elles prennent aussitôt un air triste et maladif. Nourries de paille et de balles souvent avariées, elles mangent peu, ce qui entraine toujours la perle de leur embonpoint. Sous l'influence de celle émigration et d'une hygiène si différente, la gourme se déclare ; gourme toujours longue, parce que l'organisme affaibli manque de force pour réagir dans ce travail d'épuration morbide, qui se prolonge jusqu'au mois de mars ou d'avril. Avec la guérison de la gourme l'appétit revient, la gailé reparaît et on considère l'acclimatation comme terminée. Mais à celte époque, les haras sont ouverts depuis deux mois, la monte est commencée, et le cultivateur, malgré les sages conseils qui lui sont journellement donnés, a déjà compté que l'année suivante sa pouliche pourra être payée par le prix de sa mule ou de son mulet ; vite il la livre au baudet. Si encore, il attendait que la nature manifestât elle-môme par les signes du rut, que le moment est venu, que l'économie est assez reconfortée pour pouvoir accomplir l'acte de la
copulation ! Mais non, il la presse, il la force en présentant tous les deux jours le bout en train à ces pouliches délabrées et convalescentes. La première saillie a lieu, puis quelques jours après les chaleurs reparaissant, les pouliliches sont de nouveau conduites à l'étalon, jusqu'à ce qu'elles ne donnent plus aucun signe de désir et qu'on les croie fécondées. Si elles n'ont pas pris (1) au baudet on les fait servir au cheval, et on les saigne pour les forcer à retenir. Le fermier qui croit sa pouliche pleine est joyeux, et il attend avec impatience le fruit si malencontreusement désiré.
Le printemps amène les coupages verts, d'orge, de seigle ou de vesce. Par celte bienfaisante nourriture, qui rappelle à ces jeunes bêtes leur première alimentation, elles reprennent de la gaieté, elles laissent échapper la fourrure longue et épaisse dont elles n'ont plus besoin désormais. Tant que dure le vert, elles sont en assez bon état. Malgré toutes les secousses qu'a reçues leur organisme, elles grandissent un peu. Mais voilà que déjà le travail de la dentition commence, traînant avec lui tout son cortège de signes de tristesse, d'inappétence et de douleur. C'est aussi le moment où les communaux dépourvus de leur foin sont ouverts à la dépaissance. Elles vont enfin rentrer, quant à l'air et à la lumière, dans leurs conditions primitives. Ces parcours arides dont la végétation est peu abondante sont consommés par 100 bêles alors que 10 auraient de la peine à y vivre ; ou bien encore, elles sont envoyées ave les mulets, et gardées par des bergers, dans les champs dont la récolte est enlevée, où elles trouvent pour se nourrir
(1) N'ont pas été fécondées.