PAR A7 LE
Ici encore, comme dans la strangulation par les mains, nous observons la suffusion sanguine, mais elle est moins : commune et peut ne pas exister, car la compression des vaisseaux du cou rend sa production moins facile.
L'expert devra prendre garde aussi de ne point prendre pour un sillon produit par des manœuvres criminelles une raie circulaire que l’on peut observer chez les nouveaunés dont le cou est court et chargé de graisse ; cette raie circulaire qui est située à la partie antérieure du cou est d'autant plus prononcée que la tête est restée fléchie, Le refroidissement du cadavre durcit la graisse en hiver surtout et rend ce pseudo-sillon permanent. Ce sont des sillons pâles, mous, anémiques, blanchâtres surtout au fond du pli, mais qui parfois sur les parties saillantes prennent une teinte assez rouge.
Un examen attentif ne tarde pas à lever les doutes, on ne trouve en effet aucune trace de compression des tissus et, si on déplisse la peau, on constate l'intégrité de l’épiderme et l’absence de tout état traumatique. |
Les lésions que nous venons de décrire sont celles que l’on rencontre le plus souvent dans la strangulation par un lien, Il faut peu de force en effet pour étrangler un enfant et la pression du cou ne laisse souvent que de faibles traces, te
Signes internes. — Après avoir décrit les signes extérieurs que laisse la strangulation, soit qu’elle ait été pratiquée avec les mains ou avec un lien, il nous reste à décrire les lésions internes, c’est-à-dire celles du poumon et du cœur et des viscères en général,
Nous n’oublions pas que dans une question d’infanticide il ne s’agit pas seulement de rechercher les lésions pro-
ee DD duites par la compression des voies respiratoires, l’expert doit tout d’abord s’assürer que l'enfant a vécu d’une vie propre. |
Les preuves de la vie du nouveau-né sont données par deux ordres de signes (Précis de médecine judiciaire, du professeur Lacassagne). Les uns montrent que l’enfant a respiré, les autres qu’il y a eu circulation du sang, et dans les cas de blessure, coagulation du sang extravasé. La preuve la plus importante est fournie par l’examen de l'appareil respiratoire. Il y a deux sortes de recherches que l’on emploie communément : l'examen physique des poumons, la docimasie hydrostatique.
Si maintenant nous passons à l’étude des lésions, nous voyons que les organes de la respiration présentent les phénomènes suivants : l’écume dans les voies aériennes, les ecchymoses sous-pleurales et l’emphysème.
Le plus souvent chez les nouveau-nés victimes de strangulation, on observe de l’écume dans le larynx, dans la trachée et très souvent dans les bronches. Très géné ralement, cette écume est en grande quantité, elle est sanguinolente et rosée et s'écoule dès que l’on incise les poumons. Plus souvent encore que chez l'adulte, on trouve, sous la membrane muqueuse laryngo-trachéale ou à sa surface, des infiltrations et des exsudations de sang coagulé.
Souvent aussi on trouve sur le poumon des traces souspleurales connues sous le nom de taches de Tardieu, Voyons quelle est leur signification : SE
Tardieu, Traité de l’infanticide, dit : « On trouve à la surface du poumon de petites taches d’un rouge très foncé, presque noir, dont les dimensions varient sur les
poumons d’un enfant nouveau-né, depuis celles d’une tête d’épingle jusqu’à celles d’une petite lentille, et gardent, quoique plus larges chez l'adulte, les mêmes proportions. Leur nombre est extrêmement variable, Tantôt réduit à cinq ou six, il peut s'élever jusqu’à trente ou quarante et devenir, dans certains cas, si considérable que le poumon offre exactement l’apparence du granit. On les voit parfois réunies entre elles et agglomérées, de manière à former des plaques, des espèces de marbrures. Dans tous les cas, elles sont exactement circonscrites, et leur contour très arrêté se détache des parties voisines et tranche plus ou moins fortement sur la teinte générale du poumon. Leur siège n’est pas moins régulier que leur nombre ; cependant, on les trouve le plus souvent à la racine des poumons, à la base et principalement sur le tranchant du bord inférieur. Ces taches sont formées par de petits épanchements sanguins, disséminés sous la plèvre et provenant de la rupture des vaisseaux les plus superficiels du poumon.
« Rarement on trouve en même temps des infiltrations limitées et de véritables noyaux apoplectiques dans l’épaisseur même du tronc pulmonaire. Ces caraclères anatomiques ont du reste l'avantage de persister tant que le tissu n’est pas détruit. J’ai retrouvé des ecchymoses sous-pleurales distinctes après dix mois sur le poumon d’un fœtus qui avait séjourné dans une fosse d’aisance, »
On voit, par la longue durée de leur persistance, quelle importance considérable ont ces taches dans l’autopsie médico-légale du nouveau-né. Mais nous devons dire que Tardieu les spécialisait trop. En résumé, dist-il, les
| — 80 — ecchymoses sous-pleurales et sous-crâniennes constituent les lésions anatomiques vraiment caractéristiques de la mort par suffocation et d'autant plus importantes qu’elles peuvent exister sans la moindre trace de violence extérieure. | 4 | La valeur de ces signes a été contestée, et, malgré les
efforts de Tardieu pour faire de ces taches le signe carac—
téristique de la mort par suffocation, on les trouve dans tous les genres de mort par asphyxie.
Aussi, pour ce qui concerne la strangulation, nous ne retiendrons que la conclusion si importante de N. Le- BTOUX :
« En faisant encore des réserves, s’il s’agit d’individus très jeunes, les ecchymoses sous-pleurales érès nombreuses indiquent la suffocation, un peu moins nombreuses, la strangulation ; moins nombreuses encore, la pendaison ». |
Les ecchymoses sous-pleurales doivent donc être con- ‘sidérées comme un des signes qui appartiennent à la strangulation. Elles sont d’autant plus nombreuses et d’autant plus prononcées que la mort a été précédée d’une résistance plus longue et d'efforts plus violents. L'âge des sujets influe sur la production de ce phénomène, la fragilité des capillaires y prédispose. [Les ecchymoses sont d'autant plus abondantes que les sujets sont plus jeunes. Parfois, ajoute Tardieu, « on voit que la plèvre est en
outre soulevée par places par de petites plaques d’un blanc argenté, ressemblant à une pellicule pseudo-membraneuse et qui ne sont autre chose que des groupes de vésicules pulmonaires rompues et de l’air infiltré sous la séreuse et réuni en bulles très fines. Ce caractère de la strangula-
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tion n’est jamais plus tranché que sur les poumons du nouveau-né ».
Le cœur n'offre rien d’essentiel; point d’ecchymoses ; point d’extravasations sanguines ; quelquefois il est vide; le plus souvent, il y a un peu de sang noir et tout à fait fluide.
Le cerveau n'offre en général qu’un médiocre degré de congestion sanguine et Tardieu dit qu’on le trouve exempt d’altération plus souvent que congestionné. Il y a cependant des exceptions et Tourdes, dans Dictionnaire de Dechambre, rapporte un cas dans lequel il a pu constater l’existence d’une nappe sanguine, épanchée à la surface d’un des hémisphères cérébraux, sur un enfant nouveau-né étranglé avec l’aide des mains.
Quand la strangulation à été produite par un lien, on rencontre quelquefois une rupture de la membrane interne de la carotide, et cette lésion est, en quelque sorte, caractéristique de la strangulation par un lien. Il semble difficile en effet que la pression des mains soit assez précise pour aller atteindre directement le vaisseau.
Dans une observation prise dans le Précis de médecine légale du D' Ch. Vibert, nous voyons que
-cet auteur a trouvé à l’autopsie d’un nouveau-né étranglé par un lien, une déchirure de la membrane interne de ia carotide gauche, déchirure occupant les trois quarts de la périphérie du vaisseau et, à ce niveau, il existait une suffusion sanguine de la paroi. Nous avons vu au musée de M. le professeur Lacassagne le dessin d’un enfant nouveau-né, étranglé par un lien et à l’autopsie duquel on avait trouvé des deux côtés une déchirure de la membrane interne des carotides. &