CHAPITRE IV
Strangulation et suffocation combinées.
Les cas où les nouveau-nés sont à la fois étranglés et étouffés ne sont pas rares. Alors on trouve sur les cadavres des lésions mixtes appartenant à la fois à la suffocation et à la strangulation.
Tantôt on voit des traces de violences sur la bouche, laplatissement persistant du nez, venant s’ojouter à celles déjà décrites à propos de la strangulation par les mains, tantôt on trouve des corps étrangers dans les fosses nasales, dans la bouche et jusque dans le pharynx.
La présence de ces corps étrangers n’est pas sans rendre la tâche de l'expert particulièrement difficile.
Il peut arriver en effet qu'une femme qui se délivre elle-même produise avec ses ongles quelques excoriations à la région du cou de son enfant, mais sans intention criminelle, et que l'enfant succombe pour une cause quelconque. Si alors un ennemi au courant de la situation et
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dans l'intention de faire planer des soupçons d’infanticide sur la mère, vient à introduire un corps étranger dans les voies respiratoires de l'enfant, il sera de toute importance que l'expert puisse constater s’il a été introduit : pendant la vie de l’enfant, et ici nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les judicieuses observations de M. Devergie. |
« Lorsque la suffocation a été produite par un tampon de linge plié et fortement serré, la cavité de la bouche et celle du pharynx, allant en diminuant jusqu’à l’œsophage, les parties les plus profondément situées, sont aussi celles où la compression est plus forte. De cette pression inégale résulte un état particulier de la membrane muqueuse du palais et du pharynx dans les divers points de son étendue, ainsi qu’une coloration différente des deux extrémités du tampon; dans la partie la plus profonde de l’arrière-
bouche, là où la compression a été plus forte, la membrane
muqueuse est blanche, amincie, sans aucune trace d’injection vasculaire, en decà de ce point, cette membrane est rouge ou violacée, tuméfiée et épaissie, à cause de l’obslacle que le tampon a opposé à la circulation du sang. Ce tampon lui-même est imprégné d'humidité, mais non taché de sang, dans les points où la pression a été plus forte; quelquefois même il est sec dans ses replis intérieurs. Au contraire, la portion de ce tampon qui est restée libre dans la cavité de la bouche, est humide dans toute son épaisseur, et colorée en rouge vermeil par une exsudation sanguine. » M. Devergie n’ose affirmer que ces phénomènes n’existeraient pas si le tampon n'avait été introduit qu'après la mort naturelle pour simuler un infanticide, mais tout porte à le croire ; et lorsqu'ils exis-
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Reg ge tent, s’ilsne sont pas une preuve certaine que le nouveauné a péri suffoqué, ils établissent du moins les plus graves présomptions.
Dans les Annales d'hygiène et de médecine légale de l’année 1882, nous trouvons réunis dans une observation du D' Laroche les caractères de chacun de ces genres de mort, nous faisons suivre ce chapitre du résumé de cette observation :
En 1880, le nommé G..., et sa servante la fille A..., demeurant dans la Dordogne, étaient soupçonnés d’avoir fait mourir un enfant nouveau-né,
G..., reconnu atteint de folie, est dirigé sur une maison de santé où il ne tarde pas à succomber.
La fille A... avoue le crime, mais en fait porter tout le poids sur son complice qui vient de mourir.
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L'état du nez mérite de fixer notre attention, Sa partie osseuse n'offre aucune altération, mais la partie cartilagineuse et musculeuse est littéralement aplatie sur la joue gauche, qui elle-même est plus déprimée que la joue droite, L’orifice des narines est complètement fermé, tellement la pression qui l’a déprimé a été forte, Les lèvres sont bleuâtres comme dans l’asphyxie.
Au- dessus de la commissure labiale gauche, se dessine une plaie ayant la forme d’un croissant, regardant en bas et un peu en dedans. Elle intéresse le derme surtout à sa partie moyenne et exterre. Elle offre un pourtour d'1 1/2 à 2 centimètres, Cette lésion résulte de l'empreinte de l’ongle du pouce d’un adulte.
Au niveau de la région du cou embrassant toute la partie latérale droite, remontant derrière l’angle de la mâchoire inférieure, se dessine une empreinte nette, tranchant par sa ‘coloration brun rougeâtre avec la teinte blanche des téguments voisins, Par sa forme, par ses dimensions, cette empreinte se présente comme
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dessinée au crayon et a la forme et les dimensions du pouce d’un adulte, On en perd la trace au niveau de la trachée et du larynx, pour retrouver une teinte ecchymotique inégale tout le long de la région latérale gauche du cou,
Procédant à la dissection de la région du cou, je constate dans
te tissu cellulaire et les muscles de la région droite nne extravasation sanguine considérable qui pénètre dans l'intervalle de la trachée, de l'œsophage et de la colonne vertébrale, A la région latérale gauche du cou, le sang est aussi sorti en très grande abondance des vaisseaux, il existe une corrélation parfaite entre les lésions de la peau, et celle que je constate sur une plus grande étendue au-dessous de la peau. Une compression de la plus grande énergie a pu seule les déterminer.
Les organes thoraciques mis à nu montrent qu’il n’y a aucun épanchement dans la cavité pleurale, mais permettent de constater sur un grand nombre de points des ecchymoses, les uns de la grosseur d'un pois, les autres d’un diamètre inférieur. ;
A l'ouverture de la boîte crânienne on trouve les lésions suivantes, Larges suffusions sanguines situées entre les méninges et les circonvolutions cérébrales à droite et à gauche,
De la constatation de ces différents faits, le D' Laroche tire les conclusions suivantes :
‘ La mort a été déterminée par la suffocation et la strangulation,
Les traces de la suffocation sont : l’aplatissement du nez et de la joue gauche; la plaie circulaire déterminée par l'empreinte de l’ongle au-dessus de la commissure labiale gauche, les ecchymoses sous-pleurales, les deux épanchements sanguins constatés sur la voûte du crâne dans le tissu cellulaire séparant le cuir chevelu du périoste ; dans les vastes suffusions sanguines constatées entre les méninges el le cerveau.
Les signes laissés par la strangulation sont :
Pour que l’ongle du pouce du meurtrier ait laissé une trace aussi nette et aussi profonde au-dessus de la commissure labiale gauche, il fallait que la phalange supportant l’ongle fût fléchie à angle droit, dans ces conditions le pouce étant fléchi à angle droit, c’est avec la paume de la main que le meurtrier a aplati le nez de sa victime,
Le nez était aplati, comme collé sur la joue gauche, cette lésion a été déterminée par un violent effort de droite à gauche. Donc le meurtrier, au moment de son crime, était à droite de sa victime,
La plaie en forme de croissant signalée au-dessus de la commissure labiale gauche a été produite par l’ongle de la main gauche du meurtrier, La paume de cette même main était appliquée à l'entrée des voies respiratoires,
En même temps le meurtrier de sa main droite, dont le pouce
est dessiné comme au crayon à la région du cou, comprimait avec la plus grande violence le larynx et la trachée, |
La gravité et l'étendue des lesions démontrent que la main qui les a déterminées était douée d'une force extraordinaire.
Ces pressions ont eu lieu peu de temps après la délivrance, car le cordon de l'enfant n'ayant pas été ligaturé, cet enfant aurait dû mourir d’hémorragie, or le cœur et les gros vaisseaux éiaient gorgés de sang. |
Après les fatigues et les douleurs d’un accouchement même naturel, après la d'livrauce, la main d’une femme est impuissante à produire dans ce temps aussi court des désordres aussi multi-
pliés et ausssi profonds. Un homme vigoureux seul peut les produire.
Comme nous l'avons déjà dit, nous n’avons cité cette observation que parce qu’il nous a paru-que le D' Laroche y avait très bien décrit les caractères de la strangulation et de la suffocation combinées, mais il est évident que dans un cas semblable nous n’oserions être aussi affirmatif.
Il est impossible d’abord, ce nous semble, d'établir une
proportion en quelque sorte mathématique entre lintensité des manœuvres asphyxiques et Les lésions intérieures qu’elles provoquent.
Nous croyons enfin qu’il est très prudent de faire les
plus grandes réserves au sujet de l’affaiblissement des
femmes qui viennent d’accoucher, surtout quand il s’agit des filles robustes des campagnes.