CHAPITRE V
Causes d'erreur.
La deuxième partie de notre travail traitant des causes d'erreur nous semble de beaucoup la plus difficile. En effet lorsqu’il ne s'agissait que de rechercher les signes de la strangulation, nous avions des données nombreuses, des signes certains, caractéristiques, l'accord était complet chez les auteurs ayant étudié la question.
Mais lorsque la mère affirme que la strangulation est le
résultat d’un accident, alors la tâche de l'expert, d’importante qu’elle était, devient délicate et environnée d’obscurités multipliées.
Là un concours de circonstances extraordinaires dépose contre l’innocence ; ici le crime se cache sous les voiles les plus épais. Aussi faut-il une grande sagacité pour prononcer sur l’honneur d’une accusée et ne pas se laisser séduire par de trompeurs indices ou égarer par la prévention.
DO
Il serait regrettable qu’une coupable adresse puisse lui dérober un crime, mais il ne doit pas oublier non plus combien il serait répréhensible, si par sa faute il ne parvenait à isoler un événement malheureux et fortuit des circonstances qui lui donnent les traits du crime.
Un procédé de défense employé très souvent par la mère pour se disculper consiste à dire que la strangulation est le résultat de l’enroulement du cordon autour du cou.
Il n’est pas douteux, en effet, que l’enfant ne vienne souvent au monde le cordon enroulé une, deux ou même trois fois autour du cou, c’est ce que les accoucheurs désignent sous le nom de circulaires du cordon et qu’ils s’accordent à regarder comme extrêmement fréquent, mais qui, disent-ils, ne produisent aucun trouble marqué dans la pluralité des cas.
Parfois cependant, les circulaires peuvent être si serrés que la lumière des vaisseaux est obstruée et que le fœtus succombe par suite de l’arrêt du courant sanguin.
Les chiffres recueillis à la clinique de Nœgelé, par Meyer et ceux qu’a donnés Hol, cités par Casper donnent un mort-né sur vingt-quatre enfants présentant cette disposition: un peu plus de 4 pour 100.
Cette disposition particulière du cordon produisant quelquefois la mort et, dans ces cas, le cadavre du nouveau-né pouvant offrir les phénomènes qui caractérisent l’infanticide par strangulation, il importe au médecin de savoir bien distinguer l’étranglement produit accidentellement par le cordon de celui qui est le résultat de manœuvres criminelles,
an et
Existe-t-il des signes au moyen desquels il soit possible d'établir avec certitude cette distinction ?
Les médecins légistes se sont depuis longtemps efforcés de résoudre cette importante question, mais malheureusement l’accord n’est pas parfait.
Les phénomènes généraux d’asphyxie étant re mêmes pour les deux modes de strangulation, on a cherché des caractères différentiels dans les traces imprimées sur le cou de enfant, suivant qu’elles sont produites par le cordon ou bien au contraire par un lien.
Des contradictions très vives se sont élevéesau sujet dela formation possible d’ecchymoses sur la peau du fœtus par le cordon enroulé : Klein et Elsaesser la nient formellement. «Jamais, dit le premier, je n’ai observé rien de semblable, quoique j'aie reçu un assez grand nombre d’enfants dont
cou était fortement serré par un ou deux tours de cordon et qui succombèrent par l’effet de cette strangulation. Je n’ai jamais remarqué sur le fœtus, soit une impression quelconque, soit une simple sugillation. » |
Imbus de cette idée, ces auteurs et avec la plupart des médecins légistes français, n’hésitaient point à considérer l'existence d’une zone rouge livide autour du cou comme un indice presque certain d’infanticide par strangulation, Cette idée fut combattue en Allemagne d’abord par Henke, Hinze, Bernd et Carus.
Avec les années, plusieurs observations recueillies par les accoucheurs allemands semblent devoir trancher la question et lever éoutes espèces de doute sur la possibilité dela production d'empreintes rouges brunâtres sur le cou de l'enfant, par suite d’un simple entortillement du cordon ombilical.