‹ De l'Infection en chirurgie d'armeeChapitre 15 sur 22 · I. — Épidémiologie du tétanos · texte numérisé non relu

I. — Épidémiologie du tétanos

Le lélanos s'observerait plus fréqnenirnent chez les blessés de guerre que dans la pratique civile ; mais, faute de statistique bien précise, relative à cette dernière, en raison aussi des fluctuations considérables qu'on y observe dans les atteintes tétaniques, on ne saurait donner de chiffres pour traduire cette différence. D'autre part, notre maître, le médecin-inspecteur Mathieu, n'a fixé qu'avec une certaine approximation à 1 pour 300 blessés la proportion des tétaniques, qu'il a déduite des rapports publiés sur les diverses guerres, rapports que résume, a notre point de vue spécial, le tableau suivant :

GlIER RES

Armée anglaise dans les Indes (1782).

— en Espagne (181 1-1814)

— en Criméd

, / Blessés soignés en Afrique. .

cspaKnole> ° „ ^

XM \ — tspagne..

au Maroc; '^ °

Armée française au Caire (1798) . . .

— devant Constantino (183(>).

— en Crimée

Hôpitaux franco-sardes en 1859. . . .

Armée prussienne on lK6i

Armée hanovriennc après Langenulxa

Armée allemande (1870-1871). . . .

Armée autrichienne en Bosnie (1878). .

Armée américaine (guerre de Sécession).

CAS de

lu

NOUBRE

de

BLMAis

FRtQlE!ICE

1/iO oa IX> « 1/78 ou l,îi .

1/465 on 0,21 -

1/56 oo l.TS ' 1/980 ou 0,10 -

i/28 oa 3,Sd - 1/17 ou 5,« - 1/332 on 0.31I - 1/143 ooO.S?- 1/140 00 0,71-

1/84 oo 1,î« - 1/285 oa 0.J5 1/234 oa 0.41 - 1/488 oa O.20

Dans Tétude que nous poursuivons, ce qu'il importerait de fixer, c'est moins le chiffre d« tétaniques dans chaque guerre, que la répartition des atteintes après chaque affaire ou mieuï encore dans chacune des formations sanitaires apjîclées à donner des soins aux blessés.

FllÉQt KNCE DU TÉTANOS DANS LES COMBATS. —

Au dire de Bilguer, en 1757, après la Iwtailfc de Prague, phisieurs centaines de blessés moururent du tétanos : Tinfluence de la fraJcIieur

nocturne succédant à la chaleur du jour fut admise comme cause de cette épidémie.

Pareille étiologie satisfaisait Larrey, observant T) tétaniques après la bataille des Pyramides et 10 après celle d'Aboukir.

Toutefois, pour l'illustre chirurgien, si 8 blessés d'El-Arrich furent atteints du tétanos, c'est qu'ils avaient été placés sous des tentes sur un terrain humide, exposé aux pluies continuelles qui tombèrent pendant le siège de cette place. Parmi les blessés d'Elcliingen, les brouillards de l'île Lobau (Ijarrey), parmi ceux de Dresde (Hégin), la venue d'un temps humide et froid après de fortes chaleurs, furent cause de tétanos. Suivant Thierry, le seul refroidissèment de la nuit qui suivit la journée de Bautzen, provoqua 1 10 atteintes de tétanos.

Plus près de nous, pendant la guerre du Ihésil contre le Paraguay et l'Uruguay, de ISOi à 1869, de véritables explosions épidémiques parurent coïncider avec de fortes dépressions thermométriques. A Langensalza, Stromeyer put observer 13 cas de tétanos, tous développés à la suite d'une pluie froide succédant a une forte chaleur.

Le rapport allemand sur la guerre de 187(1- 1871 relate que, de 220 cas de tétanos, 60 se montrèrent autour de Metz, 36 devant Paris.

o'i dans le nord, 28 dans le sud-est, 26 dans le sud-ouest et Ifi sur les lignes d'étapes. En outre, 71 fois, raffcction survint chez des blessés évacués en Allemagne. En France, le rapport des atteintes tétaniques a^i chiffre des blessés fut 0/0 de 0, 16 devant Metz, 0,55 pour Paris, 1,1 dans le nord, 0,21 dans le sud-esl et 0,70 dans le sud-ouest. Au point de vue écologique, il ne ressort rien de celle donnée. Plus intéressants pouvaient être autrefois, pour les partisans de la venue du tétanos après les refroidissements, les tableaux de répartition des atteintes tétaniques suivant les mois où elles furent observées.

Des 220 cas signalés en France :

1870 Août en

compte. .

— Sc[)lciiibre

— Octobre

— Novciiibrc

— Décembre

1871 Janvier

— rcvner

Des 7 1 cas survenus en Allemagne :

1870 Aonl

en

compte. .

— Septembre

— Octobre

— Novembre

— Décembre

1871 Janvier

cl si l'on groupe par mois les alleinles du Ic- Uinos, on en trouve :

116 en août 1870 51 en septembre — 31 en octobre —

12 en novembre — 34 en décembre —

38 en janvier 1871 9 en février —

Mais si ces chiffres, au premier abord, établissent la fréquence du tétanos en août el en septembre, c'est-à-dire îi une époque où des nuits fraîches et humides succèdent a de chaudes journées, leur comparaison avec le chiffre total des blessés nouveaux exposés chacun des mois suivants à cette influence morbide, empêche de conclure :

1870 AoiU.

47 225 bless/^s. 1 16 tétaniques. 0,2'» j.. 100

— Soj>tembre. 1 1 445

— Octobre. . 4 618

— Novembre . 4 528

— Décembre.. 16 263

871 Janvier. . 10 887

— Février. 468

NiMit:.R KT Laval. — Infection.

Ce tableau, de plus, n'a pas la valeur qu'on serait tenté de lui attribuer, car il n'est pas établi que les 34 cas de tétanos observés en décembre, par exemple, soient tous survenus sur 34 des 16*263 blessés de ce mois. La proportion n'est exacte que pour les blessés du mois d'août, et encore faiit-il faire abstraction des cas de tétanos qui ont pu éclater parmi eux en septembre. Du reste, le pour cent des tétaniques après les diverses batailles de ce mois d'août varie de Tune à Tautre. Des 8U6 blessés de Wissembourg et de Wœrih, 28, soil 0,33 0/0, furent atteints de tétanos. Apri*s Spickeren, on comptai 20 tétaniques, soit 0,57 0/0, parmi 3 482 blessés. Dans les combats de Colombcy-Nouilly, \ionville, Mars-Ia-Tour <*t Gravelolto, Saint-Privat, le cbilTre des blessures s'éleva à 29 340 et celui des cas de tétanos à 02, soil 0,21 0/0.

l^]n réalité, l'expérience de la guerre de 1870- 1871 ne corrobore pas d'une façon évidente l'opinion du médecin-inspecteur Matbieu, q»« « en Europe, c'est pendant les mois de mars et (( d'avril, de septembre et d'octobre, que s'ob- <( serve la plus grande fréquence du tétanos;

TETASOS 201

« p| celle intluence des saisons de Iriinsitioii « entre l'hivor et l'iilé s'expliciiie pur les viiriii- « lions extrêmes de teinpératuie (jui se pro- « duisent ù ces époques do l'aiim'e ». Les U'l;iiiûpics se sont montrés nombreux (110) en iioi'it. c'esl-ù-dire en t'té, puis en décembre et janïier (7*2), pendant une période de l'roids ligourcux et continus.

Une lempératurc très basse, iiuiis Ji pi'u [très égale, coiislitiicrail cependant, d'après I^iiricj, une condition déiavomblc à l'explosion du té- Ijinos : la rareté de cette aflcclion après Kylau, Anstcrlilif, cl pendant la retraite de Ilusaie. eu serait une prouve. La même remarc|uo s'appliquerait aux chaleurs persiatiintes : |)ou de lolaniquos aprts la bataille de la Moskowa (Bégiii).

Des variations de fréquence du tétanos après les diiTérenlcs batailles, ou ce ijuî est ft peu près identique, de sos oscillations observées dans diverses saisons de l'année, nous ne saurions conclure à l'inlluence du rofroidissemont sur ea genèse.

Si au lieu d'envisager la répartitiiui dos atteintes tétaniques pendant une période aiiijuclle, on les Mipputo dans les yueires qui se

sont prolongées plusieurs années, on coiisUU? que la fréquence du tétanos va en augmentant d'une année a l'autre. C'est ainsi que, d'après Mac Gregor, pendant la guerre d Espagne, on compta ;

En 1812 176 180 malades. 7 193 morts, dont 'i tétaniques En 1813 123 019 — 6 866 — 23 -

En 1814 53 073 — 2 909 — 2'i -

ce qui fait :

1 mort par tétanos, sur W 045 malades en 1812 1 — 5 348 — 1813

Do même, en CIrimée, les Anglais accusenl 5 cas de tétanos en 1 85 'i- 1855 et 2'f en ISôô- 185(5. On ne s'étonnera pas que Ton ail fait ressortir rinqK)rlance de cette constatation à l'appui de la nature infectieuse du tétanos.

FkKOI IvNCK du TKTANOS dans les FOUMATIONJ

s.wn AuiEs. — Les documents relatifs à b répartition des cas de tétnnos dans les forn»lions sanitaires sont peu nombreux et surtout mancpienl de précision, parce quils ont été recueillis à une é|>oque où, dans Tétiologic du lélanos. l(»s iniluences météoriques préoccupaient beaucoup plus que les conditions possibles d'infeclion. 11 fut par suite bien difliciledr

fà*

réfuler le professeur Vcriicuil lorsqu'il écrivait : Je sais bien qu'on invoque rélernel froid humide: mais, si Ton se rappelle que le tétanos, en pareil cas, succède surtout aux plaies par armes à feu, qu'à une épocjue (pii n'est pas très éloignée de nous, loutes les blessures de ce genre étaient soumises à des manœuvres diverses, exploration, recherche des projectiles, débridement, e\tra(*lion desquilles, etc. : que ces explorations étiiient faites avec des instruments servant du matin au soir, et dont la désinfection rigoureuse était d'autant plus problématique ([u'on y attachait moins d'importance à cette époque, on peut se demander si les chirurgiens d'ambulances, dans leur précipitation bien excusable, n'ont pas été eux-mêmes quelquefois les agents inconscients et innocents des petites épidémies en question ». C'est en un mot reporter sur le chirurgien l'accusalion cpie celui-ci adressait au milieu dans le([uel il soignait ses blessés.

Après la révolte du Caire, Larrey vit le lé- (anos survenir chez sept blessés reçus dans un hôpital dont les murs étaient baignés |)ar les

eau\ du Nil. Logouest par contre, pendant la guerre de Crimée, n'a pas conslalé une fréquence particulière de raflecliou dans les hôpitaux de Constantinople situés sur le Bosphore. En 1837, à Constantine, dit Sédillol, nos ble^ ses placés dans des chambres sans fenelres et sans portes, dans des corridors étroits, supportant des journées chaudes et des nuits glacées, étaient atteints de tétanos dans de gi*ande.s proportions.

Tout lieu frais est tenu pour suspect par le professeur Mathieu, qui rappelle à ce sujet ce passage d'un ancien médecin militaire de TEmpirc. Murât : ((Je n'ai jamais vu un aussi grand (( nombre de tétaniques qu'après la bataille (( d'iéna. La quantité immense de blessés força (( à les déposer dans les édifices publics et par- (( ticulièrement dans les églises on, couchés (( sur un sol humide, à peine recouverts dun (( peu de paille, placés au milieu d'une atmos- (( phère à demi glacée, ils purent d'autant plus (( facilement contracter le tétanos ». De même pendant la guerre d'Italie, il a été relevé i Brescia 75 cas de tétanos, et d'après le rapport ] olïîriel de Bortherand et Gaujot, (( cette terrible

maladie s'est manifestée presque exclusivement dans les églises transformées en hôpitaux ».

« A Castiglione, écrit Baizeau, nos blessés <( furent reçus dans deux grands établissc- « ments, une église avec ses attenances et un « vaste couvent, connu sous le nom de Sauce Luigi. C'est dans ces deux établissements « que se sont présentés les 5 cas de tétanos que « j'ai eu l'occasion d'observer. De ces 5 cas, a \ se manifestèrent dans la grande église del « Duomo, le 5' dans une des galeries du coua vent)). Toujours en Italie, à l'hôpital de Turin, le tétanos fut attribué au vent du nord, glacé par son passage sur les Alpes. De môme en 1866, Richter, après avoir suivi une petite épidémie de tétanos, prétend qu'elle lui a appris à distinguer l'aération vraie de la ventilation ou des courants d'air.

La guerre de 1870-1871, également, a fourni quelques exemples de cas multiples de tétanos dans une même ambulance. Després, du 25 août au 30 septembre 1870, observe à Balan 82 blessés dont 2 tétaniques : à Daigny, 118 blessés dont \ tétaniques: à la Baraque, 22 blessés dont 1 tétanique, et du 5 au 28

janvier 1871, à Beaugcncy, 673 blessés, dont \ tétaniques. Plus explicite au point de vue éliologique est le rapport de rambulancc anglo-américaine, qui incrimine la grande ventilation de la caserne d'Asfeld, à Sedan, comme cause des ou 7 cas de tétanos qui y furent observés. De môme, Beck attribue le lélanos cliez les blessés français, dans Haguenau, à la venue, après une période sècbe et chaude, d'un temps froid humide (vent et pluie). A riiôpilal de Strasbourg, Poncet constate que Tapparilion du tétanos (12 cas) a coïncidé d'une façon remarquable avec rabaissement de la température et les pluies du commencement de septembre, et il en aurait été de môme dans les ambulances des assiégeants à Ila;nheim cl à IJrumath. Chez ces derniers, la proportion des tétaniques fut de 1 sur 1 IG blessés, tandis que les assiégés on comptaient I sur 168. Cette dilTérence avait déjà été observée à Sébaslopol où les Uusses, d'après PirogolT, n'eurent que 7) cas de tétanos, tandis que les Anglais seuls en avaient 26 et les Français 120. Cette rareté plus grande du tétanos, dans rinlérieur des villes assiégées, s'expliquerait parle relèvement

plus rapide cl la meilleure installation dos blessés, les mettant à l'abri des vicissitudes aliiiosphériques (Mathieu).

La fréquence du tétanos dans la caserne de Satory, à Versailles, d'après Heinecke, résultait aussi de l'action des courants d'air. Le 5*" lazaret de campagne du IV corps allemand, après la bataille de Villiers, en décembre 1870, reçut à La-Queue-en-lîric 102 blessés, dont 5 devinrent tétaniques par suite de la rigueur du froid. Dans le 1 l*" lazaret de campagne du I***" corps allemand, à Vigy, le premier cas do tétanos fut observé à la suite d'un abaissement subit clo la température apr^s une pluie d'orage, chez un artilleur prussien, blessé par un éclat d'obus à la cuisse gauche ; cet homme demeura couché sur la terre avec ses vêtements transpercés jusqu'au lendemain midi, puis, après oiro resté dans une grange, il fut porto dans une charrette jusqu'au chemin de fer. (le cas nous a rappelé cette phrase du professeur A orneuil : « Quand on raconte qu'après un combat beau- (( coup de soldats ayant séjourné sur le chanq) « de bataille pendant toute une nuit froide sont (( devenus tétaniques, il paraîl |)his simple de

298 INFECTION EN CHIRURGIE DARMflE

(( croire à rinfection lelluriquc favorisée par (( la température que de donner à ces séries le (( nom d'épidémie qui ne leur convient nuUe- (( ment ». Sans doute cette observation vient bien étayer la thèse de rinfection tétanique, mais il en est d'autres qu'on pourrait tout aussi bien invoquer. Dans le .Y lazaret de campagne du W corps d'armée allemand, à Vrigne-auxliois, les blessés étaient répartis dans 12 locaux difTérents ; or, on y observa seulement 3 létaniques, tous trois dans la même salle qui, il est vrai, était grande, élevée et aérée par des fenêtres opposées. De même Lotzbeck signale trois cas de tétanos survenus presque simultanément à Orléans, dans un local insudisamment fermé.

Le 8'' lazaret de campagne du VIII* corps, j)erdil de tétanos à Amiens, en janvier 1871, trois blessés : deux Allemands atteints de coups defeu des parties molles et un Français qui avait eu le bras gaucîhe fracturé par un coup de feu. Tous les trois avaient été couchés près d'une porle et ainsi plus exposés que les autres blessés aui courants d'air froid de l'extérieur. Enfin à Sjwchbach en août 1870, le :2'' lazaret de campagne s'établit dans l'église, où, d'après Mende. les

courants d'air qui y régnaient constamment provoquèrent quelques affections rhumatismales légères. Plus inquiétants furent quelques cas de trismus survenus après le décès d'un tétanique: toutefois, il suffit de transporter ces malades dans des maisons et de les y tenir au chaud pour obtenir leur guérison. Lucke observa une endémie tétanique dans la salle du premier étage de la n^aison d'école de Bingen. En 14 jours, de la fin d'août au commencement de septembre, on y vit 7 cas de tétanos, tous mortels, tandis que dans les autres lazarets de Bingen, il n'y en eut à la même époque qu'un seul autre cas, et encore ce fut dans un lazaret étabU à proximité du précédent dans une salle de bal. De même, en 7 jours, en décembre 1870, à Chartres, 9 blessés sur 809 devinrent tétaniques ; cependant, aucun des médecins ne songea à invoquer une cause infectieuse, la gravité des blessures et les désordres nerveux qu'elles avaient causés leur paraissant donner une explication sufTisante de la venue du tétanos. A Pont-à-Mousson également, en août 1870, parmi les 225 blessés du 8" lazaret de campagne du X' corps, 5 moururent de tétanos à

très brève échéance et, dans le 5" lazaret, sur 73 blessés, 3 presque en même temps eurenlle même sort.

Plus favorables encore à la théorie de Tinfection tétanique sont les faits suivants que nous empruntons à Verneuil : « Un soldat reçoit un éclat d'obus a Tépaule le 'i avril 1871.

pendant qu'il découpait un morceau de viande de cheval ; il entre à ranjbulance de Rièvre où il est pris, le 10 avril, d'une attaque de tétanos qui met cinq semaines à guérir. — Un jeune homme reçoit, le 8 avril, un éclat d'obus qui enlève le bras gauclie et la moitié du pied: le bras est immédiatement désarticulé. Le lendemain 9, le blessé entre a Tambulance: on le couche à coté du précédent. Le 2i avril il cj^t pris de tétanos, dont il guérit également. » (Docteur Delsol.)

En 1871, le docteur Lebeau, étant attaché à rambulance de Jouv-en-Josas, a vu six cas Je tétanos se déclarer a quelques jours d'intervalle dans une même salle où étaient huit soldats blessés légèrement. Le premier atteint fut un blessé par balle de chassepot entre le petit doigt et rannulaire de la main gauche, pris, au boul

TÉTANOS 30i

de liuit jours, au moment ou la petite plaie semblait cicatrisée : il mourut au bout de vingtquati*e beures : des le lendemain, deux autres blessés furent pris à leur tour et enlevés aussi proniptement. Deux jours après, trois autres furent atteints, dont un seul survécut. Dans celte ambidance, où se trouvaient de 250 à 300 blessés, il n'y eut que cette petite salle oii le tétanos se soit montré à la suite de traumas d*ailleurs insignifiants. (Docteur Uicocbon.)

Lu bomme atteint d'une balle à la cuisse droite, le 13 avril 1871, est reçu le 15 dans une des tentes de Tbôpital Cocbin, service de M. Le Fort : il est pris de tétanos le 21 ot meurt le 28. Huit jours plus tard, le fi mai, un autre blessé atteint de fracture de jambe est reçu ot soigné sous la même tente. Le il, début du tétanos. Mort trois jours après.

En 1870, à rbôpital Saint-Martin, A. (luérin vit successivement mourir de tétanos dans la salle n° I , le 3 octobre, un soldat couclié au lit n" 22 et le 21 décembre un autre blessé coucbé au lit n** 21.

Pendant la campagne de 1870, le I)"" lionnafond a remarqué, à Tbopilal de Sedan, un lit

exposé aux courants d*air et dans lequel quatre blessés furent successivcmenl pris de tétanos et qu'on dut abandonner pour cela.

Relativement à la fréquence du tétanos dans les divers établissements sanitaires pendant la guerre de 1870-1871, le rapport all^ mand compare le pour cent de rafleclion dans les lazarets de campagne et dans les hôpitaw du territoire. En août 1870, par exemple, les \'\ 5% 8" et 11' lazarets de campagne du X" corps d'armée, comme les deux lazarets de réserve de Hanovre, reçurent 550 blessés.

Ici il y eut 3 tétaniques, soit 0,5 pour 100: là 14, soit 2,5 pour 100. Dans le mois d'août également, le 5" lazaret de campagne du \' corps recueillit 73 blessés dont 3 furent pris de léliinos, soit 4,1 pour 100; le 8**, 225 dont \ soit 2,2 pour 100 tétaniques: tandis que le lazaret de (îotlia sur 269 blessés comptait i tétaniques ou 0,7 'i pour 100 et celui de Haiiau 1 ou 0,2 pour 100 sur 421. Parmi les 70 blessés du 12*' hôpital de campagne bavarois.

Eckcrt observait 1 cas de tétanos, soit l.i pour 100 et parmi les 361 des lazarets de campagne, Uupprecht, 7, soit 1,9 4 pour 100.

tandis que Graf en voyait à Dusseldorf 3 (0,11 pour 100); parmi les 2647 blessés des lazarets de réserve et dans les mêmes à Berlin, Steinberg en notait 13 ou 0,15 pour 100 parmi 8 531 blessés. Les rapporteurs expliquent cette dillerence par la gravité plus grande des blessures conservées dans les lazarets de campagne, et par ce fait que les blessés traités après évacuation dans les liôpitaux du territoire ont dépassé la période favorable au développement du tétanos. On doit, en outre, relater dans les bopitaux du territoire, surtout les conditions plus favorables pour prévenir Tinfection, sans omettre les soins plus complets pour empêcher toute irritation nerveuse, et aussi une installation meilleure en vue de combattre les influences météoriques.

FnÉQUENCE DU TKTvVNOS PENDANT LES ÉVA( DA- TIONS. — A l'appui de son opinion sur l'origine équine du tétanos et sur les divers modes dont s'en fait la contagion, le P' ^erneuil écrivait: (( La voiture peut encore transmetlro la mala- <i die, lorsque, par exemple, antérieurement a souillée comme le sont la plupart des cliara rettes à la campagne, elle sert a IransporliM*

(( les blessés. Celle idée niesl venue à respril (( à propos des cas de lélarios que j'ai observés (( peiidanl le siège de Paris sur des soldais qui. (c blesses dans les combats livrés dans les rom- (( inunes suburbaines, nous élaient ordinaire- (( ment apportés dans des cbarrettes servant (( aux travaux agricoles, dans les coninuines « en question. J'ai admis déjà la possibiblé de (( ce mode d'infection, en citant une obscrva- « lion recueillie en Algérie et à propos de (( laquelle j'écrivais la noie suivante : Si, (( comme la cliose est aujourd'bui bien démon- (( trée, on peut contracter la variole, la fièvre « lypboïde, l'érysipèle, en un mot diverses (( maladies infectieuses pour avoir voyagé dans (( des voitures recelant les germes des inala- (( dies susdites, rien n'empêche d'admellre (( qu'un blessé transporté dans une cbarrelte (( malpropre et souiUée de déjections équiiics (( y puisse contracter le tétanos ». Deux observations de blessures accidentelles par coup de fusil, suivies de tétanos, empruntées au J)' Hicochon, sont données comme preuves nouvelles de ce mode de contagion.

Dans ces cas, et dans les faits analo«njos,

T1^TA^T)S '.mt

acliiellenieiit les cliirurgiens irincriiniiieront pas, comme cause du tétanos, le mode (rinfbclion admis par le P** Verneuil, maïs ils admel- Ironl comim* cause ocoasionnelle de son a|)parilion rirrilation mécanique du système nerveux sous rinfluence des tiraillements subis par les nerfs de la région blessée. Les caliotemenls de la voiture, auxquels parfois viennent s'ajouter les causes mét<»ori(|ues (refroidissement, bumidité) dont il a déjà été question, provoquent une réaction iullammatoire locale^ et générale. De là des conditions favorabI(»s à la pullulation du bacille de .\i<»olaï(M' et mie irritabilité nerveuse plus grande, une disposition toute particulière aux spasmes tétaniques, qui apparaîtront pour peu <[ue, pendant un transport d'une certaine durée, il se produise des contacts répétés d*une esquille», d'un ('()r|)s étranger contre un rameau nerveux.

C'est à celte cause mécanique et aussi au\ refroidissements (pie les ra|)porteurs de la guerre de 1 870-187 1 , ignorant la bactériologie de rafleclion, attribuent la plupart des ras de tétanos observés à la suite des évacualions. Kn a(jùl 1870, le lazaret de canq)agne de» llemillx

reçut 28 blessés, dont 3 devinrent Iclaiiiqucs: un transport en charrette, Texposition à un vent frais, l'irritation nerveuse dans des fovers de fractures mal immobilisées, telle parut éire Tétiologie de raflcction.

Pendant la même guerre on a noté la fréquence du tétanos à la suite des éiHicualiofis en chemin de fer; 38 fois le fait est spécifié. A Berlin, Postdam, Breslau, Hanovre, Francfort, Cologne, Flanau, Ems, llofgeismar, Marbourg, Fribourg, Lippstadt, les trains sanitaires débarquèrent des tétaniques. En septembre et octobre 1870, au lazaret de réserve Mariahilf, à Aix-la-Chapelle, on observa 5 blessés atleinb de tétanos, dont 2 avaient été descendus moribonds du chemin de fer. Il est à remarquer cependant que, chez certains, l'affection nesl apparue qu'après leur arrivée. A Erlangen.

Ileineck soigna un soldat bavarois qui, atteint d'un coup de feu ù la fesse gauche et évacué en chemin de fer, éprouva pendant le trajet des secousses dans le membre blessé et, le lendemain de son débarquement, fut pris de trismus. Le tétanos se montra le lendemain de Tévacualion chez un malade de Graf et au bout de

deux jours chez un Bavarois qui avait échappé à une première atteinte et avait été évacué.

Les irnnsporls par eau ont parfois été incriminés comme cause de tétanos. Maheux (18()S), dit que le lendemain du passage du Rhin, an v, quatre des hlessés évacués sur Bonn, par eau et de nuit, furent frappés dès leur arrivée du plus violent tétanos. En 1813, 00 blessés conduits de Bayonne à Dax passèrent la nuit dans une barque, après une journée chaude: 5 moururent de tétanos. Salleron, a Dolma-Bagtché, a observé ^ cas de mort par tétanos chez des amputés, évacués par bateau de Kamiescli. L'un des blessés de la bataille de Ghampigny, qui succomba au tétanos dans une ambulance de la rue Picpus, avait été transporté par eau du lieu du combat dans l'intérieur de Paris (Mathieu). Par contre, l'expédition du Tonkin, à notre connaissance, n'a fourni aucun exemple analogue. De ces cas de tétanos relevés sur les bateaux fluviaux, il y a lieu de rapprocher ceux que Ton voit se manifester souvent par série en mer, à bord des navires. Voici à ce propos quelques faits rapportés dans le travail du P' Mathieu. François d'Auxerre, à bord de

VÀrnfizone, devant GharleslOAvn, constata que la plupart des blessés par coup de feu furent pris de tétanos, après un orage et un lenios humide succédant îi un temps sec. Polanil cilc la proportion considérable de tétîuiiques observés apj^es le combat des Saintes (Antilles) on

I78t?, après celui de Copenhague, en 1801.

Certains faits sont contradictoires: llardN.

chirurgien du Jmoii, dans les Indes, sur de nombreux blessés, n'a pas vu un seul cas de tétanos; Dickson, après Aboukir, n'en a pa-^ rencontré davantage parmi les blessés anglais et français de la flotte, alors que l^rrev. on Kgyple, au même moment pour ainsi dire, en observait de si nombreux exemples. Le D'Arthur, à bord du navire-hopital XHaUJas, de

l(SOl^ à 1801), sur une proportion considérable de blessés et d'opérés n'a relevé que ^2 cas de tétanos, et un seul de 1<S09 à 1815.

N'étant pas d'accord sur la fréquence du tétanos à bord des navires, les chirurgiens tan tôt invoquent en faveur de sa rareté Tuniformité de la température en pleine mer (Poncel): tantôt ils expliquent son apparition par la fraîcheur et 1 hinnidité qui s'y font sentir la nuit

(MatliicMi). Avec le P** VciiHîuil, il scrail cnfiii (liHicilc (le roinoiilor à rorii^inc ('(|iiin(' de I aU'eclioii dans ces casdc tétanos développés en pleine nier.

II, — Données cliniques.

I" Le blessk. — On a voulu expliquer par des dî(rérences de race la fréquence ou la rareté du tétanos constatée ou admise chez certains peuples. Affaire de nationalité, d'après PirogolT, la rareté de rafleelion en Russie, affaire . de race également, rimmunilé des Arabes du nord de l'Afrique (Poncet): même explication, enfin, pour rendre compte du chiffre des atteintes tétaniques double pendant la guerre de Sécession parmi les troupes colorées (1 pour 263 blessés) de celui observé parmi les contingents de race blanche (I pour 19o). Pour le P*" Mathieu, l'influence de la race paraît surtout manifeste dans le fait suivant: D'après Poggio, les Espagnols, pendant l'expédition du Maroc, ont compté sur le territoire africain 1 cas de tétanos sur 50 blessés ;

pendant rcxpédition de Constantine. sous le même ciel, les Français, suivant Ilulin, ont eu 1 tétanique sur 18 blessés.

Plus évidente serait la prédisposition au télanos par nervosisme antérieur (Luys, Rose): cette condition, qui, dans une certaine mesure, résulte de la race du sujet, peut encore être accidentellement créée par les fatigues, les privations de toute espèce, les excès, les marches forcées, Tabattemcnl moral, en un mot rallaihlissement général que Briot signalait comme une cause prédisposante de tétanos chez les soldats du premier Empire, a Pendant « le cours de l'évacuation des blessés d'Evlau (( sur Thorn, on a remarqué avec étonnement, (( (lit Laurent, que le tétanos ne se soit pas « développé sur les blessés durant un voyage (( pénible, dans lequel le froid, la misère, la (( privation d'aliments ont dû agir d'une (( manière si puissante sur le physique et le « moral des hommes. Un officier, âgé de dixce huit ans, en fut seul atteint à la suite de (( ramputation du bras gauche. M. Percy a (( pensé que ce redoutable accident devait être (( attribué à une sensUnidé trop cjcalléc et a une

« excessive irrilabilité plutôt qu'à Taclion du « froid et aux douleurs que ce jeune militaire (( avait éprouvées. »

II ne semble pas douteux à Dupuytren que « les dispositions morales, dans lesquelles se « trouvent les personnes blessées, influent « beaucoup sur son développement, et que « l'exaltation de leurs sentiments, les émo- « lions vives et profondes ressenties avant et « après la blessure aient une grande part a sa (( production... Un bruit soudain aigu, impor- (( tun ou excitant, un appel subit aux armes (( pendant les veillées du bivouac, des coups (( de fusil et surtout des coups de canon, le son (( des cloches pendant la nuit, occasionnent un « ébranlement qui, plus d'une fois, en a déler- (( miné l'invasion ». Ce qui, du reste, démontre combien l'influence des causes morales ii est que contingente, c'est sa variabilité. Les vaincus compteraient plus de tétaniques que les vainqueurs, d'après la pratique de Larrey. Thompson, à la suite de Waterloo, Demme, en Italie, constatent le même fait ; tandis que la guerre de Sécession et peut-être aussi celle de 1 871)- 1 87 1 tendraient à prouver le contraire. Eniin, dans

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la garnison des villes assiégées comme Strasbourg, Metz et Paris, le tétanos s'est montré plus rare que parmi les troupes ennemies, ol cependant les blessés devaient y éprouver i^ émotions autrement plus vives et déprimantes que leurs adversaires (Mathieu).

?° La hlessuhe. — D'après le rapport allemand sur la guerre de 1 870- 1871, tous les cas de tétanos furent observés chez des hommes atteints de coups de feu. Deux blessés seulement font exception, Tun ])résenla cette complication après une coupure d'un doigt, Tautre après s'être enfoncé une écharde sous la peau d(» l'index. Celte particularité de rappariiion du tétanos après une bataille, coinine complication (les seules blessures par coup de feu, n'avait pas échappé à Bilguer, a Larrey. Dans les ambulances, en Italie (1859), Demme. sur 8(i tétaniques, n'aurait vu qu'un tétanique atteint d'une |)iqûre au talon. De même, les campagnes de 1864 et de 180G, sur li cas de tétanos, n'ont fourni à Maas qu*un seul cas à la suite d'une blessure légère par coup de lance. On ne peut, toutefois, attribuer celle rai été du tétanos à la suite des blessures par

armes blanches h lu liireli! inL'me de ces lésions à notre époque, ])ui»quc la ui^ine particularilt^ s'obsflrvait iiutrel'ui!). alors que l'écart enlre les pliiies pur armes hlanclie» et les coups de l'eu était bien moindre. Oe plus, si certains auteurs purent expliquer celle différence, en.

admettjint que, d'une manière générale, ce s les plaies contusos et les plaies pur éeriisemeut accompagnées d'une mortification partielle, causée d'emblée pur l'agent vulnéraut, qui exposent le plus au tétanos (Matbieii), comment ne pas ôtre étomié de In frcqucnce du tétanos opératoire? D'après la statistique de ta guerre de Sécession le tétanos serait deux Ibis plus fréquent à la suite d'une amputation ou (l'une réseclioncju'upivs une lilessurc pui' coup de l'en:

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