RÉCEPTIVITÉ DU TERRAIN
bremenl el le mcphilisme de nos premiers élablisseiiienls hospitaliers. 11 fallait remonter a une cause plus générale, chercher dans les conditions d'exislencc physique et morale de nos soldats Texplicalion de c<*lte aptitude morbide, qui a pesé sur Tarmée de Crimée aussi longtemps qu'ont duré les fatigues el les privations.
En quittant Varna {xjur aller en Crimée, Tarmée venait d'être cruellement éprouvée par une épidémie de choléra, dont l'influence se révélait encore de temps en temps par des coups lardifs, mais fondrovants. Tout le monde avait subi l'aclion du fléau d'une manière peu appréciable sans doute pour le plus grand nombre, mais d'une manière certaine, parce qu'il n'est pas possible de se soustraire aux influences vsecrètes d'une épidémie qui fait tant de victimes en si peu de temps. Malgré l'élan et le courage dont nos soldats ont fait preuve sur le plateau de l'Aima, il existait déjà en eux une prédisposition morbide spéciale, et les joies du triomjihe n'ont pu les préserver de la funeste complication qui a fait périr la plus grande partie des blessés amputés dans cette journée ou dans les jours suivants; prédisposition qui devait se perpétuer et s'accroître encore par une combinaison de causes diverses et multiples.
Au mois d'avril 1855, l'armée se composait :
1** d'anciens soldats déjà très fatigués et fort épuisés, qui, mal logés et mal nourris, avaient beaucoup
5i INFECTION EN CHIRURGIE D'ARMÉE
soiifTort des inleinpéries atinospliériqucs pend tout un hiver long, froid et liumide; 2** de n veaux régiments réceninienl arrivés de France, c transjwrlés brusquenienl dans des conditions d'e lence et de climat k>utes dillérentes de celles qi avaient (juittées, subissaient rapidement rinfluc du nouveau milieu dans lequel ils se Irouvaio beaucoup étaient lorl délériorés, tous étaient s l'influence du scorbut à divers degivs.
Le relour du prinUMups el de la végétation a^ amélioré Télat sanilaire de Tarmée et dissipé les ji graves accidenis de rallccliou scorbutique. Mais rcjïrise des h()>lililés, aNcc les faligues, les émoli< el les dangers r|uoli(liens de cette guerre de si( longue et meuririère, n'avait pas permis une n dilicalion conq)léte. La sanlé <lu soldat, incompK ment rétablie, a élé maintenue dans de mauvai conditions par des faligues excessives et incessant par une privation de somm<Ml longue et souvent pétée (|ue nécessitaient les travaux et la garde < tranchées; j)ar une nourriture trop uniforme, ins fisaiite, el surtout insuflisannuent réparatrice, co posée» pr(*s(|ue uni(|uement de légumes secs, biscuit, de viande salée, rarement de viande fraîc (pii était toujours de (pialité médiocre. A ces am actives et puissantes de maladies, il faut joim toutes celles qui résultent de Tagglomération d"* grand nombre d'hommes sur le même cmpla^ ment p<Mi(lant un t<Miq)s prolongé; toutes cou
nÉCEPTivrïR ni' teuraix '..t,
lions t-iulneniinGnt fâchcusciS, qu'on ne peut imputer qu'uni circonstances et a renchflfneniont des événements qui ont conduit et retenu l'nrniéi? snus les mnrs de S^haslojinl dans une salsiin avancée, oii p-ltf n'a ln«nr que des ressourcps Irnipomiros el très iasulTisanles,
Par Ruile do tontes les causes débilitantes <^t déi prcssivns qui ont agi sur notre armée d'une manière ï continue et prolongée, il en est résnlté pour le solkdat un éptitscmenl nerveux, nn ap|>au%Tisscment leitr^ine du svsl/'nie sanguin, et un cachet sforbu- Ltîquc qui le laissaient le plus souvent sans réaction pptiïsîblc ou siillisanle pour résister aux iiccideuts ] primitifs on pour fournir au travail réparateur les ri^lémentA niV^ssairos i la guérisondcblcssurcB lurj^ea rct souvent nuilliples, nécessitant un Irnitement long ■ si un srjour prolongé dans riutpital. dont les consé- [• qnonces presque inévitables étaient des complications Bttraveâ. variées, avec n'^ridives fréqui^ntcs toujours spérantcs pour le malade et pour le chirurgien. Malgi-é le» njipniTiices pliysitjues d'une constiluion encore bien consiMvéi', les blessé» étaient tristes, battus, morosi^s, su p[io riaient leur mal avec une Mtience inerte el une résignation calme : fortement Ijirînu'-s au |ib)'sique et nu moral, beaucoup senilaiciit encore sous l'influence d'une stupeur prolongée et acceptaient le plus souvent sans aucune objection les ojiérations que rendaient nécessaires r l'étendue el la irravilé des désordres Iraunialiiiues.
5i INFECTION FA CIIIRURCIE D'ARMÉE
soufTcrt des inlenipcrlcs almosphcriqucs pondant tout un hiver long, froid et lumiide; 2** de nouveaux régimenls récemment arrivés de France, qui, transjx)rtés brusquement dans des conditions d'existence et de climat toutes différentes de celles (pi\h avaient quittées, subissaient rapidement Tinfluencc du nouveau milieu dans lequel ils se trouvaient: beaucoup étaient fort détériorés, tous étaient sous Tinfluence du scorbut à divers degrés.
Le retour du printemps o\ de la végétation avait amélioré Télal sanitaire de Tarmée et dissipé les plus graves accidents de rall'eclion scorbutique. Mais la re|)rise des lif^slililés, aNcc les fatigues, les émotions et les dangers quotidiens de cette guerre de siège longue et meurtrière, n\avait pas permis une modification com[)lèle. La santé du soldat, incomplètement rétablie, a été maintenue dans de mauvaises conditions par des fatigues excessives et incessantes, par une privation de sonmieil longue et souvent rcpélée ([\w nécessitaient les travaux et. la garde des tranchées: j)ar un<» nourriture trop imiforme, insuf- (iNinle, el surtoul insulïisamment réparatrice, composée j)res(pi<» uniquement de légiunes secs, de biscuit, de viande salée, rarement de viande fraîche qui était Itmjours de qualité médiocre. A ces causes actives et |)uissantes de maladies, il faut joindre toutes celles qui résultent de Tagglomération d'un grand ntmibre criiommes sur le même emplaccmenl [X'ndant un lenq)s pF^olongé ; toutes condi-
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lions éminemment fâcheuses, qu'on ne peut imputer (pfaux circonstances et à l'enchaînement des événeuienls qui ont conduit et retenu TarmcV» sous les murs de Séhaslopol dans une saison avancée, où elle n'a trouvé que des ressources toinjKjraires et très insuflisantes.
Par suite de toutes les causes débilitantes et dépressives (jui ont agi sur notre armée d'une manière continue et prolongée, il en est résulté pour lo soldat un épuisement nerveuv, un appauvrissement extrême du système sanguin, et un cachet scorhu ti([ue qui le laissiiient le plus souvent sans réaction possible ou suHisante pour résister aux accidents primitifs ou pour fournir au travail réparateur les éléments nécessaires à la guérison de blessures larges et souvent multiples, nécessitant un traitement long et un s«'jour prolongé dans l'hôpital, dont les conséquences presque inévitables étaient des complicati<^ns graves, variées, avec récidives fréquentes toujours déses|MTanles pour le malade et pour le chirurgien.
Malgré les apparences physiques d'une constitution encore bien conservée, les blessés étaient tristes, abattus, moroses, supportaient leur mal avec une patience inerte et une résignation calme : fortement déprimés au physique et au moral, beaucouj) semblaient encore sous l'influence d'une stupeur prolongée et acceptaient le j)lus souvent sans aucune objection les oj)érations que rendaient nécessaires rétendue et la gravité des désordres lrauniali(|ues.
Chez tous les fondions étaient languissantes, les réaclions nulles et sans énergie, le travail éliminaleur d'une lenteur désespérante.
Après la séparation des parties mortifiées, le travail réparateur dans les cas les plus favorables, lorsqu'il n'était pas enrayé par des complications graves, se faisait lentement, tardivement et d'une manièa* si incomplète, que Salleron ne croit pas avoir évacué sur la France un s(*ul blessé complètement guéri d'ime lésif)n un peu grave ou d'une amputation des extrémités inférieures. Même les simples trajet de balles restaient souvent iistuleux et auraient persisté indéfiniment dans cet état si on eut voulu garder les blessés à l'hôpital jusqu'à guérison complète. Quant aux lésions osseuses dont le peu de gravité a])parente permettait d'essayer la conservation du membre, excepté celles des extrémités supérieures, qui plus faciles à maintenir convenablement, permettaient la promenade au grand air, toutes les autres étaient presque inévitablement et promptement suivies de mort par infection purulente, par pourriture d'hoi)ital, ou j)ar gangrène.
Toutes les j)laies, mais surtout les larges plaies par éclats de projectiles creux, ne fournissaient dans les premiers jours qu'un détritus grisiUre abondant et très fétide, (pii devenait ensuite séro-punilent dans les conditions les plus favorables. Les surfaces Iraumatiques restaient livides, blafardes, saignantes; on obserxait rarement des bourgeons charnus,
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ronges, vermeils, animés, signes d'une vilalité aclivc et d'une cicatrisation rapide. Par suite d'une réaction incomplète, d'une suppuration dillicile, insudisanlc et de mauvaise nature, les engorgements persistaient indéfiniment, les bords des plaies restaient infiltrés, pâteux, indurés; les topiques avaient peu d'action, les toniques a l'intérieur étaient insuffisants ou mal supportés ; il n'était plus {M)ssible de refaire des constitutions si profondément détériorées.
Par suite de l'énorme quantité* de produits morbides que fournissaient les lésions traumatiques, par suite de Tencombrement continu des salles de rbinirgie, nos bôpitaux sont promptement devenus des foyers d'infection, dont l'influence pernicieuse, supérieure à la puissance des moyens prophylactiques ordinaires, a sévi d'une manière incessante et avec d'autant plus d'énergie qu'elle frappait des blessés appauvris, profondément débilités, et incapables de réactions énergiques.
Dé^'à fortement épuisés par les fatigues et les privations, énervés par des douleurs vives et prolongées, prostrés par un voyage sur mer de doux ou trois jours, quelquefois plus, les blessés, à leur arrivée, étaient immédiatement plongés dans une véritable atmosphère purulente, dont l'action ne tardait pas à se faire sentir, et se révélait par des manifestations morbides très souvent mortelles, qui rendaient toute opération inutile ou dange
rcuse. Les accidents d'intoxication purulente se manifestaient beaucoup plus rapidement sur les blessés atteints de lésions osseuses, que sur ceux dont les parties molles seulement avaient été intéressées.
Opérant dans d'aussi mauvaises conditions, sur des blessés si profondément détériorés, on ne devra plus s'étonner du peu de succès obtenu.
Ainsi donc T influence cholérique, les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles vivait Tarmée de Crimée, les modifications organiques et les aptitudes morbides qui en étaient la conséquence, la gravité des lésions physiques, Tencombrement continu des hôpitaux de Constantinople, me paraissent les véritables causes prédisposantes et efficientes des trois principales complications qui ont fait périr un si grand nombre de blessés et d'amputés. (S.\llero>*.)