OBSERVATION IV
Broncho-pneumonie grippale. — Erysipèle. — Guérison.
Cécile B** âgée de 56 ans, journalière, entre à l'Hôtel-Dieu le 24 décembre. Ses parents ont toujours été bien portants : elle-même a joui d’une excellente santé jusqu’à l’époque de la ménopause (49 ans) où elle fut atteinte de trois érysipèles dans l’espace de quatre mois. Depuis cette époque elle n’a eu aucun érysipèle. Aucune manifestation strumeuse dans son enfance. Pas de siphilis.
La malade avait déjà éprouvé deux jours auparavant une certaine lassitude, des douleurs fugaces dans les membres, quelques frissons et un peu de céphalalgie. Ces symptômes, peu accentués le 1‘ jour, s’accusèrent soudainement le lendemain au milieu de son travail. Céphalée très intense localisée à la région occipitale avec bourdonnements d’oreilles. La malade alitée depuis, raconte le matin de son entrée à l’H6tel-Dieu que, pendant la nuit, elle a été fort incommodée de picotements incessants dans les narines, de larmoiements. A l'examen de la malade nous constatons que la face est rouge, injectée ; la langue est saburrale, un peu rouge sur les bords. Pas de diarrhée. La température est à 39 degrés 5. Le pouls bat 130 fois par minute.
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La percussion et l’auscultation de la poitrine ne révèlent rien d’anormal. Toux sèche ; la respiration a cependant un peu de rudesse.
Le lendemain mêmes signes généraux. A l’auscultation de lapoitrine on entend à la fin de l'inspiration des râles sous-crépitants fins à la partie moyenne et postérieure du poumon droit, en avant un souffle à peine accusé. La percussion dénote une légère submatité de cette région. Expectoration nulle.
4 décembre. — La malade se plaint d’oppression et de douleurs contusives dans les membres. Même submatité que la veille ; l’auscultation fait découvrir deux autres foyers de râles sous-crépitants à la partie inférieure du poumon droit. Léger souffle dans ces mêmes régions. La malade a eu un peu de délire la nuit précédente. Température 39° avec rémission matinale d’un degré. Pouls fréquent et plein bat 140 fois par minute. Les urines sont un peu foncées. La malade accusant une douleur exaspérante au niveau du loie dont les dimensions paraissent cependant normales, nous faisons l’examen des urines dont le résultat est négatil.
5 décembre. — État stationnaire avec moins de de gêne respiratoire.
PRESCRIPTION : Potion au kermès. Julep diacodé. Ventouses sèches.
6 et 7 décembre. — On constate un peu d’amé-
PO DES lioration. La zône de submatité est moins étendue, cependant les râles sous-crépitants existent toujours.
Expectoration peu abondante de crachats ambrés. Température 39° 5. — Transpiration abondante.
8 décembre. — L'amélioration s’accentue ; Îles râles ont disparu en maints endroits. Le 10 et les jours suivants, la malade entre en période de convalescence, les symptômes n’existent plus. Elle se dispose même à quitter l’hôpital le 20 décembre quand survient un érysipèle dont elle n’avait pas été atteinte depuis 6 ans.
Aucune trace d’excoriations sur les commissures des lèvres ni sur les ailes du nez, pas de mal de gorge. Quelques petits frissons et un malaise général dans la soirée, la température remonte à 39°2.
Le lendemain, le visage entier sauf le cuir chevelu est atteint d’une rougeur et d’un gonflement caractéristiques de l’érysipèle ; le menton seul est indemne. Langue suburrale. Céphalalgie violente. Température, 40°. Pas d’engorgement des ganglions sous-maxillaires. Agitation nocturne. L'examen des des urines reste négatil.
22 décembre. — Le cuir chevelu est envahi et extrèmement douloureux, La température reste sensiblement la même tout en présentant une faible rémission matinale. Les paupières sont œdématiées et ag-
En Vo glutinées, on remarque deux vésicules d’herpès à l’angle externe de l’œi! droit.
PRESCRIPTION : Purgatif avec eau de Sedlitz, compresses émollientes. Potion calmante : Antipyrine 2 gr. par jour en cachets de 0,50 cent. associé au sulfate de quinine 0,60 centigr.
23 décembre. — Les régions envahies sont tou-
jours douloureuses. Même état stationnaire. Fièvre...
se maintient à 40°. Délire violent pendant la nuit.
24, 25, 26 et 27 décembre. La malade ne prés
sente aucun changement dans l'intensité des douleurs Le thermomètre marque 39°5. Légère desquamation des joues et du front.
28 décembre. — État stationnaire.
29 décembre. — Défervescence complète. La température retombe au chiffre normal. Sueurs abondantes.
30 décembre. — Le cuir chevelu est encore douloureux malgré la défervescence. Les ganglions occipitaux sont toujours engorgés.
31 décembre, 1°" janvier et jours suivants. — Amélioration progressive. La malade guérie quitte l'HÔ-
tel-Dieu le 10 février.