OBSERVATION V
Erysipèle. — Pneumonie grippale, — Arthrite suppurée de l'épaule et du genou droits. — Mort.
Marie L..., blanchisseuse, âgée de 58 ans était entrée à l’'Hôtel-Dieu le 2 novembre 1889 pour un érysipèle de la face dont elle subissait la huitième atteinte depuis l’époque de la ménopause.
Ces séries d’érysipèles lui avaient occasionné une tuméfaction dure dans les points primitivement envahis de sorte que cet œdème chronique était pour elle une véritable difformité.
Aucun antécédent héréditaire ni personnel. L’érysipèle fut d’ailleurs très bénin et disparut 8 jours après. Pas de délire. Au bout de ce temps elle présente les symptômes de la grippe qui sévissait alors avec une grande intensité : Coryza, larmoiements, inappétence, lorsque le 13 dans la journée elle est prise d’un frisson et d’un point de côté à droite. On ne trouve à l’examen de la poitrine que de l’obscurité du murmure vésiculaire. Légère oppression. T'empérature, 39°5.
Le lendemain la face est animée, les pommettes colorées : submatité dans les deux tiers supérieurs de la poitrine, diminution du bruit respiratoire au
même niveau sans crépitation ni souffle, quelques râles sonores disséminés. Rien au cœur ni dans les. urines. Foie et rate de dimensions normales. Le soir aggravation de l’état général : la malade a les traits tirés, les lèvres bleuâtres, les extrémités cyanosées et froides ; la respiration est pénible. Souffle tubaire à l’aisselle droite. Le pouls est petit, très rapide ; la malade a de la diarrhée. L’urine retirée de la vessie par la sonde renferme une faible quantité d’albumine. Température, 39 degrés.
PRESCRIPTION. — Potion cordiale. — Ventouses sèches. |
15 novembre. — L’état est toujours fort grave, les signes d’auscultation sont les mêmes, sauf un souffle sous la clavicule mais faible et lointain. Température 39°8.
16novembre.— Respiration toujours embarrassée. Outre le souffle tubaire, on perçoit quelques bouffées de râles crépitants ; la malade ne crache toujours pas et se plaint d’une vive douleur dans le bras et le genou droits. On ne remarque cependant aucune modification dans les deux membres.
17 novembre. — On constate une tuméfaction considérable au genou droit : même chose pour l’articulation scapulo-humérale, le gonflement siège au niveau du deltoïde, on reconnaît la nature purulente
de l’épanchement en évacuant un peu de liquide
PRG
avec la seringue de Pravaz. À noter une dyspnée extrême, voisine même de l’asphyxie. |
Mort le 18 au matin.
AUTOPsIE. — Les deux lobes supérieurs du poumon droit sont en hépatisation grise avec foyers en suppuration. L’aorte est très athéromateuse. L’articulation du genou est entièrement envahie de pus ; à l'épaule l'abcès intéressait seulement le deltoide.
L’examen microscopique démontrait que les collections purulentes enfermaient des streptocoques en grande quantité avec quelques staphylocoques. :