‹ De l'infection purulente ou pyoèmieChapitre 5 sur 24 · EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX

Nos expériences ont été commencées en 1844 et 1845. Nous les publions dans l’ordre logique des faits. On verra a quelles idées nous obéissions en les pratiquant, et par quels motifs nous nous sommes arrêté aux résultats que nous avions obtenus. Plusieurs de ces expériences offrant entre elles la plus grande analogie auraient pu être retranchées. Nous avons pensé que les preuves n’étaient jamais trop nombreuses quand il s’agissait de démonstrations nouvelles, et qu’il était important de citer toutes les observations sur lesquelles notre opinion s’était établie. C’eût été , autrement , supprimer une partie des documents dont nous avions fait usage, et nous avons préféré les soumettre entièrement au jugement de ceux qui voudront les étudier.

Nous avons remarqué dans les réflexions, dont nous avons fait suivre chacune de nos expériences, qu’il restait des lacunes à remplir. Ainsi il eût été avantageux de noter chaque fois la pesanteur spécifique du pus employé, et d’indiquer, au moyen du microscope, quel était le nombre proportionnel des globules purulents , leur volume , les altérations qu’ils pouvaient avoir subies , et quelques autres détails propres a ajouter a la valeur de nos recherches. Nous regrettons également de ne pas avoir institué une série de faits destinés a prouver quels moyens de traitement étaient le plus favorables pour la guérison.

Tout en reconnaissant l’importance supérieure d’une extrême sévérité dans tous les termes des observations, nous avouerons n’avoir pas été constamment en mesure de nous livrer a ces investigations dont la valeur ne s’est révélée a notre esprit que peu a peu et au fur et a mesure que la lumière se faisait devant nos yeux.

Nous nous étions proposé, dès l’abord, plusieurs questions a résoudre, et on ne sera pas étonné que nous ayons voulu nous y restreindre sans nous laisser entraîner par la foule des aperçus nouveaux qui se succèdent et s'enchaînent dans toute recherche.

Admettant entre les organismes qui appartiennent aux plus hauts degrés de l’échelle zoologique des rapports suffisants pour justifier le parallélisme et l’analogie d’observations comparatives , nous avons voulu savoir expérimentalement si l’introduction directe du pus dans le sang était la cause des phénomènes morbides et des altérations anatomo-pathologiques qui caractérisent l’infection purulente de l’homme.

A cette question se liait une série d’investigations relatives :

1° Aux effets plus ou moins toxiques du mélange du pus au sang, selon la quantité de pus injecté en une ou plusieurs fois, et selon que le liquide était épais ou séreux, inodore ou fétide , récent ou recueilli depuis quelque temps, provenant enfin d’une cavité close ou soumis h l’influence du contact de l’air atmosphérique ;

2° A l’altération des solides ou des liquides de l’économie par le pus considéré en masse ou dans ses différents éléments (globules, granules et sérosité) 5

3° A l’étude corrélative des symptômes et des lésions anatomo-pathologiques 5

EXPÉRIENCES. 73

i° Au mécanisme de la formation des abcès et des épanchements purulents dits métastatiques.

Une question non moins importante était celle de la curabilité ou de l’incurabilité de la pyoémie. Quoique convaincu depuis longtemps de la fréquence des terminaisons heureuses de cette affection, nous voulions en apporter la preuve positive et établir comment et a quelle époque la guérison pouvait avoir lieu.

Tel a été l’objet de nos expériences dont les enseignements pourront contribuer h rallier les hommes de l'art à une doctrine commune.

Première expérience.

Injection de 2 centimètres cubes (4 grammes ) de pus de bonne nature dans la jugulaire externe d’un chien pesant 5h,400 (8 octobre 1844).]

Deux centimètres cubes de pus de bonne nature , provenant d’un abcès froid de la région lombaire, sont mêlés à 6 centimètres cubes d’eau distillée. On essaie d’injecter ce mélange dans la veine crurale d’un chien pesant 5k,400. L’injection dans la veine crurale n’ayant pas réussi, on prend l’humérale; nouvel insuccès. On découvre alors la jugulaire externe, et on achève l’injection. Le pouls était très-irrégulier avant l’opération , et donnait cent vingt pulsations ; même état a la suite de l’injection , pas de tumulte dans les mouvements du cœur, peu de frissons.

13 Novembre. — Aujourd’hui, l’animal va parfaitement, et n’a éprouvé depuis l’opération aucun accident.

Cette expérience montre que le mélange d’une petite quantité de pus avec le sang n’est nullement mortel , puisque la santé s’est rétablie.

Il n’est plus permis , en présence de ce fait , d’affirmer la léthalité constante de l’infection purulente, a moins d’attribuer a cette maladie une autre source que l’introduction du pus de bonne nature dans la circulation. Cette dernière opinion est insoutenable, car nous prouverons bientôt que toute espèce de pus détermine les symptômes et les altérations anatomiques de la pyoémie; l’état du liquide purulent a sans doute une grande influence sur l’intensité et la gravité des phénomènes morbides , mais ces derniers restent les mêmes dans leur essentialité.

Deuxième expérience.

Injection de 2 centimètres cubes (4 grammes') de pus de bonne nature dans la veine crurale d’une chienne griffonne pesant 6k,400 (le 8 novembre 1844). Guérison.

Une ponction dans un abcès froid de la région lombaire, chez un malade couché au n° 4 de la salle 18, hôpital militaire de Strasbourg, fut pratiquée à deux heures moins un quart, le 8 novembre 1844, au moyen d’un trois-quarts h robinet.

Un pus verdâtre, épais et crémeux, mêlé de deux ou trois caillots fibrineux, s’écoula sans aucune trace de sang, et fut recueilli dans un verre à patte. Le liquide ne présentait aucune odeur.

Deux centimètres cubes de ce pus furent mêlés à 4 centimètres cubes d’eau distillée, dans un tube gradué, et .on agita fortement le mélange pour le rendre parfaite-

ment homogène. On attendit ensuite quelques minutes pour que les bulles d’air nombreuses qui y étaient mêlées se fussent dégagées,. car autrement on eût fait une véritable injection d’air.

Nous mettons alors a nu la veine crurale d’une chienne griffonne, pesant 6k,400, et l’ayant incisée longitudinalement, nous y faisons pénétrer le tube effilé de la pipette, et nous injectons le mélange de pus et d’eau.

Le quart du liquide s’est perdu dans l’expérience (soit 5 millimètres cubes de pus) 5 un point de suture réunit ensuite la plaie.

L’animal n’a pas manifesté de douleurs pendant l’injection, et un quart d’heure après il éprouve seulement quelques frissons.

13 Novembre. — Depuis l’expérience, l’animal s’est parfaitement porté, et n’a présenté aucun accident.

Cette chienne est accouchée de cinq petits quelques jours après, tous bien portants en apparence 5 cependant un d’eux qui fut conservé, offrit plus tard une exostose sus-orbitaire 5 les paupières étaient enflammées et purulentes, le poil noir et rude, et il succomba au bout de quelques semaines.

Nous n’insisterons pas sur l’innocuité de cette injection de pus 5 nous aurons trop souvent l’occasion de constater de semblables résultats sur l’homme et dans nos expériences sur les animaux. Nous ferons seulement remarquer les altérations mortelles qui se développèrent sur un des petits de la chienne dont la santé s’était si bien rétablie.

Les désordres auxquels il succomba ne pourraient-ils pas avoir eu pour cause la viciation momentanée du sang

de la mère? Le passage des globules purulents a travers le placenta ne nous surprendrait nullement, et nous comprendrions qu’une même cause toxique, trop faible pour tuer la mère , eût déterminé des accidents plus graves sur un jeune animal dont la résistance vitale était beaucoup moindre.

Troisième expérience.

Injection de 2 centimètres cubes de pus de bonne nature dans la veine crurale d’un chien pesant 5k,o00 (13 novembre 1844). Guérison.

Injection dans la veine crurale de 2 centimètres cubes de pus, récemment tiré d’un abcès froid, précédemment ponctionné, mais sans exposition antérieure à l’air, mêlé 'a 3 centimètres cubes d’eau distillée.

Pendant une heure, bâillements, pendiculalions, frissons, refus d’aliments. Aucun accident. L’animal s’est rétabli parfaitement.

Cette troisième expérience , comparable en tout aux précédentes , en confirme clairement les conséquences. Les symptômes primitifs de la pyoémie, frissons, bâillements, refus d’aliments, furent seulement plus marqués, ce que nous attribuons soit à la plus grande impressionabilité de l’animal, soit â la proportion et au volume plus considérables des globules de pus dans une égale quantité apparente de ce liquide. Le pus et les globules , qui sont les véritables agents toxiques , peuvent donc offrir de notables différences, dont il est indispensable de tenir compte.

EXPÉRIENCES

Quatrième expérience.

Injection de 2 centimètres cubes de pus provenant de diverses sources dans la veine crurale d’un chien pesant 6 kilogrammes (le 18 décembre 1844). Guérison.

Injection de 2 centimètres cubes de pus provenant: I°D’un abcès froid du cou, ouvert depuis quatre heures; 2° D’un abcès de l’aisselle, ouvert le jour même 18 décembre ;

3° D’un bubon sur lequel on a appliqué de la pâte de Vienne, il y a trois jours, et dont nous avons fendu ce matin l’escharre.

Ce dernier pus était grisâtre et séreux, tandis que les deux autres pus étaient blanchâtres et un peu concrets.

L’injection a parfaitement réussi sur la cuisse droite. Nous remarquons seulement que le pus était déjà coagulé et mêlé a des caillots sanguins, et que le magma restant au fond de l’éprouvette a été injecté.

Pendiculations, frissons, bâillements, évacuations alvines, tremblement des membres postérieurs. Prompte guérison.

Plus le pus est épais, plus il renferme de globules; aussi la même quantité de ce liquide produisit-elle ici quelques phénomènes morbides que nous n’avions pas encore notés, tels que les évacuations alvines et le tremblement du train postérieur du corps. Nous verrons ce dernier symptôme augmenter en raison de la gravité de la pyoémie.

Cinquième expérience.

Injection de 15 grammes de pus de bonne nature sur une

chienne noire, race carlin, pesant 5k,500 (7 février

1845). Guérison.

Injection de 15 grammes de pus provenant d’un phlegmon au pied, ouvert depuis une heure.

L’injection est faite avec une seringue d’anel, dans la veine fémorale gauche; immédiatement après la chienne ne paraît pas beaucoup souffrir; elle se sauve dans la cour.

A onze heures, elle mange peu, le soir elle est triste, mais a cependant conservé de l’appétit.

8 Février. — L’animal reste couché, il éprouve un malaise marqué, la soif est vive , et il la satisfait souvent, il fuit la société, évite la chaleur, et préfère rester a l’air froid.

9 Février. — Même état, la soif persiste.

10 Février. — La soif est toujours vive, l’animal reste couché, et ne prend pas d’aliments.

11 Février. — Soif moins vive, l’animal mange un peu de soupe, et se promène.

12 Février. — Le malaise est à peu près dissipé; mais l’animal a beaucoup maigri , et maigrit encore.

Le 20. — La chienne est excessivement maigre, bien qu’elle mange beaucoup.

Elle se sauve, et on ne la retrouve plus, elle a passé par le trou d’une rigole donnant sur le canal qui longe l’hôpital, et s’est échappée.

EXPÉRIENCES

Nous voyons dans cette expérience une persistance des phénomènes morbides et particulièrement une altération de la nutrition dont nous n’avions pas encore eu d’exemples.

Les symptômes primitifs furent peu marqués, et l’on devrait s’en étonner d’autant plus qu’il suffit souvent d’une quantité beaucoup moindre de pus pour causer une terminaison funeste.

Nous avons déjà cherché à expliquer ces différences symptomatiques par l’état du pus dont les globules varient en nombre et en volume, comme nous l’avons fréquemment constaté a l’inspection microscopique. Tous les chirurgiens distinguent à la simple vue le pus épais du pus séreux, et pour porter la précision à un haut degré dans les expériences, il serait intéressant de tenir compte de ces variétés et d’en apprécier comparativement les effets. On doit supposer que le poumon reste libre au moment de l’expérience, puisque autrement l’asphyxie eût eu lieu immédiatement et que la respiration eût été manifestement gênée; le système nerveux fut a peine atteint, mais nous admettons que des inflammations métastatiques viscérales se développèrent consécutivement et que la fièvre et l’amaigrissement en furent le résultat. En quinze jours l’animal paraissait réduit à une émaciation complète , mais au moment où il s’échappa , toutes les fonctions tendaient a se rétablir. L’appétit était très-vif, les mouvements faciles, l’activité soutenue ; la convalescence, en un mot, était franche, et nous ne doutons pas que l’animal n’ait recouvré une santé parfaite.

Sixième expérience.

Injection de 21 grammes de pas de bonne nature sur un chien noir carlin de forte race pesant 12 kilogrammes (3 février 1845). Guérison .

Injection avec la seringue d’anel de 21 grammes de pus provenant d’un abcès sous l’aisselle, ouvert une heure et demie avant l’injection, la veine fémorale droite est d’abord mise a découvert , et on injecte par elle 7 grammes de pus. Après cette première injection, on ne peut plus retrouver l’ouverture de la veine, dont on a retiré la canule; on découvre la jugulaire externe gauche, par laquelle on injecte 14 grammes de pus; après l’injection, le chien délié éprouve une grande faiblesse; sa marche est vacillante, pénible; il se couche derrière le poêle. La respiration s’accélère, il halte d’une manière intermittente, sa langue est pendante, et il en découle un liquide visqueux, filant; son œil est flamboyant; son cœur bat fortement et d’une manière très-accélérée, il refuse les aliments et les boissons, il reste couché; si on veut le chasser ; il ne bouge pas; si on le pousse, il se plaint; si on persiste, il veut mordre. Porté a l’air, sa respiration est plus libre, il ne balte plus, et la langue est moins pendante.

4 Février. — Le malaise continue, le chien refuse les aliments, mais éprouve une soif intense, qu'il satisfait à chaque instant : le soir il mange un peu de soupe; la marche est toujours très-incertaine, le train de derrière surtout semble fléchir. L’animal reste couché, et ne se dérange que contraint et forcé; il recherche la chaleur.

EXPÉRIENCES

5 Février. — La soif est toujours très-vive, le chien reste couché, mais il mangea peu près comme d’habitude, la faiblesse paraît moindre.

6 Février. — Les jours suivants la soif diminue, mais le chien est toujours couché 5 lors de l’injection il se portait très-bien, mais depuis il maigrit a vue d’œil, et quinze jours après il est arrivé a un état de marasme complet-, il reste depuis ce moment très-maigre, quoiqu’il mange abondamment.

Les symptômes furent dans ce cas encore plus graves que ceux observés dans la sixième expérience , et l’on est fondé a en attribuer la cause à la plus grande quantité de pus injecté.

Toas les accidents disparurent peu 'a peu , a l’exception de ranuugrissement dont le haut degré et la persistance indiquèrent la profondeur des lésions de la nutrition.

Cet amaigrissement est un des signes le plus constant de la pyoémie chez l’homme, et apparaît d’une manière presque subite et très-prononcée, comme on l’observe dans le choléra et dans plusieurs maladies dont il trahit l’extrême gravité. Le défaut d’hématose , les obstacles apportés 'a la circulation des produits réparateurs et les troubles de l’innervation doivent exercer une grande influence sur la production de ce remarquable phénomène.

Septième expérience.

Injection de 2 centimètres cubes de pus altère et fétide ;

mêlé à 3 centimètres cubes d’eau distillée (le 20 novembre

1844). Guérison.

Deux centimètres cubes de pus altéré et fétide recueilli

sur les pièces de pansement, et par conséquent très-épais, provenant d’un abcès de la cuisse, ouvert depuis trois semaines, sont injectés dans la veine jugulaire d’un chien, pesant Gk,500. L’animal a été gravement malade, il a eu le train postérieur très-affaibli , des frissons intenses, la respiration haletante et gênée 5 il a beaucoup maigri. Au bout de dix jours ces symptômes se sont dissipés. Aujourd’hui, 18 décembre, il va bien, mais n’a pas repris sa première apparence de santé.

Cette observation confirme les remarques que nous avons exposées à la suite des précédentes expériences. Elle démontre de la manière la plus évidente la possibilité de la guérison des désordres décrits sous le nom infection purulente. Les symptômes les plus alarmants ont successivement disparu. f

Nous remarquerons encore que le pus était fétidef depuis longtemps en contact avec l’air extérieur et offrant toutes les conditions de la putridité sans disparition des globules, comme nous nous en sommes maintes fois assuré au moyen de l’inspection microscopique. Sans doute cet état du pus n’a pas été sans influence sur les accidents olîerts par l’animal en expérience 5 mais la guérison ne fut pas moins complète que dans le cas où nous avions injecté du pus louable. Il faut nécessairement conclure de ce fait que la présence dans le sang d’une certaine quantité de pus n’entraîne pas fatalement la mort, quel que soit l’état du liquide injecté. Nous verrons dans quelles conditions particulières la pyoémie entraîne une terminaison funeste, et nous démontrerons que le pus altéré et le pus de bonne nature sont également susceptibles de déterminer ce résultat.

EXPÉRIENCES

Huitième expérience.

Injection de 18 grammes de sang dans la veine jugulaire externe gauche d'une chienne griffonne de petite race, pesant 6k,400 (21 janvier 1845). Guérison.

Le sang dont les caillots ont été bien écrasés avant l’injection, provenait d’une saignée faite a un homme atteint de rhumatisme articulaire.

L’injection est faite en deux fois. Pendant trois heures la chienne éprouve un malaise très-marqué 5 elle est inquiète, se couche, puis se relève; elle préfère le repos, et cherche la chaleur du poêle. Le soir elle mange comme à l’ordinaire. Les jours suivants elle n’offre rien de remarquable.

Cette expérience fut entreprise dans le but de s’assurer des effets comparatifs des injections de pus ou de sang. Nous avions été conduit 'a supposer que dans le cas où une seule injection de pus dans les veines devenait funeste, la mort était le résultat d’une asphyxie mécanique déterminée par les globules de ce liquide arrêtés dans les capillaires du poumon. Quelques injections de sang dont le caillot avait été trituré, confirmèrent cette prévision, comme le prouvent les trois expériences qui suivent.

Le mélange du pus au sang est ainsi la source de deux ordres de phénomènes bien distincts et qui méritent d’être soigneusement séparés.

Quand la quantité de pus injecté en une seule fois cause la mort, comme l’ont signalé la plupart des expérimentateurs , ce résultat ne dépend pas entièrement des effets

toxiques du pus , mais est dû a l’engorgement mécanique des tubes pulmonaires et a l’asphyxie qui en est la conséquence. Dans ce cas le sang, l’huile, diverses poudres inertes agissent de la même manière.

Si la mort n’est pas immédiate ou n’arrive pas dans un temps très-court, alors commencent les phénomènes organiques de l’intoxication purulente, et nous en exposerons bientôt les conditions et la marche.

Neuvième expérience.

Injection de 8 centimètres cubes de sang (16 grammes ), dont on avait parfaitement écrasé les caillots, dans la veine jugulaire externe gauche d’une chienne levrette bâtarde de petite race, pesant 6k,500 (18 janvier 1845). Guérison.

L’injection faite avec une seringue d’anel à canule trèsfine ne produit aucun désordre appréciable : après que la chienne est déliée , elle saute et est aussi gaie qu’à l’ordinaire. Dans la journée elle boit et mange comme de coutume; les jours suivants elle n’est nullement malade.

Une très-grande différence se remarque entre les effets des injections de pus et de sang suivies de guérison. Dans le premier cas on observe du frisson , de la gêne respiraroire, une semi-paraplégie, l’excrétion des matières fécales, beaucoup d’abattement. Dans le second les symptômes sont moins graves ou manquent complètement, comme dans cette dernière expérience.

Il y aurait donc, indépendamment des phénomènes asphyxiques produits par le pus , des effets toxiques parti-

EXPÉRIENCES. 85

culiers qu'on ne retrouverait pas à la suite des injections de sang j résultat qui pouvait à priori être prévu.

Dixième expérience.

Injection de 20 grammes de sang défibriné sur Je chien soumis à l’expérience précédente (19 février 1845). Guérison.

Vingt grammes de sang défibriné sont injectés une demiheure après sa sortie de la veine dans la veine fémorale droite 5 le sang avait été battu pendant la saignée avec un balai de bouleau et parfaitement défibriné. Après l’injection , le chien détaché marche le rachis courbé et se livre h la défécalion. (Il est à remarquer que dans presque toutes les expériences les chiens ont émis des matières stercorales pendant que l’on pratiquait les injections du pus.) Puis il se couche, la respiration est libre, l’appétit est conservé, la soif un peu plus vive, et l’animal la satisfait souvent.

20 Février. — Soif continuelle.

21 Février. — État normal. Les deux injections n’ont produit aucun amaigrissement sensible.

Le sang provenait d’un malade atteint d’éruption furonculaire.

Celte expérience, complètement confirmative de la précédente, montre toute l’importance de nos remarques. Lne petite quantité de sang, malgré les grumeaux qu’il contient, ne saurait amener d’accidents bien dangereux ; en serait-il de même avec une quantité plus considérable? C’était un doute a lever par une nouvelle expérimentation.

Onzième expérience.

Injection de 30 grammes de sang avec trituration et conservation du caillot (27 février). Mort presque immédiate.

Même chienne que celle de la septième expérience.

Injection dans la j ugulaire externe gauche de 30 grammes de sang d’une saignée faite à un malade atteint de pneumonie. A dessein on a laissé quelques petits caillots de la grosseur de grains de millet ^ pendant l’injection, qui est faite en deux fois, la chienne pousse des cris et des plaintes j puis la respiration s’accélère , et après la seconde injection, elle cesse tout a coup et l’animal meurt. Le sang de l’injection reste dans la veine au-dessous de l’ouverture qu’on y a faite.

Autopsie, une heure après la mort. — L’injection avait été pratiquée avec une seringue ordinaire à injections; la chienne avait perdu fort peu de sang; a l’ouverture du cadavre on trouve les cavités du cœur gorgées de sang et très-distendues, les vaisseaux sont aussi remplis de sang, ainsi que le foie qui est couleur lie de vin; incisé, il laisse échapper des nappes de sang noir.

Le poumon, loin d’être conjectionné, est pâle; sa surface est recouverte de petites élcvures emphysémateuses et de petits points hlancs comme des grains de millet ; sur les bords on remarque des taches ecchymotiques au nombre de neuf pour les deux poumons; les unes sont d’un rouge pâle, les autres d’un rouge plus foncé; incisés, il en exsude du sang; point d’indurations dans le parenchyme; on trouve des caillots de sang noir dans quelques ramusculcs des vaisseaux artériels.

EXPÉRIENCES

La mort dans ce cas fut instantanée, et l’autopsie révéla des lésions très-analogues à celles que nous rencontrons chez les animaux qui succombent rapidement a une abondante injection de pus. Élevures miliaires , lobules emphysémateux , ecchymoses du poumon , existent dans les deux cas, et s’expliquent aisément par l’action mécanique des corpuscules étrangers introduits dans les capillaires de l’organe, et y déterminant des obstacles insurmontables au libre passage de l’air et du sang. L’excès de volume des parcelles fibrineuses du caillot sanguin amène l’engorgement, puis la rupture des capillaires, d’où provient l'ecchymose et les mêmes effets sur la circulation de l’air qui fait irruption au delà de ses limites naturelles, et s’épanche en occasionnant des plaques emphysémateuses. Si ces effets s’étendent à une grande partie des poumons, l'asphyxie en est la conséquence inévitable, et la mort est très-rapide.

Douzième expérience.

Injection de 35 grammes de sérosité albumineuse sur un chien de boucher de forte race, pesant 23 kilogrammes (18 février 1845). Guérison.

Injection dans la veine fémorale gauche de 35 grammes de sérosité albumineuse, provenant d’une hydrocèle ponc^ tionnée cinq heures avant. Le chien éprouve un malaise très-marqué pendant trois jours, mais pas de soif ni de diminution dans l’appétit ; il reste couché, mais se lève assez volontiers j il n’éprouve aucune gêne dans la respiration. Guérison complète.

Nous avions voulu nous assurer expérimentalement des

effets du mélange au sang de diverses matières étrangères. La sérosité faisant partie du pus, nous en injectâmes une assez grande quantité, et nous n’observâmes aucun des accidents signalés dans la pyoémie. Il nous a paru utile néanmoins de continuer nos recherches à cet égard.

Plusieurs auteurs ont attribué une influence morbide au passage dans la circulation de la sérosité du pus qui renferme une assez grande quantité des granules.

Il est assez difficile de décider cette question par des expériences directes. J’ai souvent recueilli d’énormes quantités de pus par l’ouverture d’abcès froids , et j’en avais mis une fois plus d’un demi-litre dans une longue éprouvette, dans l’intention d’employer séparément la partie séreuse. Dans ce cas et dans plusieurs autres qu’il est inutile de rapporter , aucun départ ne se produisit dans la matière de la suppuration, et le pus resta homogène. Quelquefois nous vîmes une légère couche d’un liquide séreux et transparent se former au-dessus des globules , mais la proportion en fut si faible qu’il nous fut impossible d’en tirer parti.

Les granules du pus ont du reste un si petit volume , à peine égal au sixième d’un globule de sang, que l’on ne doit pas supposer leur présence très-dangereuse, et l’innocuité de l’injection de la sérosité d'une hydrocèle semble confirmer cette opinion , puisqu’on rencontre souvent une assez grande quantité de granules dans ce liquide.

Treizième expérience.

Injection de 35 décigrammes de chyme filtré sur le chien soumis à V expérience précédente (20 février 1845). Guérison.

Chyme provenant de l’estomac d’une chienne griffonne,

à laquelle on a fait manger un mélange de quatre cinquièmes de matières animales, et un cinquième de pain. Une demiheure après l’ingestion de ces aliments, on a lié l’œsophage et le duodénum; six heures après, l’animal a été sacrifié. Ouvert le lendemain, on trouva l’estomac rempli de matières alimentaires. La digestion n’était pas complète, aucun liquide n’était contenu dans le ventricule. Un chyme grisâtre graisseux recouvrait en abondance ce qui restait d'aliments imparfaitement digérés; on le recueillit soigneusement par raclure avec un scalpel , on le délaya dans de l’eau ordinaire, puis après l’avoir filtré a travers un linge, on en injecta 35 décigrammes dans la veine jugulaire gauche.

Après l’injection, la respiration est gênée, fréquente, le chien halte, la langue est pendante hors de la bouche, d’où s’écoule un liquide visqueux. Dans la journée, l’animal mange moins que de coutume, il reste constamment couché, et boit très-souvent.

27 Février. — Le chien éprouve encore du malaise, mais il mange comme 'a l’ordinaire, et boit moins que la veille.

28 Février, — Le chien est â peu près rétabli complètement.

Nous avions été un instant conduit à supposer que les effets toxiques du pus pouvaient dépendre des détritus organiques mêlés â ce liquide. La gravité des inflammations ulcératives, que nous expliquons aujourd’hui par la destruction directe des parois vasculaires, au travers desquelles s’introduit le pus , nous paraissait susceptible d être rattachée a ce phénomène. Il n’est pas douteux que la composition du pus n’ait une influence marquée sur la

rapidité cl l’intensité des accidents, mais ces différences de nature nous sont encore peu connues.

C’est dans le but de savoir si des substances organiques en voie de désagrégation ne détermineraient pas des effets semblables à ceux du pus, que nous tentâmes quelques expériences avec du chyme. Les résultats offrirent beaucoup d’analogie avec ceux que présentèrent les injections de pus, et à poids égal l’introduction du chyme parut amener des symptômes plus prononcés et plus graves, fait que la théorie générale explique sans peine, mais qu’il serait peut-être curieux de multiplier.

Quatorzième expérience.

Injection de 4 grammes de chyme sur un chien de moyenne taille (1er mars 1845, neuf heures du matin). Guérison.

Quatre grammes de chyme délayé dans de l’eau ordinaire et privé de tous grumeaux ou substances hétérogènes sont injectés par la veine jugulaire droite ; en deux minutes l’opération est terminée. Le liquide a été, comme à l’ordinaire, introduit très-lentement. A la fin de l’opération, la respiration devient embarrassée, on détache le chien et on le met à terre. Il y reste couché sur ses pattes de devant, le flanc et le train de derrière situés horizontalement. La respiration est de plus en plus anxieuse, des matières stercorales s’échappent, la gueule laisse écouler un liquide visqueux 5 cent inspirations â la minute; l’animal halte, et la langue est pendante. Chassé â l’air, sa démarche est vacillante, les pattes de derrière semblent fléchir sous le poids du corps. Aussitôt â l’air, il a une selle de matières dures; il continue â halter et à avoir la respiration très-gênée, accélérée et bruyante.

EXPÉRIENCES

Midi. — Le chien est couché 5 si on le pousse, il s’assied 5 mais on ne peut le faire lever ; le train postérieur est trèsaffaibli; la respiration est encore haletante, mais moins accélérée : soixante-dix inspirations à la minute 5 il n’a ni mangé, ni bu.

2 Mars. — Le chien est toujours couché, sa respiration est à peu près normale; il éprouve une soif trèsintense, et mange peu.

3 Mars. — La soif continue, et l’animal la satisfait souvent -, il mange encore moins que de coutume , et reste toujours couché; cependant on parvient à le faire tenir debout, ce que l’on ne pouvait obtenir la veille.

4 Mars. — Mieux marqué ; le chien se promène et mange à peu près comme à l’ordinaire ; encore de la soif anormale et de la lassitude.

5 Mars. — Le chien continue a reprendre ses habitudes ; on remarque le 8 qu’il a considérablement maigri depuis la dernière injection.

Ce fait confirme les remarques dont nous avons fait suivre la précédente expérience. Les symptômes furent très-prononcés, et comparables à ceux que produisent les injections de pus. L’animal n’ayant pas été sacrifié, nous ne saurions affirmer l’identité des lésions anatomo-pathologiques; mais elle nous paraît très-vraisemblable.

Quinzième expérience.

Injection de 8 grammes de pus de mauvaise nature , dans

la veine jugulaire externe du côté gauche d'un petit chien

blanc, taché de noir, pesant 4 kilogrammes (23 mars

1843). Mort une heure après.

Huit grammes de pus provenant, 1 gramme d’un abcès

sous l’aisselle ouvert le 27 janvier, 7 grammes de pus jaune verdâtre fétide, fourni par un phlegmon au pied gauche, avec mortification du tissu cellulaire. Ce phlegmon a été ouvert le 13 mars.

Le pus est mêlé h 0 centimètres d’eau ordinaire. Après l’injection, le chien n’a pas d’abord paru souffrir; mais environ dix minutes après, il s’est appuyé contre le mur, puis s’est insensiblement affaissé jusqu’à terre-, alors il a été pris de frissons; la respiration s’est accélérée, et le petit animal poussait des cris plaintifs, chose inobservée dans les autres expériences. Mort une heure après.

Autopsie. — Les bords et la superficie des poumons offrent de nombreuses élevures emphysémateuses; les vésicules du parenchyme pulmonaire paraissent trèsdistendues et transparentes ; une multitude de taches ecchymotiques d’un rouge noirâtre au centre et d’un rouge vermeil sur la périphérie, de la dimension de 2 à 6 millimètres, s’observent à la surface des poumons.

Le foie est assez friable, d’une couleur uniforme, présente quelques points blancs sur les bords de l’excavation qui reçoit la vésicule biliaire.

Congestion veineuse très-considérable, cardio-pulmonaire.

Nous avons vu dans les expériences précédentes, de plus grandes quantités de pus injectées dans les veines, sans que la mort en eut été le résultat. Nous devons dès lors supposer que l’état putride du pus, joint à la petitesse de l’animal, a été la cause principale de la mort. Les altérations que nous notons pour la première fois, se retrouveront dans tous les cas où les injections de pus seront devenues rapidement funestes. Le piqueté ecchymotique,

EXPÉRIENCES

que nous avons signalé, paraît dépendre de l’obstruction des capillaires par les globules de pus. Un épanchement sanguin en est la conséquence, et apparaît sous la forme d'un point noir, occupant le centre de la tache, dont la circonférence, d’un rouge écarlate et décroissant, semble liée à une simple congestion périphérique. Les saillies emphysémateuses dont étaient parsemés les bords et quelques parties des surfaces des poumons sont également produites par la présence des globules du pus, qui, en distendant les capillaires, compriment les ramifications bronchiques, gênent le passage de l’air, et déterminent les emphysèmes lobulés que nous avons observés dans

tous les cas de pyoémie rapidement mortelle.

Piqueté ecchymotique, d’un rouge vif, avec point noirâtre central, et saillies lobulaires emphysémateuses des bords pulmonaires, sont donc les deux principales altérations caractéristiques du premier degré de la pyoémie.

Seizième expérience.

Injection de 4 centimètres de pus provenant d’un abcès du scrotum. Même chien que celui de la quatrième expérience (18 janvier 184o). Mort au bout d’une heure.

Injection de 4 centimètres cubes de pus pesant 6 grammes, provenant d’un abcès vénérien tuberculeux du scrotum, ouvert le jour même, délayé dans autant d’eau ordinaire.

Injection par la jugulaire gauche, perte de sang triple de la quantité de l’injection j après l’opération , faiblesse-, respiration gênée immédiatement, frissons, horripilations , évacuations alvines , semi-paralysie du train postérieur.

L’animal est mort une heure après l’expérience, ayant continué h offrir beaucoup de difficulté à respirer, et ayant encore perdu un peu de sang par sa plaie.

Nécroscopie le 19 janvier. — Le sang est partout fluide, et n’a présenté de caillots dans aucun point; le cœur était plein de sang liquide; les poumons offraient à leur surface une foule de saillies lobulaires de 5 à 8 millimètres d’élévation, semblant dépendre d’emphysèmes partiels.

Ces saillies occupaient les bords libres et la surface du poumon, comme l’auraient fait des abcès métastatiques.

On observait un assez grand nombre de taches ecchymotiques de 2 à 4 millimètres de diamètre.

Le poumon incisé n’a pas permis de reconnaître aucune trace de la matière injectée.

Le foie très-friable était parsemé de petits points grisâtres, de couleur moins foncée que le reste de l’organe.

Les altérations différaient peu de celles que nous avons rencontrées dans la quinzième expérience, et l’incision des ecchymoses et des saillies emphysémateuses des poumons ne nous permit pas de reconnaître 'a l’œil nu aucune trace du pus que nous avions injecté Quelle que fût la quantité de pus introduite en une seule fois dans le système veineux, nous n’avons pu constater distinctement la présence de ce liquide. On eût pu croire, à priori, que les globules purulents accumulés dans les capillaires du poumon, y deviendraient reconnaissables; mais nous ne parvînmes jamais à la simple vue â les y découvrir. L’explication de ce fait se trouve peut-être dans la dissémination des globules de pus qui adhèrent aux parois des capillaires, et sont enveloppés de globules sanguins, ce qui les rend complètement méconnaissables. L’emploi du mi-

EXPÉRIENCES

croscope ne pouvait être négligé dans une pareille circonstance, et nous y eûmes recours pour nous rendre compte des autres changements survenus dans les points du poumon piquetés des petites ecchymoses lenticulaires déjà signalées. Nous commençâmes par étudier une parcelle de tissu pulmonaire prise sur un animal sain. Celte parcelle écrasée entre les mors d’une pince nous donna un liquide clair et spumeux, dans lequel nous rencontrâmes peu de globules de sang et de cellules épithéliales. Nous remarquerons que les cellules de l’épithélium pavimenteux des bronches ne sont pas sans quelque ressemblance avec les globules du pus. Les différences cependant se révèlent à une inspection attentive. Le diamètre des cellules épithéliales nous parut généralement plus gros. L’on voit en outre s’élever d’un des points de leur circonférence une foule de petites vésicules, comparables aux bulles d’air développées à la surface d’un morceau de sucre plongé dans l’eau. Dans quelques cas, ces vésicules sont en grappe et recouvrent la moitié, le tiers ou le quart seulement de la circonférence des cellules; ailleurs elles apparaissent au milieu des cellules en séries irrégulières et comme superposées. Les globules de pus sont plus mats, et moins apparents à la lumière, ils sont situés sur un plan plus profond, et leur contour est plus régulier.

Après avoir étudié ainsi le liquide provenant d’un lobule pulmonaire sain , nous répétâmes le même examen avec une parcelle pulmonaire frappée d’ecchymose à la suite d’une injection de pus.

Les différences dans les deux cas furent immédiatement très-appréciables. Le liquide provenant de l’écrasement du tissu ecchymosé, était beaucoup plus consistant, et ne contenait pas d’air. Il offrait au microscope une très-

grande quantité de globules de sang, des cellules épithéliales multipliées, et une foule de globules de pus. Ceux-ci étaient tantôt disséminés, tantôt réunis par masses de sept à huit. Nous trouvâmes quelques filaments celluleux le long desquels s’étaient particulièrement déposées des séries adhérentes, et souvent superposées de globules purulents. On peut croire que ces filaments représentaient des lambeaux déchirés de capillaires, et se faire ainsi une idée de la manière dont les globules de pus s’accumulent dans ces vaisseaux.

Quelle que soit au reste l’exactitude des détails dans lesquels nous venons d’entrer, un fait patent, irrécusable, résulte de l’examen comparatif des poumons sains ou altérés par une injection de pus dans les veines. Dans ces derniers, là où existent des taches ecchymoliques, on observe une congestion sanguine très-considérable avec diminution ou disparition complète de l’air, et des dépôts abondants de globules de pus.

Nous avons répété un grand nombre de fois ce mode d’investigations, et toujours nous sommes arrivé aux mêmes résultats qui nous paraissent définitivement acquis.

Le sang recueilli dans les artères et les veines ne nous offrit aucune trace de pus.

Dix-septicme expérience.

Injection de 20 grammes de pus. Chien blanc alsacien pesant 8 kilogrammes (11 avril 1845, trois heures et demie après midi). L’animal a été mis à mort trois heures après.

Injection dans la veine jugulaire droite. Le pus pro-

EXPÉRIENCES

venait d'un abcès de la cuisse, avec décollement de l’os, chez une jeune fille de vingt-quatre ans, couchée a la clinique de la faculté. On avait retiré près de 100 grammes de pus le 9 avril-, ce liquide était homogène, d’un gris jaune verdâtre, ne s’était pas pris en caillots, probablement en raison de son peu de densité, 1,028. Il avait peu d’odeur, quoique le foyer d’où il provint existât depuis ' plus d’un mois, et communiquât par une ouverture fistuleuse avec l’air extérieur.

Le ebien a été tué à six heures et demie du soir, trois heures après l’injection. Il avait présenté de l’anhélation et quelques horripilations, n’avait accepté ni aliments, ni boissons, mais avait continué à se promener, et n’était pas resté couché à la môme place.

Autopsie, le 12 avril, a trois heures et demie du soir. — Nous trouvons les poumons parsemés d’une foule de taches ecchymotiques arrondies, variant de 1, 2, 3 et 4 millimètres de diamètre, le plus grand nombre â 2 millimètres de diamètre. Ces taches varient entre le rouge vif et le rouge brun , toutes présentent â leur centre un point noir reconnaissable â sa coloration plus foncée-, on dirait des morsures de puces sur l’homme telles qu’elles se remarquent chez certains individus.

On pourrait également comparer ces taches aux rougeurs produites chez quelques personnes par des piqûres d'aiguilles, offrant un point central plus foncé, sur une teinteecchymolique plus claire a l’en tour. Quelques taches, les plus larges, offrent deux ou trois points noirâtres, centraux; ce sont évidemment des taches réunies et accolées par leurs bords.

L’origine et le mécanisme de ces taches paraissent faciles â expliquer. Les plus gros globules de pus, arrêtés

dans les ramifications vasculaires les plus tenues, auront fait obstacle au cours du sang, et ce liquide accumulé se sera épanché autour de l’obstacle. Quelques-unes de ces taches sont tout h fait noires, et alors on n’aperçoit plus de noyau central.

Le lobe inférieur pulmonaire gauche, au lieu d’offrir la teinte ordinaire rosée de l’organe, teinte existant dans les autres lobes, est d’un gris sale, tirant légèrement sur le vert, dans quelques points, et particulièrement vers la surface diaphragmatique. Les bords de ce lobe, les antérieurs surtout, sont parsemés de saillies emphysémateuses très-circonscrites et très-distinctes.

Le sang du cœur et des veines pulmonaires était liquide, et n’offrait que des caillots très-déliés et peu consistants, sans mise a nu de fibrine décolorée.

Le foie était un peu marbré, semblait ramolli : la vésicule était distendue, deux noyaux blanchâtres existaient sur les bords du lobe médian , près du sillon de la veine porte.

La quantité du pus injecté (20 grammes) était beaucoup plus considérable que dans les deux expériences précédentes, et cependant l’effet en fut infiniment moins toxique, puisque l’animal en parut peu affecté, et que nous dûmes le mettre a mort pour juger du degré des altérations anatomiques développées durant l’espace de trois heures. Des différences aussi frappantes dans la gravité de la pyoémie, dépendent très-probablement de la proportion des globules purulents contenus dans le liquide injecté, et nous avons noté, en rapportant cette observation, que le pus employé était fort séreux. C’est un fait à ajouter h ceux que nous avons déjà signalés pour con-

EXPÉRIENCES. 99

firmer cette importante relation entre la proportion des globules du pus et la gravité des accidents.

Cinq minutes après l’injection purulente dans le système veineux, nous recueillîmes quelques gouttes du sang de l'animal, en lui ouvrant une veinule de la jambe. Ce sang, examiné au microscope a un grossissement d’environ cinq cents fois, nous offrit les dix-neuf vingtièmes des globules parfaitement intacts. Quelques-uns, plus petits et plus transparents , formaient une couche distincte qu’une lumière très-nette permettait seule d’apercevoir. La plupart étaient crénelés, frangés, étoilés, et moitié moins gros que les autres globules sanguins.

Nous avons étudié un grand nombre de fois l’état des globules sanguins, afin de nous assurer si la présence du pus ne leur imprimait pas quelques modifications appréciables. Les idées de la plupart des pathologistes sur l’altération du sang semblaient donner une certaine probabilité a ces prévisions, mais nos recherches microscopiques ne vinrent nullement les confirmer.

Nous avons trouvé des globules sanguins altérés, dans une foule de cas où la santé était parfaite, et d’autre part nous les rencontrâmes souvent tout à fait réguliers et normaux, alors que la mort avait été la suite d’abcès métastatiques multipliés, déterminés par la pyoémie, et malgré la présence des globules du pus dans tout l’arbre circulatoire.

L’état crénelé ou frangé des globules du sang dépend fréquemment, si ce n’est toujours, de la manière dont on procède aux investigations microscopiques, car il n’est pas rare d’observer en même temps des masses considérables de globules entièrement sains, et tout a côté des globules altérés, quoique le sang dans les deux cas ait

été emprunté à la même gouttelette. En examinant le sang provenant d’une piqûre d’aiguille faite à plusieurs personnes saines, on trouve tantôt des globules réguliers, tantôt des globules déformés, quoique néanmoins il n’y ait chez personne la moindre trace de phénomènes morbides. Ayant un jour regardé au microscope le sang provenant au moment même d’un épistaxis, je ne rencontrai que des globules profondément frangés. Je dois donc conclure de ces recherches qu’il n’est pas possible d’attribuer actuellement les déformations globulaires du sang, que l’on aperçoit souvent chez les pyoémiques à une viciation de ce liquide par le pus , et nous nous bornons ici à établir que cette opinion est basée non-seulement sur l’examen du sang de la plupart des animaux sur lesquels nos expériences ont été faites, mais aussi sur l’étude microscopique du sang d’un grand nombre de malades affectés depyoémie.

Nous ne découvrîmes aucun globule de pus mêlé aux globules sanguins, et pour nous convaincre plus sûrement encore de ce résultat négatif, nous ajoutâmes au sang quelques globules de pus humain. La pointe d’une épingle à peine plongée dans ce dernier liquide, nous servit à opérer le mélange, et soit immédiatement, soit après plusieurs heures, les globules de pus furent toujours parfaitement reconnaissables.

Dix-huitième expérience.

Injection de 25 gi'ammes de pus, provenant d’un abcès froid, dans la veine mésentérique du chien soumis à V expérience n° 14 (8 mars 1845). Mort au bout de quatre heures.

Vingt-cinq grammes de pus provenant d’un abcès froid

EXPÉRIENCES

de l’avant-bras ouvert trois quarts d’heure auparavant. Le pus a été maintenu tiède, et ne s’est pas coagulé. Une incision est pratiquée a la partie moyenne droite de l’abdomen; on attire au dehors un anse d’intestin, et on pratique une première injection dans une veine mésentérique. Après cette première injection, le chien, qui jusqu’alors avait été très-indocile, ne remue plus. Comme on ne peut réintroduire la canule de la seringue dans la même veine, on en ouvre une seconde, et on achève l’injection. L’hémorrhagie n’ayant pu être arrêtée par la torsion des vaisseaux, on applique deux ligatures; l’intestin et l’épiploon sont replacés dans l’abdomen, et trois points de suture maintiennent en contact les bords de la solution de continuité des parois abdominales.

Le chien délié et posé à terre sur ses pattes reste immobile et comme hébété; il paraît très-faible; chassé, il marche difficilement, chancelle, et fait des chutes fréquentes.

A neuf heures du matin. — Le train de derrière est vacillant, la respiration devient fréquente (soixante inspirations à la minute); il y a eu de violents frissons et des évacuations alvines. Le chien se couche et halte d’une manière intermittente; sa langue est pendante, un liquide visqueux s’écoule de sa gueule; l’œil est très-brillant, et l’agitation continuelle.

A onze heures du matin. — Environ une once de sang s'est écoulée de la plaie de l’abdomen , la respiration est très-gênée ; les inspirations sont séparées par d’assez longs intervalles.

Le chien paraît excessivement faible; il se traîne deux ou trois pas, et reste couché sur le ventre.

A midi. — La respiration est très-gênée; la tête est

renversée sur le sol, les oreilles sont dressées 5 le chien agonise-, respiration râlante.

Mort à midi et demi.

Autopsie. — Une petite portion de l’épiploon fait saillie entre les lèvres de la plaie; 30 grammes environ de sang sont épanchés dans l’abdomen; aucune trace de péritonite. Sur l’intestin grêle s’élève un cæcum intestinal anormal, maintenu en spirale par du tissu graisseux, et du calibre de l’intestin. Cette espèce de cæcum a environ 22 centimètres de longueur; le cœur n’offre rien de remarquable, les poumons présentent sur leurs bords des taches ecchymotiques indurées de largeur variable; quelquesunes ont le diamètre d’une pièce de 50 centimes, et sont de véritables hépatisations. Le poumon droit est pâle, et offre sept taches sur ses bords; elles sont semi-transparentes ; incisées , elles laissent écouler de la sérosité rougeâtre ; l’intérieur du parenchyme offre des noyaux indurés • de la grosseur d’un pois ordinaire. La surface du poumon est inégale; et présente de petites élevures emphysémateuses; pas de tubercules, ni de foyers purulents.

Le poumon gauche est fortement congestionné; ses bords offrent douze taches ecchymotiques hépatisées ; une a la dimension d’une pièce d 'un franc; elles contiennent le même liquide que les précédentes, et ont le même aspect; la surface est aussi bosselée d’élevures emphysémateuses; le parenchyme contient trois noyaux comme ceux du poumon droit; ni tubercules, ni pus, quelques points blancs sous la plèvre viscérale.

Le foie est congestionné, et 11’offre aucune altération. Les reins n’offrent rien d’anormal.

Nous nous étions proposé, en faisant l'injection d’une

EXPÉRIENCES

aussi grande quantité de pus par les veines mésaraïques, de rechercher si le foie n’offrirait pas dans ce cas plus d’altérations que les poumons.

On pouvait supposer que les globules du pus s’arrêtaient dans les premières anastomoses capillaires qu’ils avaient à traverser, et la plus grande fréquence des abcès métastatiques pulmonaires se fût expliquée facilement, dans cette hypothèse, parle développement très-supérieur du système veineux général comparé au peu d’étendue des ramifications de la veine porte.

On devait remarquer encore, indépendamment de ces conditions, la plus grande fréquence des suppurations corrélatives au premier de ces systèmes.

Un des moyens d’éclairer cette question , en la supposant pendante, était de pratiquer des injections de pus dans les veines dont le sang traverse le foie avant de se rendre au cœur, et cette expérience dont nous avons rapporté les détails, ne nous montra aucune altération particulière du tissu hépatique, tandis que les poumons étaient le siège d’emphysèmes partiels d’ecchymoses et d’indurations sanguines très-prononcées.

Il n’est pas douteux qu’il n’existe des causes spéciales du développement des abcès métastatiques des poumons ou du foie. Sur vingt cas de suppurations du poumon on en trouve 'a peine un de suppuration du foie, et jusqu'à ce jour personne n’a pu indiquer la raison de ces différences. Serait-ce que les capillaires du foie se laissent plus aisément traverser par les globules du pus que ceux du poumon? L’inflammation suppurative de ce dernier organe serait-elle plus prompte que celle du premier? Devrait-on admettre qu’il faut au pus des caractères propres pour abcéder le foie? Nous pencherions assez vo-

lontiers vers cette dernière opinion, en nous rappelant avoir particulièrement rencontré des abcès métastatiques du foie dans le cas où le pus provenait d’ostéites supputes; mais nous n’oserions rien atïirmer ici à cet égard. Le seul fait remarquable et saillant sur lequel il nous importe d’insister en ce moment, c’est que le pus injecté dans les veines mésaraïques donna exactement lieu aux mêmes altérations appréciables que s’il eût été introduit dans la jugulaire, et le foie ne parut nullement faire obstacle à son passage et a son arrivée aux poumons.

Dix-neuvième expérience.

Injection de 10 grammes de pus , Je même que celui de l’expérience n° 17, dans la veine jugulaire droite d’un chien danois, pesant 16 kilogrammes (11 avril 1845, trois heures et demie du soir). L’animal a été tué cinq heures après.

A la suite de l’injection, anhélation, frissons, évacuations alvines, vacillation du train postérieur, refus des aliments et des boissons, immobilité, accélération de l’acte respiratoire. L’animal a été tué d’un seul coup de marteau sur la tête cinq heures après.

Nécroscopie, le 12 avril, à quatre heures du soir. — Le poumon est très-injecté, parsemé d’une foule de saillies emphysémateuses, tranchant, par leur élévation et leur teinte blanchâtre, avec la couleur foncée du reste de l’organe.

Tache noirâtre ovalaire, ou plutôt lozangique, de 3 millimètres de diamètre, sur le bord d’un des lobes droits. Surface des bords mamelonnée et blanchâtre, comme

EXPÉRIENCES. 105

s'il y avait la une série en chapelets de petits dépôts purulents.

Ces saillies offrent un point central ecchymotique, et de l’emphysème à l’entour ; elles ont de 4 à 6 millimètres de diamètre.

Au lobe supérieur gauche, quelques vésicules transparentes à la surface 5 on dirait de très-petites granulations tuberculeuses. Lobe inférieur gauche, jaunâtre, par places un peu verdâtre et brunâtre.

Foie très-injecté, noirâtre, vésicule distendue.

Nous rencontrâmes vers le bord des lobes pulmonaires une véritable infiltration purulente que nous n’avions encore observée dans aucune autre expérience. Quelquesunes des ecchymoses semblaient un commencement d’induration des saillies emphysémateuses , et nous verrons bientôt cette transformation s’accomplir sous nos yeux de la manière la plus évidente.

L’apparence que nous avons signalée de petits dépôts purulents disposés en chapelets, est un fait qui se lie au précédent et paraît dépendre des mômes causes.

Les élevures emphysémateuses qui suivent toujours les injections de pus, et dont nous avons rapporté l’origine a la présence des globules purulents, faisant obstacle au passage de l’air, présentent au microscope un mélange de ce dernier fluide avec du pus en nature et quelques globules de sang. Lorsque les altérations font des progrès, chaque lobule emphysémateux s’indure en conservant ordinairement une coloration d’un gris jaunâtre qui en révèle la suppuration, et un peu plus tard l’abcès est formé et offredu pus parfaitement caractérisé. Il semblerait, dans ce cas, que l élément sanguin a fait en partie défaut, ou

au moins a été très-peu appréciable 5 disposition absolument contraire au.v transformations ecchymoliques, qui ne deviennent purulentes qu’après avoir passé par l’induration rouge. Il y aurait, pour ainsi dire, les deux formes d’abcès chauds ou froids que nous retrouvons dans toute l’économie , et qui ne semblent différer entre eux que par la quantité relative et proportionnelle de l’élément sanguin. On sait que ces deux sortes de suppurations peuvent se produire avec une égale rapidité, dans beaucoup de cas , et on les observerait dans les poumons développés simultanément, selon que le pus venu du dehors serait primitivement entouré d’un épanchement d’air ou d’un épanchement de sang.

Vingtième expérience.

Injection de 7 grammes de pus gangréneux , à sept heures du matin, sur un chien pesant 10 kilogrammes (1 5 mars 1845). Mort à midi.

Injection par la veine jugulaire externe droite de 7 grammes de pus, provenant d’un abcès gangréneux des couches musculeuses postérieures et latérales du cou, et recueilli sur un cadavre, en raclant les surfaces du foyer purulent avec un scalpel. La matière est délayée dans environ 10 grammes d’eau ordinaire, et le mélange débarrassé de tous grumeaux est injecté en deux fois avec une seringue ordinaire à injections.

Le chien délié et posé à terre sur ses pieds, reste un moment immobile, puis après quelques contractions des parois abdominales; il expulse spasmodiquement des matières stercorales ; il est immobile, tressaille et frissonne;

EXPÉRIENCES

bientôt sa respiration s’accélère, cl il halte; alors il se couche sur le ventre, il a des envies de vomir et se consume en vains efforts; il va se coucher dans la neige; l’œil est brillant, la respiration accélérée jusqu’à onze heures ; alors commence l’agonie ; le chien est couché sans autres mouvements que les contractions respiratoires des parois abdominales; de temps en temps légers efforts de vomissement; il n’a ni bu , ni mangé, et meurt à midi.

Autopsie. — Les poumons sont couverts d’élevures emphysémateuses ; il y en a de très-volumineuses au milieu desquelles on voit distinctement les vésicules pulmonaires distendues; il y a des plaques striées d’un blanc mat; d’autres sont comme un canevas de même couleur; incisées, il n’en sort que de l’air. Les bords pulmonaires présentent plusieurs taches ecchymotiques indurées. La circonférence en est d’un rouge foncé, et l’intensité de la couleur diminue à mesure que l’on approche du centre, qui est d’un rouge pâle translucide. Distension considérable des vaisseaux pulmonaires et des cavités droites du cœur, par un sang noirâtre.

S’il pouvait rester quelques doutes sur les différences symptomatiques produites par les variétés du pus injecté, ce fait devrait servir à les dissiper. La quantité du liquide (7 grammes) était très-faible; le chien était assez fort et développé, et cependant il succomba en cinq heures, après avoir présenté les signes d’une intoxication générale des plus profondes. Ce fut l’asphyxie qui détermina la mort, comme nous l’avons déjà vu fréquemment; mais les poumons offraient les traces évidentes d’altérations locales assez étendues, pour expliquer très-clairement ce résultat.

i 08 INFECTION PURULENTE OU PYOÉMIE.

Le sang examiné au microscope ne laissa apercevoir aucune trace de globules de pus ; mais ses globules propres paraissaient crénelés, rapetissés, déformés dans différents sens, et la moitié d’entre eux avait a peine conservé des contours réguliers. Nous n’accordons pas du reste beaucoup d’importance a ces modifications, trop variables pour les rattacher a des causes fixes et déterminées.

Vingt et unième expérience.

Injection de 6 grammes de pus , mêlé à 25 grammes d’eau ordinaire, dans la veine jugulaire droite d’un chien blanc, de race alsacienne ou chacalienne (7 avril 1815, à midi et demi). Mort huit heures après.

Même pus que celui de l’expérience précédente; seulement la proportion d’eau était plus forte; opération prompte et facile, anhélation, diarrhée, refus de boissons et d’aliments. Mort le même jour, a huit heures du soir.

Autopsie, le 9 avril, a deux heures de l’après-midi. — Cœur, foie, gorgés de sang. Le foie est ramolli, et se laisse déchirer avec une grande facilité.

Trois taches noirâtres , arrondies comme ecchymotiques, présentant à leur centre un noyau grisâtre, se voient sur la face inférieure du lobe médian ou de spigel du foie.

Poumons parsemés d’une foule de petits points emphysémateux; mais peu ou point saillants. Un grand nombre de taches verdâtres existent â la surface et aux tranches des lobes pulmonaires; le lobe inférieur du côté droit offre des saillies granuleuses, emphysémateuses, et dans une étendue do 6 centimètres une coloration d’un gris ver-

EXPÉRIENCES

dàlre, qui tranche avec la coloration rouge des parties environnantes.

La face inférieure du lobe gauche offre la même coloration étendue sur la tranche antérieure, et remontant en avant a la hauteur de 10 à 15 millimètres. Points noirs, bruns et grisâtres dont quelques-uns sont comme froncés à leur circonférence. Sur plusieurs on distingue un noyau central d'une teinte un peu plus claire, grisâtre, qui semble formée par le dépôt primitif d’une gouttelette de pus.

Examen microscopique. — Le sang recueilli dans les veines et l’oreillette gauche du cœur renfermait des globules transparents, qui ont semblé à M. le docteur Piuef, des globules de pus. Les mêmes globules existaient au centre des taches pulmonaires précédemment décrites.

Huit heures avaient suffi dans ce cas, pour que les altérations pulmonaires prissent un caractère purulent assez tranché. L’élément sanguin faisait presque partout défaut-, mais nous devons garder beaucoup de réserve â cet égard 5 il nous est arrivé d’observer des poumons criblés d’ecchymoses très-apparentes au moment de la mort, et le lendemain, lorsqu’on voulait en faire prendre un dessin colorié, on s’apercevait qu’elles avaient disparu, et on n’en retrouvait même pas quelquefois de traces. Les indurations persistent, et ce sont seulement les nuances superficielles qui présentent de pareils changements. Je n’insiste pas sur la présence du pus dans le sang des veines et de l’oreillette du cœur; je me borne à signaler le fait sur lequel nous reviendrons bientôt, en le confirmant par de nouvelles preuves.

Vingt-deuxième expérience.

Injection de 2 centimètres cubes de pus mêlé à de la sanie, provenant d’abcès métastatiques développés dans le lobe inférieur du poumon droit d’un homme mort de pyoémie trois jours auparavant (30 avril 1843, à trois heures et demie du soir). Mort dans la nuit.

Le liquide privé de caillots et de grumeaux, et mêlé a 2 centimètres cubes d’eau ordinaire, est injecté par la veine fémorale droite d’un jeune chien alsacien, pesant 4 kilogrammes. L’opération est promptement terminée, et le chien délié paraît éprouver une grande prostration de forces; la démarche est vacillante, et le train postérieur oscille à droite et a gauche, et semble traîné plutôt qu'il n’aide a la marche. Le chien ne prend ni aliments, ni boissons; il a de fréquentes horripilations et la respiration très-accélérée; il meurt dans la nuit.

Autopsie, le 1er mai, à huit heures du matin. — Le cœur droit et les vaisseaux veineux qui s’y rendent sont gorgés de sang noir; les artères et les veines pulmonaires sont aussi remplis de sang.

Les poumons offrent dans leur ensemble une teinte rosée claire.

Le bord inférieur du lobe supérieur du poumon droit présente depuis l’origine des bronches sur la face inférieure de sa scissure une longue tache d’un gris blanchâtre, parsemée de points rouges et noirs , s’étendant à la moitié du bord du poumon ; à l’origine des bronches elle a 2 centimètres de largeur; au milieu du lobe elle en

EXPÉRIENCES

a 5, et va, en se rétrécissant, vers le bord postérieur qu’elle embrasse complètement dans sa moitié inférieure. Tout près de l’origine des bronches, la partie supérieure de cette tache est séparée de l’inférieure par un vaisseau qui la traverse obliquement de bas en haut, et a une couleur blanche semblable à celle des vaisseaux vides de sang.

Le bord supérieur du lobe inférieur présente une tache semblable 'a la première, moins étendue, correspondant a la précédente.

Le petit lobe médian offre à son bord inférieur une tache ecchymotique triangulaire, d’une teinte noirâtre, occupant toute l’épaisseur du poumon, mais sans indurations.

Le lobe supérieur du poumon gauche présente, à partir des bronches et s’étendant le long du bord inférieur, une tache de 12 centimètres de longueur sur 3 de largeur d’une couleur grise jaunâtre, occupant tout le bord inférieur du poumon et ne s’étendant pas au delà.

Toute la partie moyenne de ce lobe est envahie par une tache triangulaire à sommet tourné vers l’origine des bronches, offrant une teinte grise parsemée de points noirs, et en offrant quelques-uns d’un blanc jaunâtre qui semblent formés par du pus. Le bord inférieur offre une tache ecchymotique qui fait la séparation de la tache grise d’avec le tissu sain. La base du lobule présente une élevure emphysémateuse du volume d’une grosse fève; les cellules distendues crépitent 'a la pression.

Le lobe inférieur offre aussi une tache grise noirâtre, prenant comme les autres son origine aux bronches; mais elle est moins étendue que les précédentes. Toutes ces taches incisées ne laissent écouler que du sang, si

on presse le parenchyme entre les doigts, nn peu de matière jaunâtre assez semblable à du pus s’écoule unie au sang.

Le foie présente quelques taches pâles, contrastant avec la couleur rouge uniforme du reste de l’organe. Ces taches du diamètre de 1 â 3 centimètres se prolongent dans l’intérieur du parenchyme à la profondeur de 2 à 3 centimètres sans traces d’abcès ni d’induration : le tissu constituant la tache est cependant un peu plus mou.

Pas d’emphysème sur les bords des poumons 5 les taches décrites sur ces organes ne s’étendent pas en profondeur à plus de 1 centimètre.

Le pus dont on s’était servi pour pratiquer l’injection était, comme nous l’avons dit, mêlé a de la sanie, sorte de détritus organique , enveloppant l’abcès avant d’en faire complètement partie. Les effets toxiques de ce liquide furent très-prononcés, et entraînèrent la mort au bout de dix-huit a vingt heures environ. Les principales altérations du poumon furent celles d’une induration fort étendue. Ne devons-nous pas admettre une véritable transformation des plaques emphysémateuses en une sorte d’hépatisation produite par l’action du pus injecté. Les phénomènes avaient été en s’aggravant, puisqu’ils s’étaient terminés par la mort , et les lésions anatomo-pathologiques avaient du suivre la même progression. Nous observâmes également un changement d’aspect et de consistance dans les taches ecchymotiques précédemment signalées. Lorsque la mort est rapide, on aperçoit un point noir au centre de la tache, et une coloration rouge et décroissante au pourtour. Mais si la vie s’est prolongée davantage, le point noir central devient grisâtre, puis jaune, fait saillie

EXPÉRIENCES

et représente un petit dépôt purulent très-distinct, qui s’étend et s’agrandit aux dépens des tissus indurés environnants. Ce furent les premiers degrés de ces modifications morbides que nous eûmes l’occasion de constater, et ils nous conduiront a mieux juger les périodes ultérieures des phénomènes que nous étudions.

Vingt-troisième expérience.

Injection de 15 grammes de pus de bonne nature, mêlé à autant d'eau ordinaire , dans la jugulaire gauche d’une chienne griffonne, pesant 5 kilogrammes (18 mars 1845, neuf heures trois quarts du malin). L'animal est sacrifié le lendemain.

Injection de 15 grammes de pus de bonne nature , provenant d’un abcès aux testicules, ouvert deux heures avant l’injection -, le pus est mêlé a partie égale d’eau ordinaire, et débarrassé de tous grumeaux, ce qui est facile, car il n’avait pas eu le temps de se coaguler, et il n’y avait que le sang qui y était mélangé qui s’était pris en caillots filamenteux.

L’injection est faite par la jugulaire externe gauche avec une seringue ordinaire à injection.

La chienne n’éprouve pas beaucoup de malaise-, elle a quelques frissons ; vue a onze heures, elle a eu des déjections par en haut et pareil bas-, elle est couchée, si on la fait lever, elle marche, mais paraît éprouver de la gêne dans les mouvements des membres postérieurs. On l’étrangle le lendemain.

Autopsie. — Ecchymoses et emphysème a la superficie

et aux bords des poumons -, taches blanches au foie et sur

i 14 INFECTION PURULENTE OU PYOÉMIE.

le côté gauche du conduit cystique. Congestion veineuse très-considérable cardio pulmonaire.

Le pus était séreux et de bonne nature, renfermant par conséquent moins de globules qu’un pus plus concret, et ne contenant aucune parcelle de matière organique étrangère. Les effets toxiques furent peu marqués, et la mort de l’animal eut seulement pour but d’apprécier l’étendue et la gravité des altérations, qui se trouvèrent réduites aux plaques emphysémateuses et aux taches ecchymotiques, que nous avons déjà tant de fois signalées.

L’urine examinée avec soin dans une éprouvette, où on l’avait recueillie, déposait une matière blanchâtre qui offrait a la vue la plus grande analogie avec du pus mêlé à de l’eau.

Cette matière soumise 'a l’inspection microscopique présente une multitude de lamelles épithéliales, et une innombrable quantité de zoospermes, provenant probablement de l’incision faite â la vessie sur le trajet des voies séminales. Nous aperçûmes aussi beaucoup de granules et des globules assez semblables à ceux du pus; ce dernier fait était trop important pour ne pas nous engager à de nouvelles recherches sur l’urine des animaux soumis à nos expériences. Mais nous ne pûmes le confirmer en aucun cas.

Cet aspect purulent des urines n’en est pas moins remarquable en ce qu’il explique facilement l’erreur des pathologistes qui ont si souvent parlé des dépôts de pus dans les urines et des urines critiques purulentes.

Vingt-quatrième expérience.

Injection de 10 grammes de pus dans la jugulaire d'un chien pesant 15 kilogrammes (7 avril 1845, midi et derni). Mort le 8 avril.

Le pus provenait d’un vaste foyer existant depuis longtemps a la jambe d’un enfant couché a la clinique de la faculté, et atteint d’ostéite suppurée.

Le liquide avait été recueilli le 5, et avait une grande fétidité 5 ce caractère coïncidait avec une fluidité parfaite, et une couleur d’un gris bleuâtre-, la quantité de pus injecté (10 grammes) avait été mêlée à une quantité double d'eau ordinaire; l’injection fut faite très-lentement, et l’animal ne paraissait pas très-souffrant immédiatement après. Cependant il ne tarda pas â présenter de l’anhélation , un grand abattement, et il mourut le 8 avril à midi, vingt-quatre heures après l’injection , sans avoir pris aucune nourriture, ni aucune boisson.

Autopsie, le 9 avril a une heure après midi. — Les vaisseaux pulmonaires, le cœur, le foie, sont gorgés de sang noir.

Tous les lobes pulmonaires sont parsemés de taches blanchâtres, variant en volume depuis un simple ponctué jusqu’à des diamètres de 10 à 15 millimètres. Toutes ces taches examinées constituent des élevures plus ou moins saillantes à la surface des poumons, et ces élevures sont manifestement emphysémateuses; il semblerait qu’un lobule pulmonaire ayant été insullé, le sang en ait disparu d’où résulteraient les colorations blanchâtres que je signale. Ces élevures emphysémateuses sont eif très-grand nombre sur les poumons; mais elles existent particuliè-

rement vers les bords où elles représentent des taches allongées plus saillantes et inégales.

Quelques-uns de ces points emphysémateux semblent tendre a l’induration ; alors les bulles d’air sont moins distinctes; il y a moins d’élévation, et le tissu est beaucoup plus dense; nous trouvons même quelques taches où l’induration est complète, et dans ce cas rélevure emphysémateuse n’existe plus.

Outre les taches blanchâtres on en rencontre de noirâtres, comme ecchymotiques, au centre de plusieurs desquelles se voit un point blanchâtre, qui paraît un commencement de suppuration. , .

Nota. — Nous ferons remarquer que la plupart des points blanchâtres emphysémateux que nous avons décrits, ressemblent parfaitement, au premier coup d’œil, à de petits abcès disséminés sur les tranches pulmonaires, complètement semblables à ce que l’on observe chez les hommes atteints d'infection purulente.

On croirait apercevoir un noyau purulent, ayant intercepté la circulation sanguine, et produit la distension par l’air de quelques vésicules pulmonaires environnantes. On n’observe rien de particulier au foie, le sang exprimé des poumons, et étendu dans une assiette, était très-noir; il a évidemment rougi par son exposition â l’air.

Cette observation confirme tous les faits que nous avons déjà exposés, sans en présenter de nouveaux On devait le prévoir, puisque les conditions de l’expérience étaient restées analogues, sous le rapport du liquide employé, de la nature de l’animal et du temps pendant lequel il avait vécu.

Il est probable que l’altération fétide du pus compensa,

EXPÉRIENCES

jusqu’à un certain point, le petit nombre des globules, et que l’effet toxique général résulta de la double influence de la putridité du liquide et de la présence des globules de pus.

Nous avons souvent examiné la coloration du sang des pyoémiqucs, et, dans quelques cas, nous l’avons trouvé moins rouge qu’à l’état normal.

Quelques auteurs avancent que cet état dépend de la constitution môme du sang, qu’ils supposent vicié et impropre à une hématose complète. Nous croyons cette opinion mal fondée. Dans tous les cas où nous avons mis du sang de pyoémique en contact avec l’air atmosphérique, nous l’avons toujours vu devenir d'un rouge aussi vif que du sang provenant d’un individu sain.

Le défaut d’hématose nous paraît seulement tenir aux altérations pulmonaires, qui rendent la respiration insuffisante. Le sang provenant des piqûres des sangsues ou des plaies, est alors d’une coloration plus foncée qu’à l’état normal; mais il reprend ses caractères de sang rouge aussitôt qu’il a subi l’action de l’air ambiant.

Vingt-cinquième expérience.

Injection de 15 grammes de sanie rougeâtre et fétide, retirée de V abcès ouvert au cou du chien, objet de V expérience n° 32. L’injeclion est faite dans la jugulaire droite d'un chien blanc alsacien, pesant 8k,500 (19 avril 1845). Mort dans la nuit du 20 au 21 .

Après l’opération faite à une heure de l’après-midi , le chien se couche dans la cour au soleil; chassé, il se lève difficilement; le train postérieur paraît très-fatigué; cependant peu à peu les mouvements deviennent plus libres ,

et l’animal se réfugie sous un escalier sur la paille; respiration accélérée.

Mort dans la nuit du 20 au 21 .

Autopsie, le 21, à midi. — La veine jugulaire, dans laquelle l’injection a eu lieu , est saine.

Les poumons sont parsemés de taches nombreuses , saillantes, d’un diamètre variable, mais plus volumineuses en général qu’elles n’ont encore été rencontrées. Quand on presse le poumon entre les doigts, on le sent criblé de noyaux d’induration très-résistants ; ces noyaux donnent le sentiment de dureté du volume d'une tête d’épingle à celui d’une noisette. Les taches varient, selon leur coloration, en noires, ayant des points blancs centraux ou latéraux, et en grisâtres, ayant des points centraux encore plus pâles.

Quelques-unes ressemblent tout à fait â une pustule remplie de pus, ombiliquée, avec teinte moins transparente au centre. Quelques taches ouvertes ont laissé voir du sang qui s’écoulait librement sous l’eau, et on apercevait, semées dans le milieu de l’induration, des parcelles grisâtres, semblables â de la matière tuberculeuse suppurée. La plupart des taches étaient coniques et saillantes â la surface pulmonaire.

Quelques-unes avaient l’aspect d’une vésicule grisâtre.

Les ecchymoses ou taches ecchymotiques noirâtres ont des points centraux grisâtres et plus clairs : le contraire a lieu sur les taches d’un gris blanchâtre, les points centraux sont plus foncés.

Le cœur est gorgé de gros caillots de sang noirâtre, sans séparation de fibrine.

Foie engorgé, parsemé de larges bandes foncées. Aucune tache ni trace d’abcès.

EXPÉRIENCES

L’animal avait vécu environ quarante heures, et avait offert des symptômes de plus en plus graves, jusqu’au moment de la mort. Nous devions, en conséquence, observer des altérations plus marquées et plus profondes , prévision que l’autopsie vint confirmer.

Il eût été impossible pour les esprits le plus prévenus de ne pas voir dans les noyaux indurés des poumons des abcès métastatiques en pleine voie de formation , et déjà quelque peu ramollis en différents points. Il y avait loin sans doute de cet état à des collections de pus; mais il n’était pas douteux que nous en avions sous les yeux les premières périodes.

Nous pouvons déjà faire remarquer qu’aucun expérimentateur ne paraît avoir jamais déterminé des abcès métastatiques comparables à ceux de l’homme sur les animaux auxquels on injectait une plus ou moindre quantité de pus, comme nous l’avons fait jusqu’à présent. Il faut d'autres conditions pour obtenir ce résultat , ainsi que l’établiront plusieurs de nos observations subséquentes.

Vingt-sixième expérience.

Injection, à huit heures trois quarts du malin, de 22 grammes de pus très-fétide dans la jugulaire droite du chien soumis à Vune de nos premières expériences (10 mars 1843). L’animal est mis à mort le quatrième jour.

Ce chien a considérablement maigri depuis la première injection de pus. 22 grammes de pus très-fétide, provenant d’un plegmon diffus du cou , avec gangrène du tissu cellulaire, ouvert depuis onze jours , et maintenu à une

douce température, pour qu’il ne se coagule pas, est injecté dans la jugulaire droite.

Après l’injection le chien est très-faible*, le train de derrière est le siège d'une semi-paralysie; l’animal a la respiration un peu plus accélérée; il se couche, recherche la chaleur et ne se lève pas; lorsqu’on le chasse, il se plaint et veut mordre; il ne mange ni ne boit.

11 Mars. — Même état d’affaiblissement; cependant le chien prend un peu de nourriture , la soif n’est pas trèsintense.

13 Mars. — La faiblesse est toujours très-grande et le chien ne mange pas autant qu’avant l’opération.

Page 1