Mars. — Mieux marqué. On sacrifie le chien
Autopsie. — On trouve en abondance sur les bords et dans le parenchyme pulmonaire des plaques emphysémateuses fort larges (aaaa, pi. I), entremêlées de points indurés. Quelques-uns disséminés a la surface des lobes du poumon offrent à leur centre de petits noyaux transparents (bbb, même planche) du volume d’une grosse tête d’épingle, ressemblant a des grains de sagou cuit, et que nous devons considérer comme des traces d’épanchements ecchymotiques en voie de résolution.
La surface pulmonaire présente peu d’élevures emphysémateuses, et on observe de petits points blancs sur les côtés de la vésicule biliaire; le foie offre également des points blancs qui ont l’apparence de petits abcès.
Il nous paraît évident que le chien qui fait l’objet de cette expérience, était en voie du guérison au moment où il fut sacrifié. L’appétit et les forces reparaissaient, et nous avons rapporté trop d’exemples de ces retours à la santé, pour que celui-ci puisse surprendre et être révoqué en doute.
EXPÉRIENCES
La quantité de pus injecté était considérable (22 grammes); le liquide était extrêmement fétide; l’animal , en outre, était déjà affaibli par une première pyoémie dont il s’était rétabli. Ces circonstances aggravantes devaient inspirer un pronostic fâcheux, et cependant l’événement trompa notre attente.
Nous ne cherchâmes pas, dans ce cas , à constater les progrès qu’avaient faits les altérations pulmonaires pendant les quatre jours que dura la vie, car il était certain que les lésions appartenaient, comme les symptômes, à une période de décroissance. Nous nous proposâmes d’examiner les phénomènes de résolution et de disparition des noyaux ecchymotiques et emphysémateux que nous avions tant de fois déjà rencontrés.
Notre attente fut pleinement justifiée; car il sera incontestable pour tous ceux qui auront lu avec un peu d’attention le récit de nos expériences précédentes que les altérations avaient été beaucoup plus prononcées le premier et le deuxième jour qui suivirent l’introduction du pus.
Nous ne trouvâmes plus que des traces peu apparentes d'engorgement et d’emphysème , et quelques granulations transparentes indiquant peut-être la liquéfaction que subissent les globules de pus pour être résorbés et disparaître.
Plusieurs faits se succèdent et s’enchaînent ici d’une manière tellement forcée que l’on ne saurait en méconnaître la réalité et l’importance. Il est certain que des globules de pus ont été déposés dans l’arbre vasculaire des poumons. Ces globules y ont déterminé les désordres que nous connaissons; puis globules purulents, épanchements sanguins et produits inflammatoires ont spontanément disparu.
Tel a été le mécanisme de celle résoluiion. Il nous paraît évident que les globules de pus ont été désagrégés, liquéfiés et résorbés sur place, et que leurs éléments auront été éliminés de l’économie. Questions capitales dans l’histoire de la pyoémie et sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir.
Vingt-septième expérience.
Injection de 2 centimètres cubes de pus altéré et fétide dans
la veine crurale d’un chien pesant 5 kilogrammes. Mort
au bout de huit jours (20 novembre 1844).
Injection de 2 centimètres cubes de pus, provenant d’un abcès à la cuisse, ouvert depuis trois semaines. Ce pus, gardé vingt-quatre heures dans une bouteille, est infect, épais, verdâtre, assez homogène; nous le mêlons à 4 centimètres cubes d’eau distillée avant de l’injecter.
L’animal, immédiatement après l’injection, a éprouvé un frisson violent, et a offert des signes d'affaiblissement paralytique du train postérieur.
Il a refusé tout aliment pendant les huit jours qui ont précédé sa mort, et n’a pris un peu d’eau qu’au bout de quatre jours.
Il a toujours évité de se tenir dans des chambres chauffées, et est resté nuit et jour à l’air dans la cour, malgré un froid très-vif, couché sur des feuilles desséchées.
Mort le 27 dans la journée.
Autopsie. — Organes digestifs très-sains, â l’exception de quelques centimètres de l’intestin grêle qui étaient un peu noirâtres.
Poumons parfaitement sains, cinq ou six granulations transparentes, de la grosseur d’une petite tête d’épingle,
EXPÉRIENCES. 123
sous la plèvre viscérale vers le milieu du poumon droit.
Cœur rempli de caillots fibrineux a droite, du sang noir cailleboté a gauche.
Gangrène et destruction putrilagineuse du tissu cellulaire et musculaire de la cuisse droite 5 fétidité extrême.
Il paraît certain que l’animal a succombé à la gangrène de la cuisse, ayant son point de départ dans la plaie faite pour l’injection.
Cependant des phénomènes primitifs avaient indiqué l’influence toxique du pus injecté, puisque le frisson, l’horripilation , la semi-paralysie du train postérieur, la gêne de la respiration, avaient été instantanés après l’injection du pus.
Toutefois, aucune trace d’abcès ni de désordre intérieur n’ayant été rencontrés, nous devons supposer que l’animal se serait remis sans la gangrène locale, développée probablement sous la double influence de l’opération et de l’altération des liquides de l'économie, produite par l'introduction d’un pus putréfié.
La comparaison de cette observation avec la précédente nous paraît très-instructive par la décroissance marquée des altérations anatomiques déterminées par la pyoémie. Dans l’expérience n°26, l'animal avait été mis a mort le quatrième jour, et déjà les plaques emphysémateuses et ecchymotiques que nous avions toujours rencontrées dans le cas où les symptômes avaient présenté de l’aggravation, avaient beaucoup perdu de leur développement. La résolution partielle en était manifeste, mais encore p.eu avancée, tandis qu’elle était presque complète sur l’animal qui fait l’objet de l’expérience n° 27, et chez lequel la vie s’était prolongée pendant huit jours.
Nous no nous sommes pas borné a la recherche de la série des désordres anatomo- pathologiques qui déterminent une terminaison funeste.
Les premières expériences ont prouvé la curabilité de la pyoémie, et les deux dernières ont montré par quels retours successifs les altérations disparaissaient pour faire place au rétablissement normal des tissus lésés, en même temps que la convalescence et la guérison faisaient des progrès proportionnels.
Vingt-huitième expérience.
Injections de 37 grammes de pus en deux fois sur une
chienne noire épagneule, pesant 6k,300 (23 avril 1843,
neuf heures du matin). Mort le même jour.
La veine jugulaire gauche mise a découvert, on y injecte 13 grammes de pus, provenant d’un abcès au cou, ouvert deux heures auparavant. La chienne reste couchée après l’injection; elle est triste, et ne prend ni aliments, ni boissons ; revue à deux heures après midi , elle semble aller mieux, et marche assez volontiers , la respiration est cependant plus accélérée.
Deux heures. — On injecte 22 grammes de pus, provenant d’un abcès à la jambe; l’animal meurt dix minutes après cette dernière injection, qui a été faite par la même veine que celle du matin. Depuis l’injection, l'animal n’a pas cessé de râler.
Autopsie, le 24, à sept heures du matin. — Les poumons sont parsemés â leur surface d’élevures emphysémateuses; les cellules pulmonaires paraissent très-distendues, et leur agglomération offre un aspect blanchâtre ; on ne rencontre ni indurations, ni abcès; les bords des
EXPÉRIENCES
poumons sont tout a fait emphysémateux dans une étendue de 1 a 3 centimètres a partir de la circonférence de l’organe.
Le cœur est gorgé de sang noir.
Le foie, sans altération dans sa couleur, est très-friable.
Nous n’eussions pas rapporté cette expérience, si elle n'avait offert l'importante condition des injections successives. La réflexion doit rendre évident que les pyoémies de l’homme ne dépendent pas du passage dans la circulation d’une quantité quelconque de pus, en un seul temps, et en une seule fois. Les causes sont persistantes, et l’on peut démontrer, comme nous le ferons plus tard, que le pus est incessamment versé dans la circulation chez un grand nombre de malades. Dans ce cas, les symptômes vont en s’aggravant d’une manière constante. Lorsque des arrêts dans la marche des accidents ramènent quelque espoir, le pus a cessé de se mêler au sang-, mais dès qu’il y est versé de nouveau, les symptômes s’exaspèrent et deviennent plus ou moins promptement mortels, selon la quantité et l’intensité toxique du pus mélangé. Il fallait donc, pour déterminer chez les animaux des résultats comparables à ceux que l’on observait sur l’homme, reproduire des conditions morbides analogues, et nous avons cherché à le faire, en répétant les injections de pus à de courts intervalles. Il eût mieux valu, sans doute, établir une injection continue de ce liquide 5 mais dans l’impossibilité d’obtenir ce résultat, nous nous en sommes autant que possible approché.
Du moment où les expériences ont été constituées d après ces idées, nous avons déterminé des effets symptomatiques, et surtout anatomo-pathologiques, complé-
tement analogues à ceux de l’espèce humaine, et nous sommes heureusement sorti de la voie dans laquelle on s’était renfermé jusqu’à ce jour, à l’exception de MM. Castelnau cIDucrest, qui avaient, comme nous, agrandi le cercle de l’observation expérimentale.
Le fait rapporté (expérience 28) pourrait être négligé ou omis en raison de la trop grande quantité de pus injecté; l’asphyxie en fut la conséquence, et nous l’avions déjà observée dans des conditions analogues.
Les expériences suivantes ont une tout autre portée, et nous initieront au mécanisme de la formation des abcès métastatiques, dont nous pourrons étudier toutes les modifications ultérieures.
Vingt-neuvième expérience.
Injections successives de pus. — Mort le deuxième jour après la sixième injection.
Le 14 avril 1845, à une heure et demie du soir, injection de 6 millimètres cubes de pus dans la jugulaire gauche d’un chien pesant 8k,500.
Ce pus avait été retiré d’un abcès fistuleux de la jambe avec dénudation et carie des os, chez un enfant de la clinique. Le liquide recueilli depuis plusieurs jours, et en partie ramassé sur des compresses où il s’était concentré et épaissi par imbibition de sa portion aqueuse, était horriblement fétide, d’une belle couleur blanc-jaunâtre, et avait été mêlé à 6 centimètres cubes d’eau. Une sonde en gomme élastique est laissée à demeure dans la plaie, afin de pouvoir renouveler l'injection à intervalles rapprochés.
Deux heures et demie. — Deuxième injection d’une quantité égale de même pus.
EXPÉRIENCES
Sept heures et demie. — Troisième injection semblable. Le chien a mangé et bu, mais en petite quantité, et a semblé souffrant.
15 avril, neuf heures et demie du matin. — Quatrième injection de 1 centimètre cube du même pus, mêlé à autant d’eau ordinaire.
Une heure et demie. — Cinquième injection de 1 centimètre du même pus, mêlé à autant d’eau.
Sept heures et demie. — Sixième injection, semblable a la précédente. — Mort dans la nuit du 15 au 16.
Autopsie, le 17 au matin. — Foie gorgé de sang, friable, sans abcès.
Poumons d'un rouge très-vif comme du carmin 5 toute leur surface est ponctuée d’un semis assez serré de taches emphysémateuses (aaaa) et ecchymotiques (bbbb, 11g. 2, pl. I); la plupart de ces dernières sont composées de trois zones, l’une centrale blanchâtre; la deuxième, d’un noir brun ; la troisième beaucoup plus large est d’un rouge clair, tendant â se fondre par des nuances décroissantes avec le reste du parenchyme. Une portion des lobes pulmonaires offrait (cc) une teinte verdâtre très-prononcée et un commencement d’hépatisation partielle. Le poumon, mis dans l’eau pendant la journée, avait perdu sa coloration carmin ; le soir, il était par places décoloré, et laissait beaucoup mieux observer les taches noires et blanches, qui étaient entourées d’une sorte de noyau hépatisé; quelques tranches du poumon étaient manifestement indurées. La veine jugulaire ouverte est trouvée injectée en rouge, ainsi que la sous-clavière dont les parois étaient épaissies; la plaie environnant la veine est sanieuse, putride, et le tissu cellulaire voisin renferme sous forme d’abcès une assez grande quantité de pus.
Deux jours et six injections successives d’un liquide fétide et abondamment chargé de globules purulents suffirent pour déterminer des altérations plus profondes qu’aucune de celles que nous avions déjà observées. Des taches ecchymotiques récentes se rencontraient à côté de noyaux d’indurations déjà blanchâtres ramollis et pururents à leur centre, et la production des abcès, dont nous n’avions qu’entrevu jusque-là les phases, se dessinait clairement à nos yeux.
Nous voyons ici se produire un phénomène qui deviendra beaucoup plus appareil t dans les expériences suivantes, et qui semble difficile à expliquer au premier abord. Les ecchymoses et les plaques emphysémateuses dont nous avions remarqué la constance à la suite d’une seule injection de pus, n’existaient plus. On aurait pu croire qu’en multipliant les injections on ferait naître dans les poumons une série de désordres appartenant à des périodes de développement différentes, et qu’à côté d'une lésion récente on apercevrait une autre lésion remontant à une époque plus ancienne. Cette supposition , à priori, vraisemblable, se vérifie fort incomplètement. Au bout d’un certain temps, les altérations les plus avancées prédominent, et les nouvelles quantités de pus introduites dans la circulation semblent entièrement employées à les entretenir et à les aggraver, sans reproduire sur les points restés sains du poumon les premières phases de leur évolution.
La cause de ce fait curieux dépend du siège et de la nature des obstacles apportés au passage des globules du pus. Ces derniers parcourent assez facilement la plus grande partie des vaisseaux capillaires , mais s’arrêtent dans certains points, tantôt en raison de l’étroitesse des
EXPÉIUENCES.
vaisseaux, tantôt parce qu’au lieu de les traverser globule par globule, ils s’y engagent simultanément en trop grand nombre. Ce sont ces points d’arrêts qui deviennent le siège des désordres organiques ultérieurs, et si de nouveau pus arrive aux poumons , il s’y arrête et s’y accumule.
Trentième expérience.
Injections successives de 16 grammes de pus. — Mort après
la sixième injection (19 avril 1845). Chien blanc pesant
10 kilogrammes.
On met à nu la jugulaire externe gauche, et après l’avoir ouverte, on y introduit un bout de sonde en gomme élastique.
19 avril , sept heures et demie du matin. — Première injection de 1 centimètre cube de pus non fétide, mêlé d’autant d’eau ordinaire.
Onze heures et demie. — Deuxième injection , 1 centimètre cube de pus mêlé d’autant d’eau ordinaire. Le chien n’est pas très-souffrant.
Une heure après midi. — Troisième injection, semblable à la précédente 5 le chien est debout, et paraît peu malade.
20 avril , sept heures et demie du matin. — Quatrième injection : 2 centimètres cubes de pus mêlés d’autant d’eau ; le chien a mangé hier soir comme à l’ordinaire. A huit heures, l’animal éprouve un frisson général. Il mange un peu dans la journée; on ne continue pas les injections faute de pus.
21 avril. — La bougie est sortie de la veine jugulaire gauche; la veine s’est coupée, sous la ligature; on introduit un autre bout de sonde dans la jugulaire droite.
Deux heures après midi. — Cinquième injection de \ centimètre cube de pus récent mêlé d’autant d’eau; le chien paraît avoir les mouvements plus gênés.
Trois heures. — Sixième injection de 2 centimètres cubes de pus mêlé d’autant d’eau immédiatement ; le chien fait des mouvements, et se plaint; puis délié et posé à terre, sa démarche est incertaine; il a le dos voûté; il halte, puis il se couche, et paraît souffrir beaucoup; la respiration est très-accélérée.
Mort dans la nuit du 21 au 22.
Autopsie, le 22 a une heure après midi. - Les poumons offrent les mêmes altérations que dans les expériences précédentes, mais a un degré encore plus saillant; on remarque sur un des lobes (fig. 3, pl. I) plusieurs taches ecchymotiques (oaa), dont la plus apparente est formée à son centre d’un point grisâtre et comme purulent; vient ensuite une ligne circulaire noire, puis une ecchymose moins foncée, entourée elle-même d’un cercle rosé d’une teinte plus claire que le reste du poumon. Plusieurs tumeurs (bbb) font saillie a ta surface de cet organe. L’une de ces tumeurs (6è) est formée de plusieurs parties distinctes. La portion centrale consiste en une élevure jaunâtre comme mamelonée, résultant d’une sorte d’infiltration purulente; plus en dehors, cercle de plusieurs millimètres d’épaisseur coloré en noir, puis une ligne circulaire jaunâtre, et comme frangée ou festonnée. On aperçoit également quelques granulations verdâtres (c), qui semblent'a l’œil nu composées de matière purulente pure, sans altération des tissus voisins; on pourrait les comparera des vésicules très-petites, dissociées; on distingue au milieu de ces taches un point noir central très-fin. Sur les autres lobes, on rencontre des altérations semblables.
EXPÉRIENCES
Nous remarquons une grosse tumeur (a, fig. 4, pl. II) ayant sous le doigt le volume d’une forte aveline; elle présente 40 millimètres de diamètre, et est formée dans sa circonférence par une teinte noirâtre ecchymotique, et au centre dans un diamètre de 15 à 18 millimètres par une masse blanchâtre irrégulière.
Quelques-unes des tumeurs grisâtres â leur centre ayant été incisées, ont laissé apercevoir un noyau d’induration d’un jaune verdâtre ramolli au centre, et offrant une évidente suppuration constatée au microscope.
Le foie, gorgé de sang, présentait des tumeurs en apparence formées par du pus dans le lobe de spigel.
Les veines du cou étaient saines.
Les altérations étaient, dans ce cas, assez profondes et assez nettement prononcées, pour ne laisser aucun doute sur l’existence d’abcès en voie de formation, dont la cause directe et immédiate dépendait évidemment du pus injecté. Trois jours avaient sufliâ ce résultat, et l’examen le plus superficiel montrait les transformations successives de l’ecchymose initiale, convertie en un noyau de plus en plus volumineux d’une induration rouge brun, dont le centre tendait au ramollissement purulent, au fur et â mesure que l’hépatisation périphérique faisait de nouveaux progrès. Nous verrons ultérieurement des abcès parfaitement circonscrits et entourés de tissus sains, d’où la supposition que le pus se déposait dans des trames organiques normales, et s’y accumulait sans les altérer. Cette manière de voir nous paraît fausse et erronée. Les dernières phases de la suppuration ne ressemblent pas aux premières, et l’on s’est nécessairement trompé lorsqu’on a voulu conclure des unes aux autres. Au début, l’ecchy-
mose, l’induration congestionnelleet inflammatoire; plus tard l’apparition de la suppuration qui occupe successivement les zones morbides, et semble les convertir entièrement en pus, jusqu’à la limite des parties saines. Ces phases des abcès métastatiques se retrouvent constamment, quel que soit le volume du point suppuré, et il devient facile de comprendre l’erreur des pathologistes qui se sont imaginé que les abcès dont ils voyaient les dernières périodes avaient été tels d’emblée ou primitivement.
Trente et unième expérience.
Injections successives de pus. Mort après la septième injection (14 avril 1845).
Injection de 8 millimètres cubes de pus dans la veine jugulaire gauche d’un chien noir, pesant 9 kilogrammes, le 14 avril 1845, à deux heures après midi. Une sonde en gomme élastique est introduite avec précaution dans la veine jugulaire, et y est laissée à demeure, après avoir été bouchée avec soin. De cette façon on peut renouveler l’injection à volonté.
Sept heures et demie du soir. — Injection de 8 millimètres du même pus.
15 avril, neuf heures et demie du matin. — Troisième injection de 1 centimètre cube de pus, recueilli le matin sur une jambe en suppuration depuis six semaines.
Une heure et demie. — Quatrième injection de 1 centimètre cube de même pus.
Sept heures et demie du soir. — Cinquième injection de 1 centimètre du même pus.
16 avril, onze heures et demie. — Sixième injection de 1 centimètre du même pus.
EXPERIENCES
Deux heures après raidi. — Septième injection de 1 centimètre du même pus.
On a remarqué de violents frissons avec horripilations à la suite de presque toutes les dernières injections de pus. La respiration était haletante, l’animal triste, recherchant l’immobilité et le repos.
Mort dans la nuit du 16 au 17 avril.
Autopsie, le 17, a sept heures du matin. — Foie noir et friable; cœur gorgé de sang; poumons parsemés d’un piqueté noirâtre et de larges tacbes noires (aaaa, lig. 8> pl. III), quelques-unes très-étendues. On apercevait plusieurs taches avec ramollissement grisâtre à leur centre. L’un des lobes (lîg. 6, pl. II) offre un grand nombre de petits abcès en voie de formation (aaa), légèrement saillants sous le doigt, pururents à leur centre, hépatisés â leur circonférence. Dans quelques points ( bb ) la tache purulente centrale n’était pas encore distincte. La veine jugulaire ouverte est rouge lie de vin , remplie d’une sorte de sanie brunâtre, caillots de même nature. Dans la sousclavière, les caillots sont blanchâtres et s’écrasent avec une extrême facilité. Les parois de ces veines sont épaissies, mais encore souples; la plaie du cou était sanieuse et couverte d’une matière purulente rougeâtre.
Cette expérience a donné des résultats semblables â ceux de la précédente, et nous n'avons réellement pas â tenir compte de l’inflammation des veines parcourues par le pus de l'injection , puisque cet état morbide ne paraît pas avoir exercé d’influence prédominante sur la nature, ni la gravité des accidents. S’il n’avait pas été aussi assujettissant de réitérer les injections de pus, nous nous serions borné à en introduire chaque fois quelques décigrammes,
de manière à prolonger beaucoup la vie des animaux , et à les soumettre a divers traitements, après les avoir amenés à des degrés plus ou moins avancés de pyoémie. Ce seraient des expériences curieuses, et qui seront probablement tentées. Nous n’avons pas cru nécessaire de les entreprendre pour le but que nous nous étions proposé, et qui était atteint, dès que nous pouvions établir: ^L’analogie complète de l’infection purulente sur l’homme, et les animaux soumis à nos investigations; 2° l’influence incontestable et déterminante de la présence du pus mêlé au sang sur la production des symptômes et des altérations, appartenant à l’infection purulente; 3° la possibilité de la guérison de la pyoémie.
Trente-deuxième expérience.
Injections successives de pus sur un chien barbet pesant
10 kilogrammes. Mort après la quatorzième injection (14 avril 1843).
Injection dans la veine jugulaire externe gauche, le 14 avril 1843, à trois heures après midi, de 12 millimètres cubes de pus, provenant de l’abcès de la cuisse d’une jeune fille atteinte d’ostéite; pus conservé dans un flacon depuis plusieurs jours.
Une sonde en gomme élastique est laissée à demeure dans le vaisseau, afin de pouvoir renouveler l’injection a volonté.
Sept heures et demie du soir. — Deuxième injection de 2 centimètres cubes du meme pus. Le chien a bu et mangé depuis la première injection, et n’a pas paru trèsindisposé.
15 avril , neuf heures et demie du matin. — 'lroisième injection de 1 centimètre cube de pus recueilli le matin sur une jambe en suppuration depuis six semaines, mêlé d’autant d’eau.
Une heure et demie. — Quatrième injection, 1 centimètre cube de même pus.
Sept heures et demie. — Cinquième injection, idem.
16 avril, onze heures et demie. — Sixième injection, idem.
Deux heures après midi. — Septième injection, idem.
17 avril, onze heures et demie. — Huitième injection, idem.
La patte gauche de derrière est soulevée, et le chien ne s’appuie pas dessus; elle paraît au premier abord traînante.
Cinq heures du soir. — Neuvième injection , idem.
18 avril, neuf heures du matin. — Dixième injection idem. Le chien est couché, et ne peut se lever.
Deux heures après midi. — Onzième injection, idem. Le chien se plaint lorsque le pus pénètre dans la veine. Après l’injection, il marche, et va se coucher dans la cour.
19 avril, sept heures du matin. — Douzième injection. Le chien est couché, et ne peut se lever. On injecte 1 centimètre cube du même pus. La sonde s’étant déplacée, a été réintroduite dans la veine.
Une heure — Treizième injection. Il paraît que la sonde avait été remise à côté de la veine; ce qui sera néanmoins à examiner. Il s’est développé un abcès considérable au-dessus du sternum, a la partie inférieure du cou, et cet abcès, ouvert à une heure, a laissé écouler de fa sanie rougeâtre extrêmement fétide qui a servi à l'expérience n° 25. La jugulaire droite mise â nu, on y place la
sonde, et on y injecte 4 grammes de pus, le même que celui des injections précédentes. Le chien ne paraît pas extrêmement malade, et il marche librement en se servant des pattes de derrière.
20 avril, sept heures et demie du matin. — Quatorzième injection. Le chien est couché dans la cour sur de la paille ; il a les membres étendus et raides 5 on le menace ; il ne se lève pas ; mis sur les jambes, il marche assez bien, quoique d’une manière chancelante et incertaine 5 on lui injecte 1 centimètre cube de pus mêlé d’autant d’eau; il se plaint un peu pendant l’injection: après il se couche. Il a peu mangé hier, cependant il a pris un peu de soupe; il ne paraît pas avoir beaucoup de soif ; sa respiration est très-accélérée.
Huit heures. — Une hémorrhagie assez abondante de sang rouge et rutilant a lieu par la gueule; le chien a une selle de matières dures, puis des envies de vomir et il rejette des caillots volumineux de sang noir. On cesse les injections; l’animal est très-faible.
Mort dans la nuit du 21 au 22 avril.
Autopsie, le 22 à une heure après midi. — Les plèvres sont remplies de pus provenant de plusieurs perforations d’abcès du poumon, et de l’inflammation qui en a été le résultat; les surfaces pleurales sont rouges et injectées (très-vivement arborisées) ; un des poumons (fig. 6 , pl. II) offrait une foule de saillies indurées, semblables à celles que nous avons déjà représentées (fig. 3-4 et 5). C’étaient des noyaux ecchymotiques à teintes décroissantes, ayant des points purulents a leur centre. On en voyait d’isolés et très-distincts, d’autres étaient réunis et concrets, et tendaient a former des abcès complets.
On aperçoit a la face de l’autre poumon des abcès ou-
EXPÉRIENCES
verts par ulcération ( aaa , fig. 9, pl. III), trois ou quatre sont entièrement vidés, et il semblerait que les parties de poumon qui sont indurées à une assez grande distance, et parsemées d'autres noyaux purulents, ont été enlevées par un emporte-pièce 5 le fond en est d’un jaune verdâtre comme pseudo-membraneux; d’autres sont déjà moins creux, moins évidés, mais la perte de substance y est très-marquée. Les saillies culminantes des abcès ont été détruites, ramollies et ulcérées sans que l’induration purulente ait disparu. Enfin , une troisième forme d’abcès ulcérés est constituée par ceux (h, fig. 9) qui offrent de larges surfaces grisâtres assez dures, plates, sans dépression considérable (1 à 2 millimètres), ayant jusqu’à 40 millimètres de diamètre, et comme érodés à leur circonférence, avec un cercle ecchymotique noirâtre et festonné. Quelques-uns de ces abcès (a, fig. 7, pl. III) dont l’ouverture ne s’est pas encore opérée, forment des tumeurs jaunâtres , coniques , très-saillantes , dans lesquelles la tluctuation est manifeste. Si l’on vient à fendre ces abcès (b, fig. 7), on trouve le pus profondément infiltré dans un tissu noirâtre et hépatisé. Il existe au reste une foule d’indurations à divers degrés sur l’ensemble des lobes pulmonaires, qui montrent nettement le passage et la transformation des premières taches ecchymotiques en noyaux indurés de plus en plus volumineux , de plus en plus ramollis au centre , et formant enfin des abcès très-distincts, s’ouvrant par ulcérations, telles que nous venons de les décrire.
La veine jugulaire droite est entlammée et fermée près de la sous-clavière par un caillot fibrineux un peu ramolli. Celle du côté gauche abandonnée, après avoir servi aux premières injections, est épaissie, diminuée de volume,
remplie près de la sous-clavière de quelques caillots ramollis et d’une couleur noirâtre. Cœur gorgé de sang, foie irès-congestionné avec quelques larges taches jaunâtres, mais sans indurations circonscrites, ni abcès.
Plusieurs lobes pulmonaires mis dans l’eau ne surnagent pas; les noyaux d’induration abcédés laissent voir au milieu d’un tissu hépatisé noirâtre des masses arrondies d’un jaune verdâtre du volume d’une petite noix.
L’œsophage n’étant pas perforé, le sang vomi venait de l’estomac.
Cette expérience nous a offert les résultats les plus curieux que nous eussions encore obtenus par l’étendue, la profondeur et la gravité des altérations que nous pûmes constater. L’animal avait été soumis pendant huit jours â des injections successives de pus, et n’avait succombé qu’à la quatorzième. Un épanchement pleurétique avait eu lieu par ulcération et épanchement du pus des abcès développés dans le poumon. C’est un fait que nous avons également observé sur l’homme, et dont nous rapporterons l’histoire. Le sang examiné au microscope était rempli de globules purulents très-nombreux, et parfaitement distincts. Voilà une série d’états pathologiques de la plus haute importance, et qui méritent une très-sérieuse attention. En supposant qu’on ait eu quelques raisons de mettre en doute la corrélation directe et irréfragable de l'introduction du pus dans le sang avec la manifestation symptomatique de l’infection purulente, en ne prenant en considération qu’une seule injection de pus, comme on l’avait fait jusqu’à nous, est-il possible, en présence des expériences précédentes et de celle dont nous venons de don-
EXPÉRIENCES
lier les détails, de persévérer dans une opinion tellement démentie par l’évidence? L’analogie est complète entre les symptômes et les altérations, et la cause en est manifeste. puisque nous la possédons, et que nous lui faisons produire à volonté tous ses effets dans nos expériences. L'évolution morbide était portée a ses dernières périodes par l’ouverture spontanée des abcès dans la cavité pleurale; c’est la une terminaison peu connue, et sur laquelle on a jusqu’ici peu insisté, en raison de la rapidité avec laquelle la mort survient habituellement; mais supposez , comme on en rencontre des exemples, la vie prolongée et les abcès plus complètement développés, vous les verrez s’ulcérer à leur surface, s’ouvrir et se déverser dans les plèvres qui seront sur-le-champ le siège d’une inllammation aiguë avec épanchement. On aura sans doute été vivement frappé de la présence du pus dans le sang des artères et des veines de toutes les parties du corps. Ce fait souvent annoncé a trouvé des contradicteurs, et n’est pas encore admis par des hommes d’une incontestable autorité. Dans presque toutes nos expériences nous avons examiné le sang au microscope, et voici les principaux résultats auxquels nous sommes arrivé. En général, nous n’avons aperçu aucun globule purulent à la suite d’une seule injection de pus. Quelquefois, il est vrai, nous et les personnes qui nous assistaient, ont cru en reconnaître dans les cavités gauches du cœur, seul point où nous devions le chercher, au retour de la circulation pulmonaire. Mais les observations ne furent jamais bien nettes, ni concluantes, et quels que soient les éclaircissements que nous réserve l’avenir a cet égard, soit que nous ayons mal vu ou négligé quelques précautions nécessaires a la réussite de cet examen, toujours est-il que nos investigations sont
restées milles. Il en a été de même dans tous les cas où des abcès commençaient û se former dans les poumons sans être arrivés à la période de ramollissement complet. Mais dans le cas où il existait des collections de pus nombreuses et d’un assez grand volume, toujours alors nous avons rencontré du pus mêlé au sang, quel que fût le point où on le recueillît.
On a dit qu’il était impossible de distinguer les globules du pus de ceux du sang, parce que ces derniers se décomposaient promptement et prenaient les caractères des premiers. Ce ne serait pas la une objection, mais une confirmation de la présence du pus, puisque ce dernier semblerait bientôt remplir tout l’arbre circulatoire. Toutefois l’assertion dont je fais mention n’est pas exacte.
Cette conversion des globules du sang en globules de pus n’existe pas 5 nous avons plusieurs fois mêlé directement du pus et du sang en proportions variables 5 nous avons abandonné plus ou moins de temps le mélange avant de l’examiner, et toujours nous avons retrouvé le jour même ou le lendemain les globules des deux liquides parfaitement distincts.
On ne saurait établir aucune analogie entre les globules sanguins et ceux du pus. Les auteurs qui ont invoqué des points de ressemblance se sont grossièrement trompés. S’il y a des globules de pus d’un volume égal à ceux du sang, ce sont les plus rares-, le plus grand nombre dépasse de moitié et du triple le diamètre de ceux du sang, et leur saillies mamelonées et régulières, leur moindre transparence, leur poids qui les entraîne vers un plan plus profond, leur tendance a adhérer aux corps en contact, et à ne pas se laisser entraîner par les courants dans lesquels roulent les globules du sang,
EXPÉRIENCES
établissent des caractères différentiels reconnaissables. Serait-il vrai enfin qu’il existât normalement dans le sang des gros globules blancs tout h fait pareils a ceux du pus, avec lesquels il deviendrait impossible de ne pas les confondre? Il y a là deux questions et deux réponses. Sans doute, on aperçoit quelquefois dans le sang le plus normal en apparence des globules qui ont beaucoup d’analogie avec ceux du pus. Mais ces globules sont habituellement rares, et on ne les trouve pas en aussi grand nombre que dans le cas où l’on observe réellement du pus. Toutes les fois que nous avons eu quelques doutes à cet égard, nous avons constamment comparé du sang normal à celui dont nous étudions les altérations. Nous avons, pour plus grande sûreté, fait artificiellement un mélange direct de pus et de sang, et c’est seulement après ces épreuves que nous nous sommes affirmativement prononcé sur la réalité de la présence dans le sang de globules de pus, alors qu’aux yeux de tous l’hésitation était devenue impossible. C’est au reste une question assez importante pour la traiter d’une manière complète, comme nous le ferons plus tard, en nous appuyant des travaux de MM. Lebert, Robin , etc., etc.
Nous ne tenterons pas d’expliquer ici pourquoi la présence du pus dans le système circulatoire ne suit pas nécessairement l’injection de ce liquide dans les veines, ni comment il se fait qu’on l’y rencontre dès que de grands et nombreux abcès se sont développés dans quelque partie que ce soit du corps chez les pyoémiques -, nous renvoyons ces recherches à nos observations cliniques, et nous nous bornons ici à signaler un fait remarquable à tous égards, et qui complète la série des analogies que nous avons signalées entre la pyoémie spontanément développée dans
l’espèce humaine et celle que nous avons artificiellement provoquée dans nos expériences.
Trente-troisième expérience.
Injections successives de globules de pus, complètement
séparés de la sérosité , et délayés dans deux parties d’eau.
Mort le quatrième jour après la onzième injection.
Injection le 15 mai 1845, à huit heures du matin , dans la veine jugulaire d’un chien pesant 5 kilogrammes, de 2 grammes de globules de pus, mêlés 'a quatre grammes d’eau distillée. Le pus provenait d’abcès phlegmoneux développés a la main, par suite d’une carie aiguë des os de carpe. Le liquide purulent, mêlé a un tiers en poids d’eau distillée, avait été filtré, et la partie solide de la liqueur, restée sur le filtre sous forme de masse grasse, poisseuse et jaunâtre, en avait été séparée avec soin au moyen d’une spatule, et réunie à une quantité double d’eau distillée. Ce mélange laiteux et blanchâtre n’avait aucune odeur, et laissait apercevoir au microscope de nombreux globules de pus et des granules très-distincts.
A midi. — Deuxième injection du même liquide.
A quatre heures. — Troisième injection semblable.
Le 16. — Quatrième, cinquième et sixième injections. L’animal est un peu abattu ; il vacille légèrement en marchant; cependant il a continué à prendre quelques aliments.
Le 17. — Septième, huitième et neuvième injections d’une même quantité de globules de pus, aux mêmes intervalles. Le chien a eu des frissons â chaque injection.
EXPÉRIENCES
Le train de derrière et très-affaibli. L’animal reste couché et refuse tout aliment.
Le 18. — Dixième et onzième injections faites malgré l’extrême faiblesse et un commencement d’agonie de l’animal, qui meurt a deux heures.
L’examen cadavérique permet de constater dans les poumons une foule de noyaux inflammatoires hépatisés, dont l’insicion montre le centre remolli et purulent. Quelques-uns de ces noyaux renferment une excavation remplie de pus , reconnaissable à ses caractères physiques, et constituant de véritables abcès lobulaires.
Le foie et la rate renferment également des abcès métastatiques.
Cette expérience était nécessaire pour compléter nos recherches sur les causes des abcès métastatiques. L’induction théorique faisait sans doute prévoir un pareil résultat ; mais nous devions en offrir la preuve matérielle. Tous les jours nous donnons des soins a des malades affectés de suppurations chroniques. Dans le cas d’abcès par congestion, de fusées purulentes, de décollements profonds, de caries et de nécroses anciennes, du pus est sans cesse produit, reste exposé 'a l’air libre, stagne plus ou moins dans l’épaisseur des tissus et ne détermine pas d’abcès viscéraux métastatiques. Il est cependant incontestable qu’une partie de la sérosité, au milieu de laquelle nagent les globules, est incessamment absorbée. Qu’on y dépose des substances médicamenteuses solubles, et leur effet se fera bientôt sentir sur l’économie. Dans les expériences sur les animaux, l’application d’un poison énergique sur la surface d’une plaie en suppuration, amène la mort dans un intervalle de temps assez rapide.
Ce sont lh des faits multipliés par les physiologistes pour l’étude des lois de 1 absorption. Si la sérosité purulente spontanément reportée dans la circulation, ne provoque pas la formation d’abcès pulmonaires, c’est donc qu’elle n’en possède pas les éléments étiologiques, et comme les globules et les granules ne sont pas absorbés, et que le pus injecté en totalité dans les veines (sérosité , globules et granules), occasionne ces abcès, on était porté à conclure que l’action de ces derniers corps en était la seule cause.
Trente-quatrième expérience.
Injections de sérosité purulente , dépouillée de globules et de granules. Mort le cinquième jour sans abcès métastatiques.
Injection le 13 novembre 1847, dans la veine jugulaire d’un chien , pesant 405 grammes, de 5 grammes de sérosité purulente, sans addition d’eau.
Le chien avait déjà subi des injections de pus dont il s’était rétabli.
La sérosité purulente provenait d’une articulation fémoro-tibiale, ponctionnée, le 11 courant, pour une injection iodée. La canule du trois-quart avait laissé écouler un liquide jaunâtre, légèrement visqueux, chargé de flocons albumineux, et contenant, comme le prouva le microscope, de nombreux globules de pus.
Ce liquide, après avoir été fdtré, ne présenta plus de globules purulents. On y apercevait seulement quelques granules et de rares gouttelettes de graisse, et il était resté inodore les premiers jours.
Après l’injection , l’animal va et vient et ne paraît nullement affecté.
EXPÉRIENCES
Le 14. — Deux injections de 5 grammes chacune, de la même sérosité. L’une à huit heures du matin, l'autre à une heure. Le chien \a très-bien.
Le 15. — Deux nouvelles injections. Aucun accident.
Le 16. line injection le matin. L’animal mange et boit comme d'habitude.
Entre midi et une heure. — Hémorrhagie abondante; par la plaie du cou. La sonde de gomme élastique , qui a été laissée a demeure dans la veine et qui a servi a pratiquer les injections, est retirée. L’animal , dont la santé était très-bonne avant l’hémorrhagie, semble très-faible et très-abattu.
Le 17. — Mort à huit heures du matin.
L’examen cadavérique fait reconnaître la présence d’un épanchement abondant de sang dans le médiastin antérieur, par suite de la perforation de la veine sous-clavière par l’extrémité de la sonde. Les plèvres ne renferment aucun liquide.
Les poumons sont pâles et rosés, d’apparence normale. Cependant, en les examinant avec beaucoup de soin , on les trouve parsemés de points emphysémateux et de taches ecchymotiques, à ponctué central noirâtre. On remarque çà et là quelques saillies vésiculeuses de 1 à 2 millimètres de diamètre, qui paraissent llasques et affaissées , comme si le liquide qui en distendait l’enveloppe se fût écoulé. Ces taches divisées renferment un sang noirâtre, mêlé d’air.
Nous ne nous dissimulons nullement les objections, soulevées par cette expérience. Le pus ne provenait pas entièrement d’un loyer accidentel ; il devait être mêlé à une assez grande quantité de synovie, et dès-lors nous
n’avions pas injecté de la sérosité purulente pure. Cependant, le liquide employé en renfermait certainement beaucoup, puisque nous avions constaté l’existence de nombreux globules de pus, et les résultats obtenus méritaient donc d’être soigneusement notés.
Les poumons n’étaient pas complètement sains, et ils présentaient quelques-unes des altérations déjà signalées à la suite d’injections de pus en nature. Il y avait une analyse à faire entre les effets anatomo-pathologiques produits par les différentes parties constituantes du pus. C’était là un travail indispensable, et nous remarquerons, pour pouvoir justement apprécier les conditions de cette difficile étude, que la sérosité purulente dont nous avions fait usage pendant quatre jours, s’était à la fin altérée au contact de l’air et était devenue assez fétide. Cette circonstance pouvait être capitale, puisque l’animal n’avait pas paru souffrant les trois premiers jours, et il nous importait beaucoup de savoir si la sérosité du pus avait agi par ses propriétés propres ou comme substance putride. L’altération des liquides chargés de matières animales arrive facilement , et la sérosité purulente devient rapidement fétide pendant le temps qu’on met à la préparer ou qu’on la conserve pour l’employer en injections successives. Gaspard et beaucoup d’autres expérimentateurs ont étudié l’effet des liquides putrides sur l’organisme, et voici la série des lésions dont M. Darcet a donné le résumé - «hoquet, vomissements, diarrhée, frisson, fièvre, dyspnée; puis adynamie marquée, abattement, stupeur, évacuations alvines et excrétions d’urine involontaires , aspect blafard des membranes muqueuses , hémorrhagies, douleurs abdominales, prostration absolue, mort calme ou précédée de convulsions ou de
EXPÉRIENCES
simples frémissements musculaires. A l’autopsie, poumons violets, engoués, durcis, laissant écouler de la sérosité, couverts de petites ecchymoses sous-pleurales et intra-lobulaires ; ecchymoses semblables, existant sur la rate, le foie et les intestins. Sang liquide, noirâtre, avec reflets verdâtres , comme huileux et poisseux. » Dans les observations déjà publiées on pratiquait une seule injection, et la rapidité de la mort mettait obstacle au développement des altérations organiques. Nous avons cru intéressant d’appliquer en conséquence à ces recherches notre méthode d’injections successives, afin de rendre les différences plus sensibles.
Trente-cinquième expérience.
Injections d'eau en contact depuis plusieurs mois avec des matières organiques en macération. Mort au bout de vingt-sept heures.
Le 16 novembre 1847 , à trois heures , injection dans la veine jugulaire externe d’un chien, pesant 8500 grammes, de six grammes d’eau très-fétide, restée plusieurs mois en contact avec des pièces anatomiques en macération.
Le liquide était blanchâtre et laissait déposer un sédiment grisâtre et pulvérulent.
Filtré, il est plus clair, mais encore un peu blanchâtre. C’est dans cet état qu’il a été injecté le 16. On le filtre de nouveau , et celte fois il passe clair et limpide, et fait la matière d’une nouvelle injection de quatre grammes , pratiquée le 17, a quatre heures du soir.
Le chien avait refusé tout aliment depuis la première injection ; il est très-abattu, peut â peine se soutenir sur ses pattes, rend des matières fécales demi -liquides ,
l is INFECTION PURULENTE OU PYOÉMIE.
noirâtres cl poisseuses, cl meurt à sept heures du soir.
A l’autopsie faite le 18, â trois heures, on trouve tout le système veineux gorgé de sang.
Épanchement de sérosité sanguinolente dans le péricarde 5 cœur distendu par degros caillots noirâtres etmous.
Plaques emphysémateuses â la surface des poumons. Teintes noirâtres assez étendues dans divers points du parenchyme , qui est gorgé de sang spumeux. Aucune tache ecchymolique appréciable. Les bronches et la trachée-artère laissent écouler un liquide sanguinolent.
Foie, rate, cerveau congestionnés, mais sans altérations apparentes.
Deux injections, d’une totalité de 10 grammes d’eau putride, suffirent ici pour déterminer la mort en vingtsept heures, sans produire d’altérations organiques trèsapparentes. Nous admettons néanmoins que l'animal a succombé à la double influence de l’asphyxie et d’une adynamie générale, déterminée par le mélange au sang du liquide toxique. La présence d’une certaine quantité de matière organique, contenue dans la liqueur sous forme de nuage blanchâtre, a dû contribuer beaucoup a l’extrême gravité du résultat, comme semble le prouver l’expérience suivante, dans laquelle 28 grammes de la même eau putride, mieux filtrée, n’ont tué l’animal que le quatrième jour.
Trente-sixième expérience.
Injections d’une eau putride , parfaitement filtrée et transparente. Mort Je quatrième jour, avec gangrène des poumons, sans aucune trace d’abcès.
L’eau employée dans l’expérience précédente et dans
laquelle macéraient depuis deux mois 'des jnalières organiques en putréfaction ayant été soumise à une double filtration, donna, au lieu d’un liquide blanchâtre d’une grande fétidité, une liqueur tout k fait limpide et d’une odeur moins repoussante.
Quatre grammes de ce liquide furent injectés le 17 novembre 1847 dans la jugulaire externe d’un chien , pesant 5400 grammes. L’animal ne paraît pas immédiatement incommodé.
Le 18. — Trois injections semblables dans la journée. Le chien est abattu depuis la veille au soir. Il boit beaucoup , n’a pas eu de frissons et a encore accepté un peu de viande vers midi.
Le 19. — Trois nouvelles injections d’une égale quantité du même liquide. L’animal est de plus en plus malade. Il vacille sur ses jambes de derrière, oscille comme en état d’ivresse, et refuse tout aliment et toute boisson.
Le 20. Mort a sept heures du matin. On n’a remarqué ni vomissemen*s, ni évacuations alvines diarrhéiques.
L’examen cadavérique montre les poumons parsemés de grosses pustules noires de 10 a 15 millimètres de diamètre, et de 4 a 10 millimètres de saillie. Ces pustules, dont on peut.comptcr plus de trente, sont molles, fiasques, remplies d’un liquide noirâtre et spumeux-, elles sont entourées d’un tissu de même couleur , formant une induration assez étendue, et présentant, après avoir été incisées, une cavité très-distincte, remplie d’une sorte de sanie écumeuse. Quelques points des lobes pulmonaires offrent la même coloration, sans élevures pustuleuses , et occupent une surface de plusieurs centimètres en tous sens. Ça et l’a existent des plaques emphysémateuses. En coupant en morceaux les portions indurées et
les jetant dans l’eau-, on en voit quelques-unes en gagner le fond; d’autres surnagent, ce qui dépend du dégagement d’air a fines bulles qui s’est produit. Le doigt enfoncé dans les points indurés , ou li la surface des pustules, pénètre facilement, et tout le poumon exhale une odeur infecte et très-prononcée de gangrène.
Nulle part aucune apparence de pus. Le cerveau , le foie, la rate, les intestins, les masses musculaires, ne parurent aucunement altérés, et n’avaient aucune odeur comparable a celle qu’exhalaient les poumons.
La mort a été causée dans ce cas par un liquide clair, transparent, limpide, formée d’eau ordinaire, chargée d’éléments putrides en dissolution. De graves désordres, dus 'a une gangrène partielle des poumons, étaient survenus. Déjà nous avions rencontré dans nos expériences 25e, 26e et 27e des altérations presque semblables, quoiqu’à un degré beaucoup moins avancé, et nous pouvons nous les expliquer aujourd’hui par la double action toxique du pus et d’un liquide putride. Il serait difficile de ne pas admettre cette distinction en présence des effets obtenus par l’eau de macération dont nous nous étions servi. Il y avait la un élément putride dont l’existence est également manifeste dans le pus en partie décomposé et fétide, et l’étude analytique des symptômes et des lésions organiques doit, en conséquence, embrasser une triple recherche, comprenant : les parties solides du pus , globules et granules: la partie liquide, sérosité: et enfin les principes putrides, développés dans le pus soumis a un commencement de décomposition. Ce dernier état se rencontre trèsrarement chez l’homme, ou tous les pus fétides ne sont pas par cela même putrifiés; mais on ne saurait en mé-
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connaître les clïets dans la série des expériences directes auxquelles nous nous sommes livré. Sans doute une pareille complication rend moins accessible la solution du problème 5 mais nous n’avons pas à en poser les termes, il nous appartient seulement d’en poursuivre la connaissance et l’explication.
Trente-septième expérience.
Injection de sérosité purulente fétide , dépouillée par la filtration de globules et de granules. Mort le troisième jour, sans abcès métastatiques.
Injection le 11 novembre 1847 , a trois heures du soir, dans la veine jugulaire d’un chien, pesant 8500 grammes, de 10 grammes de sérosité purulente.
Cette sérosité provenait d’un pus recueilli la veille chez une malade atteinte de carie des os de la jambe , avec inflammation et décollements étendus des parties molles. 100 grammes de ce pus épais et très-fétide avaient été mêlés a 20 grammes d’eau , et le mélange filtré avait donné un liquide rosé, assez limpide, quoique nuancé de reflets nuageux, d’une odeur fétide et ne laissant apercevoir au microscope que des traces de granules.
Pendant l’opération, le chien, qui était dangereux et cherchait à mordre, fut momentanément asphyxié par une trop forte constriction du cou 5 mais il revint promptement a lui et parut immédiatement peu incommodé.
Le 12, a midi. — Deuxième injection de la même quantité de sérosité qui avait filtré très-lentement, [/animal n’a pas mangé depuis la première injection; il resté couché; lorsqu’il se lève il traîne les pattes de derrière. Aucun vomissement; faiblesse et abattement très-mar-
qués. A (|iiatros heures, troisième injection de 10 grammes de la même sérosité.
Le 13. — Mort dans la matinée, dans un état de complète prostration.
L’examen cadavérique fait apercevoir sur les poumons une douzaine de petites tumeurs pustuleuses, d’un noir foncé, la plupart arrondies, quelques-unes lozangiques et triangulaires. A la circonférence de plusieurs des saillies existe un peu d’emphysème. La coloration de ces élevures est plus foncée et plus noire que celle observée à la suite des injections de pus en nature. L’incision en laisse écouler un sang noir, liquide, mêlé à de l’air à très-fines bulles. Le tissu environnant reste congestionné et conserve sa couleur anormale. Une des taches offrait quatre ou cinq points un peu jaunâtres de la grosseur d’une tête de camion.
Rien de particulier dans les autres organes. Le sang présentait quelques gros caillots mous et noirâtres, occupant les cavités cardiaques.
Trente grammes de sérosité purulente fétide, ne contenant qu’un cinquième d’eau, avaient été injectés et avaient déterminé la mort en moins de trois jours. Les symptômes avaient été ceux d’une adynamie prononcée , et à l’autopsie les poumons offraient quelques altérations assez analogues a celles déjà notées dans la trente-cinquième expérience. Ne devons -nous pas en conclure que les lésions dépendaient de l’état putride du liquide introduit dans l’économie? Nous ferons encore remarquer la promptitude de la mort comparée a la lenteur de l’évolution morbide dans le cas où les liquides injectés étaient sans odeur fétide. Alors les symptômes étaient nuis ou
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peu marqués, tandis que les accidents s’aggravaient et ne tardaient pas à être suivis d’une terminaison funeste, dès que les liquides employés étaient altérés. Nous nous sommes déjà demandé comment tant de malades, en proie à ce qu’on a nommé la résorption putride, ne succombaient pas plus rapidement. Mais on réfléchira que la quantité des liquides absorbés est fort peu de chose chez l’homme, par rapport a la masse totale du corps, tandis que dans nos expériences elle était proportionnellement très-considérable et devait nécessairement produire des effets toxiques beaucoup plus prononcés, et il resterait en outre a démontrer que celte sérosité est réellement absorbée en nature , ce qui peut déjà paraître douteux.
Trente-huitième expérience.
Injection de sérosité purulente , d’abord sans odeur , puis ensuite altérée et déjà fétide. Mort à la fin du quatrième jour.
Le 11 novembre 1847, à quatre heures du soir, injection dans la jugulaire externe d’un chien , pesant 15,000 grammes, de 10 grammes de sérosité, provenant de pus retiré la veille d’un abcès profond de la fosse iliaque, dont j’avais pratiqué la ponction (psoitis suppuré). Le pus était fort épais, sans odeur, et pesait 94 grammes; on y ajouta 20 grammes d’eau distillée et on le jeta sur un filtre.
La sérosité filtrée était rosée, opaline et sans odeur.
L animal ne parut aucunement incommodé de cette première injection.
Le 12, à la même heure. — Nouvelle injection d’une
loi INFECTION PURULENTE OU PYOÉMIE.
quantité égale de la même sérosité, ayant peu d’odeur. Le chien avait mangé cl bu dans la journée comme d’ordinaire.
Le 13, h huit heures du matin. — Même injection. La sérosité est plus altérée et a une odeur fade et légèrement fétide. L’animal est moins vif au milieu du jour 5 il vacille un peu sur les pattes de derrière, refuse du pain et ne mange que de la viande. Dans la soirée il reste couché et se lève avec effort.
Le 14. — Deux injections , l’une le matin et l’autre h une heure, de 5 grammes chaque fois de la même sérosité, dont la putridité est très-marquée.
Mort à neuf heures du soir dans l’adynamie , sans vomissements et sans frissons apparents, depuis le premier moment de l’expérience.
Examen cadavérique le 15, à neuf heures du matin.
Le cerveau et les méninges sont le siège d’une forte congestion. Les quatre cavités du cœur sont distendues par un caillot mou et noirâtre.
La trachée-artère est complètement remplie d’une écume rougeâtre à fines bulles, comme chez les noyés. Les poumons sont couverts d’une multitude de taches noirâtres , irrégulières et de diamètres très-variables. On y remarque de larges marbrures et des pustules noirâtres un peu coniques, indurées à leur base et terminées par une surface grisâtre, quelquefois par un point noir central 5 ailleurs ces pustules présentent un ponctué soit noir, soit d’une teinte moins foncée.
On sent sous le doigt des noyaux d'induration trèsrésistants.
Nulle part d’abcès proprement dits.
Les plèvres sont saines.
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La rate^ le foie et les intestins n’offrent aucune trace d’altération.
Cette expérience semble confirmer la distinction que nous avons précédemment établie entre les effets de la sérosité purulente non altérée et ceux du môme liquide déjà putréfié. Dans le premier cas les accidents seraient nuis ou peu marqués , et nous voyons l’animal soumis aux injections, ne pas en paraître incommodé pendant les deux premiers jours , alors que la sérosité injectée n’avait pas d’odeur. Que l’on compare ces effets avec ceux de la trente-cinquième expérience, dans laquelle 10 grammes seulement d’eau fétide déterminèrent la mort en vingtsept heures. Ici 20 grammes de sérosité purulente avaient été introduits dans la circulation, et n’avaient produit aucun accident au bout de quarante-huit heures.
A partir de ce moment, le liquide s’altère, est d’une odeur repoussante, et 20 nouveaux grammes de cette liqueur, devenue toxique, suffisent pour tuer l’animal dans un intervalle de deux jours. Les différences sont trop tranchées pour ne pas frapper tous les esprits; et nous devons en conclure qu’il se développe dans les substances animales soumises à la putréfaction, un principe délétère d’une extrême activité, capable de mortifier les tissus vivants en contact, et d’entraîner rapidement la mort.
La chimie pourrait peut-être l’isoler, et recueillir ainsi sous un petit volume un poison animal d’une action comparable a celles des substances végétales les plus vénéneuses.
Les altérations pulmonaires différaient peu de celles que nous avions déjà observées. Nous noterons cependant la
présence d’une écume sanguinolente dans les bronches et la trachée. Ne faudrait-il pas rattacher ce symptôme à , l’asphyxie produite par la congestion pulmonaire et les efforts respiratoires de l’animal pour y résister.
Trenle-neimèmc expérience.
Injection de sérosité purulente fétide. Mort le quatrième jour , après la septième injection.
Injection le 19 novembre 1847 , h cinq heures du soir , dans la veine jugulaire d’un chien , pesant 342o grammes, de 2 grammes de la sérosité employée dans l’expérience précédente, et provenant d’un abcès iliaque ponctionné le 11 du même mois.
Cette sérosité, déjà conservée depuis huit jours et de nouveau filtrée, était jaunâtre, opaline, comme troublée par un léger nuage alumineux , et exhalait une odeur fétide.
Le 20. — Trois injections de 2 grammes chaque fois. La température est à zéro , et l’animal , exposé a l’air, frissonne et vacille un peu sur les jambes de derrière. Il a continué à prendre quelques aliments.
Le 21. — Trois nouvelles injections semblables. La faiblesse est très-grande -, refus d’aliments et de boissons 5 adynamie prononcée.
Le 22. — Il n’y a pas eu d’injections, par suite de l'arrachement accidentel de la canule de gomme élastique. L’animal est étendu , sans mouvements , et l'on pourrait croire qu’il a succombé, s’il n’y avait de temps à autre quelques frémissements musculaires Trente-cinq inspirations par minute.
Mort le 23, â six heures du matin.
EXPÉRIENCES. 157
Examen cadavérique le2i, à onze heures. Épanchement pleurétique assez abondant a droite, d’un liquide blanchâtre, avec dépôt sur le poumon de granulations pseudo-membraneuses.
Péricardite granuleuse de même nature. Les quatre cavités du cœur sont distendues par un caillot très-mou de sang noir.
Les poumons présentent des altérations très-variées. On y remarque de petites taches rouges, avec un point noir cenlral , que nous avons comparées à des piqûres de puces. Dans d’autres points, pustules arrondies, delà grosseur d’un pois, à base noire et indurée, offrant un sommet flasque, d’un gris de gangrène, ou un peu brunâtre. Ces pustules incisées laissent écouler une sanie spumeuse a très-fines bulles , et on y trouve une petite cavité, remplie d’un liquide rougeâtre et un peu visqueux-, çà et la plusieurs plaques emphysémateuses. L’altération prédominante consiste en indurations lobulaires assez étendues, noirâtres, â piqueté jaunâtre très-rare, qui occupent les bords libres des tranches pulmonaires. Tout le lobe inférieur du poumon gauche est dur, résistant, friable, noirâtre, d’une odeur repoussante et comme gangréneuse. Incisé , il s’en écoule une spumosité d’un rouge brun , et on aperçoit sur les tranches de la section quelques cavités cylindriques, vides et tapissées d’une sorte de mucus rougeâtre. Mis dans l’eau, ce lobe entier surnage.
Nulle part nous n’avons trouvé de pus caractérisé. Une assez grande étendue des poumons est d’apparence saine.
Le foie est d’une couleur brun foncé. On l’écrase assez facilement entre les doigts. La rate paraît normale, à l’exception d’une tache arrondie très-superficielle, d’une nuance plus claire que le reste de l’organe.
Quatorze grammes de sérosité purulente, mêlée d’eau, avaient seulement été injectés en trois jours, et quoique l’animal fût extrêmement faible et abattu, il avait continué a vivre jusqu’à la lin du quatrième jour.
Nous devons supposer que la filtration des liquides putrides en affaiblit les effets toxiques, comme nous en avons eu la preuve dans les expériences trente-cinquième et trente-sixième, où l’eau de macération employée parut moins délétère après deux filtrations, qu’après une seule. Sans doute le papier retient une certaine quantité de matière animale décomposée, et s’il en est ainsi , on conçoit que nos tissus opposent un obstacle plus grand encore à une pareille absorption.
La pleurésie et la péricardite granuleuses , que nous rencontrâmes à l’examen cadavérique , sont des lésions assez fréquentes chez l’homme dans le cas de pyoémie , tandis que nous n’en n’avions pas encore observé d’exemples dans nos expériences. L’épanchement pleurétique dont nous avons fait mention dans la trente-deuxième expérience, dépendait d’un abcès du poumon ouvert dans la séreuse 5 et il n’est pas possible d’attribuer les accidents observés ici à une cause semblable, puisque le péricarde en était également le siège. Le froid auquel l’animal fut exposé fut-il la seule cause occasionnelle? C’est une question que nous ne saurions résoudre.
Quarantième expérience.
Injection de sérosité purulente recueillie depuis trois jours, mais n’offrant pas d’abord d'odeur putride. Mort le septième jour.
Injection , le 22 novembre 1847 , de 4 grammes de sé-
EXPÉRIENCES. L59
rosi lé purulente, dans la veine jugulaire externe, d’un chien pesant 4025 grammes.
La sérosité provenait du pus d’un abcès ouvert h la région fessière, le 19 courant, à la visite du matin. Ce pus était rougeâtre, peu épais, et exhalait une odeur de matières fécales assez prononcée. Mêlé â partie égale d’eau distillée et jeté sur un filtre, on recueillit le lendemain un liquide rougeâtre, transparent, qui offrit à l’examen microscopique un petit nombre de corpuscules irréguliers.
Une nouvelle filtration eut lieu dans la journée du 21 , avec la précaution de laisser l’appareil dans un lieu froid, pour éviter la fermentation putride , et le liquide filtré ne présentait plus aucune odeur.
Trois injections, de 4 grammes chacune, furent faites dans la journée du 22. Le chien n’en parut nullement incommodé.
Le23. — Troisnouvelles injections semblables sont pratiquées avec le même liquide, qui est encore sans odeur. L’animal continue à manger comme à l’ordinaire ; il court, saute, est vif et joyeux.
Le 24. — Mêmes injections. Même état de l’animal.
Le 25. — Deux injections seulement ont été faites dans ce jour , par suite de la chute du bout de sonde élastique qui avait était été fixée dans la veine.
La sérosité toujours conservée dans un lieu frais et d'une température qui n’a pas dépassé + 6°, est moins transparente, et répand une odeur fétide assez reconnaissable , quoique moins forte que celle des expériences précédentes. Elle s’est colorée davantage en brun rougeâtre et laisse déposer une sorte de nuage albumineux.
Le chien a commencé a être abattu dans la soirée du 25,
cependant il a mangé et couru comme d’habitude, mais était aussi trôs-altéré.
Le 20. — Abattement plus marqué ; plus de soif 5 moins d’appétit-, faiblesse et vacillation des membres postérieurs. Les yeux sont chassieux et les cils collés par une humeur visqueuse. Etat qu’ont présenté la plupart des animaux soumis aux précédentes expériences.
Le 27. — L’abattement a augmenté. Marche difficile et vacillante-, repos constant -, membres étendus-, accélération rapide de la respiration; refus des aliments; peu de soif.
Le 28. — Prostration complète. Mort a midi.
L’examen nécroscopique, fait le 29, révèle un énorme épanchement d’un liquide rougeâtre et sanieux dans les cavités des deux plèvres. La quantité du liquide est au moins d’un demi-litre, et le microscope y laisse apercevoir des globules de sang et beaucoup plus de globules de pus. Les poumons semblent au premier aspect comprimés, flétris, comme exsanguës. Cependant, on trouve tout le lobe inférieur du côté droit induré , recouvert de fausses membranes blanchâtres , et creusé en deux endroits d’excavations ulcéreuses, communiquant avec la plèvre. La plus large de ces ulcérations repose sur le diaphragme, et offre 2 centimètres de largeur sur 5 â 6 millimètres de profondeur. La surface en est brunâtre , inégale, et conduit à des anfractuosités renfermant une matière poisseuse et jaunâtre, que le microscope a montré être du pus. L’autre ulcération avait de moindres diamètres , et l’on pouvait encore en détacher une pellicule grisâtre et sans consistance, qui paraissait en avoir formé l’enveloppe extérieure ou pleurale.
A la surface du lobe extérieur existaient plusieurs vési-
EXPÉRIENCES
cules transparentes, de 2 à 4 millimètres de diamètre, soulevées par de l’air, et laissant voir au-dessous d’elles le tissu pulmonaire, grisâtre, inégal , et entouré d’une zone d’hépatisation.
Ça et 1 à se rencontraient des saillies noirâtres, de la grosseur d’un pois ou d’une petite noisette, â parois flasques, développées sur un noyau d’induration, et ren- • fermant une cavité remplie d’un liquide rougeâtre, comme muqueux, mêlé à de fines bulles d’air.
Plusieurs points indurés allaient au fond de l’eau, ainsi qu’une assez grande partie du parenchyme, qui n’offrait pas d'altérations apparentes, mais semblait ramené sur lui-même et privé d’air par suite de la compression causée par l’épanchement. Le poumon gauche était moins malade. Aucune ulcération n’y fut remarquée, mais il suffisait de frotter avec le manche du scalpel quelques rares plaques grisâtres et membraneuses pour les détacher et apercevoir au-dessous d’elles le tissu pulmonaire comme érodé et légèrement purulent.
Le péricarde était sain. Le cœur petit, contracté , renfermait dans ses quatre cavités un peu de sang noirâtre, mollement coagulé. Le foie et la rate n’étaient pas altérés. Cette dernière, petite et mince , offrait en avant une sorte de tache ecchymotique très-superficielle. Les reins, le tube digestif étaient normaux. La veine jugulaire externe était remplie d’un caillot sanieux et purulent, dans une longueur de 3 à 4 millimètres près de l’embouchure de la veine sous-clavière. Celle-ci était saine, ainsi que la veine cave supérieure.
Celte expérience semblerait confirmer l’opinion que l'action toxique de la sérosité purulente ne serait pas
inhérente à ce liquide , mais dépendrait d’éléments nouveaux produits par la fermentation putride.
Trente-six grammes d’un mélange à parties égales de sérosité de pus et d’eau furent injectés en trois jours, ce qui donne 18 grammes de sérosité pure, et cependant le chien soumis à l’expérience avait conservé toutes les apparences de la santé. On trouve entre ce résultat et celui
de la trente-cinquième expérience une différence bien
tranchée etbien digne d’attention. Dans ce cas 10 grammes d’eau putride, comme nous l’avons déjà rappelé, suffirent pour déterminer la mort en vingt-sept heures, et les accidents se manifestèrent immédiatement après la première injection, tandis qu’ici l’animal ne parut nullement affecté pendant trois jours des effets de 18 grammes d’une sérosité conservée à une température assez basse pour retarder la putréfaction. Après cet intervalle d’innocuité le chien devient malade et succombe le septième jour, et l’on constate que la sérosité injectée avait. commencé à s’altérer et à offrir une odeur fade et nauséabonde de chairs corrompues. Sans doute la preuve serait plus décisive si on eût employé sans résultats toxiques une sérosité exempte de toute décomposition putride-, mais en attendant cette importante confirmation, il n’en reste pas moins évident que la sérosité purulente, recueillie récemment et inodore, peut être mêlée au sang en quantité fort considérable, sans accidents apparents, et quand ces derniers apparaissent, ils semblent en rapport d’énergie avec le degré d’altération putride de la liqueur. Dans les expériences 31 et 37 la sérosité n’était nullement fétide au début, et les effets morbides avaient été nuis. Dans les expériences 36 et 38 la sérosité employée était altérée, et l’action en fut
EXPÉRIENCES
très-marquée et très-grave dès la première injection.
Les enseignements que portent avec eux ces faits sont d’une incontestable valeur, et montrent combien il importait d’analyser nos premières expériences, en n’agissant plus seulement sur le pus en nature , mais sur les divers éléments du pus restés intacts ou ayant subi des altérations plus ou moins profondes. Le caractère éminemment toxique des éléments putrides étant mis hors de doute sous le double rapport des effets symptomatiques et des lésions anatomo-pathologiques, il nous restait 'a savoir quel était le véritable rôle de chacune des parties constituantes du pus , et l’étude de la sérosité ou de la portion liquide eût été incomplète sans celle des globules et granules ou de la portion solide.
Quoique les érosions pulmonaires et le pus renfermé dans divers points des poumons offrissent les caractères des abcès métastatiques , il devenait extrêmement curieux de rechercher si l’on n’avait pas confondu sous le nom générique de pyoémiedes états morbides de nature diverse.
Les substances putrides nous paraissent déterminer des affections essentiellement gangréneuses, et nous en avons eu la preuve par l’expérience 36, dans laquelle les poumons avaient été frappés partiellement de mortification. Supposez le principe gangréneux très -actif, l’animal périt avant la production de désordres matériels appréciables (expérience 33). Si la vie persiste, la gangrène apparaît et constitue toute la lésion , en cas de mort à cette période (expérience 36)*, mais si l’animal survit, on observe la série des phénomènes consécutifs à la mortification; tels qu’inflammation éliminatrice; suppuration ; chute des escharres , phénomènes constatés a plusieurs reprises (expérience 39).
Quarante et unième expérience.
Injections successives de sérosité purulente provenant d’un
pyolhorax. Phlébite suppurée; abcès métastatiques ; hè-
mothorax. Mort le huitième jour.
Injection le 2 décembre 1847 , à deux heures et demie, de 4 grammes de sérosité purulente pure dans la veine jugulaire externe gauche d’un jeune chien pesant 10,330 grammes.
La sérosité injectée provenait du pyothorax rencontré dans l’expérience précédente. Le liquide recueilli le 28 novembre avait été filtré deux fois et conservé h une basse température. C’était une liqueur parfaitement claire, transparente, rougeâtre et â peu près inodore.
Immédiatement apres l’injection, le chien reste sans mouvements, comme s’il avait été foudroyé, et a des excrétions d’urine et de fecès. Bientôt les forces renaissent, et au bout de dix minutes la santé semble parfaite.
Deux causes peuvent être invoquées pour expliquer cet accablement subit: 1° le refroidissement causé par la sérosité, dont la température était a zéro; 2° un commencement d’asphyxie produite à notre insu par des liens contentifs trop serrés. Quoi qu’il en fût, l’accident n’eut pas de suites.
Le 3 décembre, h quatre heures, seconde injection de 8 grammes de la même sérosité, filtrée une troisième fois et conservée dans la glace. L'animal oscille et ne peut se tenir debout, puis au bout de deux minutes il reprend ses allures normales. On conclut de celte expérience que
EXPÉRIENCES
influence sur l’état de résolution musculaire précédemment signalé, puisqu’on avait eu le soin dans ce dernier cas de ne pas gêner la respiration de l’animal.
Le 4 décembre. — Troisième injection de 8 grammes de la même sérosité. Aucune apparence de malaise pendant ces trois premiers jours. La gaîté, l'appétit, l’activité n’ont pas varié.
Le 5 décembre, j — Le garçon d’amphithéâtre annonce que la canule de gomme élastique, laissée à demeure dans la jugulaire, est tombée ou a été arrachée, malgré le soin avec lequel nous l’avions engagée au-dessous des téguments réunis par un point de suture.
Le chien est souffrant , il a moins mangé qu’h l’ordinaire, et reste couché. Cependant il marche bien quand on le force à se lever, et ne vacille pas. Soixante inspirations par minute 5 amaigrissement. Conduit près de moi, l’animal s’asseoit et tient la tête liante, sans paraître très- affecté -, il boit abondamment.
Le 6 décembre. — Le chien accepte quelques aliments le matin, mais les refuse le soir, reste couché, et a les jambes raides quand on le force à se lever.
7 décembre. — Est de plus en plus abattu j n’a rien mangé.
8 décembre. — Ne peut presque plus se tenir sur ses membres. Coite de la jambe postérieure gauche. À bu un peu d’eau.
9 décembre. — Faiblesse extrême. Membres étendus; tête appuyée sur le sol. Refus de toute boisson. Mort à cinq heures et demie du soir.
Examen cadavérique . — Les deux plèvres sont remplies d’un énorme épanchement d’un liquide épais , ho-
raogène, un peu moins rouge que du sang normal. Nous avons évalué à un litre environ la quantité de l’épanchement, démontré par le microscope un mélange d’une très-grande quantité de sang et de pus.
La canule de gomme élastique, employée pour les injections, et qu’on avait cru avoir été arrachée, était encore dans la plaie du cou, centre d’un abcès, renfermant 30 grammes de pus crémeux, un peu rosé et sans odeur. La veine jugulaire était indurée, largement béante, remplie de pus et d’une pseudo-membrane, qui en diminuait le calibre sans l’oblitérer. Un caillot sanguin, mou et récent, comme l’indiquait l’absence d’organisation, existait au point de jonction de la jugulaire avec la veine sous-clavière, et se prolongeait jusque dans la veine cave supérieure, qui était saine.
Les poumons offraient de profondes et nombreuses altérations.
Le lobe supérieur du poumon gauche était presqu’entièrement érodé, et était représenté par un très-petit pédicule bronchique. Les bords del’érosion étaient festonnés et taillés à pic. Les tissus subjacents à l’érosion étaient h l’état d’hépatisation grise, s’écrasant sans résistance sous les doigts, laissant sourdre des gouttelettes de pus, et une sorte de bouillie pultacée.
Le lobe moyen offrait deux seuls points érodés dans une étendue d’un centimètre sur 2 millimètres de profondeur. Les bords de ces ulcérations étaient irréguliers et comme festonnés.
Une seule ulcération existait sur la tranche diaphragmatique du lobe inférieur. La perte de substance d’un centimètre environ qui en avait été le résultat, établissait une communication directe entre les faces antérieure et in-
EXPÉRIENCES
férieure de l’organe. Trois ou quatre noyaux granuleux, de couleur noirâtre et de 2 à 4 millimètres de diamètre , se rencontraient dans le parenchyme.
Le poumon du côté droit était moins gravement atteint.
L’apparence générale du lobe supérieur était celle d’un tissu sain mais exsangue. Teinte blanchâtre-, emphysème de la plus grande partie de la surface; aucun noyau d’induration; seulement deux taches ecchymotiques de la grosseur d’une tête d’épingle sur la face antérieure de ce lobe.
Lobe moyen sain, à l’exception d’un léger piqueté, rosé dans deux ou trois points , et d’une tache brunâtre de 3 millimètres sur un des bords libres.
Aspect général blanchâtre du lobe inférieur; noyau de la grosseur d’une noix, érodé au sommet, induré au-dessous , rempli de pus bien lié, vers la base de ce lobe. Érosion d’un abcès presque semblable, h la réunion des faces antérieure et inférieure. Plusieurs taches noires, résistantes et sans aucune friabilité.
Cœur. — Les quatre cavités du cœur étaient distendues par des caillots fibrineux jaunâtres que l’on rencontrait également dans les veines principales. On en retira un très-dense et très-élastique de la veine cave inférieure.
Foie et rate sains.
Il serait difficile de tirer des enseignements positifs de celte observation, si elle n’était éclairée par nos expériences précédentes. Comment, sans hésitation , attribuer les abcès métastatiques, les ulcérations du tissu pulmonaire et l’épanchement thoracique, à l’action toxique de la sérosité purulente introduite â trois reprises différentes
dans la circulation ? Ne se demanderait-on pas avec raison si la jugulaire, enflammée et remplie de pus communiquant avec un large abcès circonvoisin , n’était pas la cause principale des phénomènes morbides, et si la présence d’une canule de gomme élastique, laissée dans la plaie pendant huit jours, n’avait pas été l’origine première de tous les accidents signalés? Au point où nous ont conduit nos recherches, nous nous croyons en mesure de répondre a ces questions.
La sérosité injectée était transparente, sans odeur, sans aucune trace de décomposition putride. 20 grammes en avaient été injectés en trois fois et à vingt -quatre heures de distance. L’animal était resté vif, gai, sans perte d’appétit et avec toutes les apparences de la santé. La sérosité n’était donc pas la cause des complications , terminées par la mort le huitième jour et occasionnées par une phlébite. Il est sans doute possible, comme nous l’avons établi , que des injections répétées de sérosité purulente entraînent une issue funeste; mais c’est seulement dans le cas où la liqueur s’altère et devient fétide. Alors les symptômes, nuis au début, s’aggravent proportionnellement, et l’on observe les effets désintoxications putrides.
Nous voudrions pouvoir répondre avec certitude ù une objection qui se présente. Pourquoi une liqueur chargée de matières animales en dissolution ne s’altèrerait-elle pas dans le sang , comme elle le ferait à la même température et à l’air libre? Il existe peut-être des états où cette supposition se réalise; mais ils sont en tous cas très-exceptionnels. La digestion arrête, comme on le sait, la décomposition des matières ingérées dans l’estomac , et puisque nos liquides et nos tissus agissent à la manière de la
EXPÉRIENCES
pepsine sur les corps organiques en contact, la sérosité purulente se trouve soumise aux mêmes influences, et doit être éliminée ou incorporée sans pouvoir subir la fermentation putride. Tel parait être la signification de la plupart de nos expériences. Comme le champ des hypothèses est sans limite et que la chimie organique est peu avancée, l’on ne saurait rester dans une trop grande réserve à l’égard des explications. La sérosité de pus fournit-elle au sang des dépôts concrets? agit-elle en raison de la quantité de la substance animale contenue? Nous nous sommes borné à démontrer, qu’en général la sérosité purulente récemment recueillie et retirée d’un pus inodore et de bonne nature, n’entraînait pas d’accidents immédiats. Les animaux n’en éprouvaient aucun effet toxique pendant les deux ou trois premiers jours, et lorsque plus tard des complications survenaient, il semblait rationnel de les attribuer h d’autres causes. Tel est aussi la conséquence du fait dont nous nous occupons. Une phlébite suppurée s’était développée dans la jugulaire , dont les bords indurés et béants plongeaient dans le pus d’un abcès cellulaire assez étendu. Aucun caillot oblitérateur ne s’était formé, et une pyoémie devait nécessairement survenir par l’introduction incessante dans le système circulatoire d’une quantité considérable de globules de pus. Ce qui avait eu lieu. L’infection purulente spontanée n’est pas fort rare chez le chien à la suite de plaies. Nous l’avons vu fréquemment survenir dans nos recherches sur la gastro-stomie, après la ligature de l’œsophage , et telle paraît avoir été ici la véritable cause des altérations pulmonaires et de la mort. La présence de la sérosité du pus dans le sang était donc restée étrangère aux accidents observés.
ftuarantc-dcu \ ièmc expérience .
Injection de 160 grammes de sérosité purulente mêlée d’eau.
Aucun accident.
Nous finies le5jan vierl848 une injection de 160grammes de sérosité purulente mêlée d’eau, dans la veine jugulaire externe d’un chien barbet de moyenne taille, précédemment soumis un assez grand nombre de fois à des inspirations d’éther et de chloroforme.
La sérosité employée provenait de 250 grammes de pus retiré cinq jours auparavant d’un vaste abcès lombaire ponctionné pour la première fois.
Ce pus était un peu grisâtre, assez dense, bien lié, et avait été mélangé â un poids égal d’eau distillée.
Le liquide agité et filtré â trois reprises , avait donné une liqueur d’un brun clair et d’une odeur de chair assez prononcée, mais nullement fétide.
Sur le filtre était restée déposée une matière grisâtre, filante, semblable à des mucosités mêlées d’eau et de globules de pus.
Avant d’introduire dans la circulation cette masse énorme de 160 grammes de liquide, dont la présence seule eût causé une pléthore dangereuse, je fis écouler de la jugulaire une quantité égale de sang, et j’injectai alors lentement la sérosité, dont la température avait été élevée à 28° environ au bain-marie.
Immédiatement après l’injection, le bout supérieur de la jugulaire, fermée par la striction d’un fil, paraît distendu. J’applique une ligature sur le bout inférieur de la
EXPÉRIENCES. 171
veine, et la plaie tégumentaire est fermée par un point de suture.
L’animal ne paraît pas avoir souffert de l’expérience. Dès le soir il manifeste son appétit ordinaire et n'a pas cessé un seul moment, pendant les vingt premiers jours que nous l’avons observé, de se porter parfaitement.
Nous nous croyons en droit de terminer ici nos recherches sur les effets de la sérosité du pus injectée dans le sang. Nous avions successivement constaté que de la sérosité purulente, préparée par filtration , s’altérait avec rapidité, et était ordinairement employée dans un état de décomposition putride plus ou moins avancé. Nous avions vu survenir des abcès métastatiques. Il importait dès lors de s’assurer quelle était la véritable cause de ces graves altérations, et de les rapporter, soit à la sérosité purulente elle-même, soit à l’élément putride accidentellement développé , soit à une phlébite produite par le contact de la canule à injections successives, laissée à demeure dans la jugulaire externe.
Les expériences 35 et 36 ont mis hors de doute les effets excessivement toxiques des éléments putrides , susceptibles, comme nous l’avons démontré, d’occasionner des abcès lobulaires des poumons, semblables a ceux que I on rencontre quelquefois à la suite de la pyoémie. Nous avons pu constater (exp. 37, 38 et 39) que des phénomènes morbides de même nature survenaient au bout de deux ou trois jours chez les chiens soumis 'a des injections répétées de la sérosité du pus, et que cette complication était corrélative à la putridité du liquide. On ne pouvait donc se refuser a reconnaître que dans la plupart des cas
dont nous avons présenté l’histoire, l’élément putride avait joué un rôle capital et d’une extrême gravité.
Les expériences 40 et 41 nous avaient paru établir que la sérosité retirée d’un pus de bonne nature, et préparée h une basse température ou assez vite pour éviter toute altération, était peu ou nullement toxique. Notre dernière observation met ce fait hors de conteste, en raison de l’énorme quantité de sérosité purulente injectée et de l’absence absolue des accidents.
En même temps, nous devons admettre que dans le cas où des symptômes de pyoémie et des abcès pulmonaires métastatiques sont observés a la suite d’injections de sérosité non fétide , ils dépendent de la suppuration de la veine, dans laquelle une canule a été placée à demeure, comme nous le prouve l’expérience 41 , comparée à la suivante.
Nous arrivons ainsi à l’opinion que la sérosité du pus n’est pas en elle-même et dans aucun cas la cause déterminante de l’infection purulente. Resterait à traiter la question de l’infection putride spontanée. Ceux qui ont lu avec attention les considérations dans lesquelles nous sommes entrés à ce sujet , doivent déjà prévoir que la doctrine soutenue par M. Bérard aîné nous paraît dénuée de preuves et contraire aux faits; mais nous renvoyons cette importante discussion au chapitre de nos observations cliniques.
Quarante-troisième expérience.
Injections cle globules de pus préparés au chlore. Mort au bout de trente heures.
Les globules de pus dont je me servis dans cette expé-
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rience provenaient du pus fétide d’un abcès du mollet enté sur des tissus indurés et depuis longtemps en suppuration. Les globules lavés le 22 novembre 1847 a plusieurs eaux, avaient été soumis en dernier lieu a l’action d’une eau très-légèrement chlorée. Ils n’avaient plus aucune odeur particulière et sentaient seulement un peu le chlore.
Conservés dans un flacon a l’émeri, à une basse température (= 0°), ils en ont gagné le fond, où ils forment une masse blanche au-dessous de la couche d’eau limpide et transparente dont ils se sont séparés. On décante et 4 grammes du dépôt de globules sont injectés le 29 novembre 1847, à dix heures du matin, dans la jugulaire externe d’un chien pesant 3520 grammes.
L'animal offre, immédiatement après l’opération, un air d’étonnement et de stupeur; il se lient debout, immobile, et présente 7G inspirations par minute. Dans la journée deux injections semblables sont pratiquées, h midi et a quatre heures. Le chien va et vient sans vaciller; il mange avec appétit et paraît peu incommodé.
Le 30 novembre. — - Dans la nuit vomissements abondants de bile. Prostration considérable. Cependant, après la quatrième injection, faite à huit heures du matin, l’animal a encore assez de force pour sauter de dessus la table à terre sans tomber; toutefois il vacille du train postérieur et reste couché les pattes étendues et la tête appuyée contre le sol.
A midi et demi. — L’abattement a fait beaucoup de progrès. L’animal ne fait plus aucun mouvement. Mort h trois heures.
Examen anatomique le même jour, a quatre heures et demie.
Sang noir, encore chaud et diffluent, accumulé dans les gros vaisseaux et les quatre cavités du cœur. On trouve un caillot fibrineux jaunâtre dans l’artère pulmonaire. Aucun épanchement dans la poitrine. Poumons marbrés de teintes alternativement plus claires sur un fond blanchâtre. Parenchyme épais, résistant à la pression, conservant la forme des cavités thoraciques, sans indurations sanguines. Il y a peu de crépitation à la pression , et en soulevant les lobes pulmonaires , on les trouve beaucoup plus lourds qu’à l’état normal.
Quatre ou cinq taches noirâtres; indurations granuleuses sans saillie extérieure à la surface des poumons.
Rate marbrée de taches noirâtres, comme chagrinée, dure et résistante.
Foie mou, gorgé de sang.
Aucune autre altération.
Dans ce cas 16 grammes de globules de pus injectés en quatre fois, occasionnèrent la mort au bout de vingt-neuf heures.
Les globules mêlés aux granules n’étaient pas putrides, ou au moins toute odeur de putridité avait disparu sous l’influence des lavages à l’eau très-légèrement chlorée.
Les lésions organiques furent très-différentes de celles observées dans l’expérience 35, et nous ne rencontrâmes aucune trace de gangrène ni de phlyctènes. A l’exception de quatre ou cinq taches ecchymotiques noirâtres, les poumons étaient en apparence sains; mais comme nous l’avons indiqué, ils étaient lourds, blanchâtres, non contractiles, peu crépitants. Devons-nous admettre que la mort a été le résultat d’une asphyxie produite par l’accumulation des globules de pus dans la trame du pareil-
EXPÉRIENCES
chyme pulmonaire? C’est une question que nous renvoyons h de nouvelles expériences.
Quarante-quatrième expérience.
Injection de 3 grammes de globules de pus recueillis le jour même et conservés à la température de 0°. Mort le troisième jour.
Injection le 3 décembre 1 8 47 , à cinq heures du soir, de 3 grammes de globules de pus, dans la jugulaire externe d'un vieux chien, pesant 3700 grammes.
Le pus provenait d'un abcès du bras, ouvert le matin et recueilli dans un verre a patte, contenant de la glace. Ce pus était mêlé h un peu de sang épais, granuleux, mal lié , et après avoir été soumis a plusieurs lavages, les globules parfaitement blancs étaient cependant en partie réunis par une sorte de matière muqueuse et comme caillebotés.
Après avoir décanté les eaux de lavage, nous prîmes 3 grammes de globules parmi les derniers déposés au fond du vase et par conséquent les plus fins, et nous nous en servîmes pour l’injection.
Le chien abandonné a lui-même ne paraît pas immédiatement incommodé. Il a pris le soir quelques aliments.
Le 4 décembre. — Refus de toute nourriture. Soif assez vive. Vomissements. Décubitus habituel. Vacillation des membres pendant la marche. Frissons prolongés.
Le 5 décembre. — L’abattement et la faiblesse ont augmenté. Refus des aliments. Peu de soif. Impossibilité de rester debout, ni de marcher. Tremblements et frissons. Les paupières de l’œil gauche sont enflammées et collées
170 INFECTION PURULENTE OU l'YOÉMIE.
par une matière séro-purulentc. La cornée du même côté devient blanchâtre et opaque.
Le 0 décembre. — Mort dans la matinée.
Examen anatomique à quatre heures. — Aucun épanchement dans la poitrine. Cavités du cœur remplies d’un sang mou et noirâtre. Les veines ne paraissent nullement malades.
Les poumons sont blanchâtres, avec un réseau trèsdélié de points et de linéaments mélaniques. Le parenchyme garde la forme du thorax; il résiste à la pression des doigts, est à peine crépitant, et renferme cependant peu de sang. Quelques taches ecchymotiques lenticulaires, plusieurs irrégulières et assez larges; toutes déprimées et a surfaces d’une certaine dureté. On ne sent pas nettement de noyaux d’induration en comprimant entre les doigts les lobes pulmonaires. Ça et là des saillies blanchâtres de 2 centimètres de diamètre, formées d’un emphysème à fines bulles; à la base du lobe moyen du poumon droit, deux larges taches noirâtres, occupant une grande partie de l’épaisseur de l’organe , ressemblant à de l’hépalisation rouge, quoique le tissu affecté surnage dans l’eau.
Rate marbrée de taches noirâtres, et offrant un ecchymose considérable sur la face antérieure. — La cornée est opaque, sans épanchement purulent appréciable dans les chambres oculaires.
Cette expérience montre d’une manière très-nette que les parties solides du pus injectées dans le sang , avant d’avoir éprouvé aucune décomposition putride, sont néanmoins susceptibles de déterminer la mort. Le pus mêlé à de la glace, au moment même où le foyer qui le contenait
EXPERIENCES
venait d'être ouvert, avait etc soumis â des lavages successifs avec de l'eau h 0°. 11 n’avait donc éprouvé aucun commencement de fermentation putride. Cependant nous voyons l'animal soumis a l'injection des globules , devenir gravement malade quelques heures plus tard, s’affaiblir de plus en plus, et succomber le troisième jour après avoir offert des tremblements répétés et de violents frissons.
La mort ne saurait être attribuée ici a une asphyxie primitive, mais à une gêne respiratoire de plus en plus considérable, accompagnée des symptômes habituels de la pyoémie. Que l’on compare les altérations pulmonaires à celles observées à la suite d'injections putrides, et on en saisira sur-le-champ les différences. Ici pas de phlyctènes gangréneuses, peu d'engorgement sanguin, milles saillies pblycténoïdes, mais une sorte d’emphysème à fines bulles-, un épaississement blanchâtre des tissus 5 quelques taches ecchymoliques déprimées-, aucun noyau d’induration manifestant une tendance â la suppuration. Seraitce que la mort est survenue trop vite, ou que la quantité de matière injectée était trop faible? Faut-il attribuer un rôle actif à l’état des globules qui n’étaient pas parfaitement bien liés? Ce sont autant de questions â éclaircir. La purulence des paupières, l’opacité de la cornée, l'ecchymose de la rate, indiquaient une affection générale, et l'on comprend que des abcès simples produits par la présence de corps étrangers, peu* irritants de leur nature , n’aient pas eu le temps de se développer en trois jours -, nous terminerons ces remarques par une derT nière réflexion. Trois grammes de globules de pus fraîche ment recueillis, et réduits â un poids moindre, si l’on en retranche I eau dans laquelle ils étaient en suspension,
INFECTION PUÜULENÎE OU PYOÉMIE.
ont sufli pour occasionner des accidents mortels. Que l’on compare ce résultat avec l’innocuité des injections d’une quantité quatre ou cinq lois plus considérable de sérosité purulente non fétide, et l’on ne sera plus tenté de soutenir la complète analogie des deux faits. Les globules sont de toute évidence doués de propriétés toxiques, et nous avons vu que la sérosité du pus jouissait d’une trèsgrande innocuité.
Quarante-cinquième expérience.
Injections de globules de pus. Mort le septième jour . Abcès pulmonaires métastatiques .
Injection le 2 décembre 1847, à cinq heures du soir, de 4 grammes de globules de pus dans la veine jugulaire externe d’un très -jeune chien de forte race, pesant 4220 grammes.
Le pus recueilli le 22 décembre avait été soumis a plusieurs lavages à l’eau, puis à l’eau légèrement chlorée, parM. Hepp, pharmacien en chef de l’hospice civil. Les globules conservés dans un flacon à l’émeri et à une basse température n’exhalaient aucune odeur.
Immédiatement après l’injection, l’animal ne paraît nullement incommodé.
Le 3 décembre. — Santé en apparence parfaite. Nouvelle injection à cinq heures du soir, de 2 grammes du même pu#.
Le 4 décembre. — L’animal a paru un peu abattu , et a moins mangé dans la matinée -, il traîne les jambes de derrière et particulièrement la jambe postérieure gauche , et reste couché. On ne lui fait pas d’injection pour ne pas hâter la mort.
EXPÉRIENCES
Le 5 décembre. — Santé en apparence rétablie Appétit habituel. Gaîté, mouvements libres; aucune trace de faiblesse dans les membres.
Injection, à cinq heures du soir, de 4 grammes deglobules de pus venant de la même source que ceux de l’expérience précédente, et conservés dans la glace a la température de zéro. La matière est parfaitement blanche, sans aucune odeur, et d’apparence crémeuse. Aussitôt après l'injection, le chien saule de la table à terre, et va et vient sans paraître incommodé.
Le 6 décembre. — A pris peu d’aliments le matin , et les a refusés le soir. Marche droit quand on l’y force, mais reste volontairement couché.
Le 7 décembre. — Est étendu dans sa niche et n’a pris qu’un peu d’eau.
Le 8 décembre. — Prostration de plus en plus marquée. Mort à sept heures et demie du matin.
Examen cadavérique a dix heures et demie du matin. Épanchement sanieux, épais et rougeâtre, dans la plèvre droite, qui offre une teinte lie de vin. Ça et la quelques dépôts pseudo-membraneux récents.
Poumon droit. Le lobe supérieur est épais , blanchâtre, boursouflé, en un mot emphysémateux. Lobe moyen semblable, sans autres changements sensibles. On remarque sur le lobe inférieur trois points diversement altérés. En arrière et en haut de ce lobe et très-près des bronches existe une saillie circulaire, convexe, de 15 à 18 millimètres de diamètre, composée d’une première zone blanchâtre, et manifestement emphysémateuse; la seconde partie centrale est jaunâtre et offre aux yeux les caractères d’un abcès dont le sommet serait ramolli En fendant les tissus affectés, on voit s’écouler des tranches de la divi-
ISO INFECTION PURULENTE OU PVOÉMIE.
sion une matière purulente jaunâtre , un peu muqueuse, isolée superficiellement et combinée avec du sang à une plus grande profondeur.
Lu arrière et plus bas on aperçoit une tache noirâtre à surface dure et déprimée, avant une forme cruciale irrégulière, de 2 centimètres de diamètre. Le tissu dans ce point est simplement hépatisé et va au fond de l’eau.
Au milieu du même lobe se rencontre une troisième tache beaucoup plus grande, ayant 5 à 6 centimètres de largeur et traversant toute l’épaisseur de l’organe, pour reparaître â la face diaphragmatique. Ici plusieurs noyaux de suppuration semblent réunis. Ce sont des espèces de taches étoilées ou festonnées, jaunâtres, enveloppées de zones brunes ou noirâtres; toute cette partie du parenchyme est hépatisée et se précipite au fond de l’eau. On ne découvre à la section aucune cavité accidentelle distincte, et le pus semble encore disséminé avant de s’être rassemblé au foyer.
Le poumon gauche est sain , quoique ça et là emphysémateux, particulièrement au lobe inférieur, qui offre deux taches noires ecchymotiq ies d’un millimètre à peine de diamètre.
Les quatre cavités du cœur et les grosses veines étaient gorgées de sang noir et diffluent. La veine jugulaire externe, qui avait été ouverte pour l’injection , était oblitérée au-dessous de la canule, par un caillot blanchâtre très-dense et très-adhérent.
Foie et rate d’apparence saine.
Yeux chassieux avec conservation de la transparence de la cornée.
Les divers enseignements de celte expérience méritent d’être analysés avec soin. Dix grammes de globules de pus non fétides furent introduits en trois fois dans le sang. La première injection de 4 grammes resta sans effets apparents. Nous attribuons ce résultat à la vitalité du chien qui était très-jeune, et qui , appartenant a une forte race , pouvait réagir davantage contre les causes morbides, et avait un réseau capillaire proportionnellement plus large et moins susceptible d’épanchements et d'inllammation.
La seconde injection donna lieu à des symptômes graves qui se dissipèrent en trente-six heures. C’était la guérison déjà observée de la première pyoémie. Alors une troisième injection fut faite, et à partir de ce moment la faiblesse et la prostration firent des progrès et amenèrent la mort le septième jour.
On voit que les globules de pus conservés depuis plus de dix jours et lavés à grande eau et ensuite avec du chlore , avaient été débarrassés de tout élément putride et avaient agi comme le pus ordinaire de bonne nature. L’animal se serait parfaitement rétabli , mais de nouveaux globules non altérés, quoique plus concrets, furent injectés et entraînèrent une terminaison funeste.
N’est-il pas évident que les globules purulents, alors même qu’ils n’ont éprouvé aucun commencement de fermentation putride, deviennent des éléments toxiques par leur mélange au sang?
Si nous considérons les altérations , nous les trouvons très-différentes de celles produites par des substances putrides. Aucune pétéchie, aucune saillie, aucune ampoule renfermant dans une cavité distincte du sang altéré; ni odeur, ni aucune trace de gangrène. Nous découvrîmes
seulement quelques noyaux hépatisés et ça et là des gouttelettes de pus tendant à se réunir en foyer distinct.
Sans 1 épanchement pleurétique, 1 animal eut résisté plus longtemps, et les abcès pulmonaires se fussent complètement développés, mais en se bornant à interroger les lésions produites, on ne peut s’empêcher de les distinguer assez nettement de celles qu’avaient causées les injections de corps en putréfaction et qui présentaient les caractères anatomiques des affections gangréneuses
Devions-nous poursuivre ces recherches expérimentales et multiplier les preuves cl les démonstrations déjà acquises, ou nous juger suffisamment éclairés dans celte voie? Dès l’instant que la sérosité purulente était hors de cause et n’entraînait pas d’effets toxiques, à moins de contenir accidentellement un élément putride, nos premières expériences prenaient une haute valeur. Il n’v avait plus à tenir compte de la présence de la sérosité, et les enseignements relatifs aux seules propriétés des globules et des granules de pus devenaient complets. Nous eussions donc pu a la rigueur nous abstenir des injections de globules et de granules séparés du liquide dans lequel on les rencontre à l’état de suspension , et si nous l'avons fait, c’était par désir de ne laisser aucune prise au doute, et de corroborer, par des preuves directes , une véritable certitude d’induction.
Réduite à ces termes, la question étiologique des pyoémies produites sur des chiens par des injections répétées de pus, s’explique par deux causes distinctes. Tantôt c’est une affection purulente simple , signalée par une inflammation à caractères francs et tranchés et par le développement d’abcès dits métastatiques, tantôt c’est une véritable affection gangréneuse, et les abcès ne sont pas
EXPÉRIENCES
dans ces cas primitifs, mais le résultat d une inflammation éliminative et dépendent de la présence des parties précédemment frappées de mort.
Ce sont la deux maladies distinctes, quoique réunies par des apparences communes. L’une déterminée par les éléments solides du pus , l’autre par la putridité d’une substance animalisée quelconque.
Nous aurons à rechercher dans nos observations cliniques si les mêmes faits se représentent dans l’organisme humain.