PRÉFACE
De tout temps la Philosophie s'est proposé de connaître « la nature des choses » et de pénétrer « le système du monde ». Seulement, tandis que dans l'antiquité elle se confondait avec la Science et se flattait de connaître directement l'Univers, dans les temps modernes elle se distingue de la Science, qui s'est constituée à part pour rechercher les lois de la nature. Sans doute, elle est toujours la connaissance de l'Univers, mais une connaissance d'un ordre supérieur : c'est un second degré dans la réflexion et dans la systématisation des faits, une nouvelle élaboration des données de l'expérience. Elle ne doit plus s'appliquer au « monde sensible » de l'expérience vulgaire, mais au monde idéal construit par la Physique ; de sorte qu'elle repose essentiellement sur la connaissance des lois scientifiques, qui rendent ce monde intelligible. En un mot, la Philosophie n'a pas pour objet immédiat les phénomènes et leurs lois, mais la Science elle-même, qui étudie ces phénomènes et ces lois.
Il ne faut donc pas croire que la Philosophie ne soit qu'un prolongement de la Science, et qu'elle n'ait d'autre fonction que de coordonner les lois déjà connues pour en former des théo-