‹ De l'infini mathématiqueChapitre 3 sur 271 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

ries générales, ou d'anticiper par des hypothèses les lois encore inconnues. Son rôle n'est ni de compléter ni de devancer la Science; elle n'a pas à deviner les lois de la nature, à les simplifier et à les organiser en systèmes provisoires et prématurés, ni à les résumer en une formule unique qui expliquerait tous les phénomènes et serait la clef de l'Univers. Elle ne consiste pas dans ces synthèses plus vastes que profondes et plus brillantes que solides qu'on a spirituellement nommées « une philosophie d'Exposition universelle ' ». On ne doit pas non plus l'opposer comme « Science idéale » à la Science positive, car ce serait la reléguer dans le domaine de l'ignorance et du rêve, pour ne pas dire de la fantaisie. La Philosophie n'étudie pas les choses et les faits, mais les idées; elle ne recherche pas les lois de la nature, mais les lois de l'esprit. Pour cela, elle doit remonter aux principes mêmes de la Science, pour en éprouver la valeur et en scruter les fondements. Elle est essentiellement une Théorie de la connaissance, et son vrai nom est la Critique. Il importe d'ajouter, pour prévenir tout malentendu, que celte critique ne doit avoir à l'égard de la Science aucune intention hostile, aucune conséquence subversive. En contrôlant la méthode des sciences et en discutant leurs principes, la Critique ne cherche nullement à les ruiner, mais au contraire à les justifier. La Science, du reste, a fait ses preuves, et continue à les faire chaque jour; il ne saurait être question de révoquer en doute sa valeur, mais simplement d'en déterminer les conditions et les limites. Elle n'a jamais trompé que les espérances de ceux qui, méconnaissant sa nature et sa compétence, attendaient d'elle autre chose que ce qu'elle peut promettre et donner, et lui demandaient une Métaphysique, une

Page 1