PREFACE IX
C'est ainsi que la Psychologie soi-disant spiritualiste a préparé, sinon engendré, la Psychologie prétendue scientifique et au fond matérialiste, et a failli compromettre la Métaphysique elle-même. L'éclectisme et le positivisme ont également méconnu le caractère original et la fonction véritable de la Philosophie. Le premier, en se figurant observer la conscience, ne faisait qu'analyser des concepts vagues et confus, produit spontané de l'expérience vulgaire ; et il a cru qu'il suffisait de raisonner sur eux pour en tirer des vérités métaphysiques : il a ainsi abouti à une idéologie stérile et vide. Le second s'est efforcé d'atteindre les faits de conscience par la méthode expérimentale pour en déterminer les lois : mais, au lieu de faits psychiques, il n'a pu observer que des phénomènes physiologiques, et ce n'est pas la pensée qu'il a soumis à l'expérimentation, mais seulement ses manifestations physiques. L'un et l'autre ont manqué le but, parce qu'ils ont violé ce principe de la Critique, à savoir que la Métaphysique consiste essentiellement en jugements synthétiques a priori, et ils se sont en vain flattés de la remplacer, soit par des vérités logiques (jugements analytiques), soit par des lois expérimentales (jugements synthétiques a posteriori). Ils n'ont oublié qu'une chose : c'est que les vérités, tant logiques que scientifiques, sont relatives à l'esprit qui pense, et ne sont vraies qu'en tant qu'elles sont conformes aux principes rationnels. C'est donc une entreprise chimérique et vaine que de chercher à connaître scientifiquement les lois de la pensée, attendu que toute connaissance scientifique est fondée sur ces lois elles-mêmes, et que la moindre expérience n'a de valeur qu'autant qu'elle est soumise aux formes a priori de la raison.
Ce n'est donc ni par l'analyse logique et la déduction, ni par l'analyse psychologique et l'induction que l'on peut atteindre