PREFACE
les principes de la connaissance. Les problèmes critiques ne relèvent ni de la logique ni de l'expérience, mais de la raison. Ils ne relèvent pas de la logique, s'il est vrai, suivant une pensée profonde de Cournot1, qui a inspiré tout notre Ouvrage, que la tâche de toute Critique et de toute Philosophie consiste à choisir, entre plusieurs enchaînements de concepts également logiques y le plus rationnel, c'est-à-dire celui qui met le plus d'unité, de lumière et d'harmonie dans nos idées, en les rattachant à quelques idées primordiales et simples; car si, étant donné un système de propositions logiquement unies, l'on peut indifféremment partir de Tune quelconque d'entre elles pour en déduire les autres, Tordre le plus naturel et le plus philosophique est celui qui fait dépendre toutes ces vérités de quelques principes vraiment évidents et irréductibles, en un mot, vraiment principes.
Les problèmes critiques ne relèvent pas davantage de l'expérience : car l'esprit que Von connaît ne sera jamais l'esprit qui connaît. Le premier est la conscience, théâtre de phénomènes fugitifs et insaisissables dont la liaison et la raison d'être échappent fatalement à l'observation; le second est le moi pensant ou la raison, qui organise le chaos infiniment varié de la conscience phénoménale : de ce mirage éphémère et décevant elle tire les éléments d'un système solide et permanent qu'elle construit conformément à ses lois, qu'elle dote de la valeur objective et qu'elle nomme la réalité. Or ce travail obscur et pour ainsi dire souterrain de la raison informant les données de l'expérience ne se révèle que par ses produits : les principes en vertu desquels la raison opère se sentent, ils ne se voient pas. Aussi n'est-ce pas en observant scrupuleusement les faits
i. Correspondance entre V Algèbre et la Géométrie, chap. xvi, n° 146.