‹ De l'influence de certaines eaux minérales sur la localisation et l'élimination de substances toxiques déterminéesChapitre 10 sur 25 · SE PA · texte numérisé non relu

SE PA

cette toxicité a été fortement exagérée ; certains auteurs vont même jusqu’à dire que l’empoisonnement aigu par le cuivre est impossible, et que l’empoisonnement chronique n'existe pas. En réalité, des observations nombreuses et sûres démontrent que le cuivre peut réellement donner la mort, mais que, dans la majorité des cas, les sels cuivriques, qui sont des émétiques violents, sont éliminés, très promptement et en presque totalité, par les vomissements, en sorte que l’absorption de doses massives de ces sels n’entraîne pas nécessairement la mort.

« Quant à la toxicité des sels de cuivre pris à petites doses, elle a été certainement exagérée ; c’est ce que démontrent d’une manière indubitable les travaux de Galippe, de Chaussier, de Burq, de Bourneville et d'autres. L'organisme supporte assez bien des quantités notables de sels cuivriques et l’accoutumance s'établit vite. »

Page 726, les mêmes auteurs ajoutent :

« [l'est tout à fait impossible de dire à quelle dose les sels de cuivre produiraient des accidents mortels. Nous avons dit, en effet, qu’en raison de leurs propriétés émétiques, ils sont promptement éliminés, du moins en très grande partie, par les vomissements, en sorte qu'il n'y a aucun rapprochement à faire entre la quantité introduite dans l'estomac et celle qui pénètre réellement dans l’organisme. Des doses de 2 à 5 décigrammes de sulfate de cuivre ne sont certainement pas dangereuses

pour l’homme ; si, pour une raison quelconque, les vomissements ne se produisaient pas ou étaient très peu abandants, il est probable qu’un poids de sulfate de cuivre voisin de un gramme pourrait amener des accidents graves, »

Enfin, page 727 :

« Le cuivre s’accumule dans le foie. Bourneville et Yvon'ont trouvé 295 milligrammes de métal dans le foie d’une femme épileptique soumise à un traitement parle sulfate de cuivre, traitement qui avait duré quatre mois et pendant lequel elle avait ingéré 43 grammes de sel. Dans les expériences de Galippe, un chien qui avait absorbé pendant 124 jours, 0 gr. 50 d’acétate de cuivre, avait un foie pesant 260 grammes, et contenant 0 gr. 31 de cuivre métallique ; chez un autre chien, en ayant absorbé 98 or. en 150 jours, le foie, du poids de 300 grammes, contenait 0 gr. 223 de cuivre. C’est surtout par la bile qu’a lieu l'élimination de cuivre. L’urine renferme aussi du cuivre : l’élimination se fait avec lenteur par cette voie ; on a constaté quelquefois de l’albumine. » f

Puis, dans la Toxicologie chimique du professeur Barthe (1918, p. 214 et 215), nous lisons :

« Le cuivre est plus connu par la discussion dont il a été l’objet, comme toxique, que par son emploi thérapeutique. Quoi qu’en dise Galippe, les sels de cuivre sont parfaitement capables de provoquer des accidents d’empoisonnements mortels (Bonnet, Cabannes) ; le plus souvent, il est vrai, après l’in-

gestion, le vomissement expulse le poison et empéche l'absorption. Si celle-ci a lieu, le phénomène provoqué se rapproche de ceux que déterminent le phosphore et le chlorate de potasse » (Arnozan, 1902).

« Toutefois, on ne saurait nier la toxicité des sels de cuivre en général. On peut dire que les sels de cuivre solubles sont de puissants émétiques ; mais ils peuvent devenir toxiques. Le carbonate de cuivre est à peu près inoffensif., Quand les sels de cuivre sont combinés à une matière organique, et surtout à une matière albuminoïde, ils passent dans l'organisme sans aucun inconvénient. »

Enfin Lewin, dans son Traité de toxicologie (1903, p. 328), déclare :

« Lorsqu'on fait pénétrer le cuivre par voie d’injection veineuse et sous forme d’albuminate dissous dans une liqueur faiblement alcaline, il manifeste alors des propriétés violemment toxiques qui se traduisent, grosso modo, par de la paralysie musculaire et une asphyxie déterminant la mort. Le sel de cuivre peut alors se diffuser librement dans l’organisme et exercer son action nocive sur les éléments anatomiques J'ai déjà appelé lattention, à propos du bismuth, sur cet artifice permettant d’introduire et de faire circuler la substance toxique dans l’économie, d'en imprégner l'organisme »… « Enfin le foie joue ici, à titre:d’antitoxique, un rôle tout particulièrement remarquable, en raison de l’électivité de localisation du cuivre dans le foie et de l'élimination par la bile. »

ee Quelle opinion peut-on dégager des exposés de la question de toxicité des sels de cuivre telle que la présentent les toxicologues précédents ?

C'est que, d’abord, il est difficile de donner un renseignement précis, quand il s'agit de la voie digestive, en raison des quantités de sels rejetées par les vomissements ou entrainées par les déjections alvines provenant d’entérites fréquemment observées. Cependant Pecholier et Saint-Pierre, cités par Kohn-Abrest (p. 725), ont vu des lapins succomber, en 12 à 14 heures, à l’ingestion de 16 à 20 centigr. d’acétate de cuivre, avec ralentissement de la circulation et collapsus profond. Si Bourneville a pu donner jusqu’à 30 centigr. de sulfate par dose quotidienne, il n’y réussit qu'avec le concours d’une certaine accoutumance, cé: qui ne nous fait pas connaître la dose mortelle chez un sujet non accoutumé. 3

En accord avec la remarque de Lewin, citée plus haut, nous pensons que la voie intraveineuse, en portant les composés du cuivre jusqu'aux éléments anatomiques sur lesquels ils exerceront une action élective, peut permettre de déterminer, avec moins d'incertitude, la limite des doses compatibles avec le fonctionnement normal de l'organisme.

Les injections sous-cutanées produisant des eschares, quelle que soit la réaction du sel employé,

nous les avons abandonnées.

Page 1