‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 12 sur 25 · I." éilit · texte numérisé non relu

I." éilit

( 97 ) dent que la plupart des phénomènes de surexcitation signalés dans le précédent article, sont des phénomènes spasinodiques ; et, dès-lors, pourrat-on demander , pourquoi ne leur avoir pas donné cette qualification; pourquoi, au lieu de les comprendre dans une seule et» même catégorie, en avoir fait l'objet d'un examen particulier ?

Les phénomènes de la surexcitation spasmodique, considérés d'une manière générale , ont le même siège et sont de la même nature que la plupart de ceux qui ont été assignés à la surexcitation névropathique : ainsi que ces derniers, on les observe fréquemment dans d'autres formes de surexcitation, surtout dans leur période initiale, comme cela a lieu dans la forme convulsivc , par exemple ; ils peuvent enfin se montrer également comme épiphénomènes ou complication pendant la durée d'autres affections ; et voilà des points d'analogie qu'il est impossible de méconnaître. Mais parmi ces phénomènes il en est qui , dans des circonstances données , constituent à eux seuls de véritables états maladifs, et c'est là une différence qui réclame pour eux une mention spéciale. En effet , on n'aura pas , sans doute , perdu de vue qu'un des caractères de la surexcitation précédemment signalée, c'est d'être passagère, de se montrer, en quelque sorte, compatible avec l'état de santé, et de constituer uniquement l'expression la plus mani-

( B* ) festé de la prédisposition aux autres formes de la surexcitation nerveuse. Nous pouvons dès à présent faire une nouvelle application de cette vérité pathologique; car si nous supposons quelques degrés de plus d'intensité ou de persistance aux anhélations, aux élouffemens , aux palpitations, aux anxiétés précôrdiales, aux volutations intestinales et aux tlatuosilés , nous aurons précisément les troubles de rinnervation respiratoire, circulatoire et digestive , qui sont les seuls que nous nous proposons d'étudier dans cet article. Quant aux affections spasmodiques des organes de la reproduction, nous n aurions peut-être à signaler ici que l'hystérie; mais puisqu'il a été admis en principe que les spasmes précédaient souvent les convulsions, et que l'hystérie proprement dite appartient évidemment à la surexcitation conVulsive , nous avons cru devoir renvoyer à l'article suivant les considérations relatives a cette affection.

§ I. — Affections spasmodiques des organes de la respiration et de la circulation. (Asthme, angine de poitrine , palpitations nerveuses.)

Existe-t-il un asthme que l'on puisse nommer nerveux ou essentiel? Ce n'est pas ici le lieu d'examiner et de discuter les opinions opposées Omises à ce sujet; disons seulement que les auteurs qui ont constamment rattaché celle affection à une altération organique quelconque , nous paraissent

(99 ) tfavoir envisagé la question que par une de ses faces, puisque leurs investigations n'ont pu porter que sur des sujets asthmatiques depuis un temps plus ou moins long , et qu'alors les lésions matérielles dont il a été d'ailleurs impossible de constater rigoureusement la présence dès le début de la maladie , pouvaient bien n'en être que la consé quence, au lieu d'avoir contribué à sa manifestation et à sa persistance.

Une circonstance qui milite puissamment en faveur de l'existence de l'asthme essentiel , c'est que l'opinion qui l'admet compte, soit parmi les anciens, soit parmi les modernes et les contemporains , un bien plus grand nombre de partisans que celle qui la rejette. Il suffit d'ailleurs d'apprécier quelques circonstances de l'histoire de cette affection, pour se convaincre qu'elle peut se montrer indépendamment de toute altération de texture.

On voit quelquefois des impressions morales de diverse nature déterminer des accès d'asthme chez des sujets qui n'en avaient jamais éprouvé, ou provoquer leur retour chez ceux qui en avaient déjà été atteints. Le froid, l'humidité, et surtout l'état électrique de l'atmosphère; certaines odeurs agréables ou désagréables, des vapeurs plus ou moins irritantes accidentellement répandues dans l'air produisent des résultats analogues. Gullen , qui place le siège de l'asthme dans le système nerveux

c( le l'ait dépendre clo la mobilité dos fibres motrices du poumon, range les passions do l'aine parmi les causes de cette maladie. « J'ai vu , ajoute » Bosquillon , des personnes extrêmement sensi- » blés, chez lesquelles une mauvaise nouvelle pro- » duisait un véritable accès d asthme , quoiqu'elles )) ne fussent pas d'ailleurs sujettes à cette mala- )> die (1)». M. Jolly rapporte, d'après Corvisart, le cas d'un jeune officier jouissant d'une santé parfaite, qui, ayant éprouvé une vive impression morale en voyant les étrangers occuper la capitale en 1814, fut saisi d'un violent accès d'asthme. La maladie reparut un an plus tard, à la suite de nouveaux chagrins (2). Broussais dit avoir vu des malades que la gêne de la respiration mettait à même de prédire les orages avant que rien n'en indiqua! l'approche (3). Floyer, cité par Bosquillon, rapporte qu'une dame faible et délicate éprouvait un accès d'asthme par l'effet de l'odeur la plus fugitive. Il est constant que ces diverses influences ne peuvent agir que sur l'innervation pulmonaire , soit directement, soit d'une manière secondaire, par fi iitennédiaire de la muqueuse bronchique , dont elles ont accru l'impressionnabilité.

(1) Élcm. de Ule'd. prat. de Cullen, trad. et aunot. par Bosquillon , tom 2 , pag. 382.

(2) Dict. de Méd. et de Chir. prat. , art. Asthme (5) Cour* de l'utli. , tom. 5 , pag. 106.

La marche intermittente de l'asthme , le retour inattendu de ses accès et leur disparition souvent subite, sa coexistence avec d'autres maladies nerveuses qu'il n'est pas rare de voir alterner avec lui. lui succéder et le remplacer, la nature des souffrances éprouvées par les malades, voilà des circonstances qui prouvent, comme les précédentes, que cette affection doit, dans certains cas, être classée parmi les névroses.

Les auteurs qui se sont occupés de l'histoire de l'asthme, ont placé l'hérédité au nombre de ses causes prédisposantes ; mais ils n'ont guère envisagé que sous un seul point de vue cette influence étiologique; c'est-à-dire que les sujets dont ils ont rapporté les observations , avaient reçu le jour de parens asthmatiques : c'est dans ce cas qu'il faut ranger les faits cités par Alibert (1) et par Floyer (2). Nos recherches ne nous ont guère fourni qu'une seule opinion nettement formulée , qui se rattache à l'hérédité de certaines conditions organiques considérées comme prédisposition à l'affection asthmatique ; on la trouve dans un travail fort remarquable couronné en 1835 par la Société royale de Médecine de Toulouse. Son auteur , M. Lefèvre , dit que l'irritabilité extrême des bronches étant susceptible

( I) Aosol. nat. , liv. 1 , pag. 245.

<2) Traite de l'Asthme, pag. 23.

de se transmettre par la génération , peut rendre compte des asthmes dits héréditaires (1). Il est bon de faire remarquer ici que M. Leiëvre admet que la contraction spasmodique des bronches qui constitue l'asthme, peut être occasionéc par toutes les causes qui agissent directement ou sympathiquement sur la membrane muqueuse pulmonaire ; mais il admet aussi que, dans cette membrane comme dans tous les tissus de l'économie , la puissance nerveuse et le sang s'influençant réciproquement, l'élément nerveux se trouve comme toujours impressionné le premier par les agens extérieurs. Le tempérament nerveux a été regardé par quelques auteurs comme prédisposant à l'asthme, et c'est à tort,, selon nous, que d'autres auteurs ont rejeté cette prédisposition , par la seule raison que les femmes présentant plus fréquemment que les hommes les attributs de la constitution dite nerveuse, sont cependant moins sujettes à celte maladie. Il est plus que probable d'abord que l'asthme symptomatique a été plus d'une fois confondu avec l'asthme idiopathique; et puis, si l'affection asthmatique en général s'observe moins fréquemment chez les femmes que chez les hommes , l'asthme ner- \eu\ affecte assez souvent les enfans depuis l'âge

(1) Recherches médicales sur Li nature et le traitement de la maladie connue sous le nom d'asthme. ( Journal lu ■/■domadairc, année I855, toin. 5, pag\ i

( 103 ) de cinq à douze ans; circonstance qui ne paraît pas avoir été suffisamment prise en considération dans les appréciations qui ont été faites au sujet de la cause prédisposante dont il s'agit.

Les influences physiques ou morales qui ont pour effet de déterminer l'asthme , ne le produisant pas constamment et chez tous les sujets , il est incontestable qu'elles n'agissent qu'en raison d'une prédisposition préexistante. « La causalité de cette » affection, dit Broussais, se résume en disant, » que ce qui peut occasioner la dyspnée chez le » commun des hommes , peut , chez certains in- » dividus prédisposés , déterminer des attaques y d'asthme. Mais quelle est cette prédisposition? m La réponse n'est pas facile». Il y a peut-être de la témérité à énoncer notre opinion après celle d'un si célèbre écrivain ; nous devons dire cependant que, pour nous , celte prédisposition n'est autre chose que la prédisposition générale aux troubles de l'innervation, que la surexcitabilité nerveuse,. en d'autres termes, que nous savons susceptible d'affecter isolément telle ou telle autre partie de l'appareil nerveux, et qui, dans l'espèce, se trouve vicieusement concentrée sur les nerfs phréniques ou pneumo-gastriques. Le fait suivant peut être cité à l'appui de notre manière de voir.

AV. Fait. — Nous avons eu pendant plusieurs

( 104 ) années à notre service une jeune fille de vingt-deux ans, d'une complexion délicate , habituellement mal réglée , très-impressionnable , et chez laquelle la moindre contrariété, une admonestation faite même avec modération déterminait souvent des attaques d'asthme dont l'intensité variait , mais qui , dans trois ou quatre circonstances, ont été portées au point de nécessiter des médications énergiques pour prévenir une asphyxie imminente. Nous avons été témoin de ces accès au moins quarante fois dans l'espace de trois ans. Une circonstance qui démontre bien qu'il s'agissait ici d'un asthme idiopathique, et non d'une suffocation hystérique, c'est qu'après la cessation des attaques , la malade accusait pendant plusieurs jours un sentiment de constriction à la région sternale , et conservait tantôt une toux sèche ou rauque , mais sans expectoration aucune, tantôt une aphonie qui souvent se joignait à la toux nerveuse. Ces phénomènes isolés ou réunis étaient pour ainsi dire habituels, et n'interrompaient pas le retour des accès, que l'humidité, l'état électrique de l'atmosphère ou L'inspiration de vapeurs irritantes semblaient ramener quelquefois^ mais qui le plus souvent reconnaissaient des contrariétés morales pour cause déterminante. Les fonctions asshnilatrices devaient hécessairëment être viciées par la répétition fréquente de ces accidens ; aussi la malade était-elle dans un état d'amaigris-

sèment qui inspirait des inquiétudes sur l'état de sa poitrine ; cependant l'auscultation, pratiquée avec soin et à plusieurs reprises , ne nous fournit jamais que des signes complètement négatifs.

Le père et surtout la mère de cette fille n'ont jamais éprouvé de maladie nerveuse ; mais ils sont doués l'un et l'autre d'une sensibilité que l'on observe rarement dans la classe ouvrière , à laquelle ils appartiennent , et qui dénote évidemment la prédominance du système nerveux. La même remarque peut être faite chez un frère de la malade.

Willis cite longuement une observation d'affection spasmodique , qui sous plus d'un rapport semble se rapprocher de l'asthme essentiel. Lorsque les spasmes généraux et continuels , si ce n'est pendant le sommeil, se calmaient un peu par suite d'un violent effort musculaire, on les voyait se manifester sur les muscles du thorax , des yeux , de la bouche , de l'arrière-bouche. La respiration devenait alors difficile , entrecoupée, etc. La jeune personne qui fait le sujet de cette observation était né/ d'un père valétudinaire et très-sujet à de grav affections du système nerveux; après des altc tîves de mieux et de plus mal, elle succomb phthisie pulmonaire (1).

La plupart des considérations qui vienne

( I ) Loco cit. , cap. 9 , pag. 88.

exposées au sujet de l'asthme , sont applicables à l'angine de poitrine, maladie dont la nature est encore incomplètement connue, mais que l'on considère généralement , en France du moins , comme une affection spasmodique ou névralgique. Il est bien vrai que cette maladie, caractérisée par une constriclion pénible accompagnée de suffocation et d'une douleur vive s'irradiant du sternum vers le cœur et le membre supérieur gauche, se manifeste par accès qui se reproduisent à des intervalles éloignés , se déclarent brusquement , cessent de la même manière , et reconnaissent souvent pour causes déterminantes, des inquiétudes ou des impressions morales.

A défaut de faits particuliers qui puissent nous servir à déterminer l'influence de l'hérédité sur la production de cette maladie , nous devons dire que si elle est réellement de nature spasmodique ou névralgique, comme tout porte à l'admettre, la surexcitabilité nerveuse peut être considérée comme une de ses causes éloignées, et en rappelant les considérations et les preuves générales qui ont été émises quand nous avons étudié l'influence de L'hérédité sur la manifestation de cette modalité organique, nous aurons démontré, autant qu'il était en notre pouvoir de le faire , que l'existence de l'angine de poitrine peut également reconnaître la même circonstance étiologique.

( 107 ) Les palpitations dites nerveuses s'observent souvent chez les sujets anémiques : elles se trouvent alors liées à une forme de surexcitabilité qui , ainsi que nous lavons indiqué en son lieu , est plus fréquemment accidentelle qu'héréditaire. En effet, bien que ces sortes de palpitations puissent dans certains cas reconnaître l'hérédité pour cause éloignée, toutes celles que nous avons observées dans notre pratique dépendaient de la sure^citabilité hypohémique accidentellement acquise, tandis que le fait suivant nous offre un exemple de palpitations liées à la surexcitabilité hypernévrique héréditaire; c'est ainsi qu'à l'occasion de cette affection nous pouvons faire l'application du principe général précédemment posé.

XILe Fait. — M.me X*** , âgée de trente-quatre ans, d'un tempérament lymphatique nerveux, habituellement bien menstruée, douée dune sensibilité qui la rend très-accessible aux impressions morales pénibles qu'elle concentre assez ordinairement en elle-même , est sujette depuis plusieurs années à des palpitations que la cause morale la plus légère suffit souvent pour développer.

Au commencement de 1839, à la suite de chagrins occasionés par une perte cruelle, un sentiment de constriction douloureuse à la région précordiale et vers l'angle inférieur de L'omoplate

gauche , vint se joindre aux palpitations. Tous les deux ou trois jours, quelquefois même plus souvent, cette souffrance, qui était habituellement supportable , devenait tout-à-coup plus violente , et s'accompagnait de battemens tumultueux du cœur, d'étouffemens, d'une coloration violacée delà face, avec pâleur des lèvres. L'analyse de ces phénomènes , aidée de la connaissance des dispositions maladives de M.mc X*** et des données négatives fournies par l'auscultation , suffisait bien pour foire établir qu'il s'agissait d'une altération purement fonctionnelle produite par un accroissement de Tinnervation cardiaque , et qu'il importait de la faire cesser en ayant recours à tous les moyens capables de décentraliser les mouvemens vitaux. Nous aurons occasion de mentionner ces moyens , en revenant plus tard sur quelques circonstances de ce fait; qu'il nous suffise de dire maintenant qu'ils eurent le résultat qu'on était fondé à espérer , et que depuis plus de trois ans M.",e X***, qui est toujours sujette aux palpitations , n'a pourtant pas éprouvé les dérangemens qui viennent detre si gnalés, et qui étaient bien de nature à inspirer des craintes pour l'avenir.

La mère de cette dame est très-sujette aux maux de nerfs; les dispositions de son caractère sont analogues à celles de sa tille , et , comme elle , elle éprouve sous l'influence démolions pénibles , quel

quefois môme sans cause appréciable, des palpitations et une constriction plus incommode que douloureuse à la région du cœur. Elle a été également affectée de névralgies diverses, et nous verrons plus tard que M.mc X*** et deux de ses sœurs sont sujettes à cette affection.

§ II. — Affections spasmodiques des organes de la digestion.

Parmi les affections spasmodiques, il n'en est pas peut-être qui se montrent plus souvent associées à d'autres maladies, soit nerveuses, soit de toute autre nature, que celles qui ont leur siège dans les organes digestifs , et c'est sans doute la raison pour laquelle la plupart de ces affections se trouvent communément désignées sous des noms qui expriment plutôt des symptômes que des états maladifs. Cette circonstance est cependant bien loin d'impliquer la non existence des spasmes essentiels fixés sur un point quelconque de l'appareil digestif, et dont l'observation fournit dassez fréquens exemples.

Les anxiétés précordiales, qui forment un des caractères de la surexcitation névropathique générale ou protéiforme, sont, dans certains cas, si persistantes ou portées à un si haut degré d'intensité , qu'elles sont accompagnées de nausées, de vomituritions, cl quelquefois même de vomissemons.

( HO ) D'autres fois on voit ces symptômes se manifester

sans avoir été précédés d'angoisses ou d'anxiétés épigastriques^ dos impressions morales variées, et surtout la vue d objets qui inspirent le dégoût, sont [es causes les plus ordinaires de celle manifestation, qui, graduelle ou spontanée, est toujours l'indice d'un état spasmodique de l'estomac.

Dans d'autres circonstances on observe, soit isolément, soit en même temps que les phénomènes précédons, une cardialgie indépendante de tout état inflammatoire, et dont le caractère, pour ainsi dire pathognomonique, est de plonger les malades dans l'abattement et la tristesse, d'entraîner la dyspepsie, de produire des flatuosités et des éructations le plus souvent bruyantes et inodores. Si cet état se prolonge, on voit se manifester une gastrodynie, qui se distingue des gastralgies franches en ce quelle s'accompagne toujours de dysphagie , résultant des contractions spasmodiques de l'œsophage; que, d'un autre côté, la douleur qui la caractérise est moins exquise et plus dilacérante , et qu'enfin elle occasionc un affaissement moral que l'on n'observe pas dans les névralgies proprement dites de l'estomac

Les spasmes qui ont leur point de départ dans l'hypocondre droit, soit qu'ils affectent le duodénum ou l'organe sécréteur de la bile, donnent lieu a des phénomènes m tout semblables à ceux qui viennent d'être signalés ; il y a pourtant celte par-

.( itt )

ticularité, qu'ils sont, de plus, accompagnés u évacuations abondantes dune bile verte et ténue. Si la colique bilieuse de Sydenham ne doit pas aussi constamment que le pensait cet auteur , être rapportée à cet état spasmodique ainsi limité, il est hors de doute qu elle lui appartient dans un assez bon nombre de cas , surtout chez les personnes douées dune constitution très-nerveuse, ainsi crue le pense Cullen, et comme M. le professeur Trousseau en cite un exemple concluant (1).

Lorsque les spasmes sont fixés sur le canal intestinal, ils se traduisent par un ensemble de symptômes qui constituent la maladie désignée sous le nom de colique nerveuse ou spasmodique, distincte de toute autre, et de la colique sympiomatique surtout , par son invasion subite , par le caractère particulier de la douleur qui consiste en un sentiment de distension ou de tortillement , parcourant tous les points de l'abdomen , allant se concentrer vers l'ombilic, et s'accompagnant constamment de la rétraction convulsive des muscles du ventre. Ce qui sert encore à distinguer cette colique, c'est quassez souvent elle cesse spontanément , et que plus souvent encore elle diminue ou cesse complètement sous l'influence des médicamens antispasmodiques.

(I) Ouvrage cité, pag i'7.

11 sutïit du plus simple examen pour demeurer convaincu que les spasmes des viscères digestifs se trouvent liés, comme les spasmes thoraciques, à la surexcitabilité nerveuse, et pour établir qu'à ce seul titre leur manifestation doit être influencée par l'hérédité. Il serait sans doute inutile d'insister longuement sur cette vérité, démontrée déjà en partie par les considérations émises précédemment, et qui le sera suffisamment par l'exposé sommaire des faits suivans.

Pujol l'apporte dans son mémoire sur les maladies héréditaires, qu'il donna long-temps ses soins à un garçon de vingt ans que des spasmes généraux avaient réduit au dernier degré de marasme , sans pourtant que ses viscères présentassent aucun vice notable. Cet auteur ajoute que la mère de ce jeune homme, après avoir été tourmentée pendant trente ans par une affection analogue , succomba à un resserrement convulsif et total de l'œsophage , qui avait rendu toute nutrition impossible par défaut absolu de déglutition (1).

M. A. L***, qui nous a déjà fourni une observation (voir II.e fait), est très-sujet à des coliques nerveuses ; nous l'avons vu , notamment en Juin 1838, affecté d'une lièvre intermittente dont les paroxysmes débutaient par {les douleurs violentes

(l) Œuvres de méd. prat., tom- 2, pag. 305.

( lis )

accompagnées de la rétraction des muscles abdominaux, et pendant la durée desquelles le malade se tordait en tout sens et poussait des cris comme une femme en travail.

M. ***, dont nous rapporterons en détail l'observation en parlant de l'hypocondrie, a été sujet, dans sa jeunesse, à des coliques violentes qui survenaient sans cause appréciable, et disparaissaient souvent tout-à-coup sans laisser aucun dérangement dans sa santé. Disons par avance que la prédisposition héréditaire est des plus évidentes chez ce sujet. (Voir XXII.e fait.)

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