‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 13 sur 25 · ARTICLE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE TROISIÈME

Surexcitation convulsive ou excito-motrice.

Lorsque la surexcitation affecte directement où par voie d'irradiation quelqu'un des centres nerveux de la vie de relation , elle a assez ordinairement pour effet de diminuer ou d'anihiler l'influence que le cerveau doit exercer sur la détermination et la régularisation des mouvemens volontaires. Ces mouvemens s'exécutant alors d'une manière irrégulière et désordonnée , constituent des états maladifs susceptibles d'être rattachés à la forme convulsive de la surexcitation , forme que nous nommons encore excito-motrice, parce que cette dénomination est conforme à une opinion physio-

( 1U ) logique mentionnée en son lieu (1), et à laide de Laquelle se trouve convenablement expliquée la production des affections convulsivcs.

La perversion de la contractilité musculaire, qui forme le caractère principal de l'état eomulsif, dépend , avons-nous dit , dune surexcitation directe ou irradiée. 11 a été établi en cfl'et (2), que toute excitation exagérée d'un point périphérique quelconque de l'appareil nerveux, bien qu'elle pût rester circonscrite dans son siège primitif, pouvail également se propager vers les centres , et que sur cette donnée se trouvait basée la distinction des divers troubles de l'innervation , en idiopathiques et en sympathiques. Les maladies que nous avons le projet de passer en revue dans cet article, confirmeront plus dune fois cette assertion , car nous les verrons, à l'exception d'une seule peut-être, se manifester fréquemment à la suite d'excitations anormales qui auront eu leur siège primitif sur des parties du système nerveux plus ou moins éloignées des centres encéphaliques;. nous les verrons surtout suivre de près la surexcitation spasmodique , et c'est ainsi que se trouvera encore pleinement confirmé ce qui a été avancé déjà , savoir , que la forme spasmodique de la surexcitation nei-

(I) Voir chap. I , pag. 7 el S.

(1) Vojrchap. 1 1 , pag. i7.

veuse , ayant dans certains cas une existence isolée et distincte , se présentait néanmoins dans d'autres cas comme la période initiale de la forme convulsive.

§ I. — Éclampsie ou affection convulsive des enfans.

Comme toutes les convulsions, celles qui affectent particulièrement les enfans en bas âge sont idiopathiques , sympathiques ou symptomatiques. Celles-ci ne pouvant être séparées des maladies qui les occasionent , nous ne nous occuperons que des deux premières espèces, en faisant remarquer qu'à elles seules peut convenir la dénomination d'éclampsie , par laquelle Sauvages désigne indistinctement toutes les affections convulsives de l'enfance.

L'éclampsie idiopathique n'est le plus souvent autre chose que l'épilepsie des enfans ; c'est même sous cette dénomination qu'on la trouve désignée dans plusieurs auteurs. L'invasion subite des accès, leur retour souvent périodique, l'agitation convulsive des muscles des lèvres , la coloration violacée de la face, la présence de récume à la bouche, la turgescence des yeux , les convulsions cloniqucs qui de la face s'étendent rapidement à tous les muscles , l'abattement qui suit les accès , enfin l'hébétude que présentent assez ordinairement les petits malades dans leur intervalle , ne laissent

aucun doute à cet égard. Cette espèce d'éclampsie se manifeste à une époque plus ou moins éloignée de la naissance, tantôt sans causes déterminantes appréciables , tantôt sous l'influence de celles qui donnent lieu à l'éclampsie sympathique.

L'éclampsie sympathique, sans contredit la plus commune, survient sans altération ou modification préexistante dans les centres nerveux , et résulte de la réaction qu'exerce sur eux la souffrance d'un organe éloigné. Les phlegmasies gastro-intestinales, l'indigestion, l'embarras saburral de l'estomac, l'irritation occasionée par la présence des vers dans le canal intestinal, le travail d'une dentition pénible , telles sont ordinairement les causes qui la provoquent.

Ce n est guère que l'observation attentive de la maladie et certaines circonstances antécédentes ou concomitantes, qiù peuvent servir à établir une distinction entre ces deux espèces d'éclampsies; car les symptômes par lesquels elles s'annoncent ont entre eux une si grande analogie, qu'ils se confondent presque complètement. Ainsi, des accès d'éclampsie sympathique sont plus rapprochés, plus fréquens, et ont moins de durée que ceux qui caractérisent l'éclampsie idiopathique; les causes sous l'influence desquelles ils se développent, peinent éclairer leur nature; ils se dissipent tantôt graduelement, tantôt brusquement, comme les diverses

( M? ) conditions à l'existence desquelles ils étaient liés; s'ils se reproduisent , ce n'est qu'avec la réapparition de ces conditions , qui sont toujours des causes stimulantes , tandis que l'éclampsie idiopathique pourra bien avoir été provoquée d'abord par de semblables causes, mais plus tard elle se reproduira sans elles , et au moment ou l'on s'y attendra le moins.

Quand on a analysé avec attention toutes les circonstances qui se rattachent à l'étiologie de l'éclampsie, on ne peut que s'arrêter à cette pensée, que cette affection a trouvé les premières conditions de son développement dans l'idiosyncrasie des jeunes sujets; et cette idiosyncrasie , en quoi consiste-t-elle , si ce n'est en une manière d'être particulière du système nerveux qui le rend plus apte à ressentir l'action des causes excitantes? Enfin , cette aptitude à la surexcitation observée au moment où l'enfant ne fait qu'entrer dans la vie , quelle a pu en être la cause , dans une infinité de cas, sinon l'hérédité?

Nous savons bien que Ton s'est appuyé sur la structure délicate de la fibre nerveuse chez les enfans , pour expliquer la production des affections convulsives auxquelles ils sont sujets. Mais si telle était en effet l'unique cause de ces affections , quelque fréquentes qu'elles soient, elles le seraient bien da\antage; elles devraient même être près-

( 118 ) que constantes, puisque, à quelques nuances près, la contexturc de l'appareil nerveux est identique chez les enfans , puisque tous , sans exception , se trouvent soumis à quelqu'une des influences qui déterminent le plus ordinairement les convulsions. Il suit de là que, pour se rendre compte de la fréquence des convulsions et de la facilité avec laquelle elles se développent chez certains enfans , tandis que d'autres en sont complètement exempts, il est de toute nécessité de faire intervenir une prédisposition , qui n'est autre que la surexcitabilité nerveuse.

Lorsque nous avons étudié d'une manière générale l'influence de l'hérédité sur la production de cette modalité organique , nous avons rattaché à une même catégorie étiologique celle qui était la conséquence d'impressions variées auxquelles la mère avait été soumise pendant sa grossesse; nous avons dit aussi qu'il pourrait bien se faire que la surexcitabilité acquise pendant la vie intra-utérine , se réalisât sous une forme maladive, plutôt que celle qui reconnaissait pour cause l'hérédité proprement dite ; et l'affection eonvulsive des enfans , que nous avions alors particulièrement en Mie, nous faisait émettre cette manière de \oir, à la confirmation de laquelle viendront apporter quelques élémens les opinions et les faits que nous allons "poser à l'appui de l'influence quexeree Phéré-

( 119 ) dite sur la production de la prédisposition à leclampsie.

Willis attribuait bien en partie à la structure délicate du cerveau, la fréquence des convulsions chez les enfans ; mais il n'avait pu échapper à son observation, que les sujets d'une constitution forte se trouvent également affectés quelquefois de ces maladies, qui, d'un autre côté, ne sévissent pas chez tous les enfans faiblement constitués : voilà pourquoi il ajoute que pour se rendre raison de la prédisposition morbide , il faut admettre que chez certains enfans le sang et le suc nerveux se sont viciés dans le sein de leur mère. « Idcirco pro potiore procatarxeos morbidœ ratione , haberi débet quôd infantibus quibusdam , propter mala ab utero conctracta 3 et scmguis et succits nervosus originaUter vitiosi existant» (1). A l'appui de cette opinion, Willis cite le cas d'une famille dans laquelle tous les enfans périssaient , au milieu de convulsions , à l'âge de trois mois.

Le même auteur émet une opinion absolument semblable relativement aux convulsions qui viennent compliquer la dentition; et de cela seul qu'elles ne se manifestent pas chez tous les enfans , il conclut fort judicieusement qu'elles ne peuvent se développer que sous l'influence de cette prédis-

(I) Loco cit. , cap. 1 , png. 8.

( 120 ) position, mise en jeu par la douleur : « Quarè quum dolor admodiim acutus unà cum febre urget , dispositio ista latens in actum ducitur » (1).

Fréd. Hoffmann fait ressortir, dans plusieurs passages de ses écrits , l'influence des prédispositions héréditaires sur le développement des affections spasmodiques et convulsives des enfans. Il fait remarquer que cette influence sera d'autant plus certaine, que la prédisposition aura été plus marquée et que les parens auront été atteints euxmêmes d'affections semblables. Selon lui, c'est surtout dans ce dernier cas que la prédisposition maladive se transmet à plusieurs générations. Enfin , cet auteur reconnaît que les vives affections de lame éprouvées par la mère pendant sa grossesse, produisent assez souvent des résultats analogues, et il s'exprime ainsi à cet égard : « Quinimo haud rarum est quod infantes , si maires gravidœ sœvioribus indulserint animi commotiom'bus , primis œtatis annis facillimè fiant epileptici » (2).

Parmi les faits cités par Hoffmann à l'appui de ses opinions , et qui se trouvent dans les passages déjà indiqués , nous mentionnerons seulement les deux suivans.

La femme d'un épilep tique se trouvait enceinte

(1) Loco cit., pag. 36.

(2) Loco cit., cap. I, pag. 12; cap. Il, pag. 25; cap G, pag. 481,

au moment où son mari éprouva les premiers accès de sa maladie. Elle accoucha à terme d'un enfant bien portant , mais qui fut sujet plus tard à de fréquens accès declampsie.

Un enfant de six mois , né de parens très-sensibles , fut affecté , pendant une dentition difficile , de convulsions épileptiques qui durèrent presque sans rémission pendant vingt-quatre heures , et se terminèrent par la mort.

Raymond de Vieussens rapporte le fait suivant. Un enfant âgé de onze ans avait éprouvé , à Tâge de sept mois, des convulsions épileptiques qui se reproduisaient sept ou huit fois par jour, et qui durèrent pendant deux mois. Après la guérison de cette affection , cet enfant resta dans un état d'imbécillité. Son père avait éprouvé des aecidens semblables dans son enfance, et deux autres de ses enfans y avaient succombé (1).

Le professeur Baumes pense que les convulsions se transmettent des parens aux enfans, et, persuadé que les résultats des faits peuvent seuls étayer une opinion, il présente le précis de ceux qu'il a empruntés à Viridet, Tissot, Raulin, Zac. Lusitanus, Linnée, Zimmermann, Senac, Boërrhaaveet Lorry. A ces preuves il en ajoute une tirée de sa pratique. « Je connais , dit-il , une dame dont les bras

(I) Uist, des mal. int. , in-î.° , loin. 1 , pag. 503.

» sont agités de mouvemcns convulsifs à l'approche » dos règles, et qui a transmis ces maux périodi- » ques à une fille quelle allaitait, et qui mourut, )> pendant la dentition, dans des attaques d'éclamp- » sie (1). Les enfans les plus sujets aux convul- )> sions , dit ailleurs le même auteur , sont ceux )> dont la constitution est délicate, qui proviennent » de parens agités par des passions violentes, qui » ont été engendrés par des mères affligées de » fleurs blanches d'une mauvaise espèce , ou adon- » nées au a in pendant leur grossesse » (2).

M. le professeur Piorry a rapporté dans sa thèse du concours le fait suivant , recueilli à la Salpétrière par M. Veync , son interne. « Une femme » paralytique a eu trois enfans successivement )) morts de convulsions : sa mère est paralytique , » son père a été atteint d hémorrhagïc cérébrale , » son oncle paternel est paralysé. Douze frères et » sœurs ont succombé à des convulsions , et une » sœur a seule survécu, qui, dans son jeune âge , a » été très-sujette à des mouvemcns convulsifs »(3).

M. Brachet (de Lyon) émet une opinion si conforme à celle que nous avons émise nous-méme sur la manière dont doit être comprise l'influence

(1) Des Com'iils. dans l'enfance , pag. I I.

(2) Jbid. , pag. 307.

(5) De l'Hérédité dans les maladies , pag. 10"

( 123 ) de l'hérédité sur la production des maladies nerveuses en général et de l'affection convulsive des enfans en particulier , crue nous devons la mentionner ici. <( L'enfant né de parens très-nerveux , » dit cet auteur , sujets à l'hypocondrie , à l'hys- » térie, etc., ou affaiblis par de longues maladies, » apporte en naissant une mobilité nerveuse , qu'on » peut appeler héréditaire, et sous l'influence de » laquelle il est souvent pris de convulsions par » la plus petite cause , et même sans cause connue. » Des parens sains , d'ailleurs , peuvent donner le )> jour à un enfant doué de cette mobilité, lorsque, )) pendant la grossesse , la mère se sera livrée à » de nombreux écarts de régime , soit sous le rap- » port de la nourriture ou de l'exercice du corps , » soit sous celui des jouissances , et plus souvent » peut-être lorsqu'elle aura été en proie à des cha- » griiis violens , à de vives émotions de l'ame ou » à des maladies graves » (1).

Les trois premières observations consignées dans l'ouvrage de M. Brachet, confirment son opinion de la manière la plus évidente. Dans la première , il s'agit d'une dame douée d'un tempérament trèsnerveux et d'une grande susceptibilité, et qui avait déjà perdu trois enfans au milieu des convulsions. Pendant le cours dune quatrième grossesse , sur-

(I) Traité prat. des Convals. dans l'enfance, pag .r>70.

venue cinq ans après le dernier accouchemenl , eette dame fat constamment tourmentée par l'idée que son enfant aurait le sort des autres. La petite tille dont elle accoucha fut prise, peu de temps après sa naissance, de convulsions fréquentes, dont une médication énergique parvint néanmoins à conjurer la gravité (1). La mère de l'enfant qui fait le sujet de la seconde observation, avait eu l'époque de sa grossesse traversée par trois événemens graves : chute dans la Saône , chute de voiture , maladie grave ayant son siège dans les organes biliaires (2). Enfin, dans la troisième observation il est question d'un enfant né d'un père dont la sus^ ceptibilité et les emportemens involontaires étaient portés au plus haut degré possible. La mère, au contraire , était d'un caractère doux et sensible ; aussi les dispositions de celui de son mari l'avaient* elle plusieurs fois vivement impressionnée pendant sa grossesse (3).

L'analyse rapide de ces trois faits est assez significative par elle-même, pour qu'il ne soit pas nécessaire de la faire suivre de la moindre réflexion. Citons encore quelques faits pour démontrer que les influences physiques ou morales sont bien réel-

(I) Traite pratique des Com'idsiuns dans r enfance, obs. !, pag. 99.

(2)/«d.,obs.2,pag. 106.

(T>) lbid. , obs. 3 , pag. 1 1.2.

( 125 ) lement capables d'aller retentir sur le fœtus, par l'intermédiaire de sa mère.

Van-Swieten , qui distingue les prédispositions aux affections convulsives en héréditaires et en connées, cite à l'appui de l'influence de ces dernières le fait suivant , emprunté à Fabrice de Hilden. Une femme enceinte pour la première fois, fut désagréablement et violemment impressionnée à la vue d'un épileptique qui vint tomber à ses pieds. Elle donna le jour à un enfant qui ne tarda pas à être atteint d epilepsie , et qui y succomba même avant qu'il eût atteint sa première année. Plus tard , cette femme accoucha d'autres enfans qui furent exempts de cette maladie (1).

Un enfant de dix-sept mois avait déjà éprouvé des convulsions à l'âge d'un an ; elles se montrèrent tellement violentes lors de l'éruption des canines supérieures , que , malgré les médications les plus actives , elles se terminèrent par la mort huit heures après l'invasion de l'accès. Cet enfant était d'une constitution chétive ; sa mère avait éprouvé de violentes affections morales pendant la grossesse, et son père avait le système nerveux délicat, (tinter animi perturbationes conceptus } pâtre etiam à nervis minus valente « (2).

(I) Loco cit., pag. 401.

<2) Morgagni . de Sed. <t Cmts. morb. , epist. 9, pag. 517.

Un autre enfant âgé de huit mois succomba pendant l'éruption des incisives supérieures à une éclampsie dont la manifestation coïncida avec le dessèchement de croûtes laiteuses. La mère de cet enfant était valétudinaire , et avait éprouvé pendant sa grossesse des maladies diverses et compliquées. Morgagni n'indique pas précisément la nature de ces maladies; mais il fait remarquer que, d'après le conseil d'une femme , la malade , dans l'espoir de se soulager , avait fréquemment eu recours à l'usage de vins généreux (1).

(( Un homme âgé de vingt-quatre ans , dune » bonne constitution et d'une santé parfaite , fut » saisi pour la première fois, et sans cause con- » nue, le 10 Janvier 1786 , d'un accès modéré )) d'épilepsie. Le 15 Février 1787 il éprouva un » second accès plus intense , et le 20 Décembre » de la même année il fut frappé , dans le court )) espace de deux jours, de deux attaques très-vio- » lentes. L'épouse jeune et bien portante de cet » homme lui donna six enfans, quatre garçons et » deux tilles. L'aîné naquit avant que le père eût » ressenti aucun symptôme d'épilepsie , et lui-même » en demeura toujours exempt. La mère était en- » ceinte du second, lorsqu'elle eut la douleur d'être )> témoin du premier accès vie son mari , et reniant

(I) Morgagni , loco cit., epist. !0, pag. f>l7.

( 127 ) )) fut tourmenté de convulsions aussi nombreuses » que cruelles. Également spectatrice il'ime atta- )) que de son mari , pendant quelle était grosso )> pour la troisième fois, elle donna le jour à un » fils qui mourut dans un accès depilepsie. Le » quatrième garçon et les deux filles, nés après » la complète guérison du père, ne contractèrent » point la terrible maladie de leurs frères » (1).

Le docteur Batt, qui a rapporté l'observation quon vient de lire dans son Essai raédico-pralique sur FEpilepsie , pense que leclampsie éprouvée par les enfans ne dépendait aucunement de la maladie de leur père , mais seulement de L'agitation éprouvée par la mère pendant ses grossesses, et nous serions assez porté à partager cette opinion. Du reste, en admettant la simultanéité des deux causes qui ont décidé la transmission de la prédisposition maladive , ce fait n'en a pas moins une grande valeur , et c'est , sans contredit , un des plus concluans de tous ceux que nous avons pu rassembler dans nos recherches.

Pour compléter les preuves quil s'agissait de produire dans ce paragraphe, il ne nous reste maintenant qu'à exposer quelques faits de notre propre observation.

(I) Notice sur VétalCk la Médecine en Italie , par Chaumeton. — Jonrn- uni ■'aie. méd., loin. 15, png. 48.

XIII.» Fait. — Gustave L*** est maintenant âgé de six ans; son intelligence est précoce, sa vivacité extrême; il frémit et tremble de tous ses membres lorsque son père lui adresse quelques paroles sévères. Cet enfant a eu deux attaques declampsie pendant qu'il était à la mamelle. Plus tard, et à la suite d'un voyage en diligence, il fut pris pendant la nuit de violentes convulsions qui firent craindre l'invasion d une phlegmasie cérébrale , et qui n'eurent pourtant pas de résultat fâcheux. Peut-être n'en eût-il pas été de même s'il n'avait eu depuis sa naissance des croûtes laiteuses occupant le cuir chevelu et fournissant presque habituellement une abondante suppuration.

Le père de Gustave L***, doué d'un tempérament nerveux très-prononcé , nous a déjà fourni une observation. (Voir II.e fait.) Il est, en outre, sujet à des affections névralgiques , comme nous le verrons plus tard. Sa mère , douée également du même tempérament , avait été violemment tourmentée par des inquiétudes morales dans les premiers mois de sa grossesse.

XIV.' Fait. — Cécile A*** se fit remarquer de bonne heure par sa vivacité et ses emportemens; elle eut, en outre, jusqu'à l'âge d'un an, plusieurs accès convulsifs qui lurent pris pour des attaques de vers, el qui ne furent combattus que par des

( 129 ) moyens vulgaires. Vaccinée à l'âge de quatorze mois, Cécile fut prise, avec la fièvre vaccinale, de violentes convulsions pour lesquelles nous fûmes mandé en toute hâte au milieu de la nuit. Quand nous arrivâmes l'accès était terminé; mais un nouveau ne tarda pas à se déclarer, et à l'ensemble des symptômes il nous fut aisé de constater quïl s'agissait d'une véritable éclampsie. Malgré un traitement des plus énergiques , des accès semblables se reproduisirent pendant cinq jours , jusqu'à cinq et six fois dans les vingt-quatre heures. Leur cessation parut coïncider avec l'apparition d'une tumeur énorme qui se manifesta sous faisselle et qui se termina par suppuration. Il n'est pas indifférent d'ajouter qu'à la même époque nous eûmes occasion d'observer une fièvre des plus violentes chez un grand nombre d'enfans vaccinés avec du virus renouvelé; que chez plusieurs d'entre eux il se déclara des tumeurs phlegmoneuses comme chez Cécile , et que cependant aucun ne fut affecté de mouvemens convulsifs.

Un mois plus tard, les accès d'éclampsie se montrèrent de nouveau, et celte fois ce fut sans cause appréciable. Ils furent en tout semblables aux premiers , si ce n'est que leur durée fut moins prolongée.

La mère de Cécile nous fournira, dans le paragraphe consacré à l'hystérie , un exemple de

( 130 ) surexcitation nerveuse héréditaire. ( Voir XVII. f fait.)

XV.e Fait. — Un enfant de seize mois , ayant habituellement dans l'expression de la physionomie une mobilité extraordinaire, et se livrant souvent à des mouvemens brusques et désordonnés , nous fut apporté dans la matinée du 25 Août 1838. Il avait passé la nuit précédente dans une agitation continuelle, et venait d'avoir, nous disait-on, une attaque de vers. Ses gencives étaient tuméfiées et sensibles, une petite molaire inférieure avait percé récemment. Bientôt après, un nouvel accès se manifesta, et une médication rationnelle et énergique ne l'empêcha pas de se reproduire jusqu'à huit fois , de midi à six heures du soir.

La nuit fut calme, ainsi que la journée du lendemain; mais les accidens se montrèrent de nouveau le surlendemain. Ils sévirent avec la même intensité que ceux de lavant- veille, et, de plus. après la cessation des convulsions, la respiration était saccadée, bruyante, et conservait ci' caractère jusqu'à L'apparition dune nouvelle attaque. Dans la crainte d'avoir affaire à une fièvre pernicieuse, dont les caractères n'étaient pourtant pas bien tranchés, nous eûmes recours au sulfate de quinine Lorsque les accidens ner\eu\ se furent calmés, et soit qu'ils dussent cesser naturellement , soit que

( 131 ) celte médication les eût suspendus, ils ne reparurent plus.

Pendant que nous étions auprès du petit malade, sa grand'mère maternelle fut prise tout-à-coup d'une violente attaque de nerfs, caractérisée par le renversement de la tête en arrière , la roideur des extrémités, les spasmes du pharynx, etc. Nous avons su plus tard , d'un de nos confrères , qu'il avait été fréquemment appelé auprès de cette femme pour des accidens semblables, et que sa fille n'en avait pas été exempte. Les ascendans paternels de cet enfant sont doués d'un tempérament nerveux trèsprononcé , et ont présenté quelques exemples d'aliénation mentale.

Indépendamment des trois cas d'éclampsie qui précèdent, nous en avons observé quelques autres; mais les circonstances relatives à l'hérédité ne nous ayant pas paru aussi évidentes que pour ceux qui viennent d'être rapportés, nous ne les ferons pas entrer en ligne de compte ; ils pourront cependant plus tard nous fournir quelques considérations.

§ II. — Choréc ou danse de Saint-Guy.

Les mouvemens bizarres et irrésistibles, partiels ou généraux qui caractérisent la maladie désignée sous ces noms , sont-ils constitués par des convulsions musculaires ou par une paralysie? tiennent-

( 133 ) ils à la fois de ces deux désordres? dépendent-ils d'une lésion en plus ou en moins, ou bien d'un trouble dans cette partie de l'encéphale à laquelle est spécialement dévolue la coordination des mouvemens volontaires? Ce sont là des questions à peu près indécises , que les données nulles ou contradictoires fournies par l'anatomie pathologique n'ont pu encore convenablement élucider; aussi, sans chercher à les approfondir, bornons-nous à dire que l'appréciation rigoureuse des phénomènes caractéristiques de la chorée, nous semble devoir la placer parmi les affections convulsives, et passons aux circonstances nosologiques qui se rattachent directement à notre sujet.

Quoique l'on ait observé cette singulière affection à toutes les époques de la vie , il est constant néanmoins, d'après de nombreux relevés, quelle sévit plus particulièrement à l'âge de dix à quinze ans, et qu'elle est incomparablement plus fréquente chez les jeunes filles que chez les garçons.

Une exaltation manifeste de la sensibilité , une vivacité et une impétuosité insolites, une mobilité morale qui diffère quelquefois très-peu de ces émois si connus qu'éprouvent les hystériques , et par suite de laquelle les individus sont sans cesse d'une humeur bizarre et changeante, s'emportent ou versent des larmes pour le motif le plus futile: tels sont, avec les mouveinens musculaires , dont les

( ™ ) variétés et les nuances sont infinies, les symptômes que l'on observe , soit au début , soit pendant la durée de la danse de Saint-Guy; ils démontrent assez évidemment que l'existence de cette maladie se trouve liée à la surexcitation du système nerveux céphalo-rachidien.

Nous avons signalé chez M. B*** (voir IX.e fait) un tremblement de tête qui , passager et ne se manifestant que sous l'influence d'émotions morales, pouvait bien légitimement être rapporté à la surexcitation nerveuse protéiforme. Ne pourraiton pas considérer comme constituant une chorée partielle, ce tremblement que certains individus éprouvent d'une manière persistante ? Nous ne nous prononcerons pas à cet égard; mais, puisque l'occasion ne se présenterait pas ailleurs, nous devons consigner ici deux faits propres à démontrer que l'hérédité influe sur la production de cet état morbide.

Au milieu d'une foule de détails consignés dans un mémoire à consulter, rédigé par un mélancolique hypocondriaque que Pomme n'a pu nommer, mais qu'il assure être un des savans qui honorent son siècle, on trouve les suivans : «... Il » a souffert (son père) pendant les trente dernières ». années de sa vie , d'une douleur vive sur le » muscle sterno-mastoidien droit , qui lui faisait pi- > rouetter la tête à droite et à canclic avec tant

( |M ) >) de violence en certains temps, que six hommes )> forts n'auraient pu le contenir. Son père avait été » attaque d'un tremblement de tète pendant les » quarante dernières années de sa vie » (1).

(( Nous avons vu à Paris, dit Portai, le maré- » chai de Beauveau et quatre de ses sœurs, éprou- » ver des tremblemens de tète très-considérables. )> On pourrait peut-être croire que ces espèces de » convulsions avaient été un effet de l'imitation » par une imagination frappée , comme on en a des » exemples; mais cette famille n'était point réunie. )> On a remarqué que ce tremblement de la tête )> leur était survenu à peu près au même âge. On m croyait dans la famille que cette maladie était » héréditaire » (2).

Revenons à la chorée proprement dite.

M. Rufz , dans un mémoire qu'il a publié sur la chorée (3), pense que rien ne porte à croire que cette affection ait quelque chose d'héréditaire. Les auteurs du Compendium de Médecine ne citent que quatre cas de chorée héréditaire, qu'ils on empruntés à Elliotson, MM. Cosle, Young et Constant (4). M. Piorry dit n'avoir vu qu'une seule fois

(1) Ouvrage cité, tom. 2, pag. 29.

(2) Considérations sur ht nature et le traitement des maladies de fa/aille et des maladies héréditaires , pag. 25.

(5) Jie.'i. ijeu. de Médeeiite , l'Yvrier 1834. (4) Ouvrage cité, (j.« liv., pag. 292.

( ifs )

un choréique dont la mère, d'après les renseigneinens fournis , avait été atteinte de la môme maladie dans son enfance (1). Ce petit nombre de faits semblerait confirmer l'opinion que M. Rufz a émise d'après de nombreuses observations. Mais les enfans ne sont-ils exposés à être atteints de la danse de Saint-Guy que par cette seule condition d'avoir reçu le jour d'un père ou d'une mère qui en ont été atteints eux-mêmes à une époque quelconque de leur vie ? En d'autres termes , la surexcitabilité du système nerveux ne peut-elle pas être considérée comme une cause prédisposante assez certaine de cette affection comme de tant d'autres? C'est là ce qu'il convient de déterminer.

Presque tous les auteurs modernes qui se sont occupés de l'étude de la chorée, reconnaissent que la prédominance du système nerveux prédispose d'une manière bien marquée à la manifestation de cette maladie. C'est ainsi que sur vingt cboréiques observés par M. Dufossé , quinze avaient les membres menus, les cavités splanchniques peu développées, une susceptibilité nerveuse fort évidente (2).

De toutes les causes déterminantes de la chorée , la frayeur est celle que l'on constate le plus fréquemment. Mais combien d'enfans se trouvent plus

(1) Thèse citée, pag\ 115.

(2) Thèses de la Faculté de Méd. de Paris 1856 , n.° 156.

ou moins souvent effrayés sans devenir chdréï-

ques? Aussi, d'après la judicieuse remarque de M. Guersent , il est vrai de reconnaître que cette cause n'agit qu'en raison de la prédisposition qui existe déjà, et par suite de laquelle les jeunes sujets sont plus accessibles à la frayeur et à ses résultats.

Ainsi donc , d'après les développemens qui précèdent, la surexcitabilité nerveuse doit être admise comme la cause éloignée la plus certaine de la maladie qui nous occupe ; et puisque nous ne pouvous révoquer en doute la transmission par voie de descendance de cette modalité organique , nous sommes conséquemment fixé sur la part qui revient à rhérédité dans la production de kl chorée. Nous n'avons observé qu'un seul cas de cette affection ; mais nous nous applaudissons de pouvoir le consigner ici , puisqu'il confirme l'opinion que nous venons d'énoncer.

XVIe Fait. — M.llc T***, âgée de dix-huit ans, d'une constitution délicate, d'un caractère deux et tranquille, concentre assez habituellement en ellemême les impressions morales, auxquelles elle est pourtant fort accessible. A l'Age de huit ans, à la suite d'une frayeur dont elle conserva long-temps un souvenir pénible, cette jeune personne s'aperçut qu'elle faisait involonlairemet des grimaces, et

( 137 ) que son bras droit se portait irrésistiblement et à plusieurs reprises dans la journée, derrière le dos, d'où il ne pouvait être retiré qu'avec effort. La jambe du même côté était vaccinante , et bientôt ses mouvemens ainsi que ceux du bras cessèrent complètement d'obéir à la volonté. Cette chorée, qui se borna aux muscles de la face et aux membres du côté droit, persista pendant six mois, et disparut insensiblement au bout de ce temps, sans qu'aucune médication eût été mise en usage.

Menstruée à l'âge de treize ans, M.lle T*** le fut assez régulièrement pendant quelques mois ; mais sous l'influence d'ime nouvelle frayeur éprouvée quelques jours avant son apparition, l'évacuation périodique devint moins abondante et présenta des retards et des irrégularités. Avec ces dérangemens se manifestèrent bientôt des mouvemens désordonnés de la face , du cou et des extrémités. Cette chorée générale a duré pendant trois ans , avec des exacerbations pendant la durée desquelles on était obligé de matelasser la chambre habitée par la jeune malade , dans le but d'éviter les résultats des chutes fréquentes qu'elle faisait aussitôt qu'elle essayait de faire un pas. Souvent aussi il arrivait que, dans l'impossibilité de régulariser les mouvemens nécessaires à la préhension des alimcns , ils devaient être saisis avec la bouche, ou même introduits dans sa cavité par des

personnes étrangères. L'usage Long-temps continue des bains presque froids semble avoir beaucoup contribué à une guérison qui ne s'csl pas démentie depuis près de huit ans; mais M."" T*** a conservé une mobilité bien marquée dans les traits de la face et une susceptibilité nerveuse des plus manifestes. La mère de cette jeune personne est douée d'une vive sensibilité morale , et très-sujette aux douleurs névralgiques de la tête. Un de ses oncles maternels est affecté, depuis son bas âge, d'un tremblement continuel des bras et des mains; sa sœur nous fournira plus tard un exemple de surexcitation névralgique.

§ III. — Hystérie.

Aux approches de la puberté , l'utérus , jusqu'alors inactif, commence à devenir le foyer d'une excitation particulière qui , périodiquement entretenue, persiste jusqu'à l'âge où cet organe ayant accompli les fonctions qui lui sont dévolues , rentre de nouveau dans le repos. C'est pendant les premières époques de la vie justement nommée utérine, que cette excitation se montre dans toute son activité , et c'est alors aussi que l'on voit l'hystérie se manifester le plus fréquemment. Celte coïncidence n'a rien qui doive nous étonnes, car la prédisposition la plus évidente à cette affection, placée par tous les auteurs dans la prédominance

du système nerveux , doit nécessairement aller retentir sur l'appareil vers lequel se concentre la plus grande partie des mouvemens vitaux.

Il est bien vrai que l'on observe chez l'homme des affections spasmodiques ou convulsives qui ont quelque ressemblance avec l'affection hystérique. Un homme âgé de quarante-deux ans , qui avait perdu deux de ses frères , enlevés par des convulsions, fut pris lui-même, à la suite de chagrins violens, mais sans symptômes précurseurs, d'un état convulsif général qui se prolongea pendant trois heures. Dans les momens de rémission, il se plaignait de nausées, de douleurs d'estomac, et d'une sorte de boule qui paraissait remonter depuis l'épigastre jusqu'au cou, où elle excitait une constriction violente. Durant la plus grande intensité des accidens, il y avait perte totale de connaissance (1). Mais les affections semblables sont d'abord infiniment plus rares que chez la femme ; elles peuvent bien, en second lieu, avoir leur point de départ dans quelqu'un des organes vivifiés par le système nen eux ganglionairc ; enfin , et l'examen attentif du fait précédent , qui est peut-être le plus remarquable que possède la science, le prouverait aisément , elles sont loin de présenter l'ensemble des

(1) Lonyer-Villermay , Traité des Maladies nefveuseS toin. I, png. 6.

phénomènes caractéristiques de l'hystérie , qui appartient exclusivement au sexe féminin. Les développemens qui vont suivre mettront cette vérité dans tout son jour.

L'imagination exaltée par la lecture des romans , par la fréquentation des bals, des spectacles; rétablissement difficile de la menstruation, sa diminution, ses irrégularités , sa suppression; l'onanisme, les excès vénériens, de même qu'une continence complète dans certaines conditions d'organisation ; les passions vives et concentrées, telles que l'amour, et surtout l'amour contrarié , la jalousie, les chagrins domestiques; les affections morales profondes et instantanées, telles que la frayeur, la colère : ce sont là les causes généralement assignées à l'hystérie. Il n'existe pas entre elles une ligne de démarcation bien tranchée relativement à leur mode d'action; c'est-à-dire que certaines, rangées par les auteurs parmi les causes prédisposantes , peuvent , avec plus juste raison , être considérées comme des causes déterminantes agissant avec lenteur. Mais toujours est-il qu'elles sont toutes essentiellement excitantes; que les unes portent directement leur action sur l'appareil utérin , et que les autres, quoique agissant de prime-abord sur le cerveau , ne s'y arrêtent pas , pour ainsi dire , et vont se concentrer sur l'organe qui , en raison de la susceptibilité dont il jouit , est le plus disposé à recevoir leur influence.

La symptomatologie de l'hystérie n'est pas moins démonstrative que son étiologie ; ainsi , en nous bornant aux phénomènes qui caractérisent un accès complet de cette affection , voici ceux qui doivent être signalés.

Le ventre est tantôt gonflé, tantôt rétracté, mais toujours dur et quelquefois douloureux au toucher. La malade éprouve un besoin incessant de dilater la poitrine ; elle pousse des soupirs continuels, et accuse constamment la sensation d'un corps étranger, d'une boule qui, partant de l'hypogastre , remonte jusqu'au larynx , où elle produit une sorte de constriction. Les muscles du cou sont fortement tendus, les carotides battent avec force, la face est animée , les mâchoires sont resserrées. Les membres se roidissent et se tordent de diverses manières , mais c'est encore par l'intervention de la volonté. Bientôt cette puissance ne dirige plus les mouvemens , et alors on observe une perte incomplète de connaissance , le renversement du tronc en arrière, l'état vultueux de la face, le gonflement du cou porté à l'excès , les mouvemens convulsifs des yeux , des convulsions cloniques alternant avec la roideur des membres, des menaces de suffocation, des syncopes quelquefois prolongées.

Ajoutons à cette énumération l'augmentation de la sécrétion muqueuse vaginale, qu'il ne faut

pas considérer comme une crise de l'hystérie, mais plutôt comme le résultat de l'excitation exagérée dont l'utérus a été le siège. Remarquons enfin que, quelque prononcée et quelque ancienne que soit cette affection , on ne la voit pas suivie de démence et de paralysie, comme lepilcpsic, mais seulement de rétractions musculaires non persistantes ou de quelques autres phénomènes qui dénotent une surexcitation cérébrale sympathique et passagère, et nous serons conduit à admettre avec la plupart des auteurs anciens et modernes , qu elle a sa source primitive dans l'appareil utérin , et qu'elle est essentiellement constituée par un accroissement de la sensibilité, dont il est le foyer.

Si maintenant nous embrassons d'un seul coup d'œil l'ensemble des désordres fonctionnels propres à cette maladie , nous verrons que les spasmes qui vont retentir sur les divers viscères de la vie de nutrition, sont exclusivement sous la dépendance de l'utérus et de ses liaisons sympathiques; nous verrons ensuite que cet organe surexcité étend successivement sa réaction, qui va se porter, non sur l'axe cérébro-spinal tout entier, mais sur la moelle alongée et la moelle épraière ; et c'est dans celte réaction sympathique que nous trou* verons la raison des symptômes con\ ulsifs qui se manifestent dans un accès complet d'hystérie.

Willis rapporte qu'une dame sujette à des allée-

( 143 ) tions spasmodiques d'abord rares, et qui se montrèrent ensuite plus rapprochées sous la forme hystérique, surtout au commencement des grossesses, qui furent fréquentes et souvent suivies de l'avortement , succomba au milieu dune attaque convulsive. L'autopsie ayant fait découvrir les principaux désordres dans le cerveau , cet auteur s'est appuyé sur cette circonstance pour établir que l'hystérie n'a pas son siège principal dans l'utérus ; mais avant d'entrer dans ces développemens , il a eu soin d'indiquer que la prédisposition maladive de cette dame était le résultat de l'hérédité. « Siquidem valetudinariam liane diathesim origmaliter sivè hœreditario jure contvaxerat » (1).

Une femme de trente ans, sensible et très-irritable, née de parens mélancoliques, fut fort affligée de la perte inopinée de son mari. Les règles se supprimèrent; il survint d'abord des mouvemens spasmodiques des muscles de la face, et puis de violentes convulsions qui se reproduisaient à chaque époque mensuelle, accompagnées d'un trouble dans les idées voisin de la fureur, etc. (2).

Quoique cette observation ait été présentée par Hoffmann comme un cas depilepsie, il est probable qu'il s'agissait d'une affection hystérique. Il

(I) Loco cit. , cap. 10 , pag. I !2.

(, l'ic'il. Hoffmann, Joco cit., dp. I, pag. 2|.

( ihh ) est dit, en effet, que toutes les ressources thérapeutiques ayant été pendant long-temps sans résultat, la guérison n'eut lieu qu'à la suite dune nouvelle union. Aussi Louyer-Villermay, qui place exclusivement le siège de l'hystérie dans la matrice, s'est-il servi de ce fait pour étayer son opinion.

L'auteur auquel a été empruntée l'observation précédente, dit peu de chose de l'hérédité de l'hystérie, dans le chapitre qu'il a consacré à la description de cette maladie. Il décrit seulement une forme particulière d'hystérie qu'il a observée, surtout à l'âge de la puberté, chez les jeunes filles et les garçons très-portés aux plaisirs de l'amour, d'un caractère mobile , inconstant , et qui s'abandonnent également à une grande tristesse et à une joie immodérée ; puis il ajoute : « Meretur hœc hysterica passio vocari hœreditaria ac gentilitia » (1).

Parmi d'autres observations rapportées par Pomme , nous mentionnerons celle de la présidente de Vandemont. Cette damé, âgée de dix-neuf ans, était nerveuse, par la raison que son père et sa mère étaient nerveux au suprême degré. Elle fut atteinte d'une violente affection hystérique, regardée par Bouvard et par d'autres médecins comme une véritable épilepsie (%).

(1) Frcd. Hoffmann , toeo cit., cap. 5, pag. 61.

(2) Ouvroge cité, tom. 2, pag. 99.

Georget admet l'influence héréditaire et la constitution nerveuse parmi les circonstances qui prédisposent le plus à l'hystérie. « La plupart des » malades , dit-il , ont parmi leurs proches paréos » des épileptiques, des hystériques, des aliénés, » des sourds, des aveugles, des hypocondriaques; » la plupart ont montré dès leur bas âge des dispo- » sitions aux affections convulsives, un caractère )> mélancolique, colère, emporté, impatient, sus- » ceptible, etc. » (1).

M. Dubois (d'Amiens), qui a rassemblé et analysé avec un talent si remarquable les faits qui ont pu lui servir à tracer l'histoire philosophique de l'hypocondrie et de l'hystérie, établit que cette dernière affection est plus fréquemment héréditaire que la première. « Les femmes hystériques, dit- » il , ont presque toujours eu parmi leurs proches » parensdes hystériques ou des épileptiques, etc. » Et plus loin : «.... L'hystérie n'étant, en dernière » analyse, qu'une des exagérations de la constitu- » tion nerveuse et sanguine , trouve dans ce tem- » pérament sa plus forte prédisposition » (2).

M. le profeseur Piorry, après avoir reproduit l'opinion précédemment citée de Georget, fait re-

(1) Dict. de Méd., art. Hystérie, pag. 166.

(2) Histoire philos, de l'Hypocondrie et de l'Hystérie , pag. 61-74.

( H6 ) marquer que cet auteur, en admettant d'une manière aussi positive l'hérédité de l'hystérie, s'est laissé influencer par les idées qu'il avait sur le siège de cette affection. Il ajoute que Georget a principalement observé à la Salpétrière des hystéries compliquées depilepsie, et que dès-lors elles devaient rentrer dans le cas de cette dernière affection sous le rapport de l'hérédité. Remarquons bien que Georget ne s'appuie pas seulement sur l'existence chez les parens de l'hystérie elle-même , mais sur celle de névroses diverses, mais aussi, et en premier lieu , sur l'existence de la constitution nerveuse , qu'il ne sépare pas de l'influence héréditaire; et son opinion ne nous paraîtra pas aussi absolue qu'à M. Piorry, qui, lui aussi au reste , croit à l'hérédité de l'hystérie , en ce sens que si sa pratique ne lui en a pas fourni d'exemple qui fût remarquable , elle lui a du moins permis de constater que « des femmes hystériques sont » nées de femmes nerveuses, et vice versa » (1). Après ces documens, empruntés à dos sources étrangères, et bien propres, selon nous, à faire apprécier le rôle que joue l'hérédité dans la production de l'hystérie, passons à l'exposition de eeu\ que nous avons pu recueillir dans notre pratique particulière.

(I) Thèse citée , pag. I li-

( iw )

XVIIe Fait. — M.me A***, âgée de trente ans, présenta, dès l'âge de seize ans, une susceptibilité nerveuse très-prononcée. Les impressions morales déterminaient chez elle des spasmes et des convulsions qui se terminaient le plus ordinairement par une abondante effusion de larmes. Elle a éprouvé aussi quelques irrégularités dans la menstruation , et avec elles ont coïncidé de véritables accès hystériques.

Mariée à l'âge de vingt-sept ans , M.me A*** ne tarda pas à éprouver des peines morales qui, malgré la résignation et le courage qu'elle pouvait puiser dans sa conduite irréprochable et dans la religieuse observation de ses devoirs , lui occasionèrent de violentes crises nerveuses , surtout pendant les cinq ou six premiers mois de sa grossesse. Elle accoucha pourtant heureusement d'un enfant dont il a déjà été question. (Voir XIV.e fait. )

Le père de M.me A*** était d'un caractère très-sensible , violent et emporté. D'une stature moyenne , d "une constitution entièrement opposée à celle qui dispose à l'apoplexie sanguine , il éprouva deux fausses attaques à deux ans d'intervalle, et en 1833 il est mort hémiplégique, à un âge avancé. M.me A*** a trois frères et quatre sœurs qui, sans avoir jamais éprouvé d'accidens nerveux , présentent évidemment les attributs du tempérament qui y prédispose.

XVIII.' Fait. — M.mc ***, d'une stature au-dessous de la moyenne, dune constitution sèche et délicate, douée cependant d'une imagination vive et d'une énergie morale remarquable, fut réglée à l'âge de onze ans; mais ses époques mensuelles n'ont jamais été régulières ; souvent même il s'est écoulé deux ou trois mois entre leur apparition.

A l'âge de seize ans, M.m0 *** était encore demoiselle , lorsqu'à la suite d'une vive contrariété , elle fut prise dune violente attaque d'hystérie qui d buta par des éclats de rire extrêmement pénibles, et qui, en raison de sa prolongation, inspira de sérieuses inquiétudes. Dans l'espace de trois ans, ces attaques se reproduisirent quatre fois 5 elles présentèrent moins de violence crue la première, et furent toujours provoquées par des causes du même genre.

Mariée à dix-neuf ans, selon le vœu de sou cœur, cette jeune dame parvint sans accidens au terme de sa première grossesse; mais le tra\ail de l'accouchement s 'étant prolongé , son accoucheur dut se hâter de le terminer pour prévenir une éclampsie imminente.

Au mois d'Août 1838, le mari de M.me *** fut gravement malade ; sa jeune compagne , déjà souffrante et accablée depuis quelque temps par des impressions morales pénibles, lui prodigua les soins les plus assidus, et résista avec énergie aux veilles

et aux fatigues : « Je ne crains rien , nous disait-elle toujours, quand nous lui recommandions de prendre du repos ; je n'ai rien à craindre tant que je suis utile ». Elle disait vrai, car pendant la convalescence de son mari elle tomba malade à son tour. Ce fut d'abord la maladie régnante alors (fièvre rémitente gastrique); puis, après une courte convalescence , des attaques d'hystérie débutant toujours par le rire ; puis encore , de nouveaux paroxysmes à type intermittent quotidien, et dont l'invasion était annoncée par des mouvemens spasmodiques variés.

Pendant tout le temps que M.me *** demeura malade ou convalescente, sa surexcitabilité nerveuse était mise en évidence par la cause la plus légère : les cris , les caresses même de son enfant , un bruit quelconque, un jour trop éclairé, déterminaient des inquiétudes et des impatiences portées à l'excès.

La mère de cette jeune dame avait été hystérique dans sa jeunesse ; dans un âge plus avancé elle avait conservé une susceptibilité nerveuse portée à un point extrême. Pendant une douzaine d'années, elle était restée dans une chambre parfaitement close ; le jour et le bruit , les couleurs vives, lui donnaient des spasmes et de la céphalalgie. Le père de M.me *** a été long-temps en proie à une affection nerveuse dont les symptômes bi-

( 150 ) zarres et tenaces ne pouvaient être rattachés qu'à l'hypocondrie. Il a une sœur et une nièce qui sont habituellement tourmentées par des affections nerveuses.

XIX' Fait. — M.mc P*** , âgée de trente-huit ans, est douée dune constitution éminemment nerveuse. Mariée et sans enfans , habituellement bien réglée, elle a éprouvé pendant long-temps des spasmes violens, fixés tantôt sur la poitrine , tantôt à 1 epigastre , et coïncidant presque toujours avec les époques menstruelles.

Au commencement de l'hiver de 1829, les spasmes et d'autres accidens nerveux quïl serait trop long de mentionner , disparurent tout-à-coup , et furent remplacés par des accès d'une toux convulslyc, qui se reproduisaient plusieurs fois dans la journée, et étaient assez souvent suivis de syncopes prolongées.

Cet état morbide se dissipa graduellement, et le développement du ventre , les nausées , les appétits bizarres , le gonflement des seins, donnèrent à 1)1. me P*** l'espoir d'uni' grossesse. Le llnx menstruel ne cessa pas entièrement ; mais il fut bien moins abondant, et, de plus, les mouvemeos ressentis dans le ventre , ainsi que la sécrétion d'un fluide laclilornie , confirmèrent M.me P*** dans sa première idée. Cependant le terme de la gestation

( lâl )

présumée n'était pas fort éloigné , lorsque cette darne fut prise , au milieu d'accidens nerveux variés , d'une épistaxis qui se prolongea pendant plus de cinq heures, et qui fit perdre trois ou quatre livres de sang. Malgré la faiblesse produite par cette abondante hémorrhagie , les menstrues se montrèrent presque immédiatement après quelle eut cessé ; elles furent plus abondantes que précédemment ; le ventre s'affaissa , et M.me P*** jouit pendant quelques années d'une assez bonne santé.

Ces renseignemens ont été extraits d'un mémoire à consulter et de consultations rédigées par des médecins instruits qui ont donné leurs soins ou leurs conseils à M.me P*** , et qui , loin de partager ses idées sur sa grossesse , considérèrent toujours son état comme une forme particulière d'hystérie.

Depuis que nous avons été à même d'observer M.me p***? nous l'avons vue souvent tourmentée par des céphalalgies atroces , existant le plus ordinairement sans fièvre , et accompagnées quelquefois de délire. Ces douleurs, qui n'ont pas de siège fixe, sont comparées par la malade à celles que produirait un étau comprimant le crâne dans deux points opposés. Cette forme de céphalalgie nous semble se rapprocher beaucoup de celle que les auteurs ont décrite sous le nom de clou hystérique.

La mère de M.me P*** , sans avoir éprouvé de maladie nerveuse proprement dite, présentait

d'une manière assez évidente le tempérament qui y prédispose; son père était d'une vivacité extrême, très-accessible aux passions violentes ; une de ses tantes maternelles a été très-sujette aux maux de nerfs.

XX.' Fait. — M."c A. L*** , âgée de vingt-deux ans , douée d'un tempérament nerveux-sanguin , fut menstruée à l'âge de seize ans. Cette première apparition des règles s'accompagna de violentes douleurs dans les reins , qui persistèrent avec une intensité croissante à chaque époque périodique, et auxquelles ne tardèrent pas à se joindre de véritables accès hystériques. Les moyens les plus énergiques ont échoué contre cette disménorrhée , et, pendant plus de deux ans, chaque époque mensuelle a été signalée par des accès de plus en plus inquiétans, interrompus par des instans de calme, pendant lesquels la malade avait les membres roides et immobiles, la tète renversée en arrière, les yeux fixes , les mâchoires fortement appu\ ées l'une contre l'autre, les muscles du cou fortement contractés, la respiration saccadée, les parois abdominales dures et tendues, surtout à l'hypogastre. Ces accidens persistaient, mais avec une moindre intensité, lorsque le sang retenu dans la matrice s'écoulait spontanément ou par suite des moyens employés. Après quatre ou cinq jours, époque or

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