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dinaire de la durée des règles, tout rentrait dans l'ordre ; M.lle L*** se plaignait seulement pendant quelques jours encore dune céphalalgie et d'un accablement qui diminuaient insensiblement ; la santé était d'ailleurs fort bonne jusqu'à la prochaine époque mensuelle.
L'état de cette, jeune personne résistant invinciblement à tous les moyens thérapeutiques, le mariage fut conseillé, en désespoir de cause. Pendant les trois premiers mois d'une grossesse qui suivit de près cette union , il survint de nouveaux accès hystériques, compliqués de symptômes cataleptiques, dont l'intensité et la persistance nous firent presque repentir du conseil que nous avions donné. Cependant , dès le quatrième mois , soit que des saignées répétées eussent modifié la surexcitabilité nerveuse, soit que les choses dussent se passer ainsi , le calme se rétablit. L'accouchement se fit sans circonstance notable ; mais , au bout d'un an , les accidens nerveux se montrèrent de nouveau sous la forme cataleptique , à la suite des chagrins que cette jeune femme ressentit de la perte de son enfant.
Depuis cette époque (1840), cette jeune femme a été , à plusieurs reprises , en proie à des accidens nerveux variés, mais qui toujours pouvaient être plus particulièrement rattachés à la catalepsie qu'à toute autre forme de névrose. Pendant la durée
d'une de ces crises, nous lavons vue, plongée dans un état extatique , reconnaître les objets ou les personnes, lire même avec beaucoup de précision, et cela, les paupières parfaitement closes, ou paraissant telles du moins. Tout récemment, cette intéressante malade a éprouvé une crise plus violente qu'aucune des précédentes. Parmi une foule dautres phénomènes bizarres , on a observé un état convulsif de la langue , par suite duquel cet organe , après avoir fait une énorme saillie au dehors , se retirait tout-à-coup et fortement dans larrière-bouche , de manière à faire craindre une suffocation.
La mère de M.Ile L*** a éprouvé des accidens semblables à ceux de sa fille ; une de ses sœurs a été long-temps chlorotique; l'autre a éprouvé plusieurs attaques légères d'hystérie, et plus tard une bien plus violente , après avoir vu sa jeune sœur dans l'état que nous avons mentionné , pendant qu'ellemême avait ses règles. Le père de ces trois personnes était dune irascibilité peu commune ; le plus léger prétexte suffisait pour développer cette disposition , qui se fait aussi remarquer chez trois de ses frères.
XXL' Fait. — M.me S*** , àgee de quarante-sept ans, d'un tempérament nerveux-sanguin, habituellement bien réglée, très-sensible aux impressions
morales, est sujette aux vapeurs et aux maux de nerfs. Elle a fait plusieurs fausses couches , et n'est parvenue à conserver un seul enfant qu'après quatorze ans de mariage.
A l'âge de trente-cinq ans , M.me S*** se trouvait dans son époque mensuelle , lorsqu'elle perdit sa mère. La douleur. qu'elle ressentit de cette perte supprima les règles et occasiona des suffocations et des spasmes , suivis d une contracture de l'extrémité inférieure gauche.
Depuis lors, malgré que les menstrues se soient rétablies et se soient montrées assez régulièrement, les émotions pénibles ont toujours reproduit des accidens semblables. Nous en avons été témoin plusieurs fois, et notamment en Août 1837, époque à laquelle M.me S*** perdit son mari. La roideur de l'extrémité inférieure gauche persista pendant plusieurs jours ; il y avait en même temps gonflement considérable de la région hypogastrique , trismus des mâchoires , spasme de l'œsophage et du pharynx, impossibilité d'articuler les sons; la peau du membre contracture était presque insensible. Lorsque ce douloureux événement vint la frapper, M.'ne S*** attendait ses règles , qui ne se montrèrent pas, et qui ont entièrement disparu.
Douze jours après , les accidens mentionnés commençaient à peine à diminuer , lorsqu'ils reparurent avec une égale intensité , la mort d'un beau-
frère qui périt victime d'un assassinat , ayant été annoncée avec peu de ménagemens à M.mc S***.
Un an pins tard , constamment en proie à la douleur morale , tourmentée en outre par des souffrances physiques qui en étaient la conséquence , cette dame perdit son frère, quelle avait toujours chéri tendrement , et dont elle avait ignoré la maladie. Les accidens nerveux se manifestèrent à fannonce de cette fatale nouvelle , et cette fois la contracture de la jambe gauche persista pendant plus d'un mois.
La mère de M.me S*** était d'une complexion grêle et maladive , d'un tempérament nerveux , d'une sensibilité physique et morale très-développée. Un de ses oncles maternels présentait des dispositions semblables ; il avait des attaques de nerfs comme une femme.
L'observation précédente doit rester, sans aucun doute, comme un exemple de surexcitation nerveuse héréditaire ; mais elle nous prouve que certaines névroses échappent invinciblement à une classification méthodique. En effet , les phénomènes maladifs signalés chez M.™6 S*** se rapprochent peut-être autant d'une affection tétanique que de toute autre. Mais en remarquant qu'ils ont eu leur point de départ dans la suppression des menstrues, en tenant compte des dérangemens dont ils ont été suivis, et sur lesquels nous aurons nécessaire-
( 157) ment occasion de revenir plus tard ; en considérant, enfin, que M.mé S*** avait été sujette aux spasmes et aux vapeurs, qui ne sont autre chose qu'un faible degré de l'hystérie, nous avons cru pouvoir rapporter à cette maladie ce fait que nous avions désigné d'abord dans nos notes sous la dénomination de paralysie spasmodique , après lui avoir trouvé quelque analogie sous le rapport des symptômes et de letiologie, avec des faits ainsi dénommés , et que nous croyons convenable de reproduire ici , par la seule raison qu'ils sont propres à démontrer l'influence de l'hérédité sur la production de semblables affections. C'est à ces faits que nous faisions allusion lorsque nous avons dit , au commencement du précédent article , que les convulsions permanentes se trouvaient souvent désignées sous le nom d'affections spasmodiques. Willis rapporte une observation d'affection convulsive, remarquable par la multiplicité autant que par la bizarrerie de ses symptômes , et qui se termina par la mort , après s'être compliquée d'une fausse paralysie (spuiïa). Le personnage illustre qui en fait le sujet , était issu de parens qui avaient présenté des dispositions maladives semblables : (( Pareil t ibus proavisque aut cerebrij autnervorum dispositioni aliàs morbides obnoxiis » (1).
(1) Loco cit. , cap. 9, png. 82-85.
Dans une autre observation, dont nous avons déjà mentionné quelques circonstances en parlant de l'asthme essentiel, l'affection convulsive récidiva et s'accompagna d'une paralysie périodique. Apres son sommeil , la jeune malade jouissait de la liberté de ses mouvemens, puis pendant la journée elle était prise de spasmes et de contractions involontaires, qui vers le soir étaient remplacés par une résolution complète des membres. Comme nous l'avons dit ailleurs ( pag. 105 ), le père de la malade était sujet à de graves affections du système nerveux. Lorsque Willis fut mandé auprès d'elle , loin d'attribuer son état à une cause surnaturelle, il en trouva la cause dans cette circonstance ; car le père était dans ce moment même, et dans la même maison, tourmenté par une maladie semblable. (( Quapropter , dit-il, ut symptornatwn istorum causas naturelles investigarem } imprirhis obviwn erat swpicari dominam istam hœreditariè affectionum convuîsivafum seminia contraxisse » (1).
Sous le titre ^Observation de Paralysie générale incomplète chez un enfant , a la suite d'une vive impression morale , M Gaultier de Glaubry a public en 1833 le fait suivant, dont nous présentons seulement une analyse sommaire.
Une jeune fille de cinq ans ressentait depuis
(I) Loco cit., pag. 88.
( 159 ) plusieurs jouis des douleurs aiguës dans les mâchoires , et surtout dans lin férié are ; ces douleurs étaient accompagnées de fièvre , d'agitation d'exaltation dans les idées , etc. Le père de cet enfant , pensant que son état maladif pouvait dépendre de la carie de quelques dents petites molaires , la conduisit à son insu chez un dentiste. Elle se laissa d'abord examiner la bouche sans défiance; mais voyant bientôt de quoi il s'agissait , et le dentiste s étant prononcé sur la nécessité d'arracher une dent profondément cariée, elle poussa des cris, et opposa la plus vive résistance , en se débattant violemment. Son père, qui avait vainement cherché de la ramener à l'obéissance, perdit enfin patience, et, poussé à bout par l'indocilité de son enfant , lui parla d'un ton dur et emporté , la saisit et la maintint avec force, pendant que le dentiste enlevait la dent. Mais bientôt la petite fille, ébranlée par les manières tout-à-fait inusitées de son père , tomba dans un état spasinodique général : ses yeux étaient fixes et largement ouverts , ses mâchoires appliquées fortement l'une contre l'autre ; une roideur comme tétanique s'empara du cou, du tronc et des membres , etc. A ces divers symptômes vint se joindre une résolution paralytique , qui persista pendant plus de quarante-huit heures.
Cette petite fille était née d'un père qui, peu avancé en âge, semblait être un vieillard anticipé ,
et dune mère éminemment nerveuse. Petite , d'une complexion grêle, dune constitution faible , très-impressionnable, très-développéc pour L'intelligence, elle avait été gâtée au-delà de toute expression par ses parens , qui ne savaient lui rien refuser , et qui ne lui avaient jamais fait entendre une parole dure ni même un tant soit peu ferme (1).
§ IV. — Epilepsie.
Un violent accès de colère , une vive frayeur , une forte contention d'esprit , l'abus des liqueurs spiritueuses , les excès vénériens, etc. , telles sont les causes que l'on reconnaît généralement comme capables de déterminer un premier accès d epilepsie. Ces causes , et bon nombre d'autres quil serait superflu d'indiquer ici , sont toutes excitantes de leur nature ; elles agissent tantôt directement sur le centre nerveux encéphalique, dont elles ne peuvent évidemment qu'accroître l'excitabilité physiologique , tantôt sur un organe ou une partie du corps qui en est éloignée , et qui transmet synipathiquement à ce centre l'excès de stimulation dont elle a été le siège primitif.
D'après cette donnée étiologique , lepilepsie , comme l'éclampsie des enfans, doit être distinguée
(I) Journal Hebdom. , année 1833 , tom. 1 1 , pag. 478.
( 161 ) eu idiopathique et en sympathique : à cette dernière il convient de rattacher une variété d'épilepsie décrite par Marshal-Hall sous le nom d'excentrique. Elle prend sa source dans l'irritation des nerfs excitateurs de l'estomac , des intestins ou des organes génitaux , qui , se propageant à la moelle spinale , y détermine, non une altération organique, mais une modification purement fonctionnelle, dont la conséquence est la manifestation des phénomènes qui caractérisent l'épilepsie. Les causes principales de cette affection sont la présence d'alimens indigestes ou de toute autre substance irritante dans l'estomac ou dans les intestins , les excitations exagérées des organes génitaux, etc. Dans son exposé analytique des travaux du physiologiste anglais , M. Guesnard fait observer, avec raison , qu'aucune maladie ne peut mieux éclairer la pathologie du système nerveux excito-moteur; car toutes ses parties , aussi bien que toutes les fonctions qu'il tient sous sa dépendance, s'y trouvent lésées (1). Au reste , tout en reconnaissant la valeur des expérimentations qui ont conduit Marshal-Hall à admettre l'épilepsie excentrique , il est bon de noter que bien long-temps avant lui elle existait de fait dans la science, puisque c'est évidemment à cette variété qu'il faut rapporter plusieurs espèces depilepsics
(I) Journal IJcbdom., année 1830, toni. 4 pag\ 285.
diversement dénommées par quelques auteurs anciens , mais qui avaient leur point de départ dans le tube digestif ou dans l'appareil utérin (1).
Galien cite le cas d'un jeune grammairien qui tombait épileptique toutes les fois qu'il enseignait avec action ou qu il méditait profondément (2). La contention des facultés intellectuelles , considérée comme cause déterminante de l'épilepsie, peut donner lieu à une remarque assez importante , et qui mérite de nous arrêter un instant.
Il est peu de médecins qui ne sachent que cette maladie était anciennement désignée sous le nom de morbus comitialis^ qu'on lui avait imposé à cause de l'habitude dans laquelle on était de suspendre l'assemblée des comices aussitôt qu'un des assistans était pris d'un accès épileptique. Cette explication étymologique n'a pas été adoptée par tous les écrivains : Baillou , entre autres , pense que 1 epilepsie a reçu cette dénomination , parce qu'elle éclatait pendant la durée des comices . soit à cause de la crainte qui s'emparait des orateurs lorsqu'ils devaient parler dans des circonstances solennelles, soit par suite de l'exaltation ou de la contention que nécessitaient leurs harangues ou leurs délibérations. Après avoir cité quelques exemples qui
(1) Voir Sauvages , Nosol. méth. , tom. t , pag. 581-582.
(2) De Loris offert is . lib. 5 , cap. 5.
( 163 ) légitiment en partie cette manière de voir , l'auteur invoque le témoignage de Rondelet , qui rapporte avoir vu des hommes remarquables par les qualités de leur esprit, être affectés d'épilepsie lorsqu'ils se livraient à un travail exigeant une trop forte contention (1).
Si nous avons placé ici cette disgression historique, c'est que nous l'avons considérée comme un des élémens propres à démontrer que l'épilepsie est intimement liée à la surexcitation nerveuse. Continuons :
L'épilepsie, surtout lorsqu'elle existe depuis longtemps, se reproduit souvent d'une manière périodique et sans cause déterminante appréciable. Cependant il est assez ordinaire de voir les attaques épileptiques ne se manifester que sous l'influence des causes qui ont d'abord produit la maladie. Van-Swïeten rapporte qu'une jeune fille retenue forcément par quelques-unes de ses compagnes , pendant que d'autres lui chatouillaient la plante des pieds, éprouva un premier accès d'épilepsie. Plus tard , la plus légère cause déterminait de nouveaux accès ; il suffisait surtout qu'elle vît faire des menaces de chatouillement, alors même qu'elles s'adressaient à dautres personnes. « Si titillationis minas tantàrn intentari videret aliis^ mox cadebat epilep-
(I) Voir Haillon , Epid. et Ephemcrid. , lib. 1 , pag. 59-40.
( lG/i )
tica » (1). Le même auteur parle d'un entant qui , devenu épileptiquc à la suite de la frayeur que lui occasiona un gros chien qui sautait sur lui , éprouvait ensuite un nouvel accès toutes les fois qu'il apercevait un gros chien ou qu'il l'entendait aboyer (2). Un soldat monte à l'assaut ; une bombe éclate auprès de lui; il est frappé d'épilepsie, ci guéri au bout d'un an : vingt ans après, la vue des mêmes remparts lui rend les accès (3). Nous donnons depuis long-temps des soins à une dame chez laquelle des peines morales paraissent avoir été la cause déterminante de l'épilcpsie; ses accès n'ont rien de régulier ; mais ils se reproduisent presque1 infailliblement lorsqu'elle s'abandonne pendant quelques jours à des réflexions chagrinantes. Que se passc-t-il dans ces circonstances ? L'encéphale prédisposé, soit héréditairement, soit accidentellement, doit de toute nécessité être plus facilement surexcité par les causes morales qui ont produit une première surexcitation ; de même que les autres viscères de l'économie s'irritent ou s'enflamment plus aisément lorsqu'ils sont soumis aux influences physiques qui les ont une première fois irrités ou emflammés.
(\)Lococit., pag. 402.
(2)lbi(f., pag. 415.
(r>) Ksquirol, des Maladies mentales, tom. I , png. '207 .
I,cs symptômes (jiii caractérisent un accè* cpileplique sont tellement connus, qu'il est complètement inutile d'en faire rénumération. En les envisageant dans leur ensemble , on pourrait dire qu'ils indiquent seulement un trouble profond de l'innervation , une perturbation de la masse encéphalique : oui , sans doute ; mais ce trouble , cette perturbation , quelle peut en être la source , si ce n'est une véritable surexcitation ? La preuve en est daus cette irascibilité et cette exaltation des facultés intellectuelles qui précèdent assez souvent l'invasion des attaques ; dans ce caractère fougueux , indomptable de la manie furieuse chez les épileptiques , si sujets à l'aliénation mentale; dans cette irritabilité et cette susceptibilité physique et morale qui leur sont si habituelles, et qu'Esquirol dit avoir constamment observées alors môme que les accès étaient séparés par de longs intervalles ; enfin , dans l'analogie qui existe entre cette affection et l'acte de la reproduction, que les anciens , et après eux quelques écrivains médecins ou philosophes, ont comparé, non sans raison, à une courte épilepsie (1). Or, il est constant que l'excitation exagérée à laquelle participent toutes les puissances de l'or-
(I) Que cotte comparaison ait été faite d'abord par Hippocratc, comme le prétend Auhi Celle, ou qu'elle appartienne à Dcmocrilc, selon l'opinion de Galien, elle n'en es! pas moins remarquable par sa justesse.
ganisme , est essentiellement nécessaire à accomplissement de cet acte fonctionnel.
Essayons maintenant de déterminer l'influence qu'exerce l'hérédité sur la manifestation de Fépilepsie.
Nous avons dit ailleurs que Louis , dans le mémoire qu'il adressa au concours proposé en 1748 par l'Académie de Dijon , soutint qu'il n'existe ni maladies ni dispositions maladives héréditaires. L'épilepsic n'est pas même exceptée de cette exclusion , et cela , dit l'auteur , parce qu'il a vu dans les hôpitaux un grand nombre d'épileptiques sans avoir jamais pu en découvrir un seul dont les parens eussent été atteints de la même maladie; parce que, ajoute-t-il ensuite, les epileptiques ne se marient pas (1). Il faut convenir que c'est se montrer bien peu sévère, que d'établir des assertions aussi tranchantes sur de semblables preuves. On n'ignore pas que l'épilepsie est une des maladies dont on tient le plus à cacher l'existence dans les familles ; et que, d'un autre côté , les renseigneraens commémoratiis fournis par des malades renfermés dans les hôpitaux, sont loin de présenter toute la précision qu'ils devraient avoir. La seconde preuve sur laquelle s'appuie Louis, ne saurait avoir aucune valeur lors qu'il s'agit d'individus qui ne sont devenus épilepti-
(1) Mémoire cite, pag. 51-52.
( ''«7 ) ques qu'après leur mariage et avant d'avoir procréé des enfans.
A cette manière de voir, qui a pour elle l'autorité d'un nom justement célèbre , il est aisé d'en opposer d'autres dont la constante uniformité , depuis les temps les plus reculés de la science jusqu'à nos jours, prouve incontestablement que l'épilepsie doit être rangée parmi les maladies héréditaires. Cette vérité, démontrée par des opinions et des faits énoncés ou rapportés par Hippocrate (1) , Sennert (2) , Frédéric Hoffmann (3) , Boerrhaave et Van-Swieten (4) , Vieussens (5) , Tissot (6) Portai (7) , Pujol (8) , Foville (9) et M. le professeur Piorry (10), cette vérité, disons-nous , est si généralement reconnue aujourd'hui , qu'elle n'a pas besoin de nouveaux élémens de confirmation. Aussi croyons-nous devoir nous borner à indiquer les principales sources où ces élémens peuvent être
(;1) Voir la citation faite à la pag. 58.
(2) Loco cit.
(3) Loco cit. , cap I , pag. 10 et 22.
(4) Loco cit. , aph. 1075, pag. 43 1.
(5) Ouvrage cité, loin 1 , pag. 45 1, 495 et 497.
(6) Ouvrage cité, tom. 3 , pag. 27.
(7) Consid. sur la nat. et le trait, des mal. de famille et des mal. heréd. , pag. 25.
(8) Ouvrage cité, pag. 305.
(9) Die t. de M éd. et de Chir. prat, art. Épilepsie.
(10) Thèse citée, pag. 11 3.
( M» ) puises, et nous abstenir de taire ici l'exposition de trois faits particuliers , pour aborder tout de suite une question dont l'examen terminera les considérations que nous devions consacrer à la maladie qui nous occupe.
La circonstance d avoir reçu le jour de parens épileptiqucs est-elle absolument indispensable pour être héréditairement prédisposé à l'épilcpsie? Comme on le voit , c est là une question qui peut se reproduire à chacune des affections dépendantes de la surexcitation nerveuse , et qui a été particulièrement examinée lorsqu'il sest agi de la danse de Saint-Guy.
Nous réserverions volontiers la qualification d'héréditaire, à lepilepsie qui affecte les individus dont les parens ou les ascendans ont été, à une époque quelconque de leur vie, atteints de la môme affection dont le germe s'est transmis à leur progéniture. Les sujets placés dans de semblables conditions auront, pour ainsi dire, à subir une cruelle fatalité; ils deviendront presque inévitablement épileptiques ; mais ce nest pas à dire pour cela qu'ils soient seuls exposés à le devenir.
Lorsque , au commencement du chapitre1 précédent, nous avons établi de quelle manière il fallait envisager l'hérédité sous le rapport étiologique, nous avons dit qu'il convenait de reconnaître d'abord L'influence qu'elle exerce sur le développement de-
prédispositions maladives, et, en second, lieu celle quelle exerce sur la production des maladies qui, en définitive, ne sont que la réalisation des aptitudes déjà existantes ; nous avons dit aussi que toutes les fois qu'il serait acquis à L'observation qu un état particulier de l'organisme ayant favorisé l'invasion dune affection morbide, avait été transmis des parens aux enfans , ce fait devait suffire pour établir que l'affection en question devait, comme sa prédisposition, être rapportée à l'influence héréditaire. Enfin , nous avons ajouté que cette distinction importante , dans la généralité des cas , l'était surtout à l'occasion des maladies qui devaient faire le sujet de nos études. Disons maintenant qu'elle se trouve entièrement applicable à l'étiologie de 1 epilepsie : en effet, les diverses causes déterminantes de cette maladie doivent avoir des résultats d'autant plus certains, que l'encéphale et l'ensemble du système nerveux présenteront plus d'aptitude à la surexcitation. Or, comme nous ne pouvons révoquer en doute que cette aptitude ne soit susceptible de se propager héréditairement, il nous est aisé de concevoir que, par le fait seul de l'hérédité, certains individus soient plus que d'autres disposés à devenir accidentellement épileptiques , et qu'ils le deviennent réellement sous l'influence des causes efficientes qui n'auraient eu sur eux aucune prise sans la prédisposition organique dont ils sont doués
( 170 ) Il est bien vrai que la plupart des faits consignés dans les traités généraux ou spéciaux sont relatifs à des cas d'épilcpsie observés sur des sujets nés de parens épileptiques; mais on trouve aussi des faits et des opinions qui peuvent être invoqués à l'appui de notre manière de voir. Voici, entre autres, un passage de Fréd. Hoffmann, que nous tenons à citer parce qu'il nous semble on ne peut plus significatif. <( Nequè est ullus morbus , dit-il , magis gentilitius , et qui tain facile a parentibus in libéras devolvitur , quam epilepsia : cujus fundamentum in partium nervosarum et membranacearum texturâ nimis sensibili et ad motus anormalos suscipiendos admodùm aptâ , hœreditario jure ad infantes propagatâ , collocandum est» (1).
Si cette interprétation étiologique na pas reçu de l'observation une confirmation aussi complète qu'on pourrait le désirer, ne pourrait-on pas en accuser la négligence que l'on met trop souvent à s'enquérir de tous les renseignemens commémoratifs, ouïes difficultés que présente leur recherche, ou bien enfin l'impossibilité absolue de les obtenir? Nous ne saurions en douter un instant.
A l'occasion de la distinction établie pour l'épilepsie héréditaire, le mot de germe a été pronoucé. Ce mot pourra paraître, sans doute, bien vide de
( I) Loco cit. , cap. I , pag. 10.
( 171 ) sens, à une époque ou l'on n'admet guère que les explications basées sur des preuves matérielles. Disons d'abord que ce mode de confirmation n'a pas toujours fait défaut ; que des vices de conformation du crâne ou du cerveau que des kystes , des productions stéatomateuses , cartilagineuses, ont assez souvent appris en quoi consistait le germe de l'épilepsie héréditaire. Disons , en second lieu , que , quelque louable que soit le désir de tout expliquer par des preuves qui rcssortent du témoignage des sens, il ne doit pas fermer la carrière aux interprétations fournies par l'induction, et que, par conséquent, le germe dont il s'agit se trouvera souvent constitué par des dégénérescences des fluides ou des solides , à Ja source desquelles il sera permis quelquefois de remonter , et dont l'existence n'en sera pas moins évidente, quelque inconnue que soit leur nature. Il est impossible de comprendre autrement la pathogénésie de l'épilepsie héréditaire proprement dite.
Lorsque nous nous occuperons, dans la troisième section de ce chapitre, de l'influence de l'hérédité sur le pronostic des maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse , nous aurons à signaler la différence qui existe sous ce rapport entre l'épilepsie héréditaire , telle qu'elle doit être conçue selon nous, et celle qui trouve la cause principale de son développement dans la surexcitabilité ner-
\ousc. Cette différence est si notable, que, malgré l'analogie dos désordres qui caractérisent ces deux états morbides, elle pourrait presque, en suscitant des doutes sur leur identité , faire refuser le nom d'épilcpsie à celle qui se manifeste accidentellement, alors même que la surexcitabilité nerveuse héréditairement transmise a décidé cette manifestation. Mais que nous importent les dénominations ? On ne pourra pas du moins lui enlever celui d'affection convulsive épileptiforme ; on ne pourra dans aucun cas sempècher de reconnaître qu'il s agit dune maladie dans laquelle l'appareil nerveux encéphalique se trouve surexcité au plus haut degré.