La métrorrhagie continue. Ergot de seigle, 4 grammes
A la suite des électrisations à droite, la sensibilité reparaît dans toutes les parties du côté droit.
28. La métrorrhagie est arrêtée. Continuation des électrisations à droite.
80. Sensibilité normale à droite. Hémianesthésie gauche. On recum* mence à faradiser la peau de l'avant-bras du c6té gauche.
5 février. Les électrisations pratiquées sur l'avant-bras gauche raniment un peu la sensibilité à la douleur. La malade sent d'une façon confuse le contact, les différences de température, mais elle perçoit nettement les pincements et les piqûres.
7. Elle éprouve à la région lombaire des douleurs plus vives, pour lesquelles on lui fait jusqu'à sept injections de chlorhydrate de morphine de 1 centigramme chacune dans les vingt-quatre heure?.
10. La malade a de nouveau, depuis deux jours, des hémorrhagies utérines.
It. Les pertes sont arrêtées, sans médication interne.
14. Une éruption de syphilides squameuses se produit sur la face interne des cuisses, sur les bras, la poitrine; taches d'un rouge cuivré avec légère desquamation épidermique.
La malade, qui, jusque-là, avait nié tout antécédent syphilitique, avoue qu'elle a eu la syphilis il y a deux ans. Elle aurait été soumise au traitement mercuriel pendant plus d'une année. Pendant qu'elle était en traitement, elle est accouchée d'un enfant qui se porte bien.
On prescrit de nouveau une pilule de protoiodure de mercure. lodure de potassium, 1 gramme. Deux pilules composées (fer réduit, rhubarbe, extrait mou de quinquina); elle en prend depuis plusieurs semaines.
On supprime les trois pilules de nitrate d'argent.
20. Il y a eu, les jours précédents, des attaques d'hystérie (au moins une et deux au plus dans les vingt-quatre heures} qui ont fait perdre une partie des progrès obtenus.
Ces attaques débutent par des rires prolongés sans aucun motif, puis des pleurs abondants. Alors commencent des bonvulsions cloniques sans grands mouvements. Il n'y a pas toujours perte absolue de connaissance. Un quart d'heure après, pleurs et sommeil.
On continue la faradisation des deux avant-bras, successivement, chaque matin.
1*' mars. La malade est renvoyée du service par mesure disciplinaire.
La sensibilité est normale sur tout le côté droit, ainsi qu'à la face. Du côté gauche, elle est émoussée; la malade y sent bien le pincement, les piqûres; mais elle n'a pas conscience d'un léger contact.
L'anesthésie offrait, chez cette malade, une distribution qui mérite d'être notée. Elle existait, en effet, dans toute l'étendue du corps, la face exceptée. La peau et les tissus sous-cutanés des
membres, du tronc, du cou, des parties postérieures et latéraUs de la tête, offraient, avant le traitement, une insensibilité absolue. A la fin, au contraire, les plus légers contacts étaient perçus et le chatouillement, les piqûres, les pincements, étaient sentis d*une façon normale, au moins dans toute la moitié droite du corps. Les organes des sens, le goût, Todorat, Touïe, la vue, étaient intacts.
L'anesthésie du tronc et des membres était donc non seulement superficielle, mais encore profonde. Toutefois, il restait un certain degré de sensibilité, puisque la malade n'avait pas perdu, comme cela a lieu si souvent chez les ataxiques, la notion de la position des divers points de son corps : qu'elle ne perdait pas, comme on dit, ses jambes dans son lit; qu'elle savait, les yeux fermés, où se trouvaient ses pieds et ses mains.
L'intégrité de la sensibilité de la face et des fonctions des organes des sens, alors que toutes les autres parties du corps étaient insensibles, est un fait rare chez les hystériques. Les impressions faites sur la membrane muqueuse de la bouche, sur celle des fosses nasales, sur la rétine, sur les parties membraneuses des canaux semi circulaires et surtout du limaçon, parvenaient donc librement aux centres perceptifs. Si la modification des centres nerveux qui produit l'anesthésie des hystériques a pour siège les radiations pédonculaires dans les hémisphères cérébraux, ou, en précisant davantage, la partie postérieure de la capsule interne, elle pourrait donc affecter les éléments de celte région de la capsule interne qui conduisent à la substance grise corticale les impressions portant sur le tégument cutané des membres, du tronc, du cou, en respectant ceux qui servent à la transmission des impressions provenant des organes des sens et de la face. Il serait assurément plus simple de supposer que (e sont les centres de réception des impressions qui sont eux-mô^mcs modifiés, c'est-à-dire les centres médullaires d'origine, lorsqu'il s'agit des nerfs sensitifs rachidiens, et les centres bulbaires, protubérantiels et cérébraux, lorsqu'il s'agit des nerfs sensitifs crâniens : on se rendrait, il semble, plus facilement compte des anesthésies partielles de l'hystérie avec cette hypothèse qu'en admettant que la modification dont il s'agit réside dans l'étage supérieur des pédoncules cérébraux ou dans la partie postérieure de la capsule interne A la rigueur, il serait possible qu'il en fût ainsi ; mais cette interprétation, «n somme, est peu satisfaisante
sous d'autres rapports : on ne s'explique pas très bien, en la prenant pour point de départ, comment dans Thystérie on observe si souvent de Thémianesthésie occupant, non seulement les deux membres d'un côté, la moitié correspondante du tronc et du cou, mais encore la moitié de la face et les organes des sens du même côté.
D'un autre côté, il est également difficile, et même il est plus difficile (quoique non impossible) de comprendre ainsi comment la faradisation d'une région très limitée de la peau d'un des membres, de l'avant-bras, par exemple, peut, dans certains cas d'hémianesthésie hystérique, rétablir la sensibilité dans toute l'étendue du côté anesthésié, et ramener à un état normal ou à peu près les sensibilités olfactive, visuelle, auditive, gustative du même côté. Ce sont ces considérations qui me font incliner à croire que c'est bien dans le pédoncule cérébral ou la partie postérieure des radiations pédonculaires que siège l'altération (quelle qu'elle soit) qui détermine l'anesthésie et à admettre, par suite, pour les cas analogues à celui-ci, dont je viens de donner l'observation, qu'une partie des fibres pédonculaires servant à la transmission des impressions aux centres perceptifs peut rester intacte, toutes les autres étant atteintes.
Le traitement par la faradisation bornée à une région très peu étendue de l'avant-bras droit n'a produit, chez la nommée L..., aucun effet immédiat. Ce n'est qu'au bout de quelques jours de faradisation quotidienne que la sensibilité a reparu, d'abord obtuse, puis de plus en plus nette, dans toutes les parties de la moitié droite du corps, et c'est seulement après plus d'un mois de ce traitement que l'anesthésie a commencé à diminuer du côté gauche. On a alors faradisé aussi la peau de l'avant-bras gauche et l'amélioration de l'état de la sensibilité de ce côté a fait, à partir de ce moment, de rapides progrès. On voit que l'ébranlement produit dans les régions des centres neigeux servant à la transmission des impressions périphériques, par la faradisation d'un point limité du tégument cutané, se propage surtout dans les parties de ces centres qui correspondent au côté du corps sur lequel a porté l'électrisation faradique. Cependant l'influence de la faradisation agit aussi quelque peu sur les parties homologues centrales qui sont en relation avec le côté opposé du corps, puisque le traitement, lorsqu'on n'électrisait que l'avant-bras droit, a fait diminuer l'anesthésie du côté gauche. Celle anesthésié
n*a disparu presque complètement que lorsqu'on a faradisé directement Ja peau de Tavant-bras du côté gauche-
Les attaques d'hystérie convulsive, qui se reproduisaient assez souvent, tendaient, presque chaque fois, à détruire les progrès que Ton constatait chaque jour dans le retour de la sensibilité ; cependant Tanesthésie ne revenait pas à son degré primitif, et une ou deux séances de faradisation suffisaient pour faire regagner tout ce qui avait été perdu.
— Je citerai enfin un dernier fait d'un tout autre genre, pour montrer que la faradisation cutanée la plus énergique et la plus persévérante n'arrive pas toujours à exercer une influence curative dans certains cas d'anesthésie. Il s'agit d'un malade atteint d'un zona du côté droit, affection accompagnée et suivie d'une névralgie de forme particulière et d'anesthésie opiniâtre de la peau dans la région qu'a occupée l'éruption herpétique :
Obs. VII. Zona de la région thoracique inférieure du côté droit. Douleurs névralgiques dans la région correspondante, Anesthésie cutanée dans cette même région. Persistance très prolongée de ces phénomènes morbides après la disparition du zona. — Le nommé (L... Alexis), âgé de soixante et un ans, marchand des quatre saisons et scieur de pierres, entre à rhôpital de la Charité, service de M. Vulpian, salle Saint- Jean -de- Dieu, 10, le 4 février 1879.
Aucune maladie du système nerveux chez les parents.
Antécédents pei^sonnels. i^racture et amputation de la jambe droite il y a vingt ans.
Petite vérole il y a dix ans.
Fracture de la neuvième côte droite il y a environ quatre ans.
Pas de rhumatisme. Pas de syphilis; pas de blennorrhagie.
Il s'enrhume très facilement; il s'enrhumait encore plus facilement dans sa jeunesse.
N*a jamais craché de sang.
Le 29 janvier (il y a sept jours) il glisse sur la neige et tombe; son coude droit est pris entre le thorax et le pavé. Il ressent une très vive douleur dans ce côté de la poitrine, en avant et un peu au-dessous de l'angle inférieur de l'omoplate droite. Quoique la douleur persiste, assez vive, il continue cependant à balayer la neige des rues, le même jour et les jours suivants. Le troisième jour, il voit une éruption de boutons se produire à droite du thorax. Les l®»" , 2 et 3 février, pas de changement, il entre le 4 février à Thôpital de la Charité.
Etat actuel^ le 5 février. — Poumons, Emphysémateux, crachats de bronchite, pas de râles, toux assez forte, surtout le matin.
Cœur. Le premier bruit est sourd et prolongé; il y a un léger souffle au premier temps et à la pointe. Le second bruit est plus net et plus fort que dans Tétat normal.
Appareil digestif. Dès le lendemain du jour où la chute a eu lieu, le
malitle a perdu Tappétit^il offre encore aujourd'liu. tous les signes et sympiômes de l'embarras gastrique.
Insomnie. Agitation la nuit, un peu de fièvre tous les soirs; il sue un peu, surtout de la tête. Il dit que dans les deux jours qui précédèrent l'éruption il avait eu des frissons et que la fièvre était plus forte que maintenant.
Éruption. Sur la face antérieure du thorax et à droite ou constate une large plaque formée de petits groupes de vésicules ; il y a trois à cinq au plus de ces vésicules dans chaque petit groupe, et ces derniers se réunissent pour en former de plus grands. La peau qui les porte est d'un rouge assez vif; dans l'intervalle de& groupes, elle est congestionnée aussi, mais à un moindre degré.
La plaque entière de la partie antérieure du thorax mesure 20 centimètres en longueur, transversalement : elle dépasse un peu en avant le bord gauche du sternum ; elle a 10 centimètres de hauteur et s'étend dans ce sens depuis la sixième jusqu'à la huitième côte Elle a une forme presque triangulaire, sa base est en dehors, et c'est vers sa base que les vésicules sont très nombreuses. La plaque ne suit pas le trajet des nerfs intercostaux, mais elle est tout à fait transversale.
Plîique semblable, à la face dorsale du thorax, ayant presque les mêmes dimensions; elle s'étend en hauteur depuis la dixième à la douzième côte environ; elle est aussi triangulaire; sa base, tournée en dedans, empiète de 2 à 3 centimètres, sur le côté gauche du tronc. Le bord supérieur de cette plaque est à peu près au même niveau que celui de Tantérieure. La plaque postérieure est un peu oblique de haut en bas et de dedans en dehors et ses vésicules sont nombreuses surtout vers la colonne Vv^*rtébrale.
Dans l'intervalle qui sépafe les deux plaques, on trouve des vésicules clair-semées, qui complètent un demi-cercle embrassant la moitié droite de la base de la poitrine,
Çà et \h quelquesrunes des vésicules sont opalines, remplies de pus.
Il existe une douleur continue daps toute l'étendue de la région occupée par l'épuration; par moments se produisent des élancements très douloureux, que le malade compare à des piqûres profondes d'aiguilles. La pression est douloureiise sur le point qui a été violenté lors de la chute à terre.
On examine avec soin cette régiop : on n'y trouve pas d'ecchymoses. En faisant tousser le naalade on ne fait pas apparaître de crépitation. Il n'y a en ce point aucun sigpe de pleurésie. Cataplasmes de fécule sur les plaques. Onctions d'hujle d'amandes douces. Chloral hydraté: deux cuillerées à bouche, à un quart d'heure d'intervalle le soir, vers neuf heures.
6 février. En piquant la peau de la région où siège le zona, on constate qu'il n'y a pas d'anesthésie culanéeau niveau des plaques, ni dans l'inieryalle qui les sépare; même douleur qu'hier.
Plusieurs vésicules sont remplies de pus, quelques-unes de snng. Pour favoriser la dessiccation on fait sur un point circonscrit de la plaque antérieure un badigeonnage de solution assez forte de perchlorure de fer. Eau de Scdiitz.
?• Pas de dessiccation au point badigeonné.
8. La douleur et les élancements persistent. On prescrit deux injections
hypodermiques, chacune d'un centigramme de morphine, chaque jour, an niveau des plaques. Plusieurs vésicules sont flétries et affaissées, d'auties sont déjà transformées en croûtes.
10. En explorant de nouveau la sensibilité de la peau, à l'aide de piqûres au moyen d'une épingle, on voit que la sensibilité a complèleaient dispaiu sur les plaques d'éruption, ainsi que dans la peau qui les sépare.
L*anesthésie ne s'arrête pas brusquement en avant et en arrière, bur les bords des plaques. 11 y a, au-delà de ces bords, sur le côté gauche du thorax, en avant et en arrière, une zone de 2 centimètres environ^ dans laquelle la sensibilité n*est pas absolument intacte; elle y est d'ailleurs d'autant plus nette que Ton s'éloigne davantage de la zone.
Dans la région frappée d'aneslhésie, le malade ne sent point le frottement, la piqûre, le pincement, même très forts; la chaleur et le froid n'y sont pas sentis non plus.
La douleur du côté.droit a changé de caractère, au dire du malade: elle est plus vive; elle part de l'appendice xiphoïde et traverse pour ainsi dire le thorax, d'avant en arrière, en allant aboutir à la colonne vertébrale.
Les exacerbations, par accès, ont le même carai 1ère; le malade éprouve d'ailleurs encore, en même temps, la sensation de constriction qu'il a déjà signalée.
Toutes les vésicules du zona sont transformées en croûtes : les unes jaunâtres, les autres noirâtres.
11. Même douleur qu'hier, même nnesthésie; la douleur cependant est moins vive. L'insomnie a été moins complète. On cesse l'hydrate de chlorai.