‹ De l'influence de la position dans les maladies chirurgicalesChapitre 10 sur 18 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

Tumeurs.

Toutes les tumeurs à surface libre sont soumises à l'influence de la position; dans l'attitude verticale du corps , elles tendent à se précipiter vers le sol, et celte tendance a pour effet de provoquer dans les parties auxquelles elles s'attachent des tiraillements douloureux; de là une nouvelle cause d'irritation qui peut devenir favorable à leur accroissement ultérieur.

Ces tumeurs obéiront d'autant mieux à l'action delà pesanteur qu'elles seront pédicuîées, et que leur masse sera plus considérable ; dans cette classe on peut ranger :

Les tumeurs éléphanliasiques du scrotum, le sarcocèle, les kystes de l'ovaire, quelques polypes, certains lipômes, les tumeurs de la mamelle.

Quel est le chirurgien qui n'a pas entendu les femmes - affectées de cette sorte de maladie se plaindre des douleurs occasionnées par le poids du sein qui se déplace en vertu de sa mobilité, et entraîne après lui la peau du col, et celle qui recouvre la clavicule el la partie supérieure du thorax? Ce n'est pas seulement sur les femmes affectées de cancer du sein qu'on observe ce genre de douleurs; elles se rencontrent aussi chez les personnes d'un grand embonpoint, et pourraient induire en erreur un praticien qui ne serait pas sur ses gardes. Dans ces cas, l'examen et le toucher ne font découvrir aucune tumeur étrangère; il s'agit seulement d'une mamelle volumineuse et pendante , de douleurs résultant des

tractions exercées sur les parties voisines par cet organe exubérant. Un corset ou tout autre appareil convenablement fabriqué, et disposé de manière à soutenir le sein avec exactitude, fait promptement et facilement disparaître l'inconvénient signalé.

La position déclive de certaines tumeurs, en les entraînant sans cesse dans une direction déterminée, contribue certainement à les isoler et à favoriser la formation d'un pédicule plus ou moins épais par lequel seulement elle reste en continuité avec les parties sousjacentes, que leurs rapports, leur solidité ou leur disposition maintiennent dans une situation invariable. C'est là un fait dont quelques chirurgiens ont songé à tirer parti pour éloigner, en imitant, et exagérant même le travail naturel, c'est-à-dire par des tractions fréquemment renouvelées et dirigées clans le sens de la pesanteur , une tumeur située dans une région profonde, comme l'aisselle, par exemple, du paquet vasculaire et nerveux sur lequel elle repose, et dont le voisinage rendait périlleuses les opérations nécessitées par la maladie.

L'influence de la pesanteur sur les tumeurs libres se faitsentir, comme on peutlevoir,deplusieursfaçons:el!e agitsurlatotalitédelatumeurqu'elleallongeetdéforme, sur la masse des liquides qu'elle attire vers sa partie déclive, siège fréquent de congestion, sur le sang artériel dont elle facilite l'afflux, et enfin, sur le sang veineux dont elle rend le retour dans le torrent circulatoire plus difficile, soit parce qu'il circule contre son poids, soit parce que les veines ont diminué de calibre en s'allonge int avec le pédicule de la tumeur. La réu-

nion do ces divers modes d'action de la pesanteur entre sans doute pour quelque chose dans l'accroissement indéfini de certaines tumeurs, ainsi que dans le développement plus rapide de celles qu'on abandonne à une position déclive.

L'influence de la pesanteur sur les tumeurs à marche chronique diffère de celle qu'elle exerce sur les tumeurs à marche aiguë: pour les premières, c'est plutôt une action physique, et pour les secondes une action à la fois physique et physiologique. Un testicule affecté depididymile blennorrhagique est-il abandonné à lui-même? Le premier phénomène qui se manifeste est une douleur plus ou moins vive, suivie bientôt d'une exacerbation de tous les symptômes inflammatoires. Telle sera également l'influence de la pesanteur sur un sein affecté de phlegmasie, et sur toutes les tumeurs à marche chronique qui, par une cause quelconque, deviendraient accidentellement le siège d'une inflammation aiguë.

S'il est utile de soutenir par une position convenable cette mamelle hypertrophiée, un testicule tuberculeux ou encéphaloïde, en un mot, un organe quelconque, lorsque par surcroit de nutrition, par altération chronique ou dégénérescence de son tissu, il a pris des proportions plus considérables que celles qui lui sont propres, à plus forte raison celte position deviendra-t-elle avantageuse lorsque cet organe se trouvera en outre envahi par un engorgement inflammatoire.

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