‹ De l'influence de la position dans les maladies chirurgicalesChapitre 12 sur 18 · ARTICLE XI · texte numérisé non relu

ARTICLE XI

Plaies consécutives aux amputations.

Il ne semble guère possible, au premier abord, que la pesanteur exerce quelque influence sur le moignon si court des amputés; et cependant c'est ce qui a lieu dans plusieurs circonstances, au grand détriment des opérés. Ainsi, par exemple, à la suite d'une amputation partielle du pied avec lambeau plantaire, si celui-ci n'est pas suffisamment fixé au moyen d'un pansement bien fait, si, en même temps, le pied placé sur le côté externe est mal soutenu à cause de l'inégalité du plan qui le supporte, le lambeau pourra glisser de manière à abandonner plus ou moins complètement la surface traumatique qu'il est destiné à recouvrir.

Dans les amputations circulaires elles-mêmes , lorsqu'elles sont faites sur des individus à chairs flasques et molles, ou sur des sujets très musclés, chez qui les suites de l'opération ont déterminé un amaigrissement rapide, si surtout on a conservé beaucoup de parties molles, si les pansements ne sont pas faits avec tout le soin désirable , les chairs du moignon sont quelquefois entraînées du côté le plus déclive par la pesanteur. J'ai souvenir d'avoir vu, il y a plusieurs années, dans un des grands hôpitaux de Paris, un malheureux blessé dont l'extrémité du fémur avait ulcéré et traversé les parties molles de la partie antérieure de la cuisse, et chez lequel la masse du moignon, mal soutenue,

pendait misérablement en arrière et en bas. Sans doute, dans les cas du genre de celui-ci, il y a lieu d'accuser d'autres influences que celles de la pesanteur, et l'on peut invoquer aussi comme causes des désordres, les contractions musculaires qui entraînent l'os dans une sorte d'érection spasmodique. Mais il n'en est pas moins manifeste que si l'os est élevé par l'action des muscles, les chairs sont sollicitées, par la pesanteur, à se porter en sens opposé.

Heureusement la position qui contribue à produire le mal peut servir aussi à le prévenir ou à le réparer. En même temps qu'on s'oppose aux contractions spasmodiques et au déplacement de l'os qui en est la conséquence, on doit soutenir les chairs à l'aide d'une plaque concave, d'une sorte de gouttière matelassée et solide, en carton ou en cuir bouilli, et surtout placer le membre dans une position telle , que les parties molles qui entourent l'os le suivent dans son mouvement d'élévation, ou du moins l'abandonnent le moins possible. S'il s'agit d'une amputation à lambeaux, on devra, dans les pansements consécutifs, avoir égard au sens suivant lequel le lambeau a été taillé, et disposer le malade de façon que la base du lambeau soit élevée, et que celui-ci retombe par son propre poids sur la plaie à laquelle il doit se réappliquer. Ce sont des considérations du même ordre qui ont inspiré à quelques opérateurs l'idée de divers procédés opératoires dans lesquels, par une prévision intelligente, les incisions sont calculées de manière à satisfaire à l'indication énoncée.

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