ARTICLE IV
Rétractions des tissus musculaire et fibreux, ankyloses.
La position peut avoir pour but de mettre un organe dans l'état le plus favorable à ses fonctions.
On voit fréquemment, à la suite des brûlures pro-
fondes, des plaies fortement contuses, et même des plaies par instrument tranchant avec perle de substance, les parties sollicitées par la rétractilité du tissu de cicatrice, se rapprocher peu à peu, et s'immobiliser ensuite dans une situation vicieuse, plus ou moins nuisible à l'exercice de leurs fonctions ; tantôt alors c'est un doigtqui s'infléchit vers la paumede la main et y reste attaché, tantôt c'est l'avant-bras qui se fléchit sur le bras et demeure privé delà faculté de s'étendre; dans ces divers cas et toutes les circonstances analogues, les déviations produites sont d'autant plus prononcées et plus difficiles à combattre que le travail de cicatrisation est plus avancé ; il est donc de la plus haute importance de prévoir les conséquences d'un travail cicatriciel, afin de les prévenir par une position convenable, qui constituera à elle seule presque tout le traitement. Ne pouvant entrer ici dans l'étude de tous les cas où cette position est applicable, je dirai, d'une manière générale, qu'elle doit avoir pour but de donner aux parties menacées de déplacement une situation diamétralement opposée à celle que la cicatrice tend à leur faire prendre; si la plaie est située du côté de la flexion, les articulations seront donc maintenues dans un état d'extension permanente; elles seront au contraire maintenues dans la flexion , si la solution de continuité occupe le côté opposé. Si c'est un organe dépourvu de squelette qui se trouve exposé à une déviation ou déformation telle que la verge, l'oreille, la position n'est pas moins nettement indiquée que dans les cas précédents, mais elle est beaucoup moins efficace. Par cela seul que tous ces organes sont composés uniquement de
masses molles, ils se dérobent en grande partie à l'action des moyens mis en usage pour les assujettir dans une situation favorable ; ces moyens, en effet, supposent un point d'appui, et celui que présentent les parties molles est si faible, qu'il devient insuffisant dès que la cicatrice offre une certaine étendue; de là ces déformations avec adhérence du pavillon de l'oreille.
Lorsque le tissu cicatriciel n'existe pas encore, et lorsqu'il est déjà en voie de développement, la conduite du chirurgien doit se borner à favoriser sa formation en même temps qu'il neutralise ses effets par une position attentivement surveillée; lorsque la cicatrice est complète, alors môme qu'il est parvenu à conserver aux parties leur situation normale et l'intégrité de leurs fonctions, son rôle n'est pas terminé ; les cicatrices conservent, très longtemps après leur entière formation, la force rétractile qui leur est propre; ce n'est donc pas assez que d'avoir soustrait la partie malade à l'influence de cette rétractilité pendant la durée de la maladie, il importe de la protéger contre ses fâcheux effets jusqu'au moment très indéterminé ou elle ne sera plus à craindre.
Si la cicatrice est complètement organisée, et si les parties qu'elle sollicite se sont déviées, il sera possible, dans quelques cas, de les ramener par la position à leur destination primitive; mais le plus souvent le chirurgien devra inciser préalablement le tissu cicatriciel sur un ou plusieurs points pour arriver à rétablir les parties dans leur situation naturelle et l'intégrité de leurs fonctions.
Après la cicatrisation, les rétractions des tissus mus-
culaires et fibreux sont les causes les plus fréquentes de la situation vicieuse que prennent parfois nos organes; le mode d'action de cette dernière cause de déviation est exactement le même que celui de la première ; la formule générale que j'ai donnée pour arriver à la détermination de la position la plus convenable dans un cas, est donc parfaitement applicable à l'autre. Dans les deux cas cette position constituera tout le traitement si la déviation est récente et peu prononcée ; dans tous deux elle est encore la base du traitement lorsqu'il faut recourir à des incisions préalables; que ces incisions portent sur un tissu de cicatrice , sur un muscle, sur un tendon , sur une aponévrose ou une gaîne tendineuse, le but à atteindre est toujours le même: il s'agit de ramener les parties dans la position qui sera la plus favorable au libre exercice de toutes leurs fonctions, et de les y maintenir ensuite d'une manière définitive.
Ce n'est pas toujours d'une altération des parties molles que dérive la cause de la situation vicieuse de nos organes ; les affections chroniques des surfaces articulaires peuvent aussi avoir pour conséquence un résultat analogue; à la suite d'une tumeur blanche qui se termine par ankylose, on voit quelquefois en effet les os du membre inférieur se souder l'un à l'autre dans un état de flexion, et ceux du membre supérieur s'unir au contraire dans un état d'extension; lorsque deux os tendent a se souder l'un à l'autre, le chirurgien, en favorisant par tous les moyens en son pouvoir cet heureux mode de terminaison, doit donc s'attacher aussi à donner à l'articulation malade la position qui sera la plus
favorable aux fondions du membre, et la plus utile au malade; c'est assez dire que pour toutes les articulations du membre abdominal , l'articulation plus ou moins fléchie par l'état de maladie sera mise dans un état d'extension ; la flexion sera au contraire préférable pour les articulations du membre thoracique qui est surtout destiné à la préhension.
Mais de même que le chirurgien n'est souvent consulté que lorsque les cicatrices sont organisées et les déviations produites, de même un malade peut ne se présenter à lui que lorsque les os se sont soudés dans une situation vicieuse; qu'elle sera donc sa conduite? Je sortirais de la question qui m'est posée en discutant ce sujet.