VASE
de biens et de maux, mon étrange cœur, d'incroyables combats, des épanchements d’alfection à entraîner avec soi l'âme et la vie de tout ce que je puis être, la beauté du jour, la puissance de l'air et du soleil {AIl), tout ce qui peut rendre éperdue une faible créature me remplit et m'environne. »
À partir de 1838, la maladie est évidente pour tous. Le 11 avril, il écrit à George Sand celte lettre pleine de sentiments de sympathie et d'attirance envers la nature et de cet espoir indestructible en sa guérison : « Hier, accès de fièvre dans les formes; aujourd'hui, faiblesse, atonie, épuisement. Ah ! que ne suis-je assis à l'ombre des forêts ! Vous rirez peutêtre de cette exclamation. Mais peut-être qu'au sein des forêts, dans la saison où la vie remonte jusqu’à l'extrémité des rämeaux, je recevrai quelque bienfait el que j'aurai part dans l'abondance de la fécondité et de la chaleur. »
Bientôt l'euphorie apparaît dans ses lettres à sa sœur. Le 8 avril 1839, il écrit : « Je vis fort tranquille sous mes rideaux. en attendant avec assez de patience, grâce aux soins de Caro, aux livres et aux songes, la guérison que m'apportera le soleil. »
Cet espoir ne Le quittait pas. Il mourut peu après.
Ainsi, dans toute sa correspondance, on démêle le secret d’une tristesse naïve, sans draperies, sans spectateurs, avec une poésie naturelle, une grandeur instinctive, une élévation de style et d'idées. Il n'avait d'amertume que contre la mobilité de son humeur et la susceptibilité extrême d’une organisation affinée par la tuberculose, trop exquise pour supporter la vie telle qu'elle est arrangée en ce triste monde.
Ses traits distinctifs étaient la mélancolie, la douceur, la paresse, le désir de l’inaccessible, la soif de l'idéal, la maladie de l'infini. C'était une créature de rêve qui traversa la vie en état de perpétuel exil.
Nous voudrions dire un mot du Centaure de Maurice de Guérin, où se manifeste si superbement son sentiment de la nature dans une prose merveilleuse qui résonne comme l'airain d'un bouclier antique.
Cette œuvre ne parut qu'une année après sa mort, en 1840.
PRE er
L'idée du Centaure Hui vint, dit Sainte-Beuve, à la suite de plusieurs visites qu’il avait faites au Musée des Antiques. Il suppose le dernier des Centaures interrogé au haut d'un mont, au bord de son antre et racontant, dans sa mélancolique vieillesse, les plaisirs de ses jeunes ans à un mortel curieux, à ce diminutif de centaure qu'on appelle homme.
Ce beau récit, qui nous fait assister à la naissance d'un de ces demi-dieux, puis à son adolescence, à ses chevauchées inouïes à travers la nature, à ses repos méditalifs, enfin au déclin de ses dernières années, centralise dans l’être du Centaure les plus nobles impressions qui se puissent concevoir des splendeurs vaturelles. Hélas! il s'achève sur un ton las et découragé.
Le Centaure fut une nouveauté incomparable. Jusqu'à lui, tous les écrivains n'avaient rendu que des aspects particuliers de la nature et n’en avaient fait qu'un corollaire de leur moi, aucun n'avait essayé de la saisir en son tout. Ce fut la gloire de Maurice de Guérin. Lui-même écrivait -dans son journal : « Mon amour des choses naturelles ne va pas au détail, mais à l’universalité de ce qui est. »
Son ambition n'est pas tant de décrire la nature que de la comprendre; il interroge avec ferveur les mystères de la création. IE veut savoir, surprendre et saisir le sens caché des signes divins imprimés sur la face de la terre.
Clouard à pu écrire : « L'auteur du Centaure a exprimé la nature dans son unité, dans sa plénitude, il a surpris cette respiration de l'être nniversel que dégageait avant lui, par endroits, l'œuvre du seul Gæthe, cette vie mystérieuse d'un organisme gigantesque, fait définitif et absolu, suprême divinité. »
Tout a vie, en effet. Les éléments d’une âme ardente palpitent sur toute l'étendue du monde.
Les arbres prisonniers du sol gémissent, la mer goûte dans la tempête comme une volupté, des secrets se pressentent derrière toute chose.
Maurice de Guérin parvient à s'indentifier avec la nature — comme il mérite bien le nom d’« André Chénier du panthéisme » qu'on lui a donné — il se confond avec elle et il nous