CHAPITRE VIII
De V Action combinée de VAir et de la
Température.
Il est facile , chez certains animaux , de faire varier leur rapport avec l'air, dans une grande éten-» due , sans qu'ils cessent de vivre , pourvu qu'on les place dans des. conditions convenables. On peut en profiter pour étudier l'influence que la tempe* rature exerce sur la vie dans les cas où Ton fait varier rétendue de la respiration. J'ai présenté, dans la première partie de cet ouvrage > plusieurs faits sur lesquels la connaissance de ce rapport peut être fondée. Je les rappelerai succinctement, et j'en ajouterai plusieurs autres , afin que l'on puisse juger de la généralité de cette relation.
Nous avons constaté que plusieurs espèces de batraciens, telles que la grenouille, le crapaud et la salamandre, peuvent vivre sous l'eau , aux dépens de l'air contenu dans ce liquide , et que l'air agit uniquement sur la peau. Il n'y a donc plus de respiration pulmonaire ; l'animal est réduit à la respiration cutanée , encore cette fonction est-elle à son minimum, puisque l'air contenu dans l'eau s'y trouve en très-petite proportion. L'air, en ce cas , ne peut avoir qu'une faible action Vivifiante*
£SÔ Quatrième partie.
Elle suffit cependant pour entretenir la vie de ranimai , tant que la température de F eau se trouve entre o° et i o° ; mais si la température du liquide s'élève au-delà de ce terme f tandis que les animaux restent dans la même condition de respiration bornée, la plupart périssent. Four remédier aux effets délétères de cette faible chalçur, il faut étendre les rapports avec l'air; son action vivifiante sera augmentée , et la vie sera conservée. Ces animaux ne peuvent étendre leurs rapports avec l'air qu'en montant à la surface pour exercer la respiration pulmonaire. C'est par ce moyen qu'ils entretiennent l'équilibre entre les effets de la chaleur et l'influence de l'air* Lorsqu'ils Vivent en liberté dans les eaux des marais, des étangs et des petites rivières t ils peuvent se tenir sous la surface tant que la température ne s'élève pas au-dessus de io°, comme il arrive ordinairement en automne , en hiver et au commencement du printemps; mais pour peu qu'elle dépasse ce terme, ils sont dans la nécessité de monter pour puiser de l'air dans l'atmosphère. Ayant reçu cette influence vivifiante par un surcroit de respiration, ils sont en état de séjourner de nouveau sous l'eau, et d'autant plus long-temps que la température est moins élevée au-dessus de io*j mais à mesure que la chaleur augmente, la durée de leur séjour sous l'eau diminue ; ils sont successivement obligés de remonter plus fréquemment à la surface , jusqu'à ce qu'il vienne une époque où ils ne peu-
Vent presque plus se passer, de la respiration pulmonaire.
II est un autre mode de respiration auquel ils sont forcés de recourir dans les plus fortes cha-* leurs de Tété. Alors là respiration pulmonaire > aidée de la respiration cutanée dans l'eau* ne suffit plus pour contrebalancer l'effet de cette haute température. Il faut qu'ils sortent de l'éau pour mettre la peau en rapport avec l'air de l'atmo^ sphère > dont faction est plus vive sur cet organe que celle de l'air dissous dans l'eau. Par cette augmentation de la respiration cutanée, ils sont en état de supporter ce haut degré de chaleur t s'ils n'avaient pas cette ressource, ils périraient en grand' nombre. Ce que je viens de dire est tine conséquence nécessaire du rapport entre leâ effets de la1 chaleur et de l'air. L'été dernier; remarquable par la durée et l'intensité de la chaleur, a! fourni i'oo caslon de vérifier cette conséquence. M* Bosc m'a' rapporté uni fait qui confirme ce que j'avais avancé à ce sujet. Il a un bassin dans une de ses pépinières dont les bords sont trop escarpés pour que les grenouilles puissent en sortir. Dans le fort de l'été dernier , ces animaux ne pouvant recourir à ce moyen pour étendre leur respiration , péris**' soient en grand nombre. Il est évident qu'en ex*»' posant la peau à l'air , ils ont l'avantage de se refroidir par évaporation , comme nous le verrons ailleurs; mais de jJlus, l'accroissement de la respiration cutanée par le contact de l'atmosphère
2gO QUATRIÈME PARTIE*
est un moyen puissant de contre-balancer les effets de la chaleur.
Les effets combinés de la température et de l'air sont les mêmes sur les poissons. Nous en ayons donné la preuve fondée sur l'expérience. ( Voyez D* partie, chapitre n.) Nous allons en (aire l'application è ce qui se passe dans la nature. Les poisspps, en hiver, peuvent vivre sou3 Veeu sans Tenir respirer à la surface; mais diverses espèces» à mesure que la température s'élève au priptemps et en été , sont dans la nécessité , suivant leur susceptibilité pour la chaleur, d'étendre leurs rapports avec l'air en venant fréquemment respirer celui de ^'atmosphère. Comme c'est là ordinairement la limite de leur respiration , si la chaleur de la saison devient très-forte > elle en fait périr un grand nombre. Mais les espèces qui souffrent moins de la perte par évaporation dans l'air trouvent le moyen de supporter cette chaleur , eo exposant , pour un temps , la peau et les branchies à l'action vivifiante de l'air : c'est ce que l'on voit quelquefois chez certaines espèces f qui se tiennent à l'ombre en grande partie hors de l'eau , sur des tiges et des feuilles de nétuphar # ou qui quittent leur élément pour se jeter sur les bords. Ils sont alors entièrement exposés à 1 Artiou de l'atmosphère » et y respirent comme des animaux terrestres
Les faits précédons sont compliqués d'un changement de milieu dont l'influence, à température
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égale , peut être très-différente sur l'économie , et qui l'est en effet, indépendamment du résultât de Févaporation dans Fair ; mais on verra par les expériences suivantes, dans lesquelles cette complication n'existe pas, que cette action n'est qu'accessoire «
Des batraciens peuvent vivre dansTair , en supprimant Faction des poumons. J'ai exposé ailleurs les détails de ces faits. Il suffit de rappeler que des grenouilles privées de poumons ont véctf longtemps à Fair par la seule respiration cutanée , lorsqu'on prend les précautions nécessaires pou* entretenir leur humidité. Elles vivent ainsi en hiver et dans les temps où la température est Basse ; mais si Von supprime de la même manière l'action des' poumons en été , elles meurent presque aussi proraptement que si on les privait entièrement du contact de Fair par* submersion dans Feau. L'action vivifiante de l'atmosphère sur la peau est trot) faible pour colitre-balancer l'effet délétère de là chaleur de Tété, kem arquez cependant qu'elles ont alors le secours d'une plus forte évaporatiori par transpiration pour les refroidir; maïs cet avantage est trop faible. Il faudrait qu'elles pussent étendre leurs rapports avec Fair par le moyen des pommons pour supporter cette haute températore.
On reconnaît la même relation entre les effets
combinés de la chaleur et de Fair, en variant les moyen* de borner la respiration. Une enveloppe
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solide mais poreuse diminue retendue du contact de l'air» Des batraciens ont vécu un temps considérable enfouis dans du plâtre. ( Voyez V partie , chap. ier.) Ces expériences ont été faites en hiver. Ils supportent alors cette respiration bornée , parce que la température est faible. Il n'en est pas de même en été : je les ai vu périr alors dans les mêmes enveloppes, presque aussi promp- • tentent que s'ils avaient ité plongés sous l'eau. Si , à cette époque , au lieu de plâtre on se sert de sable 9 comme il admet plus d'air , ils peuvent y vivre beaucoup plus long-temps.
On ne saurait douter que ce rapport de la chaleur et de la respiration ne s'étende aux animaux à sang chaud. Une observation de Legallois nous fournit la preuve qu'il a lieu chez de jeunes mammifères, lia section de la huitième paire produit , entr'autres phénomènes , une diminution considérable dans l'ouverture de la glotte ; elle est telle chez les chiens nouveau nés ou âgés d'un ou deux jours , qu'il entre très -peu d'air dans les poumons; et cette quantité est si petite que, lorsqu'on fait l'expérience dans les circonstances ordinaires, l'animal périt aussi promptement que s'il était entièrement privé d'air ; il vit environ une demiheure. Mais si l'on fait la même opération sur des individus de même espèce et de même âge , engourdis . par le froid , ils peuvent vivre toute une journée. Dans le cas précédent , le peu d'air qu'ils respirent ne saurait balancer l'effet de la chaleur;