CHAPITRE IX
clin de l'année , on voit leur chaleur et leurs mouvemens diminuer sensiblement, pourvu qu'on les observe à des intervalles assez grands ; et ce dé* croissement simultané peut aller jusqu'à la cessation des mouveinens respiratoires , sans mettre un terme à la vie. Mais si le froid devient plus intense, il faut que l'animal périsse ou qu'il étende ses rapports avec l'air. L'intensité du froid auquel il est près de succomber excite les mouvemcps respiratoires. L'air inspiré les entretient , au moins pour un temps, et compense l'influence pernicieuse de la température.
Ainsi, le froid peut. ou ralentir ou accélérer les mouveinens respiratoires , suivant son intensité et la constitution des animaux. Nous venons de voir que c'est le froid le plus vif qui produit ce dernier effet sur les mammifères hibernons.
Four peu que le froid agisse sur les mouvemens respiratoires des jeunes animaux à sang chaud , il les précipite ou en augmente l'étendue. Ce phénomène est extrêmement remarquable chez ceux qui naissent sans avoir la faculté de conserver leur température à l'air libre. À peine y sont-ils «poses , surtout les jeunes oiseaux de cette espèce , que leur respiration acquiert de la vitesse ou de l'ampleur, et leur température commence à baisser. Point de doute qu'ils n'éprouvent un sentiment vif de froid , malgré la chaleur de la saison. Tout leur être l'annonce. Ils présentent les phénomènes d'un aecès de fièvre algide f et l'état ou ils se trouvent n'est pas moins promptement mor-
tel si on n'y remédie eh rétablissant la chaleur du corp6. Quoique l'accélération de la respiration soit un moyen puissant pour combattre les effets du froid, en multipliant le contact de Pair avec les organes les plus propres à ressentir son influence vivifiante, cependant ce moyen est borné, l'accélération a ses limites; elle peut diminuer, mais ne saurait contre-balancer les effets d'un froid trop rigoureux. En ce cas elle retarde, mais n'empêche pas la mort. Dans d'autres circonstances où le froid est plus modéré, on conçoit qup cet effort conservateur peut être efficace. J'emploie ici le mot de froid dans un sens rigoureusement juste , mais qui se rapporte à des températures auxquelles on n'attache pas ordinairement cette idée. C'est que le fait lui-même est extraordinaire. Il n'y en a pas d'ailleurs de plus propre à mettre dans tout son jour combien les expressions de froid et de chaud sont relatives lorsqu'on les applique à l'économie animale.
Suivons ces jeunes animaux dans les progrès de l'âge : la même température affecte de moins en moins les modvemens respiratoires, jusqu'à ce qu'enfin elle n'ait plus d'influence sur eux.
Par conséquent, dans l'âge adulte la vitesse de ces mouvemens est beaucoup moins soumise à l'influence de la température extérieure. Mais quelle que soit l'étendue de l'échelle dans laquelle les mouvemens du thorax conservent le type qui caractérise la sauté, il est un degré de froid qui
CHÀP1TKE IX. * 30ï
les altère. Dans toutes les expériences que j'ai faites sur le refroidissement des animaux à sang chaud adultes qui ne sont point sujets à l'hibernation , j'ai toujours remarqué une accélération des mouvemens respiratoires jusqu'à ce que les forces étant épuisées, ces mouvemens, comme tous les autres , languissent et s'éteignent. Je ne doute pas qu'il n'y ait, au contraire, des cas où le ralentissement de la respiration a lieu chez eux comme chez les mammifères hibernans; mais la détermination précise des conditions d'où résultent l'augmentation ou la diminution de vitesse des mouvemens respiratoires sous l'influence du froid chez ce groupe d'animaux, est composée d'élémens si compliqués , que nous ne saurions ici nous livrer à cette recherche.
Les faits consignés dans ce chapitre nous fournissent xles données sur lesquelles nous pouvons * fonder des rapports susceptibles d'applications nombreuses.
Nous avons dit qu'il y a une étendue de température dont les variations n'influent guère sur la vitesse des mouvemens respiratoires des animaux, et que cette latitude est plus ou moins grande suivant la constitution des animaux : c'est un rapport qu'il importe de connaître avec le plus de précision possible , parce que , si nous savions quel genre de constitution conserve plus ou moins, dans lçp variations de la température extérieure, le rhythme des mouvemens respiratoires qui caracté-
302 QUAHtJÈMK PARTIE.
rise la santé, nous serions plus à même de le maintenir ou de le rétablir lorsqu'il est dérangé par cette cause. Ce rapport se présente facilement à l'esprit, en se rappelant ce que nous avons dit de l'effet de la température extérieure sur les mouvemens respiratoires des jeanes animaux à sang chaud et des adultes. Nous ayons vu que les mammifères et les oiseaux sont d'autant plus affectés h cet égard par la température extérieure , qu'ils sont plus jeunes. Or, les modifications de fonctions les plus importantes qui caractérisent les différences cFâge cbex les animaux de ces deux classes sont celles de la production de chaleur et l'étendue de la respiration. C'est avec le développement de ces deux fonctions que l'on voit diminuer l'influence de la température extérieure sur les mouvemens respiratoires. Cette correspondance subsiste là même où il n'y a pas de différence d'âge. On peut s'en «mirer en comparant, k leur naissance, les mammifères qui naissent les yeux fermés à ceux qui viennent les yeux ouverts.
U en est de même de l'âge adulte : ainsi les mammifères hibernans qui produisent moins de chaleur et consomment moins d'air que les autres animaux de cette classe , éprouvent - ils une altération notable dans leurs mouvemens respiratoires , à un degré de froid qui n'affecterait nul— liment le rbytfcme de la respiration des autres.
U suit des faits que nous venons d'exposer que, lorsqu'un individu éprouve un changement de
- cniviTRE ix. 3o5
constitution qui diminue sa production de chaleur ou la consommation d'air , il ne peut subir le degré de froid qui , auparavant , lui aurait été salutaire , sans que le rhy thme de ses mouvemens respiratoires n'en soit tôt ou tard altéré. De là la nécessité, lorsque ces deux fonctions ont éprouvé cette altération , comme dans des cas d* affection organique du cœur et des poumons , de mettre le malade en rapport avec une température plus Araee, soit artificiellement , soit en le Élisant changer de climat.
3o4 QUATRIÈME PAKTlE,