CHAPITRE XH
Absorption dans l'eau*
Nous avons supposé que l'eau était sans action spéciale sur là peaii , et qu'elle n agissait qu'eV interceptant le coritact de l'air. Noua allons main» tenant examiner si la présence de l'eau ne produit pas un autre effet qui complique les résultats.
Lorttptô l'eau est ed contact avec la peau de Vhotame * n'y art~il pas absorption de ce liquide ? Séguin a fkit des expériences comparatives sur les cbangemens ijui surviennent au poids du corps par l'exposition à l'air , et par l'immersion dans l'eau , d'après lesquelles il n'admet pas cette action (1). Mais le résultat de ces expériences peut être envisage sous uu autre point de vue, en partant de faits relatifs aux animaux. Voyions d'abord ces faits ;
Nous avons cohstaté dans la partie de cet ou-» vrage qui traite /te& vertébrés k sangjfroid > que Jes BatoAciebs * soit qu'ils aient la peaU- lisse » coihute les grenouille* * soit qu'ils l'aient rugueuse el plus épaisse > comme les crapauds , sont susceptibles d'absorber beaucoup d'eau par la surface extérieure} que la quantité absorbée ne &e borne pas à imbiber le tissu de la peau , mais
(1) Mémoires sur les Fiaisseaux absorbons, etc. Y oyez Annales de Chimie, tonj, xc, pag, iS$ , *lc,
qu'elle se répand dans l'éconoiçie et s'y distribue aux différentes parties. Ces animaux et l'homme ont la peau nue; condition la plus favorable à l'absorption. Il est vrai que la peau de l'homme , par la nature de son épiderme, la dispose moins à l'absorption ; elle ne laissera cependant pas de jouir de cette faculté à un très-haut degré. On n'en saurait douter, d'ailleurs, lorsqu'on observe ce qui se passe chez des animaux dont les tégumens paraissent le moins susceptibles de donner passage à l'eau.
Je ne parlerai pas ici des poissons écailleux, chez qui j'ai constaté l'absorption par la surface extérieure, parce qu'on pourrait l'attribuer aux nageoires , dont les membranes sont d'une grande finesse.
Mais je rapporterai des faits relatifs aux lézards, que je n'ai pas consignés ailleurs. Leur peau, toute écailleuse, paraissait devoir opposer un obstacle insurmontable à l'absorption par cette voie. Je soupçonnais cependant que cela pouvait ne pas être vrai , et je résolus de m'en assurer par l'expérience. Je sentais bien que, pour y réussir, il ne suffisait pas de les prendre au hasard , et de les peser avant et après l'immersion dans l'eaa; il fallait que l'absorption fftt sensible par un accroissement de poids de l'animal. A cet effet, il fallait préalablement mettre l'animal dans des conditions telles que la faculté de transpirer fût considéra— blement diminuée et la faculté d'absorber aug*-
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mentée le plus possible; car il ne saurait y avoir un accroissement de poids dans l'eau si l'absorption ne prédomine sur la transpiration. En faisant d'abord subir à un lézard une perte considérable par la transpiration dans l'air, on l'éloigné ainsi de son point de saturation , et nous avons constaté ailleurs qu'à mesure qu'un animal s'en éloigne sa faculté d'absorber augmente dans une proportion croissante, en même temps que la transpiration devient de moins en moins abondante.
D'après ce principe, j'exposai un lézard à l'air libre pendant plusieurs jours , pour déterminer une perte notable de son poids ; car sa transpira-* tion est faible. Je l'introduisis ensuite dànâ un tube en l'assujettissant par une patte de devant et une de derrière aux extrémités du tube» Je le plaçai dans l'éau de manière à n'y faire entrer que la queue, les pattes postérieures et la partie postérieure du tronc. Je le pfesai ensuite à des intervalles éloignés. Il augmenta successivement de poids jusqu'à ce qu'il eût suppléé à la perte qu'il avait éprouvée par la transpiration dans l'air. Je cessai alors l'expérience. L'absorption n'était pas une simple imbibition se bornant à la surface; l'eau pénétrait à l'intérieur et se distribuait à toute 1 économie. Le corps et les membres avaient re-» pris leur rondeur et leur embonpoint ; et la vie % qui n'aurait pas tardé à s'éteindre à l'air, comme il était arrivé à plusieurs autres individus que j'avais e*posé$ efi même temps ; et que les pertes
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par la transpiration avaient fait péair ; la vie f dis-je , de cet animal fut prolongée par le liquide que l'absorption à la surface extérieure lui avait fourni pour réparer ses pertes.
Si la peau écailleuse du lézard permet une absorption telle que le résultat ait une aussi grande influence sur l'économie , il serait impossible de ne pas attribuer cette faculté à la peau de l'homme. Voyons maintenant comment cette condition ajoutée & la transpiration influe sur le poids du corps dans l'eau,
La peau de ivhomme en contact avec l'eau exerce deux fonctions , la transsudation et l'absorption* Ces deux action» sont opposées. La diminution du poids qui résulte de l'une est plus ou moins réparée par l'autre, et, suivant leur proportion respective > la perte par la peau sera seulement diminuée > ou exactement compensée, ou enfin» ai l'absorption prédomine, il y aura un accroissement de poids par cette voie.
Prenons le cas ok la transpiration et l'absorption cutanée se Compensent ; la diminution du poids d'un homme plongé dans un bain sera précisément égale à celle qui provient de (a transpiration pulmonaire. Si tel était le résultat du l'expérience ; si , dis-je , on constatait que la perte pendant la durée du bain ne surpasse pas celle qui se fait par la voie des poumons, on y verrait un exemple d'absorption ; car elle aura agi pouir annuler l'effet de la transsudation * sans quoi U
perte de poids serait plus grande que par la seule transpiration pulmonaire*
Dans le chapitre précédent , nous nous sommes fondes , pour établir le rapport de la transpiration' pulmonaire à la perte totale dans l'air, sur les données précédentes de Lavoisier et de Séguin* Dans leur second Mémoire sur la Transpiration (voyez Annales de Chimie , t. xc, p. 32, 1 1* résultat ) , ils ont donné un autre raport qui diffère assez du précédent pour que je le cite ici. Au lieu de 6 : 18, rapport de la transpiration pulmonaire à la transpiration générale dans l'air, ils donnent 7 : Î8«
Dans la première série d'expériences, ou Séguin* compare la perte dans l'eau à celle dons l'air, il trouve le rapport suivant : 6,5 : 1 7 . Il s'ensuit que la perte dans le bain n'a pas excédé la transpiration pulmor naire. il ne nous en faut pas davantage pour y trouver un exemple de l'absorption rendue sensible par ses effets sur le poids du corps , puisque nous n'y trouvons pas l'excédant de perte qui devrait résulter de la transsudation dans le bain. Ce que je dis de la première série d'expériences est également applicable à la seconde. Ségum n'y voit que l'absence de Tune et de l'autre action ; ce qui certainement eipliquerait fort bien le résultat si Ton était disposé à faire le sacrifice des deux fonctions (1).
(1) Si Ton voukk pousser plus loin la comparaison des ré» ■vllats nomëriqaes , on pourrait en tirer un plus grand parti ? car la perle dans Ir hain , dans les deux séries d'expériences,
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Àtlés températures plus élevées, il est force, par le résultat de ses recherches , d'admettre la transsudation dans l'eau ; mais il la suppose nulle entre ia°,5 et 22%5 centig. , limites entre les* quelles il a obtenu les rapports précédons ; et de là point de nécessité d'admettre l'absorption * à plus forte raison lorsque* par une chaleur plus élevée du bain , la perte y excède celle par la simple transpiration pulmonaire > ne peut-il apercevoir l'efiet de l'absorption : aussi ne ladmet-il pas»
Il est des cas où les preuves directes sont inv possibles f mais dans aucune autre science plus qu'en physiologie* Tantôt, comme lorsqu'il s'agit de l'homme, il arme souvent, et je dirai même le plus souvent , qu'il ne saurait être soumis à l'expérience t alors la preuve directe manque tout* à-fait. D'autres ibis , lorsqu'on peut le mettre a l'épreuve , les résultats sont équivoques , par** qu'ils peuvent s'expliquer dans deux hypothèses; c'est le cas actuel. Que faire alors ? Il faut avoir
comparée à celle dans l'air, est plus faible que le rappôrtde U transpiration pulmonaire à la transpiration générale liant 1 W • P'où il résulterait rigoureusement que 1 absorption a excède la transsudalionjen supposant toutefois que les expériences aient été faites d'une manière bien comparative : par exemple, qu* Pair respiré dans le bain ail été au même degré hygrométrique que celui où la transpiration générale a eu lien. Mais je n'insisterai pas sur cette diflereuce, de peur de forcer ki résultai*. (Voy . Mém. sur tes fauss, absorb.+oto.j cité plus haut.)