‹ De l'influence des agens physiques sur la vieChapitre 14 sur 206 · CHAPITRE i. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE i. g

circulation du sang noir sur le système nerveux et musculaire. La solution de cette question dépend delà détermination > ia. de la durée de la vie sous liofluence unique du système nerveux et musculaire; 2°. de la durée de la vie qui résulte de la combinaison de cette action avec la circulation du sang noir. La différence des temps , dans les deux cas , fera connaître l'influence qu'exerce sur le système nerveux la circulation générale du sang à l'abri du contact de l'air.

On voit que c'est la seule manière rigoureuse de traiter cette question , et qu'il importe beaucoup de la résoudre. C'est ce que j'essayai de faire de la manière suivante : j'excisai le cœur h des grenouilles qui furent mises sous un récipient dans de l'eau privée d'air par f ébullition ; j'en laissai un égal nombre intactes/ que je renfermai de même sous un récipient dans, de l'eau non aérée. L* différence , dans ces deux cas, a été quelquefois de plus de vingt heures en faveur des dernières, et elle a toujours été si marquée dans les expériences multipliées que j'ai faites, que je n'insisterai pas davantage sur ce point. J'ai obtenu des résultats analogues avec les crapauds et les salamandres.

Si l'air contenu dans les poumons laissait quelques doutes sur la simplicité des résultats , je remarquerai qu'on obtient des effets sensiblement analogues , soit en expulsant l'air des poumons par la pression des parties correspondantes du corps

de ces Animaux plongés sous l'eau, soit en excisant les poumons.

L'influence du sang à l'abri de Faction de Tair est donc favorable à Faction du système nerveux et musculaire, puisqu'il la prolonge; mais ces deux fonctions , réunies dans l'asphyxie par submersion , ne fournissent qu'une existence éphémère.

§ III. Strangulation.

En appliquant ici un fait établi par le résultat de la première série d'expériences , nous pouvons présumer que l'eau qui exerce une action nuisible sur le système nerveux doit empêcher que la circulation du sang veineux prolonge autant Faction du système nerveux et musculaire qu'il le ferait dans un autre milieu moins nuisible à cette fonction. Si , par exemple , on asphyxiait ces animaux dans l'air, la vie devrait y être plus prolongée que dans l'eau : c'est ce qui a lieu en effet.

J'étranglai six grenouilles en assujettissant trèsfortement avec une ficelle autour du cou, un morceau de vessie que j'appliquai très-exactement sur leur tête , de manière à en exclure l'air.

La strangulation était si forte, qu'elle seule devait intercepter le passage de Fair. Dans les premiers momens , les grenouilles furent paralysées; mais elles reprirent peu à peu leurs forces au bout de quelques minutes , sans cependant les recouvrer entièrement pendant le cours de l'expérience-

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Je mis un pareil nombre de grenouilles dans l'eau; mais elles forent mortes au bout de dix ou douze heures ; tandis que celles gui étaient étranglées récurent d'un. à cinq jours. Une d'elles était même très-vivace au bout de ce temps , lorsqu'elle s'échappa sans que je pusse la retrouver. Je fis des expériences analogues sur les salamandres ; la paralysie eut lieu également , elle diminua ensuite ; mais ces animaux eurent toujours, pendant le cours de l'expérience , les mouvemens extrêmement lents , et les pattes antérieures ne tardèrent pas & devenir percluses. Afin de prolonger , autant que possible , la vie de ces animaux, j'entretenais leur corps dans un état d'humidité. Les salamandres qui étaient comparativement dans l'eau vécurent de dix à douze heures , tandis que celles qui étaient étranglées prolongèrent leur existence beaucoup au-delà. Une d'elles vécut même onze jours ; mais la tête était atteinte de gangrène : je m'en servis ppur faire des recherches analogues k cette expérience intéressante de M. Duméril , où. une salamandre vécut long-temps après 1 amputation de la tête et la formation d'une parfaite cicatrice au col, qui devait intercepter le passage de l'air dans les poumons ; mais ce genre de recherches, quoiqu'il ait rapport à celles que je viens d'exposer, étant compliqué d'une grande lésion du système nerveux, doit être réservé pour l'époque ou j'examinerai l'influence de la section de la moelle épinière sur les phénomènes de l'as-

phyxie. En comparant l'asphyxie par submersion arec la strangulation dans l'air, on voit que la différence dans la durée de la vie est quelquefois si démesurée, qu'il faut croire, ou que ces animaux peuvent vivre un grand nombre de jours sans autre action de l'air que son influence sur le système nerveux , ou que ce fluide agit aussi sur le sang à travers la peau.

§ IV. Respiration cutanée.

Spallanzani a conclu de ses recherches, que lors* que la peau de ces animaux est en contact avec l'air, il y a production d'acide carbonique ; mais , dans les expériences qu'il a faites, il y avait une circonstance qui pouvait être une source d'erreurs. H opéra sur des batraciens dont il avait excisé les poumons. Dans ce cas , le sang de la plaie , en contact avec l'air , devait nécessairement produire de l'acide carbonique, et d'autant plus que la section des vaisseaux pulmonaires fournit une hémorrhagie considérable. M. Chevillot et moi, nous avons cherché à parer à cet inconvénient de la ma* ni ère suivante.

Nous avons mis dans des vases, avec de l'air atmosphérique, des grenouilles dont la tête était enveloppée dans de la vessie fortement a&sujettie autour du col , comme dans l'expérience précédente , de manière \ ce que la strangulation interceptât le passage de l'air. Nous les retirâmes vivantes au bout d'une heure ou deux, et ayant examiné l'air de la

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cloche qui avait été en contact avec la peau des grenouilles , nous y reconnûmes une quantité ap* preciable d'acide carbonique.

Nous déterminâmes de la même manière la présence de l'acide carbonique dans l'air , en contact arec la peau des salamandres.

Qu'il me suffise, en cette occasion, d'avoir constaté que , lorsque l'air atmosphérique est en contact avec la peau de ces animaux , on y trouve de l'acide carbonique, soit qu'il résulte de l'exhalation, soit que l'oxygène concoure, en tout ou en partie, à sa formation. Je m'arrête ici sur ce point, et je renverrai l'examen de toutes les questions que ce sujet peut faire naître à l'époque où je présenterai en détail les changemens chimiques que ces organes font éprouver à l'air.

Il suit des expériences que j'ai rapportées sur la strangulation des reptiles dans l'air r que le temps considérable qu'Us peuvent vivre dans cet état doit en partie être rapporté à une action de l'air sur la peau, dont j'examinerai la nature dans la suite.

§ V. Animaux renfermés dans les corps solides.

Je ne chercherai pas à constater ici l'actfon des autres gaz : mon but est de déterminer l'influence du sang noir à l'abri de tout agent extérieur capable d'y produire des changemens chimiques, ou d'agir sensiblement sur le système nerr veux. Le moyen d'y parvenir serait peut-être de

l4 PREMIÈRE PARTIE.

renfermer les animaux dans des corps solides. Si ces substances n'avaient pas d'action nuisible sur le système nerveux, il est à présumer que l'asphyxie serait plus prolongée que dans l'eau. Cette idée rappelle la fameuse expérience de Hérissant , qui , entreprise pour juger de la probabilité de quelques faits qui pouvaient passer pour fabuleux, devint presqu aussi problématique elle-même.

On sait qu'en 1777 ii renferma, dans des boîtes scellées daiîsdu plâtre, trois crapauds, qui furent déposés à l'Académie des Sciences. On ouvrit les boîtes dix-huit mois après, en présence de quelques-uns de ses membres. Un des crapauds était mort ; les deux autres vivaient. Personne ne pouvait douter de l'authenticité du fait; mais l'expérience elle-même fut exposée aux mêmes objections que les observations auxquelles elle devait servir de terme de comparaison. Ces observations se rapportaient à des crapauds qu'on avait trouvé vivans dans de vieux murs , oit ils avaient été scellés pendant des années, dans des blocs de charbon de terre, et même dans des pierres oh ils avaient peut-être vécu pendant un temps incalculable. On a objecté que , dans l'un et l'autre cas , il y avait probablement quelque trou ou quelque crevasse par lesquels l'air s'insinuait, ou qui livraient passage aux animaux; mais cette objection ne me paraît pas valable quant u l'expérience de Hérissant : l'accès de l'air par une ouverture visible ne pouvait guère échapper à un aussi bon observateur. C'est

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