CHAPITRE XV
leur température fût sensiblement égale, et que le vase transparent reçût les rayons du Soleil.
Les œufs exposés à la lumière se développèrent successivement. Il n'en Ait pas de même des œufs dans l'obscurité : aucun ne vint à bien. Je remarquai cependant sur quelques-uns des marques non équivoques du développement de l'embryon.
Quand même il serait possible que, dans une réunion d'autres circonstances plus favorables y le développement eût lieu sans la lumière, ce fait suffit pour prouver combien cet agent peut y contribuer.
Mais c'est surtout après la naissance qu'il était intéressant de déterminer les effets propres de la lumière sur le développement du corps, parce qu alors presque tous les animaux y sont plus ou moinsexposés. Quoique tous, en grandissant, changent de forme et de proportions, il est difficile d'apercevoir et d'apprécier avec justesse des modifications qui consistent dans dés nuances : il faut doue que le choix tombe sur des espèces, parmi les vertébrés , dont le développement présente des différences de formes précises et palpables.
Ces conditions sont réunies , au plus haut degré , dans l'espèce qui a servi aux expériences précédentes, et dans celles qui appartiennent à la même famille. Dans toutes , les individus ; pendant le premier âge ', ont la forme et' même la vie des poissons : point de membres , une queue , des branchies. Dans le second âge, ce sont des rep-
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tiles , sans traces de ressemblance avec la formé extérieure des poissons : quatre membres, point dé queue, pas de branchies : la métamorphose est complète. Plusieurs conditions extérieures y influent : j'en ai parlé dans la seconde partie de cet ouvrage : il reste à savoir ce que peut faire la lumière. Il est évident, par mes expériences* rapportées à l'endroit que je riens de citer, que l'absence de la lumière n'empêche pas néceasairement le développement en question , puisque deux têtards , sur douze contenus dans une boite de fer-blanc, percée de petits trous pour le renouvellement de l'eau } et placée à plusieurs pieds de profondeur dans la Seine , subirent le changement de forme qui les constitue à l'état de reptiles.
Notons d'abord que ces deux individus se transformèrent beaucoup plus tard que ceux qui étaient e xposés à la lumière, et qui avaient la liberté de monter à la surface de l'eau. À quoi était dû ce retard , ainsi que la persistance de la forme de poissons chez les autres? Etait-ce au défaut de lumière ou de respiration par les poumons, organes dont ils sont pourvus ainsi que de branchies , ou à la réunion de ces deux causes ?
J'ai cherché à déterminer leur influence respective , d'abord , en mettant des têtards de grenouille dans deux grands vases contenant une dizaine de litres d'eau, tous deux capables d'admettre la lumière; l'un de verre, mais avec un
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diaphragme & fleur d'eau , pour empêcher la respiration aérienne ; l'autre ouvert, pour laisser aux animaux la liberté de monter h la surface; et respirer l'air de l'atmosphère. Les uns et les autres jouissaient de la lumière; il n'y eut de différence que dans le défaut de respiration par les poumons* Ceux qui en étaient privés se transformèrent, h la vérité , plus tard ; mais ce délai fut si court que l'influence de la cause que je voulais apprécier me parut très-faible. Il résulte de la comparaison de ce fait et du précédent, que l'absence de la lumière avait la plus grande part dans le retard de la transformation des deux têtards plongés sous l'eau, et dans la persistance de la forme de tous les autres. Je mis cette conclusion à une contre-épreuve. Je fis l'expérience sur des têtards de crapauds accoucheurs ; je laissai à tous la liberté de respirer à la surface; j'en enfermai dans des vases ou la lumière ne pénétrait pas ; j'en mis beaucoup d'autres dans des vases transparens ; je savais déjà, par le fait que j'ai rapporté plus haut, que la transformation pouvait avoir lieu dans l'absence de la lumière : aussi un de ceux qui en étaient privés parvint-il i un développement complet ; mais l'autre persista dans sa forme première, caractéristique du premier âge , tandis^ que tous ceux qui jouissaient de la présence de la lumière subirent le changement de forme qui appartient à l'adulte. Il est ici très-important d'observer que cette in-
fluence de l'obscurité sur la forme ne provient pas d'an dépérissement de l'individu. Il paraissait en parfaite santé, et, ce qui est très-remarquable , il acquit de grandes dimensions. J'avais observé le même phénomène chez les têtards de grenouilles qui ne s'étaient pas transformés dans la- boite de fer-blanc submergée dans la Seine, expérience dont j'ai parlé plus haut. Voici ce que je remarquai. J'avais eula précaution de peser chaque têtard avant de le placer dans un compartiment particulier, afin de pouvoir reconnaître le poids de chaque individu. À l'époque où je commençai l'expérience , ils avaient a-peu-près acquis le volume où ils sont près de se transformer, lorsque les conditions extérieures sont favorables à ce changement. En effet , ceux qui jouissaient de la lumière et de la liberté de respirer à la surface se métamorphosèrent promptement. En pesant de temps en temps les têtards qui ne se transformaient pas sous l'eau dans la boîte de ferblanc, je trouvai qu'ils augmentaient successive* ment de poiàs; et plusieurs d'entre eux grandirent au point d'acquérir le double et le triple de leur poids primitif. Ainsi ces deux séries d'expériences concourent à prouver que la présence de la lumière solaire favorise le développement de la forme, et servent à faire distinguer ce genre de croissance de celui qui consiste dans l'augmentation des dimensions générales du corps.