‹ De l'influence des agens physiques sur la vieChapitre 152 sur 206 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Mais quoi de plus variable qu'un être animé? Et n'avons nous pas vu, dans le cours de cet ouvrage, que ces mêmes espèces subissent, sous d'autres rapports, des changemens notables dans leur constitution par l'influence des mêmes causes ?

C'est ce changement de constitution dans la succession des saisons qui f me &isant présumer qu'il pouvait s'étendre aux rapports des altérations, de l'air par la respiration, m'a fait entreprendre cette série de recherches* dans le cours de l'année. On voit que je ne me suis pas pressé de conclure d'un petit nombre de faits, et que leur multiplicité et leur accord devaient me donner la conviction que ce quç j'observais n'était pas une illusion de l'expérience ,» mais un effet de la nature.. La vue des tableaux, quoi-' qu'ils ne présentent qu'une partie des résultats, suffira pour justifier cette conclusion.

Considérant donc l'azote inspiré et expiré d'une manière abstraite et indépendante des causes qui peuvent les faire varier, nous dirons qu'ils sont susceptibles de changer de rapports , de manière à se dépasser mutuellement , et que leur pins grande différence paraît la même de part et

d'autre*

Cette différence dans l'azote inspiré et expiré nfa jamais égalé la plus grande différence observée entre l'oxigène qui disparaît et l'acide carbonique produit; de sorte que les deux première*

quantités tendent beaucoup plus à l'égalité. Cette tendance est telle que , dans un grand nombre dé cas, les différences ont été trop légères pour être regardées comme réelles. Relativement aux causes qui peuvent les faire varier, elles sont probable* ment très-nombreuses et difficiles à saisir* Quant à l'influence des saisons, dont nous avons observé l'effet sur des bruans et des moineaux adultes, îl est évident, par ces expériences mêmes, que cette cause ne domine pas toujours sur les autres, puisqu'il y a des cas où l'absorption était sensible en été et l'exhalation en hiver. Il est vrai que j'ai reconnu l'absorption de l'azote, en hiver, sur des chauve-souris et des souris adultes; mais je n'ai pu multiplier astez mes recherches sur ces espèces comme sur les précédentes. A l'égard des animaux très-jeunes, tels que des cochons d'Inde, je nai guère observé que des cas d'exhalation d'azote» soit en été, soit en hiver.

Mais quelle qu'en soit la cause, toujours estil vrai que l'azote inspiré et l'azote expiré sont susceptibles de varier de manière à présenter les trois rapports siiivans : i*. l'égalité, a*, l'excès de l'un, 5°. l'excès de l'autre.

Nous sommes parvenus à ce résultat par des expériences directes et multipliées, abstraction faite de toute considération tirée des travaux d'aotrui. Nous verrons, dans le paragraphe suivant, corn-* bien il est justifié par leur appui , quoique leurs opinions . semblent dissidentes f et combien ce

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résultat devient -important, à le considérer sous an nouveau point de vue.

§ tll. De l'Exhalation et de V Absorption de

V azote.

Les principaux savans qui ont constaté l'absorption d'azote dans la respiration des animaux vertébrés, souvent dans des quantités si notables que ce résultat devait être hors de la limite des erreurs de l'expérience, sojit Spallanzani, de Humboldt, Davy, PfafFet Henderson. Ceux qui n'ont pas trouvé d altération sensible dans la quantité de ce gaz, par la respiration qui se rapproche du mode naturel, sont Allen, Pepys et Dalton ; les savans qui en ont reconnu l'augmentation sont Berthollet et Nysten; Quoique ce dernier ait quelquefois trouvé l'azote excédant en proportion telle qu'on ne saurait l'attribuer & des fautes d'analyse , le fait, de l'exhalation d'azote dans la respiration était celui qui avait le plus besoin de confirmation. Indépendamment des preuves que j'en ai fournies, il vient d'être confirmé par leâ travaux de M. Du-

long.

MM. de Humboldt et Provençal, dans une longue suite d'expériences sur la respiration des poissons, ont constaté que ces animaux absorbent de l'azote dans une grande proportion

Spallanzani a reconnu l'absorption d'azote par des reptiles et diverses espèces d'animaux à sang

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chaud. Davy Fa trouvée sur lui-fiiéibe , et dans* des expériences si nombreuses, qu'il ne put- douter de la vérité du fait. Il en est de même de Pfaff «tHenderson.

On ne peut pas douter que les savans que je viens de citer n'aient réellement observé l'absorption d'azote. Quant à moi, je devais en être pleinement convaincu, puisque je l'avais constatée dans des cas multipliés. J'étais également persuadé de la vérité du fait de l'exhalation d'azote avancé par d'autres savans , puisque je l'avais reconnu par des observations tout aussi multipliées que les précédentes. 11 en est de même relativement au phénomène intermédiaire, •l'égalité dans les quantités de l'azote inspiré et expiré ; car de très-petites différences en pareil cas doivent être négligées.

Mais l'esprit ne se complaît que dans la régularité des phénomènes. Accoutumé à les trouver constans dans la nature inorganique, et 5 juger de la vérité des résultats de l'expérience par la possibilité de les reproduire à volonté dans le même sens et dans la même mesure , on recherche avec empressement le même caractère dans un autre ordre de faits qui sont nécessairement variables. De là, la difficulté d'obtenir un assentiment général aux résultats d'expériences physiologiques, qui, par leur nature, ne peuvent présenter cette uniformité sur laquelle l'esprit se repose avec confiance.

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Persuadé que des résultats différens , et même opposés, ne s'excluent pas nécessairement quand il s'agit de la vie, je me suis toujours appliqué à varier tellement mes recherches que je pusse reproduire quelques-uns de ces phénomènes , qui paraissaient contradictoires dans les travaux des autres physiologistes. C'est ce qui m'est arrive relativement à la respiration , et surtout en ce qui concerne l'azote. Mais cela ne suffisait pas : il fallait aussi rechercher par quels liens ces phénomènes divers pouvaient être unis.

Dans les expériences différentes où l'on obtient, d'une part, la diminution de la quantité d'azote, et de l'autre, l'augmentât! oh de ce gaz , il y a deux manières d'envisager ces résultats. Dans la première, la quantité d'azote qui disparaît serait* due uniquement à l'absorption, et l'augmentation de la quantité de ce fluide uniquement à l'exhalation; de manière qu'une seule de ces fonctions s'exercerait à la fois. Dans la seconde, les deux fonctions d'absorption et d'exhalation ' s'exerceraient en même temps, et l'on ne verrait, dans les résultats, que les différences de leur >ac-. tion. Ainsi , lorsqu*un animal respire dans l'air atmosphérique, les deux fonctions seraient simultanées; d'une part, il absorberait de l'azote; d'autre part , il en exhalerait ; et'du rapport des quantités absorbées et exhalées proviendraient né ces-, sairement trois résultats diflférens, suivant la constitution des individus et les circonstances où ils

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sont placés. Lorsque l'exhalation prédomine sur l'absorption , on n'aura pour résultat de l'expérience que de l'exhalation; lorsque l'absorption prédomine 9 la différence sera de l'absorption ; lorsqu' enfin ces deux fonctions ont lieu dans la même proportion, on ne verra les effets ni de l'une ni de l'autre, et l'azote expiré sera égal à l'azote inspiré.

Jusqu'ici cette interprétation des résultats divers n'est qu'une vue de l'esprit; mais comme il serait de la plus* grande importance pour la physiologie de s'en assurer, il s'agit de la vérifier par des faits. On ne peut trouver la solution de cette question par des expériences directes ; car on ne pourra jamais voir dans une même expérience que l'absorption et l'exhalation d'azote ont lieu en même temps. 11 faut donc avoir recours à des méthodes indirectes, par lesquelles cependant on peut acquérir la même certitude. Supposons le cas d'un animal, donnant pour résultat d'expérience l'égalité de l'azote inspiré et expiré, ou des différences si légères qu'on pourrait les négliger; dans l'hypothèse où le résultat est dû à l'égalité dans les quantités absorbées et exhalées, il y aurait un moyen certain de détruire cet équilibre. On ne saurait empêcher ranimai d'exhaler de l'azote ; mais on peut le placer dans des conditions telles qu'il né puisse en absorber , si ce n'est des quantités si petites qu'elles n'influent pas sur le résultat prévu.

. Voilà le genre de recherches que je m'étais pro-

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posé , et dont je me suis occupé, après, avoir pré* sente à l'Académie des Sciences le Mémoire déjà cité sur la respiration ; mais ces recherches de ma part étaient inutiles. Les expériences de cette na-? ture avaient déjà été faites, mais daqs des vues trèsdifférentes. MM. Ailes et Pepys en ont lait avec la plus grande exactitude* Les résultats n'en sont pas équivoques, et U est fecile de les prévoir d'aprèf les vues que j'ai exposées.

Je n'ai pas besoin de décrire l'appareil ; U suffit de dire que l'animal était placé dans des con-r ditions telles que sa respiration était à-peu-près semblable à celle qui avait lieu dans l'air atinosphénque, en entretenant le renouvellement da lair par un courant constant [et uniforme.

Ces auteurs placent un cochon d'Inde dana leur appareil; l'animal s'y porte aussi bien qu'à l'air libre. Ils trouvent après l'expérience, relatiye-» ment à l'azote , que sa quantité est sensiblement la même avant qu'après. Ce résultat, conforme à d'autres, les persuade que l'azote n'éprouve aucune altération dans la respiration libre et naturelle- Dans le même appareil , au lieu d'azote, ils cm-» ploient de l'oxigène qui n'était pas absolument pur, et qui contenait encore cinq pour cent d'azote. Ils y placent un animal de même espèce ; ils entrer tiennent un courant de ce gaz, comme dans les expériences précédentes ; l'animal parait en bon état. Prévoyons le résultat d'après ce que nous avons exposé plus haut. Si, dans les expériences précédentes,

où l'animal respirait l'air atmosphérique , il ti9 s'est pas manifesté d'exhalation d'azote, c'est qu'il était dans le cas de pouvoir en absorber £n quantité' suffisante pour égaler la perte; mais dans l'oxigène presque pur, les conditions sont bien différentes. La petite quantité d'azote qui se trouve dans l'oxigène n'est plus en proportion suffisante pour que l'absorption équivale à l'exhalation de ce gaz, et l'absorption , s'il en existe, est si petite, qu'on doit la regarder comme nulle. L'exha- 1 ition se manifestera donc , dans ce cas , d'une manière notable.

Voilà le résultat de la théorie; voici celui de l'expérience : l'exhalation fut considérable, et il était impossible d'attribuer l'excédant d'azote à la quantité qui était dans les poumons au commencement de l'expérience ; car le volume de l'azote expiré surpassait de beaucoup le volume de la ni . mal. C'était donc une véritable exhalation , qui , dans cette série d'expériences, était rendue évidente par l'impossibilité où. était l'animal d'absorber une quantité équivalente d'azote. Les auteurs étaient portés à croire que l'exhalation était due à la circonstance extraordinaire de la respiration d'oxigène ; mais elle a lieu également dans l'air atmosphérique, comme le prouvent, entre autres, les résultats que j'ai obtenus , et les laits constatés par M. Dulong. La quantité, à la vérité, eu est variable ; mais on ne peut douter que cette exhalation ne soi t un phénomène naturel.

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