CHAPITRE- XVI
" II" en est à-peu-près de même si oh les met dans l'hydrogène en été, ou dans les autres saisons de Tannée, oh leur faculté de vivre sans air est considérablement diminuée. Il n'en est pas ainsi en hiver et au commencement du printemps, lorsque leur constitution est encore modifiée par- la saison précédante : elles exercent alors des mouvemens respiratoires qui ont toute la régularité , Fétendue et la vitesse qu'ils auraient si ces animaux respiraient dans l'atmosphère.
Relativement aux poumons , leur organisation les rend extrêmement favorables. à ce genre d'expériences; car, en exerçant une pression sur les flancs , on peut expulser l'air qu'ils contiennent avant de les introduire dans l'hydrogène*
Je fis mes premières expériences au commencement de mars, époque où je savais que les grenouilles pouvaient vivre assez long-temps dpns l'hydrogène pour me donner un résultat satisfaisant. J'employai des vases très-propres à ce genre d'expériences , et susceptibles d'une grande exactitude pour la mesure du volume du gaz. J'en ai donné la description dans le premier paragraphe de ce chapitre, page 4°9* - Il est évident qu'il fallait prendre les plus grandes précautions pour que l'hydrogène dans lequel ces animaux devaient respirer fût aussi pur que possible , afin qu'aucun élément étranger ne vînt compliquer le résultat. C'est .pourquoi je dégageais rhydrogène par le moyen du zinc* dçTaçido
sulfuriqueet de l'eau, et je faisais passer le gaz; ayant de le recueillir, à travers un flacon contenant une forte dissolution de potasse caustique; je le recueillais au~des8U& de l'eau bouillie, pour qu'il n'y eût pas de mélange d'air atmosphérique. Mal-» gré toutes ces précautions , je m'assurais par l'analyse qu'il ne contenait ni aride carbonique ni air atmosphérique» et de plus, son passage à travers la potasse l'avait dépouillé, autant que possible, de toute odeur étrangère.
Je remplis le ballon de, i55 centilitres de cet hydrogène, que je plaçai sur le mercure; j'întro-» duisis une grenouille sur un diaphragme de fil de fer , soutenu par une tige accrochée à l'ouverture inférieure du tube. L'animal exécuta pendant long* temps des moùvemens respiratoires très-amples et très-réguliers. Ces moùvemens cependant déclinèrent , et cessèrent avant la fin de l'expérience > qui dura 8 h. 5o'. L'animal , quoiqu'il eût cessé de donner des moùvemens , n'était pas encore mort. Exposé & l'air , il revint quelque temps après. La comparaison du volume du gaz, avant et après l'expérience , faisait déjà reconnaître qu'il y avait du gaz exhalé : nous reviendrons plus tard sur la mesure de cette différence. Une portion de l'air du ballon fut ensuite analysée, dans nn tube gradué , avec une solution de potasse caustique 9 et je reconnus qu'il y avait une quantité notable d'acide carbonique. La quantité d'acide carbonique contenue dans l'hydrogène dans lequel l'a*
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nimal avait respire montait à a,g7 cent. , c'està-dire, très -près de trois centilitres, ce qui équivaut à-peu-près au volume de ces animaux. Or, cet acide carbonique ne provenait nullement de l'air contenu dans les poumons ; car , en plongeant l'animal sous le mercure pour l'introduire dans l'appareil, on avait eu soin de comprimer les flancs de manière à expulser l'air de ces organes. Cette compression peut aller au point de pousser les poumons jusque dans la gueule, où on les voit absolument exempts d'air. D'ailleurs , ces organes sont si petits que la quantité d'acide carbonique qu'ils peuvent contenir ne serait pas sensible aux eudiomètres ordinaires , lorsqu'on emploie un aussi grand volume d'hydrogène que celui q ni a servi à l'expérience. Cet acide carbonique a donc été exhalé en entier.
Je ne pouvais guère douter de la vérité de ce résultat; mais l'erreur se glisse si facilement dansune expérience qui parait conduite avec tout le soin possible , que je me suis appliqué à la répéter plusieurs fois , en écartant toutes les causes de complication , et en donnant l'attention la plus scrupuleuse à l'exactitude de la mesure.
En répétant l'expérience à plusieurs reprises, j'acquis la certitude que ces animaux, placés dans l'hydrogène- pur , exhalaient de l'acide carbonique dans des quantités variables, suivant les individus et 1« durée de l'expérience. Tantôt la proportion correspondait à une portion considé-
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rable de leur volume , d'autres fois elle était asse& grande pour l'égaler, sinon le surpasser.
A mesure que j'avançais dans cette vérification > il arrivait ce que j'avais prévu en commençant ' ces . recherches , que la durée de I'expé* rience diminuait nécessairement par le change* ment de constitution « Je les avais commencées , comme je J'ai dit plus haut, Je i" mars. La température alors était, de io° cent., et quoiqu'elle ait varié pendant que je m'occupais de ces expériences , elle ne s'est guère élevée au-delà dans cet espace de temps. Les animaux vivaient d'abord au * moins huit heures - dans l'hydrogène ; mais la durée de leur vie , dans les muâmes circonstances, n'a pas- tardé à diminuer sensiblement , et à se réduire à là moitié de ce temps. C'est que la température n'agit pas seulement par sou degré , mais par sa durée , pour modifier la constitution des animaux, ainsi que je l'ai fait voir dans mes premières recherches. Mais un autre phénomène non moins remarquable est celui que présentent les organes qui exercent les mon* vemens respiratoires. J'ai dit plus haut que lors-* que ces animaux sont sous l'influence de la saison froide, ils exécutent, dans une atmosphère d'hydrogène » des mouvemens respiratoires avec la même force- et la même continuité que dans l'air atmosphérique. Ils conservent assez de leur constitution acquise pendant l'hiver pour respirer de même» dans l'hydrogène au commencement du
printemps ; mais > à mesure qu'on aVanfce dam la saison , ils perdent cette faculté, et se comportent alors dans ce gaz à^peu^-près comme ils le feraient dans l'eau, quelle que fût l'époque de l'année, c est-à-dire, que les mouvemens respiratoires cessent dès qu'on les y introduit, ou deviennent très-rares , quoiqu'ils puissent y vivre quelques heures.
Ils deviennent alors pfett propres à ce genre d'expériences par la diminution de la durée de leur vie et la cessation ou la rareté dés mouver mens respiratoires. Ce n'est pas qu'ils iie produisent encore de l'acide carbonique, quoique les mouvemens de la respiration cessent : ils en exhalent par la peau, comme je m'en suis assuré.
Je désirais étendre ces expériences à d'autres vertébrés. Je ne cherchais pas d'abord à les répéter sur d'autres espèces de la même famille; la réussite me paraissait devoir être certaine. Les batraciens sur lesquels j'avais opéré pouvaient servir de type pour tous les reptiles, dont la plupart des espèces ne présentent pas des conditions assez favorables pour rendre les résultats aussi manifestes et aussi exempts de complication. J'espé*rais en obtenir de satisfais ans en prenant les animaux dans la classe dés poissons. La difficulté est dans le choix. Ils produisent peu d'acide carbonique, même dans les circonstances les plus favorables; ils varient, en outre, beaucoup pour la
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durée de la vie lorsqu'ils «ont prives df éxigènc* En général ils vivent peu de temps dans cette condition , surtout au printemps et en été. Leur vitalité éprouve le même genre d'influence de la part des saisons que nous avons exposé en parlant des batraciens. Mes recherches précédentes sur la durée de la vie des poissons d»ns de l'eau purgée d'air m'avaient appris que l'espèce de poissons rouges connus sous le nom de carpe dorée (cjrprinus aureus) était la plus convenable pour ee genre d'expériences, puisqu'ils ont la faculté de vivre plus long-temps que les autres poissons d'eau douce dans cç liquide privé d'oxigène> Quoique la saison fût bien peu favorable, puisque c'était au printemps , après avoir fait mes expériences sur les grenouilles , je ne laissai pas de les entreprendre sur cette espèce de poissons : j'en mis deux d'un petit volume dans uq vase semblable à celui que j'ai décrit plus haut , et contenant de l'hydrogène pur. Les poissons étaient soutenus, de même que la grenouille, par lyi diaphragme de fil de fer. Un autre de même grandeur fut placé dans un vase de même forme , mais plus petit.
Les individus , dans l'un et l'autre vase , firent des mouvemens respiratoires qui consistent , comme on sait , dans le battement des opercules ; mais ce6 mouvemens étaient plus faibles que dans l'eau aérée ou dans l'air, moins fréquens, moins réguliers. L'expérience dura 5 h. 5'; Ton des poissous donnait /encore des mouvemens respi-
C&APITRB xVfc M<\
ratoires. Ils avaient cessé chez les autres. Les pois-; sons ont, comme les batraciens , la faculté de vivre asse* long-temps après la cessation des mouye* mens respiratoires j de* sorte'que je ne retirais pas les individus dès que je ne voyais plus; de mouvemens»
En faisant 1 analyse d'une portion de l air ^es^ pire par les poissons > dans l'un et dans l'autre vase , je reconnus qu'ils avaient produitde l'acide carbonique dans l'hydrogène*
Après avoir obtenu ce résultat arec des animaux pris d$ns deux classes de vertébrés., je ne doutais pas que le phénomène ne fût général; > quoique je ne l'eusse pas vériEé sur les autres* Mais s'il était difficile de faire la même épreuve suides animaux à sang chaud , je pouvais la tenter sur des classes plus éloignées, en descendant dans l'échelle des êtres, et soumettre à l'expérience des individus pris parmi les animaux sans vertèbres.
C'était le cas de répéter les «expériences de Spallanzani sur des limaçons. Je pris la même espèce, Y hélix pomalia^le limaçon des vignes j j en introduisis deux dans le grand ballon tabulé; renfermant i47>5 cent, d'hydrogène. Il faut ayoy* le soin de les prendre lorsqu'ils sont bien rptjrés dans leur coquille , ou de les y laire rentrer pour ne pas laisser d'air entre leur corps et cette enveloppe. t
Placés dans le ballon et soutenus par.le.djaj'Uragine de fil de fer, ils ne se pressèrent -pas de
45o Qùmriire fahhè.
sortir de leur coquille; mais ils ne tardèrent pas beaucoup à se développer et à se porter au dehors, et même à se promener dans le vase. Ce qu'il y avait de remarquable dans cette expérience , c'est sa longue durée : quoiqu'elle fiât faite au mois d'avril , on les voyait , a4 h. après leur introduction , se montrer au dehors et se mouvoir dans le ballon 7 comme s'ils eussent été dans l'air atmosphérique. Ce n'est pas que ces mouvemens fussent continuels; ils ne le sont pas même à l'air. Je les laissai dans l'hydrogène l'espace de éfi h., et quoiqu'ils fissent alors peu <ta point de mouvemens, ils n'avaient pas cessé de vivre.
La mesure du volume de l'air avant et après l'expérience montrait par son augmentation qu'il y avait eu exhalation de gaz. La nature d'une portion de ce gaz ne pouvait pas 4Xt% douteuse d'après tout ce que nous avons rapporté précédemment : aussi l'analyse nous fit-elle reconnaître la présence de l'acide carbonique, ainsi que Spalhmzam Pavait avancé. La longue durée de l'expérience, pendant laquelle ces animaux montraient assez d'activité pour que je pusse truite que la fonction d'exhalation n'avait pi» été trop entravée, me faisait espérer une proportion considérable d'acide carbonique ; relativement à leur volume.
Spallanzani n'avait pas indiqué les conditions Texpérience, et s'était borné à donner la propo tion d'acide carbonique relative à l'hydrogène eut—
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|>loyé , sans rappeler la quantité absolue que les limaçons avaient exhalée. La détermination de cette quantité > afin d'établir une comparaison entre elle et le volume du cof prêtant un point d'une grande importance > j'eus soin de ne pas négliger ce rapport. Je ne fus pas trompé dans mon attente relativement à la grande proportion d'acide carbonique^ Je trouvai dans l'hydrogène respiré 3,79 centil. d'acide carbonique; ce qui, est à-peu-près équivalent à leur volume. J'obtins un résultat semblable en répétant l'expérience.
Relativement aux espèces que nous avons mises en expérience 1 il est indubitable qu'elles produisent de l'acide carbonique > en respirant un gaz dépourvu d'oxigène; que cet acide carbonique n'est pas dû & une quantité de ce gaz contenu dans la cavité des organes respiratoires avant l'expérience, ou à l'oxigène qu'ils peuvent renfermer; par conséquent qu'il n'est pas formé de toutes pièces dans l'acte de la respiration f par la combinaison 4e l'oxigène de l'air inspiré avec le carbone du sang , mais qu'il est le produit dé l'exhalation.
Supposons maintenant que je me fusse arrêté là, dans le choix des espèces soumises à 1* expérience f pour la solution de la question que je m'étais proposée; faudrait-il aussi borner à ces mêmes espèces le phénomène qu elles présentent?
On sera f je pense, disposé à appliquer aux au-
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très reptiles les résultats des expériences faites strf les grenouilles, et à faire de semblables concessions relativement aux poissons en général , et aux animaux invertébrés. Il en résulterait déjà une grande généralité du phénomène de l'exhalation de l'acide carbonique dans la respiration, puisqu'il embrasserait les vertébrés à respiration aérienne, les vertébrés à respiration aquatique et les animaux désignés Sous le nom d'invertébrés. Cependant il est des personnes qui ne voudront pas l'étendre plus loin , qui résisteront à l'analogie qui nous porterait à l'admettre chez les mammifères et les oiseaux ; et cela, parce que ce sont des animaux d'un ordre supérieur, et qu'ils se distinguent de ceux sur lesquels nous avons expérimenté par la grande quantité de chaleur qu'ils produisent. Je me contenterai d'observer que le phénomène de
respiration dont il s'agit eât tellement fondamental dans les fonctions de l'économie animale, que l'on ne peut supposer qu'il soit essentiellement différent chez les mammifères et les oiseaux d'une part , et de l'autre chez te reste des animaux; que la faculté de produire de la chaleur existe chez tous ; qu'elle ne diffère que du plus ou du moins ; que la température élevée qui semble caractériser les mammifères et les biseaux' ne leur appartient pas exclusivement, puisqu'on en trouve des exemples chez les insectes; que, d'ailleurs , la classe des mammifères eux-mêmes renferme fies espèces qui présentent , à de certaines époques ,